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VOYAGES
A PEKING, MANILLE
ET
L'ÎLE DE FRANCE,
FAITS
Dans l'intervalle des années 1784 à 1801.
Se trouve À PARIS,
Chez MM. TREUTTEL et WÜRTZ, Libraires, rue
de Lille , n.° 17.
VOYAGES
A PEKING, MANILLE
ET
L'ILE DE FRANCE,
FAITS
Dans l'intervalle des années 1784 à 18017,
Par M. DE GUIGNES,
iRésident de France à la Chine, attaché au Ministère
des Relations extérieures, Correspondant de la
première et de la troisième Classe de l’Institut,
TT
TOME TROISIÈME.
To A TT To A -em
TT I I AO A
AUEARIS,
DE L'IMPRIMERIE IMPÉRIALE.
M. DCCC. VIIL.
OBSER V ATIONS
SUR
LES, CIN CES.
ARMÉE CHINOISE,
Fe. voyageurs sont généralement disposés à
augmenter les forces , leS richesses ou ja popu-
lation des pays qu'ils ont parcourus : persuadés
que leurs récits en deviendront plus intéressans,
ils adoptent volontiers tout ce qui peut leur donner
une plus grande importance ; mais il faut peut-être
s'en prendre moins encore à eux qu’à l'avidité de
Ia plupart des lecteurs pour tout ce qui est extraor-
dinaire. Que lon dise que les Chinois sont un
peuple de sages, composé de troïs cents millions
d'individus , régi par des lois douces et paternelles,
dont le gouvernement jouit de deux milliars de
revenu , à dix-huit cent mille soldats à ses ordres;
ces récits exagérés séduiront, exciteront l’enthou-
siasme : qu'au contraire, un écrivain représente
simplement la Chine telle qu’elle est, surpassant,
il est vrai, beaucoup d’autres États par son étendue
TOME Ill, A
2 OBSERVATIONS
et par sa population, mais conservant toujours ;
sous Îles mêmes rapports, une proportion à-peu-
près éxacte, Fimagination des lecteurs, souvent
prévenue , se refroïdira , et cet exposé véridique
n'aura plus que peu d’attraits pour eux.
La vaste étendue de la Chine présente, sans
doute , un aspect imposant ; maïs, si lon ne s’en
tient point à un examen superficiel, on s'aperçoit
facilement que ce n’est qu’un colosse dont tous les
membres forment un ensemble énorme , et dont
chaque partie , prise séparément , renferme de
grands défauts.
C’est après avoir consulté plusieurs Chinois,
c’est après avoir vu'et examiné moi-même, que j'ai
cru pouvoir différer de sentiment avec M. Barrow,
et me pas accorder comme Jui dix-huit cent mille
soldats à la Chine. Les Angloïs , en voyant un
grand nombre de soldats, ont dû croire que ces
troupes appartenoient aux lieux où elles se trou-
voient ; mais ils se sont trompés : elles venoient
d'ailleurs, et n’étoient placées sur la route que pour
en imposer à l'ambassade. Quant aux états remis
à M. Macartney, ils étorent exagérés par les man-
darins, qui n’ont cherché en cela qu’à lui donner
une haute idée de leur puissance. Ce n’est donc
pas M. Barrow que je réfute ; cet auteur a montré
trop de connoissances dans Îles divers Voyages
qu'il a publiés, pour que je me persuade que c’est
SUR LES CHINOÏS. 3
Son opinion qu’il nous donne ; mais il a fidèlement
publié Ja note Chinoise, et c’est cette note dont
je me propose de faire voir l'exagération. Nous
avons été à Peking une année après M. Barrow «
nous devions donc retrouver à-peu-près le même
nombre de soldats répandu dans lempire , si le
compte donné aux Anglois avoit été exact ; mais ce
que nous avons vu n’a sérvi qu'à nous prouver Île
contraire.
Nous ne rencontrimes jamais sur les routes
aucun corps dé troupes, soit d'infanterie , soit de
cavalerie. Nous trouvämes seulement une quaran-
taine de soldats à l'entrée des villes du troisième
ordre, deux cents et plus dans celles du second,
et mille ou deux mille dans cellés du premier rang.
À Peking même, nous ne Vinmes que deux misé-
rables corps-de-garde à la porte du palais, quelques
gardes de lempéreur dans Îles jardins de Yuen-
ming-yuen et un pétit nombre de soldats ie jour
de notre dérnière audience. Une foule assez con-
sidérable entouroit, il est vrai, Kien-long, lorsque
nous lui fûmes présentés la première fois; mais
cette foule, de quoi étoit-elle composée! de man-
darins , d'officiers dé la cour, et d’une grande
quantité de coulis, de valets et de cuisiniers du
palais.
St la Chine avoit ce nombre immense de troupes
qu'on [ui suppose, nous en aurions rencontré
À à
4 OBSERVATIONS
pendant notre voyage. Nous avons passé, nous
avons séjourné dans les mêmes lieux que les
Anglois, cette quantité de soldats placés à dessein
sur {eur passage ne s’est point présentée devant
nous ; chacun étoit retourné à son poste, et nous
n'avons plus trouvé par-tout que le nombre qui y
existe ordinairement.
M. Vanbraam, qui m'a toujours paru zélé ad-
mirateur des Chinois, et dont le récit doit être
nécessairement en leur faveur, confirme ce que
avance. Voici ce qu'il dit /a): « Je nai jamais
» vu de garde militaire auprès de Fempereur : il
> ny avoit pas même de corps-de-garde à la porte
» du palais ; et 这 s’en faut bien qu’on voie une
» petite armée dans ja capitale, car je nai ren-
» contré dans toutes mes courses qu’un corps-de-
> garde de dix soldats. Je nai pas été peu surpris
» de voir aussi peu de troupes, sur-tout d’après
>» ce que les Angloïs avoient assuré que l'armée
>» étoit de dix-huit cent mille hommes. Jai cherché
» vainement dans tout le voyage à en apercevoir
»pour pouvoir admettre cette évaluation. Dans
» les villes du premier et du second ordre, nous
» avons trouvé jusqu’à deux cent cinquante mili-
> taires ; et dans les villes du troisième, rarement
» plus de fa moitié de ce nombre. Ce calcul est
(a) Tome 1.7, page 257.
SUR LES CHINOIS. S.
» appuyé sur ce qu'on nous a montré toute Îa
» garnison. D’après cette base, prise d’une cir-
> constance où fon a dû chercher plutôt à grossir
> qu’à diminuer cette montre de forces, on ne
> peut supposer tout au plus que huit cent mille
» hommes. »
Les missionnaires qui donnent à [a Chine une
population nombreuse, maïs cependant beaucoup
plus foible que celle rapportée par M. Barrow et
dont par conséquent l’opinion doit être d’un grand
poïds ; les missionnaires, dis-je, ne comptent que
de six à huit cent mille hommes de troupes répan-
dues dans tout cet empire. Le P. Rodriguez dit qu’il
n'en existe que cinq cent quatre-vingt-quatorze
mille. Un missionnaire très-éclairé, le P. Visdelou,
ne compte que trente-six mille hommes d'infanterie
dans chaque province, encore en réduit-il le nombre
à trente mille, prétendant qu'il manque presque
deux cents hommes sur mille. D’après ce calcul,
en ajoutant aux treize provinces les deux portions
du Kiang-nan , celles du Hou-kouang /z), le
Kan - sou et le Leao -tong, on aura dix - neuf
provinces ; à trente mille hommes chacune , le
total des soldats d'infanterie s’élevera à cinq cent
soixante-dix mille. Si l'on suppose avec cela deux
cent mille cavaliers, la masse totale des troupes
(a) Ces deux provinces sont chacune partagées en deux,
À 3
6 OBSERVATIONS
sera alors de sept cent soixante-dix mille hommes,
En 1784, lors de laffaire du canonnier Manillois
qui fat étranglé (a), les Chinois employèrent plu-
sieurs jours pour rassembler six à sept mille sof-
dats : ce qui prouve que Îles troupes Chinoises ne
sont pas aussi nombreuses qu’on le dit, et qu’elles
ne sont pas réunies dans les capitales des provinces,
mais réparties dans les corps-de-garde et les autres
postes militaires. |
Des Chinois m'ont assuré qu'il n’y avoit que
Vingt à vingt-cinq mille hommes de troupes par
province. Le P. Le Comte (b) n'en met que
quinze à vingt mille : suivant lui, il n’y a en tout
que cinq cent mille hommes effectifs.
Les troupes Tartares sont séparées des troupes
Chinoises : les premières résident près de leur
général, tandis que les secondes sont répandues
dans les villes, dans les forts et dans les corps-
de-garde de chaque province.
TROUPES TARTARES.
LE premier officier militaire. est le Tsiang-kiun ;
Ï commande immédiatement trois mille. hommes,
et a sous [ui deux Tou-tong qui commandent
chacun mille soldats. Le Tou-tong de la gauche
(a) Voyez article du Commerce des Européens à la Chine.
(b) Tome IT, page 65.
SUR LES CHINOIS. 7
est le premier, parce que chez les Tartares Ia
gauche est ja place d'honneur.
TROUPES CHINOISES.
LE premier officier militaire et celui qui com-
mande toutes les troupes de la province, est Ie Tÿ-
tou; if a sous ses ordres immédiats cinq mille hom-
mes, dont mille de cavalerie. Il y a de plus un
Tchong-kiun ou lieutenant général qui commande
trois mille hommes , et six Tsong-ping qui com-
mandent aussi chacun trois mille hommes.
RÉCAPITULATION.
T'artares.
19 Tsiang-kiun, à 3000 hommes... 57,000 hom.
38 Tou-tong, à 1000............ 38,000.
Chinois.
19 Ty-tou, à 4000 hommes{a).... 76,000.
19 Tchong-kiun, à 3000.......... $ 7,000.
114 Tsong-ping, à 3000............ 342,000.
A Peking...... PF EL ENS 54. 15,060.
Aux différens postes Soiree dans
le Nord. ,......... see... 159000
POSTERS Pi Meme os » » + 600,000 hom.
D nf
rite états tt antsntistetmtiémntéitrtnntinitinirontthtinnintnoitnnttionttionrnt
(a) Les mille cavaliers sont compris dans a répartition de là
cavalerie, page 72.
8 OBSERVATIONS
Répartition de ces Troupes.
19 Tsiang-kiun, à 3000 hommes... $7,000 hom.
38 Tou-tong, à 1000............. 38,000.
11 Tsong-tou, une garde de 1000.. 11,000.
1$ Fou-yuen, une garde de 1000.. 15,000.
1299 Villes du troisième ordre, une
parue de 的 EE 64,950.
211 Villes du second ordre, une garde
ME HO Lis due te PETER 84,400.
179 Villes du premier ordre ,unegarde
SOOO AE LENS Pt vif: A
x000 Corps - de-garde par province, à
5 HOMMES: 8 F5 26 PO MMCE. 95,000.
Pebng. sf SAR CH SAN HS 15,000.
Dans différens postes militaires... 40,650.
一
NOMBRE PAREIL....... 600,000 hom.
D net
En portant l'infanterie à six cent mille hommes,
je ne prétends pas dire qu’elle ne puisse souffrir
aucune augmentation ; je parle d’après ce que j'ai
remarqué, et tout me porte à croire que j'approche
assez du vrai nombre des soldats de la Chine,
d'autant plus qu'il s'accorde avec ce que disent
plusieurs missionnaires qui ont voyagé dans cet
empire.
Quant aux troupes de Peking ,这 est difficile
den assigner la quantité précise ; maïs ce que j'en
ai vu étoit si peu de chose, que je pense qu’elles
sont loin d'atteindre le nombre de cent soixante
SUR LES CHINOIS. ©
mille hommes où certains auteurs les font monter.
Le P. du Halde dit ( Particle Soldats) que
l'empereur en entretient dix-sept mille cent qua-
rante-cinq. Le P. Magalhens avance positivement
que ja garde des portes du palais et de la ville ne
consiste qu’en trois mille soldats, et que c’est par
erreur et pour être mal informés, que les PP. Mar-
tini et Sevedo ont avancé que la garde de chaque
porte étoit de trois mille hommes, ces mission-
naires ayant pris le tout pour une partie seule-
ment. Le P. Le Comte assure que le nombre des
soldats à Peking n’est pas aussi grand qu'il se l’étoit
imaginé.
IT est vrai que ceux qui portent les troupes
existant à Peking à cent soixante mille hommes,
font entrer dans ce nombre les huit bannières sous
lesquelles sont rangés tous les Tartares; mais 这
n'est pas certain que ces bannières y fassent leur
séjour habituel, car il est reconnu que empereur
en tire souvent des soldats pour les envoyer dans
différens postes au dehors.
D'ailleurs, les écrivains diffèrent sur la quantité
d'hommes enrôlés dans ces huit bannières. Suivant
le P. Bourgeois, chacune en a trente mille ; ce qui
donneroiït deux cent quarante mille hommes : cal-
cul invraisemblable, puisque tous Îles auteurs et
le P. du Halde s'accordent à dire que chaque
bannière est composée de cent Nurous de cent
TO OBSERVATIONS
soldats chacun, ce qui ne donne que dix mille
hommes. En adoptant donc ce dernier nombre,
et par conséquent quatre-vingt mille pour les huit
bannières, on est encore loin des cent soixante
mille que lon suppose à Peking ; mais ce qui
prouve encore mieux lerreur de ce compte, c'est
que Kang-hy allant à la poursuite du roides Eleuths,
Davoit avec lui que vingt mille soldats effectifs ,
outre un corps de troupes qu’il avoit envoyé d'un
autre côté, et qui pouvoit porter l’armée entière à
trente mille hommes. L'empereur même, avant de
partir, avoit fait publier dans Peking, que tous ceux
qui viendroient servir à l'armée à leurs frais, y Se-
roient bien reçus. Ce passage démontre évidemment
que , soit à Peking, soit dans les environs , les
troupes ne sont pas aussi nombreuses qu’on le dit.
Mais, sidans mon voyage j'ai vu peu d'infanterie,
jai rencontré encore bien moins de cavalerie. Les
Anglois conviennent eux-mêmes que rien ne les a
portés à croire que ja cavalerie Chinoise pût s'élever
à huit cent mille hommes : ce nombre paroît pro-
digieusement exagéré, lorsque lon considère que
les chevaux ne sont pas communs à la Chine ;
ce qui est assez croyable, puisqu’un bon cheval
à Peking se vend de cinq à six cents livres et
même plus. L'empereur possède /a), suivant les
#
一 一 一 一
(a) Du Halde, rome II], page 339.
SUR LES: CHINOIS. ET
missionnaires qui ont été en :Tartarie, deux cent
trente haras , chacun de trois cents cavales, et
poulains au-dessous de trois ans , et trente-deux
haras de trois cents chevaux hongres ; ce qui ne
feroit que neuf mille six cents chevaux hongres,
nombre bien foible pour remonter les huit ban-
nières : cependant il doit suffire et au-delà, puis-
que les mêmes écrivains disent que les chevaux
dont l'empereur n’a pas besoin , sont donnés au
tribunal directeur des postes et des soldats.
Voïlà un état de chevaux qui diminue beaucoup
la cavalerie Chinoise ; et quand même on porteroit
au double le nombre de ceux qui appartiennent à
l'empereur, cela: ne feroit pas une cavalerie for-
midable. Il est vrai qu'on doit tirer des chevaux
de l'intérieur de Ia Chine; mais ce n'est qu avec
peine qu’on peut s'en procurer un certain nombre À
à cause de la disette des pâturages.
Un fait-arrivé sous Kang-hy vient encore à
l'appui de cette assertion. L'empereur ayant appris
que ses soldats allant à la guerre ne trouvoient des
chevaux qu'à un prix excessif, permit de prendre
tous ceux qui seroient hors de fa ville Tartare,
en payant vingt taels [ 150 liv. ] pour un cheval
gras, et douze taels [ 90 liv.] pour un maigre. On.
enleva tous les chevaux des particuliers, et même.
ceux des mandarins , qu'on força ainsi d'aler à
pied, Ils s’en plaïgnirent à Kang-hy qui défendit
T2 OBSERVATIONS
de continuer, mais probablement
lorsque tous
les chevaux furent pris; car c’est-[à la méthode
Chinoise.
Etablissement et Répartition de la Cavalerie.
Pour le service de 1299 villes du troisième
ordre, à 20 cavaliers par ville.......
Pour le service de 211 villes du second
ordre, à 100 cavaliers par ville... ...
Pour le service de 179 villes du premier
ordre, à 350 cavaliers par ville... ..,
Dix-neuf Ty-tou à 1000 cavalierschacun...
Cinq cents corps-dé-garde par province,
à S CAVAÏICES CHARS PMU etre e
En adoptant le nombre des Tartares com-
pris dans les hüit bannières, on aura
80,000 soldats, dont il faut retirer
15,000 déjà portés pour Peking ; il res-
tera alors, soit dans les environs de la
capitale, soit près de la grande mu-
FAT. mes vue bre Me D ns Le
ToTAL...241,230, ou pour faire
UN NOMDEE PONS 0h 0808 © 09 0
25,980 caval.
21,100.
62,650.
19,000.
47,500.
65,000.
一 一 一 一 一 -一 一 一 一 一 =
242,000 caval.
一
Je ne donne pas ce nombre comme absolument
exact; mais Il est certain que, dans
tous les lieux
où nous avons passé , nous avons vu de linfan-
terie et jamais de cavalerie ; et cela ne nous a pas
surpris , vu le petit nombre de chevaux que nous
avons aperçus dans notre voyage.
Ces animaux
sont rares dans les provinces du sud; et s'ils le
SUR LES CHINOIS. 13
sont moins dans le nord, ils y sont cependant
peu multipliés ; car en passant à Te-tcheou, ville
du Chan-tong très-renommée pour ses chevaux,
nous en vimes de bons, il est vrai, mais en petit
nombre.
Chaque fois que nous avons demandé des che-
vaux, nous avons toujours éprouvé des difficultés
de ja part des mandarins, quoique ceux-ci ne
soient pas embarrassés pour s'en procurer, car
ils prennent ceux des particuliers. Dans le passage
entre le Tchekiang et le Kiang-sy, les officiers
de ja ville eurent beaucoup de peine à compléter
le nombre de chevaux nécessaire, et les Anglois
y avoient éprouvé les mêmes embarras.
A la montagne de Mey-lin, qui sépare le Kiang-
sy du Quang-tong, on nous donna des chevaux
de ja troupe : ces chevaux, qui sont entretenus par
les soldats, sont fournis par le gouvernement,
qui les change lorsqu'ils sont vieux. Si en temps
de paix un cheval vient à mourir , le soldat est
obligé de le remplacer : le seul avantage qu'il a,
c'est de gagner du temps, et d’épargner sursa paye,
qu’il continue de recevoir, de quoi en acheter un
autre; mais cela ne peut durer que jusqu’à la revue.
Les chevaux ne sont pas beaux; ils sont de
petite taïlle. Ceux même que nous vimes chez
empereur, n’avoient ni grâce ni maintien. Les
Chinois font grand cas d’un cheval grand et bien
4 OBSERVATIONS :
fait : il paroît que c’est une chose rare chez eux.
Les mandarins de Peking qui vont ordinairement
à cheval, préfèrent les mulets , comme une mon-
ture plus sûre, plus facile à nourrir ét supportant
mieux ja fatigue ; mais les mulets coûtent cher,
et 了 on en voit peu.
En un mot, lès chevaux ne sont pas aussi com-
muns à la Chine qu'en Europe, et je pense que
porter le nombre des cavaliers à deux cent qua-
rante-deux mille, C'est plutôt Paugmenter que Ie
diminuer. Ainsi, lé total des troupes Chinoïses
ne s’élevera qu'a huit cent quarante-deux mille
hommes, dont six cent mille de pied et deux cent
quarante-deux mille de cavalerie. Je ne parle ici
que des troupés réglées, et non de celles qu’on
peut lever dans certains cas. En effet , s’il Sagis-
soit du nombre dphommes en état de porter fes
armes, il seroit bien plus considérable ; car lon
trouve dans des états dressés du temps de lem-
pereur Kang-hy, que lon en comptoit alors cin-
quante-huit millions.
Les mandarins ont compris dans jes notes qu'ils
ont remises à M. Macartney, non-seulement Îes
soldats existans , mais encore ceux qui sont censés
exister, et ceux qu'on peut ajouter dans certaines
circonstances ; et en affectant de confondre ainsi
les forces éventuelles avec les forces positives, ils
ont voulu faire croire [a puissance militaire de Ja
SUR LES CHINOIS: 15
Chine plus redoutable qu’elle ne l’est en effet.
Mais après avoir parlé de l'armée Chinoise, il est
nécessaire de considérer l’état de soldat en jui-
même.
Comme fa Chine jouit d’une paix profonde,
l'état de soldat dans ce pays expose à peu de
dangers ; il est même lucratif, et par conséquent
recherché. Les soldats sont enrôlés dans les pro-
vinces où ils sont nés, et attachés aux corps qui
y résident. Ces corps ne changent Jamais de gar-
nison : le gouvernement pense que l'officier et
le soldat vivant ainsi auprès de leurs familles, et
ne les perdant pas de vue, combatiront avec plus
de courage pour les défendre, si l'occasion s’en
présente.
Les troupes reçoivent, chaque mois, leur paye,
dans laquelle se trouvent compris leurs frais de
nourriture.
Selon le P. du Halde, elle consiste, pour Île
fantassin, en trois taëls [22 liv. 10 sous] ; et pour
le cavalier, en six taëls [ 45 liv.];
Selon les missionnaires, elle consiste, pour le
fantassin, en quatre taëls [ 30 liv. ] ; et pour le
cavalier, en six taëls [ 45 liv. |;
Selon M. Staunton, elle consiste, pour Îe fan-
tassin, en deux taëls | I5 liv. | ; et pour le cavalier,
en quatre taëls [ 30 fiv. ] ;
Selon M. Barrow, elle consiste, pour le fantassin ,
16 OBSERVATIONS
en deux taëls [15 liv. |; et pour le cavalier , est
quatre taëls [ 30 iv. |.
On voit que ces auteurs l’évaluent plus ou moins
haut; mais il y a lieu de croire qu’elle est modique,
puisqu'elle est réglée sur l'ancien tarif. D’après ce
que m'ont dit les Chinois, celle de chaque fan-
tassin est de trois taëls [ 22 liv. 10 sous | par mois,
et celle des cavaliers, de quatre taëls ou 30.1liv.,
partie en vivres et partie en argent. M. Staunton
porte la paye du cavalier Tartare à 60 liv. par mois,
et celle du fantassin de la même nation, à 18 Iiv.,
y compris les vivres ; mais M. Barrow ne fait point
de distinction entre Îles Tartares et les Chinois.
Tous les soldats employés dans les corps-de-
garde, sur les rivières, sur [es chemins et dans les
autres lieux, ont, en outre, des terres qu’ils cul-
tivent : les autres n’ont que jeur solde; mais comme
ils ne sont pas toujours occupés, ils ont le temps
d'exercer un métier quelconque.
Le logement des soldats est séparé des autres
habitations ; chaque soldat a sa maison et un petit
jardin où 和 vit avec sa famille.
En temps de guerre, outre sa paye ordinaire,
il reçoit six mois d'avance , et le gouvernement
donne à sa famille une partie de ja solde pour sa
subsistance.
Les Tartares sont mieux partagés ; leurs en-
fans naissent tous soldats, et reçoivent de bonne
heure
SUR LES CHINOIS. 7
heure la demi-paye. Enrôlés sous huit bannières,
ils possèdent les terres qui y sont attachées; mais
n'en étant que les usufruitiers, ils ne peuvent
en disposer qu’en faveur de quelqu'un de ia même
bannière. If faut observer cependant que la plus
grande partie de ces terres, dont [a totalité ne
s'élève qu’à un peu plus d’un million d’arpens, est
possédée par les grandes familles : néanmoins les
officiers Tartares ne sont pas riches, parce qu'ils
dépensent beaucoup , et empruntent à de gros
intérêts pour satisfaire à [eur luxe et aux frais de
leurs mariages ou des enterremens des personnes
de leurs familles.
. Le soldat est libre à [a Chine, excepté dans le
temps des exercices, qui ont lieu aux nouvelles
lunes. À cette époque , les mandarins examinent
les armes de chaque soldat, le font manœuvrer,
et le punissent s’il manque en quelque chose. Les
punitions consistent en coups de bambou si c'est
un Chinois, et en coups de fouet si c'est un
Tartare.
Je ne puis rien dire de positif sur ces exercices,
car On ne permet pas aux étrangers d'approcher
des lieux où ils se font. J'ai entendu la troupe
faire un feu roulant assez bien soutenu ; mais
Jignore comment elle exécute cette manœuvre.
On m'a dit que les soldats sont rangés sur plu-
sieurs lignes assez espacées les unes des autres;
TOME ILE B
I8 OBSERVATIONS
que la première ligne, après avoir fait sa décharge,
passe à la queue et recharge son fusil, et que
les autres lignes font successivement Ja même
opération.
Le port d'armes est défendu à fa Chine; on
ne peut paroître devant l'empereur avec une épée.
Les soldats ne portent des sabres que lorsqu'ils
sont en faction ; ceux qui sont chargés de faire fa
police ne se servent que de fouets.
Les soldats sont armés de sabres, d’épées , de
piques, de fusils, d’arcs et de flèches.
M. Macartney /a) dit que le soldat Chinois
porte l’épée du côté droit, la pointe en avant, et
qu'il la tire du fourreau en mettant sa main droite
en arrière. D’autres auteurs disent que lépée est
à gauche, et que le soldat ja tire en passant sa main
derrière jui : on doit concevoir combien cette opé-
ration est gênante. Les Chinois portent le sabre
à gauche, la pointe en avant en temps de paix,
et la pointe en arrière en temps de guerre : c’est
ce que j'ai vu.
L'habit du soldat (xz 20, 21, 40) varie pour ja
forme et la couleur ; il consiste ordinairement dans
une casaque blanche ou jaune , brune ou bleue ,
bordée d’un ruban large et d’une couleur qui con-
traste avec celle du fond de Fhabit.
(a) Tome IV, page 64.
SUR LES CHINOIS. 19
Les soldats dans le Chan-tong et le Tchekiang
portent des espèces de cuirasses ou cottes de
mailles , et des casques.
Les cuirasses sont composées de plusieurs pièces,
de manière à garantir le corps sans en gêner les
mouvemens ; elles sont faites de toile brune en
dehors , et doublées de toile blanche et bleue. IN
ya entre je dessus et le dessous plusieurs doubles,
et, de distance en distance, de petites pièces de
tôle à travers lesquelles passe un clou de cuivre
à tete ronde , qui est rivé en dessous sur un mor-
ceau de cuir. Ces cuirasses peuvent résister aux
flèches, mais non aux coups de fusil /r° 40).
Le casque est de fer battu et luisant, surmonté
d'une houpe rouge de poil de vache, attachée au
bas d'un fer de lance ; les officiers portent en place
une aigrette faite avec des bandes de peaux dont
la finesse et ja qualité distinguent le grade. Le
casque s'attache sous je menton avec des rubans :
on met par derrière une pièce faite de [a même
matière que ja cuirasse, pour garantir le cou et
les oreilles. Le casque des fusiliers pèse deux livres
quatre onces; celui des cavaliers est un peu plus
lourd. Les soldats ne portent pas habituellement
leurs casques, maïs un simple bonnet.
La casaque des fusiliers diffère de celle des cava-
liers ; elle est moins longue et n’a pas de cuissards.
Les selles sont garnies de drap et fort élevées; les
Ba
20 OBSERVATIONS
étriers sont très-courts. Les Chinois ont mauvaise
grâce à cheval.
Le fusil est de fer battu, monté sur un fût de
bois ; la crosse est petite et presque pointue ; ja
baguette est en fer ainsi que le bassinet, qui est.
recouvert avec un morceau de cuivre. J’ai vu beau-
coup de fusils auxquels cette plaque étoit brisée ,
ce qui arrive souvent, parce quelle ne retombe pas
sur le bassinet, mais tourne de côté et horizonta-
lement. Chaque fois que le soldat veut tirer , ïl
est obligé d'ouvrir auparavant le bassinet avec ja
main ; ainsi, dans Îles mauvais temps, il doit fui
être impossible de se servir de son fusil, puisque
le bassinet reste découvert, et que par conséquent
la poudre y est exposée au vent ou à la pluie. La
mèche qui sert à mettre le feu au bassinet , est
insérée dans un morceau de fer garni d’un petit
manche pour lélever ou Fabaïsser; chaque soldat
a plusieurs de ces mèches dans un petit sac de cuir
attaché à son arme. A fa plupart de ces-fusils sont
adaptés deux crocs sur lesquels on [es appuie pour
tirer. La giberne est une espêce de poche de toile
noire, peinte à l'huile, et qui sert à, contenir les
balles : les Chinoïs ont en outre un grand cornet
de corne pour mettre leur poudre, et un autre petit
pour celle qui sert à amorcer, et qui est ordinai-
rement plus fine.
Le bouclier des soldats qui sont armés de sabres,
SUR LES CHINOIS. YT
est fait de rotin; il peut avoir deux bons pieds de
diamètre, et pèse de quatre à cinq livres : ïl y en
a qui sont tout unis , d’autres ont des figures de
tigres , d’autres encore ont une forme conique et
sont garnis d’une houppe rouge au milieu. |
Le carquois contient plusieurs rangs de flèches
toutes de formes différentes ; les plus singulières
sont celles dont le fer est armé de petits hameçons,
et celles dont le fer est percé : cette dernière espèce
sert à lancer des lettres chez l'ennemi, et à entre-
tenir par ce moyen une correspondance avec les
gens qu'on a gagnés.
La force de Farc s’estime par le poids ; on dit
un arc de soixante ou de soixante-dix livres, c’est-
a-dire, qu’il faut, pour le tendre , a même force
qu'il faudroit pour lever un Pareil poids. Les arcs
les plus foibles pour l'armée , sont de cinquante
livres ;. le poids ordinaire est de quatre-vingts et
même de cent livres ; il y en a fort peu au-dessus.
L’arc, avant d'être tendu, fait le demi-cercle ; on Île
retourne dans Île sens opposé pour le tendre: ja
corde est retenue dans deux entailles, et s'appuie
à chaque bout sur un morceau dos ou d'ivoire ;
le milieu où la main tient l'arc, est plus gros et
garni de cuir. Les Chinoïs, lorsqu'ils tirent de Farc,
se penchent en avant et tendent le dos, ce qui
leur donne très- mauvaise grâce : cette position,
dans Jaquelle le corps n’est pas d’aplomb, doit leur
B 3
22 OBSERVATIONS
ôter de la force ; cependant ils tirent bien. Les sol-
dats portent au pouce un anneau de corne qui leur
sert à retenir la corde de Farc lorsqu'ils ajustent.
Les officiers Tartares ont cet anneau en agate ;
ils le conservent dans une boîte ronde qu’ils por-
tent toujours suspendue à leur ceinture.
Tous les soldats sont rangés par compagnies de
vingt-cinq hommes; il y a un étendard triangulaire
par chaque compagnie , outre un petit guidon de
Ia même forme par cinq hommes , et un autre
petit pavillon long et carré qui est à la queue de
la compagnie ; le guidon et le petit pavillon s at-
tachent au dos des soldats qui sont chargés de les
porter /n.* 20 et21). Ces pavillons et létendard
sont de différentes couleurs.
Les Tartares sont distingués par des bannières
jaunes, blanches, rouges et bleues, ou jaunes à
franges rouges, blanches à franges rouges , rouges
à franges blanches, et bleues à franges rouges ; Ja
couleur verte est celle des troupes Chinoises. L’6-
tendard peut avoir près de six pieds de longueur :
je me rappelle en avoir vu un en passant un jour
devant un corps-de-garde ; il étoit vert et avoit au
milieu le monde peint suivant la manière des Chi-
nois. Outre ces étendards qui distinguent chaque
compagnie, tous les officiers et soldats ont une
petite bande de soie attachée au dos de la cuirasse ;
cette bande est de la couleur de la compagnie à
SUR LES CHINOIS. 23
laquelle le militaire appartient, et porte écrits le
nom du soldat, celui de sa compagnie, et, si c’est
un officier, sa qualité ainsi que son grade.
Les tentes des soldats sont faites de grosse toile
blanche doublée de toile bleue ; elles ont cinq
pieds et demi de hauteur , sur quatorze de lon-
gueur ; les deux extrémités s'ouvrent et se replient
comme les battans d’une porte. Ces tentes repo-
sent sur un châssis de boïs, et sont retenues tout
autour par des cordes et des piquets. Chacune
sert.pour loger cinq soldats et les deux hommes
qui sont chargés de Îa dresser et de l'emballer
(n° 42).
Les tentes que nous avons vues à Peking, ont
une autre construction; elles sont rondes et cou-
vertes d’un gros feûtre gris / n° 42); mais ces
tentes, bonnes pour les Tartares, sont fort incom-
modes pour des Européens ; ïl y fait très-chaud,
la poussière y est très-considérable, et ïl n'y a
aucun siége pour s'asseoir.
Les provinces du Nord sont celles qui fournis-
sent le plus de soldats. Pour être reçu, il faut
donner des preuves d'adresse et de force. On croira
peut-être, d’après cela, que les troupes sont excel-
lentes; maïs lorsqu'on les a vues de près, on change
bientôt d'opinion. J'avouerai cependant que j'ai
rencontré dans ja province de Chan-tong, et en
plusieurs endroits, de très - beaux hommes ; Is
B 4
24 OBSERVATIONS
avoient bonne mine, un air courageux, et je
suis persuadé qu’on en pourroit faire de très-bons
soldats.
L’accoutrement des troupes Chinoises n’est pas
propre à leur donner un air martial. Que penser,
en effet, de soldats qui, comme le dit avec raison
M. Barrow , se servent deventails ! J'ai vu moi-
même des soldats en faction et rangés en ligne,
tenir leur fusil d’une main et un parapluie de
l'autre. D'ailleurs l'usage qui les oblige à se mettre
à genoux devant les mandarins , ne doit pas leur
inspirer des sentimens très-élevés {n° 21), I est
vrai que cet usage est si ancien et si général,
qu’il devient moins répugnant pour je soldat; ce-
pendant il établit une trop grande différence entre
un homme et un autre, et cette différence avilit.
La subordination est nécessaire, maïs elle ne de-
mande pas la dégradation.
Les troupes Chinoises sont bonnes dans une
revue, mais peu propres dans une affaire ; elles
ont prouvé dans leurs guerres avec les Tartares :
ceux-ci en font si peu de cas, qu'ils disent en pro-
verbe , que /Le hennissement d'un cheval Tartare met
en fuite toute la cavalerie Chinoise,
Les Tartares ne se servent ordinairement que
darcs et de flèches : leur cavalerie est prompte et
légère ; elle donne vivement au premier choc,
mais elle n’est pas en état de soutenir long-temps
lee once mn à
SUR-LES CHINOIS. 25
quand elle est chargée en bon ordre et poussée
vigoureusement.
En général, si les troupes Chinoises et Tartares
ont réussi dans les guerres qu’elles ont eues avec
leurs voisins , c’est qu’elles n’avoient à se battre
que contre des gens peu aguerris et beaucoup
moins nombreux qu’elles ; encore ont-elles été
souvent vaincues. En un mot, des soldats de cette
nation opposés à des soldats Européens, ne tien-
droient pas Jong-temps.
FORTIFICATION,
LES Chinois imitent les peuples de Pantiquité
dans la manière de fortifier les villes ; ils les en-
tourent de murailles le plus souvent unies , mais
quelquefois flanquées de tours carrées et entourées
de fossés /a). N'ayant pas à craindre des ennemis
plus habiles qu'eux dans l'art de la défense et de
l'attaque des places, ils se contentent de simples
remparts, et ne se doutent nullement qu'ils seroient
insu 伍 sans contre des forces plus redoutables. Peu
versés dans l'emploi de Partillerie, quoiqu’ils aient
depuis long-temps la connoïssance du canon, ils
en font peu d'usage pour la défense des places; et
s'ils s’en servoient dans certaines forteresses , les
murs en sont si mal construits, qu’ils s’écroulerotent
(a) Je nai vu qu’une seule ville sans murailles.
26 OBSERVATIONS
d'eux-mêmes par la seule commotion, après quel-
ques décharges.
L’enceinte des villes est tantôt ronde et tantôt
carrée ; elle suit les inégalités du sol et s'étend fort
loin. La plus grande partie de l’espace compris
entre jes murs, est occupée non par des maisons,
mais par des jardins et des champs. Le but que
lon s'est proposé en donnant ainsi une grande
extension aux remparts, paroît avoir été non-seu-
lement de mettre les habitans à Fabri du danger,
mais encore de renfermer le terrain nécessaire pour
produire de quoi les nourrir pendant un siége. Je
dois cependant observer que les voyageurs n'ayant
pas toujours Je temps suffisant pour examiner, sont
exposés à se tromper dans le jugement qu’ils por-
tent, d’après un premier coup d'œil, sur Pétendue
des villes qu’ils ont vues ou traversées ; souvent ils
la supposent plus considérable qu’elle ne Fest en
effet : c’est ce qui nous est arrivé, par exemple, à
Yang-tcheou-fou, ville qui nous avoit d’abord
paru très-grande, parce que nous avions mis beau-
coup de temps à prolonger Ja moitié de son en-
ceinte en suivant le canal, tandis qu’elle n’a pas
une demi-lieue de large prise en tout sens. C’est,
sans doute, par une erreur semblable que les mis-
sionnaires ont dit que fa ville de Sou-tcheou-fou
occupoit un vaste emplacement, puisqu'elle est
plus petite que Yang-tcheou-fou.
SUR LES CHINOIS. 27
Dans Ja fortification Chinoise, les remparts do-
minent toutes les maisons; ils sont faits avec ja
terre qu’on a retirée en creusant le fossé, et sont
revêtus de pierres ou de briques : dans ce dernier
cas , les Priques ont pour fondement deux ou trois
assises de pierres. La hauteur ordinaire des murs
est de vingt-cinq à trente pieds ; jeur épaisseur est
de vingt à vingt-cinq pieds par en bas, sur dix
à douze par en haut; ifs vont en talus, mais fa
pente est plus rapide en dedans que du côté de
la campagne. Du côté de Ia place, les briques
rentrent à chaque rangée, au lieu qu’en dehors
elles sont placées les unes sur les autres sans saillie
apparente des rangées inférieures. If arrive sou-
vent que ce revêtement s'écroule , et qu'il ne reste
plus que le mur en terre : c'est ce que j'ai vu à
Sin-tching-hien. On monte sur les remparts par
des rampes prolongées et assez douces pour que
les mandarins puissent y arriver à cheval.
La partie à laquelle les Chinois ont donné je
plus d’attention , est la porte; on en peut distin-
guer de troïs espèces, la porte simple, la porte
double et Ia porte triple {n° 44, 45). Dans
la porte simple, l'ouverture ou entrée est droite
et pratiquée directement dans le mur principal.
Dans ia porte double, l'ouverture est Ja même,
mais Il y a en avant un grand terrain environné
d'une muraille faisant le demi - cercle, et dans
28 OBSERVATIONS
laquelle on a pratiqué une autre ouverture. Cet
espace réservé entre jes deux portes, sert à ras-
sembler fa troupe; on y voit ordinairement un
massif de pierres sur lequel sont placées à plat de
petites pièces de canon : cette seconde porte est
de deux espèces : dans la première , ouverture
extérieure n’est pas en face de fautre, mais sur de
côté ; et dans ja seconde, les deux ouvertures sont
directement vis-à-vis l’une de Tautre : la porte
appelée Kouang-ning-men dela ville Chinoise à
Peking , et la porte septentrionale de Hang-tcheou-
fou , sont de fa seconde espèce. La porte triple
est très-rare, et nous n’en avons vu qu'une seule à
Kin-tcheou , ville du Chan-tong. Dans cette cons-
truction , la première et la seconde ouverture sont
placées comme dans la porte double de première
espèce ; mais après avoir passé la seconde ou-
verture , il faut suivre pendant quelque temps Îe
rempart extérieur avant d'arriver à la troisième ,
qui se trouve placée dans l'alignement de la pre-
mière {n° 45). L’esplanade à Kin-tcheou n'est pas
vide comme dans les autres villes , mais elle est
remplie par des casernes.
Les portes des villes n’ont point d’ornemens ;
elles sont terminées en voûtes et pratiquées dans
l'épaisseur des murs. Les vantaux en sont de bois ;
on les tient fermés depuis le soleil couchant jus-
qu'au matin. On bâtit assez généralement des
SUR LES CHINOIS. 29
pavillons au-dessus de ces portes: ceux qu’on voit
à Peking sont très-beaux et font un bel effet
(n° get10).
Le haut des muraïlles des villes est terminé par
des créneaux dans lesquels on a pratiqué des meur-
trières. Je ne puis assurer si les remparts sont
garnis d'artillerie; mais dans les places où jai pu
y monter, je n’en ai pas aperçu une seule pièce :
j'ai vu seulement, dans certaines villes, quelques
canons placés au-dessus des portes ou dans len-
ceinte qui les précède ; et je me rappelle qu'à
Quanton, étant une fois monté dans une maison
située auprès des murailles, je distinguai dans un
petit pavillon un canon sans affût, jeté par terre et
abandonné : j'avois déjà franchi les créneaux pour
lexaminer , lorsqu'un soldat vint m'en empêcher,
et me força de me retirer. :
Outre les fortifications ordinaires des villes , on
construit en dehors de petites forteresses ou sur des
hauteurs, ou dans de petites îles, ou au confluent
des fleuves, On les garnit de canons montés sur
des massifs de pierres placés non sur le haut des
murailles, maïs en bas sur le terre-plein , en avant
d'embrasures pratiquées dans Fépaisseur du mur,
et qu'on tient fermées avec des portes de bois sur
lesquelles sont peintes des figures de tigres, Les
mandarins visitent de temps en temps ces forte-
resses : tous les soldats sont alors à leur poste et
30 OBSERVATIONS
font une décharge générale. Les forts bâtis à fa
Bouche du Tigre, sur la rivière de Quanton, ne
Pourroient soutenir le feu d’une moyenne frégate :
en un mot, les forts et les remparts des villes Chi-
noises ne sont nullement en état de résister à l’ar-
tillerie Européenne.
Nous avons rencontré dans notre voyage des
places purement militaires ; elles ne diffèrent en
rien des villes fortifiées , et servent de défense au
pays ou de garnison. Les Chinois ont élevé pareil-
lement de petits forts sur le haut des montagnes
et construit des murs dans certains passages dan-
gereux : nous en avons vu en quittant le Tche-
kiang pour entrer dans Île Kiang-sy; mais ces forts
et ces murs, quoique garnis de soldats, ne sont
bons, quant à leur construction , que pour arrêter
les voleurs. On en peut dire autant des corps-de-
garde placés de distance en distance le long des
chemins ou des grandes rivières /a), et dont l'éta-
blissement , quoique sans contredit une des meïl-
leures institutions des Chinois, doit cependant
être plutôt rapporté à {a seule police des routes,
qu'envisagé sous je point de vue militaire.
(a) Voyez au chapitre qui traite des chemins l'article des corps-
de-garde, rome 11, page 217.
SUR LES CHINOIS. 31
ARTILLERIE; POUDRE À CANON.
LEs Chinois connoissoient ja poudre à canon
long-temps avant qu'elle fût connue des Euro-
péens ; mais ils n'en peuvent nommer Tinven-
teur /a). Les missionnaires disent (b) que, depuis
l'ère Chrétienne jusqu’au seizième siècle , il y eut
peu de guerriers à [a Chine qui entendissent l'usage
des armes à feu, et que 上 人 ong -ming est presque
le seul qui s’en soit servi, vers lan 200 de J.C.
Cependant cette assertion est contredite par Top-
servation d'un Chinois que lon doit supposer au
fait de cette matière. On rapporte que empereur
Hoay-tsong ayant fait assembler son conseil en
1640 , un mandarin proposa de s'adresser au
P. Adam Schaal pour fondre des canons, mais
que Leou-tcheou s’y opposa, en disant:« Avant les
(a) On a dit que l'invention de la poudre à canon n'eut lieu
en Europe qu’en 1354, cinquante-neuf ans après je retour de
Marco Polo, et on l’attribue généralement à Schwartz, moine
Allemand. Cependant Bacon avoit parlé de la poudre soixante
ans auparavant; et en 1342, les Mores ou Arabes assiégés dans
Algésiras par Alphonse XI, roi de Castille, s'étoient servis
d'espèces de canons pour se défendre , ce qui indique que l'usage
de {a poudre a été apporté de l'Asie , et qu'il y étoit déjà si
ancien dans le X1V.° siècle, que les Asiatiques même n’en con-
noissoient pas l’origine. En 1346, les Anplois se servirent de
ganons à la bataille de Crécy, perdue par Philippe VI,
(b) Tome VIII, page 271.
32 OBSERVATIONS
> Tang et les Song (a) on navoit jamais entendu
» parler d'armes à feu, etdepuis qu’on s’en sert cela
» va mal». L'observation de cetofficier prouve qu'on
ne connoissoit pas à la Chine lusage des armes à
feu avant les années 619 et 960 de 3. C., et
qu’elles ne furent inventées que postérieurement
à cette époque. Les armes à feu, dans l’ancien temps,
se réduisoient à des lances de feu, dont les Tun-
quinois et les Cochinchinoiïs font encore usage.
Dans lannée 1000 de J. C. /b), Tang-fou
offrit à l'empereur Tchin-tsong des flèches, des
globes et des chausses-trapes à feu.
Dans la même année, Leou-yeou présenta des
Pao de main.
En 1161, sous l’empereur Kao-tsong, la flotte
des Kin partit de Tsien-tsin-ouey, à trente lieues
à l'est de Peking pour se diriger vers ja ville de
Lin-ngan (/c), actuellement Hang-tcheou-fou.
Les Chinois employèrent dans cette occasion des
Pao à feu, et détruisirent une centaine des vais-
seaux des Tartares.
L’historien des Kin, en parlant de ce combat,
appelle Ho-pao / Pao à feu ] les machines dont
se servirent les Chinois, tandis que ceux-ci disent
村 全 攻克 二
(a) Les Tang ont commencé à régner en 619, €t les Song
en 960.
(b) Le P. Visdelou.
(c) C'est la même que Marco Polo nomme Kin-tsay.
positivement
SUR LES CHINOIS. 33
positivement que cetoient des flèches à feu. Il
résulte donc que Pao ne veut pas dire des canons,
mais signifie une baliste ou machine à lancer des
pierres, explication conforme à la composition du
mot Pao, qui porte à ja clef le caractère Che
[ pierre ], joint à celui de Pao /envelopper ].
En 1232, Kay-fong-fou, capitale des Kin dans
le Honan, étant assiégée par les Mongoux et les
Chinois , les Kin se servirent de canons appelés
Tchin-tien-louy /tonnerre faisant trembler le ciel de,
et consistant dans un tube de fer creux qu'on rem-
plissoit de poudre. Ces tubes en éclatant imitoient
le bruit du tonnerre, et le feu qu'ils jetoient rem-
plissoit un demi-journal de terre.
En 1273, les Mongoux forcèrent la ville de
Siang-yang-fou avec des canons. L'ouvrage Chi-
nois intitulé Hoang-tchao-ly-ky-tou -che / Des-
cription de tout ce qui est à l'usage de l'empereur ],
s'explique en ces termes à l’article des canons :
« En examinant avec soin l'histoire, on convient
» unanimement que ce qu'on appeloit autrefois
» Pao, n’étoit qu'une machine à lancer des pierres.
» On se servit pour la première fois de Sy-yo-
> pao lorsqu'on assiégea les Kin dans [a ville de
» Tsay-tcheou / 4); mais depuis on fes employa
>» rarement ».
(a) Le siége de Tsay-tcheou est de l’année 1233 à 1234; le
TOME III C
34 OBSERVATIONS
L'auteur Chinois dont je viens de rapporter fe
passage, en parlant du siége de Tsay-tcheou , dit
qu'on s’y servit de Sy-yo-pao, ou Pao de la partie
de l’ouest, Par les mots Sy-yo, cet écrivain veut-il
faire entendre que les Pao venoient de l'ouest, ou
avoient été inventés dans louest, ou bien qu’ils res-
sembloient à ceux des Européens ! C’est ce qu'il
est impossible d’éclaircir , car il ne s'explique pas
davantage, et ne désigne aucune époque. Cela
est d'autant plus ficheux , que cet ouvrage a été
fait pour Kien-long et imprimé par ses ordres.
Le P. de Mailla, en parlant du siége de Kay-
fong-fou en 1232, dit que les Mongoux se ser-
virent de tubes pour lancer des flèches, de Pao
pour lancer des pierres, et de Ho-pao pour incen-
dier ; mais le mot Pao étant employé indifférem-
ment par les Chinois, on ne peut en fixer la vraie
signification , ni dire s'il exprime positivement un
canon. II paroît qu’à la même époque les Mongoux
avoient une espèce de canon formé de côtes de
bambou réunies ensemble et attachées fortement
roi des Kin, appelé Noay-ty ou Ninkiassou, y périt. Les Kin ou
Tartares Niutche qui avoient commencé à régner en 1118, sont
les ancètres des empereurs Tartares Mantcheoux, actuellement
régnant à la Chine, Ces Kin habitoient les pays situés au nord
de la Corée avant qu'ils se fussent emparés de plusieurs pro-
vinces de l'empire Chinois, dont ils furent chassés par les Mon-
goux ou Mogols, qui détruisirent ensuite les Song, et fon-
dérent, en 1160, la dynastie des Yuen.
SUR LES CHINOÏS. 35
avec des cordes. Cette machine, qui s’appeloit
Tsuan-tchou, dut nécessairement donner l'idée aux
Chinois den faire sur ce modèle, en employant,
à la place du bambou , des barres de fer qu’ils réu-
nirent avec des cercles du même métal : aussi tels
furent leurs premiers canons. Il est à croire que
par la suite ïls en fabriquèrent de plus solides ;
mais quelle que soit la forme qu’ils adoptèrent,
il est certain, ainsi que le dit historien Chinois,
qu'on en abandonna fusage, faute de bien con-
noitre les règles propres à leur construction.
Le P. Heralde, Espagnol, qui entra à la Chine
en 1577, y trouva de lartillerie, mais petite, maf
faite et fort ancienne. Les missionnaires qui le
suivirent , conviennent d’avoir vu quelques bom-
bardes à Nanking ; mais ils ajoutent que les Chinois
ne savoient pas s’en servir. Une preuve convain-
cante de cette inexpérience , c’est que les Portu-
gais, lorsqu'ils présentèrent en 1621 des canons
à l'empereur, eurent [a précaution d'envoyer en
même temps des gens en état de les manœuvrer.
Ces canons, après avoir été essayés à Peking ,
furent envoyés à la frontière pour être placés sur
la grande muraïlle.
Une grande partie des canons qui existent à
ia Chine, ont été fondus par les PP. Adam Schaal
et Verbiest en 1636 et 1681, ou d’après leurs
instructions ; mais ces savans missionnaires n’ont
C'a
36 OBSERVATIONS
pu, malgré Îles peines qu'ils se sont données,
parvenir à faire des Chinois d’habiles artilleurs.
Tous les canons que j'ai vus à la Chine étoient
sans affûts et posés sur des blocs de pierre. Je
n'ai vu qu'à Hang-tcheou-fou deux canons montés
sur des affûts; mais ces affûts paroissoient peu
solides. Les canons qui sont au bas de la tour du
Lion , en descendant la rivière de Quanton, ont
une Jumière fort large ; les boulets sont de terre
durcie et séchée.
II est démontré que les Chinois ont connu
très-anciennement les armes à feu, et sur-tout ja
poudre à canon; mais , soit qu'ils aient inventé
cette dernière composition , soit qu’ils en aient reçu
finvention d’ailleurs, il paroît qu'ils s’en servent
plus habilement dans Îles feux d'artifice que dans
la guerre, car leur poudre à canon est d’une qua-
lité très-inférieure. Ils font entrer dans sa fabrica-
tion jes mêmes matières que nous employons en
Europe ; le salpêtre , le soufre et le charbon. Ce
dernier est fait de béringène , de calebasse, ou
indifféremment de tout autre bois, pourvu qu'il
ne soit ni huileux ni résineux.
Les missionnaires donnent deux recettes em-
ployées par les Chinois pour faire la poudre à
canon. Dans la première, ils font entrer trois livres
de charbon et autant de soufre sur huit livres de
salpêtre ; dans la seconde, ce n'est plus qu’une
SUR LES CHINOIS. 37
livre de charbon et autant de soufre sur cinq livres
de salpêtre. M. Barrow dit que l'on met une livre
de charbon et autant de soufre sur deux livres de
nitre.
Les Chinois, pour réduire Ia pâte en grains,
la battent avec des bâtonnets. Au reste , ïl ny a
pas à fa Chine de manufacture de poudre à canon ;
chaque particulier peut en fabriquer.
PEKING.
KUBLAY-KHAN , fils de Tuly, et petit-fils de
Genghiz-khan , fondateur , sous le nom de Chy-
tsou , de la dynastie des Yuen, fit jeter, en 1267
après J. C., les fondemens de la ville de Peking,
à deux lieues au nord-est de l'ancienne ville de
Yen-king, bâtie en 1111 avant J.C., et qui
venoit d’être entièrement ruinée. EF donna à Ta
nouvelle ville fe nom de Ta-tou / srande cour ] : son
véritable nom est Chun-tien-fou , maïs elle est plus
connue sous celui de Peking, qui signifie / cour
du nord].
Les Yuen continuèrent d’habiter Peking jusqu’à
ja destruction de leur dynastie ,en 1368, par Hong-
vou, fondateur des Ming. Cet empereur établit sa
cour à Nanking; mais sonfils Yong-lo ja reporta,
en 1403, dans la première de ces villes, d’où elle
n’est plus sortie depuis. Peking n’étoit d'abord com-
posé que d’une seule ville; maïs Kia-tsing,en1$44,
C3
和
38 IOBSERVATIONS
en fit bâtir une seconde , qui est appeléé mainte-
nant ville Chinoise, la première étant plus parti-
culièrement affectée aux Tartares , qui depuis 1644
se sont emparés du trône.
Peking est situé par les 39° 54" 30" de latitude
nord , et par les 114° 8 4$" de longitude à l'est
de Paris ; ainsi la différence en heures est de 7°
36' 23"; c'est-à-dire, qu'il est à Peking 7" 36°
23” du soir, lorsqu'il est midi à Paris.
La ville Tartare a une lieue du nord au sud,
et autant de l’est à l’ouest. La ville Chinoiïse n’a
qu'une demi-lieue du nord au sud, et un peu plus
d’une lieue de l'est à l’ouest.
‘La ville Tartare a neuf portes; aussi le gouver-
neur de Peking prend-il le titre de gouverneur
des neuf portes. La ville Chinoise n’en a que sept.
On donne douze faubourgs à Peking; je n’en par-
lerai pas, parce que je n’en ai traversé que deux,
Tun situé à l’ouest de Ia ville Chinoise , en avant
de ja porte Kuang-nmg-men (a), et l’autre à la
sortie de la ville Tartare, du côté des jardins de
lempereur, en dehors de la porte nommée Sy-
tching-men.
M. Staunton dit que ce dernier faubourg est
considérable , et qu'il a employé vingt minutes
pour le traverser ; il y a erreur, nous n'avons mis
(a) M. Vanbraam l'appelle, par erreur, Tsay-ping.
SUR LES CHINOIS. 39
que trois minutes , car ce faubourg est petit, et
M. Barrow en convient.
M. Staunton prétend que les remparts de Pe-
king ont quarante pieds de hauteur; je les ai jugés
d'environ trente pieds, sur vingt à vingt-cinq de-
paisseur par le bas : M. Barrow ne leur donne que
de vingt-cinq à trente pieds. R
Les murs de ja ville Chinoise ne sont pas aussi
hauts que ceux de la ville Tartare. Les portes des
* deux villes sont chargées de gros pavillons ; maïs
ceux de fa ville Tartare sont plus beaux et plus
élevés. Ces pavillons sont percés de trois rangs
d’embrasures /n.° 4) ; maïs on ne pourroit y mettre
qu'une très-foible artillerie. L'esplanade qui se
trouve entre les deux portes, est vaste et sert à
faire manœuvrer les soldats.
Un fossé règne en avant des murs, et lon passe
un petit pont avant d'arriver à la porte. Ce fossé
est arrosé, car on ne peut dire rempli » par une
petite rivière qui, prenant sa source dans des mon-
tagnes situées à trois lieues nord-ouest de Peking,
entre dans Îa vilie par le côté septentrional , envi-
ronne le palais, forme plusieurs lacs; et, après avoir
réuni ses diverses branches en dehors de ja ville
Chinoise, va se jeter près de ja ville de Tong-
tcheou , à quatre lieues à l’est de Peking, dans Ia
rivière Pay-ho.
D’après plusieurs missionnaires, les rues de
C4
4o OBSERVATIONS
Peking ont cent vingt pieds de large ; Îles Anglois
leur donnent la même mesure. D’autres mission-
naires disent que les rues de Peking sont un peu
plus larges que la rue de Tournon à Paris : celle-ci
peut avoir de soixante-dix à quatre-vingts pieds ;
ainsi les rues de Peking auroient de quatre-vingts
à quatre-vingt-dix pieds. On lit dans le Voyage
du Père Bouvet /4), que les rues n’ont que qua-
rante-cinq à cinquante pieds : cette mesure diffère
beaucoup de celles rapportées par les autres mis=
sionnaires ; mais cela peut s'expliquer, puisque les
rues ne sont pas également larges. Le P. le Comte
dit que la rue de ja ville Tartare, la même que
nous avons traversée, a près de cent pieds, et que
d’autres ont cent vingt pieds. J’estime que [a rue
par laquelle nous sommes entrés dans la ville Chi-
noise , peut avoir de soixante-dix à quatre-vingts
pieds de largeur , et que celle de la ville Tartare
en a un peu plus. En général, les rues principales
sont larges ; mais celles de traverse le sont beau-
coup moins, et elles ont des barrières que lon ferme
Ja nuit /n.° 11), usage qui est ordinaire à la Chine.
Le coup d'œil des rues de Peking n'est pas
beau /n* 4 et 11) ; les maïsons sont basses et sans
alignement ; certaines boutiques avancent, d’au-
tres sont en arrière; les unes sont belles et les
qq 一 or
{a) Le P. Duhalde, some J, page 61.
SUR LES CHINOIS. 41
autres misérables. Les piliers qui sont placés en
avant des boutiques , quoique bien dorés et vernis,
ne font pas un bel effet, parce qu’ils sont plus ou
moins élevés , et que d’ailleurs ïl n’y en a pas
par-tout /a). L'ancienne rue de la Porcelaine , à
Quanton, est beaucoup mieux, et les piliers sont
d’une forme plus égale.
Dans lenceinte extérieure du palais, les mai-
sons sont uniformes et je coup d’œil plus agréable;
cette enceinte, dans laquelle nous avions noire lo-
gement , est appelée Hoang-tching. Ses murs ont
de quinze à dix-huit pieds de hauteur; is sont
rouges et couverts avec un petit toit en tuiles
jaunes /n° 9). L'empereur Yong-lo, en formant
cette enceinte, à laquelle on donne près de deux
lieues de tour , Pavoit destinée pour y bâtir uni-
quement son palais; mais ses successeurs en ont
concédé différens emplacemens à des particuliers,
et plusieurs marchands sont venus s’y établir. C’est-
à qu’on trouve le iac Van-yeou-tien, et l’île où est
la pagode Pe-ta / n° 2), Les missionnaires François
demeurent dans ce quartier.
Après avoir traversé l'enceinte extérieure, on
arrive au pied du Kong-tching ou enceinte inté-
rieure du palais : il est formé par un rempart haut
(a) Une inscription mise sur ces piliers, annonce ce que vend
je marchand, ct prévient qu’il ne trompera pas l'acheteur.
42 OBSERVATIONS
de vingt-cinq à trente pieds ; un fossé avec de l'eau
entoure Îles murailles , et lon passe sur un pont
avant d'entrer sous les portes, qui sont au nombre
de quatre, composées chacune de trois ouver-
tures , et surmontées de très-beaux pavillons.
L’épaisseur des murs, sous ces édifices , est con-
sidérable et peut avoir jusqu’à quarante-cinq pieds
(n° 10).
Le Kong-tching a dix-sept cents toises de
circuit : cet emplacement renferme le palais. J’a-
vouerai que ja vue du palais fait impression; ia
grandeur et étendue des bâtimens en imposent,
et leur symétrie plait. Cette multitude de pièces
de boïs qui entrent dans ja construction des toits,
la contournure relevée de leurs extrémités , Îles
dorures, les peintures, forment un très-bel effet ;
enfin les tuiles vernissées d’un beau jaune, et les
boules dorées placées sur le haut des pavillons,
ont quelque chose d’agréable.
L'étranger qui, des extrémités de l'univers, se
trouve transporté dans les vastes cours du palais
de Peking, lorsqu'il jette les yeux sur cette quan-
tité de galeries , de portiques et de salles immenses,
rangées dans un ordre suivi et régulier; lorsqu'il
traverse ces murailles épaisses , qu'il considère ces
portes qui constamment fermées ne s’ouvrent que
pour l’empereur ; létranger, dis-je, ne peut se
défendre d’une certaine admiration , sur-tout s’il
SUR LES CHINOIS. 43
vient à réfléchir que tout ce qu'il a devant les yeux
ne ressemble en rien à tout ce qu’il a vu, à tout
ce qu'il a admiré jusqu'alors.
Mais , si l'extérieur du palais impérial plaît et
séduit, l'intérieur cause une surprise bien diffé-
rente , le charme disparoît entièrement : autant les
murailles et les bois sont chargés en dehors de
peintures, de vernis et de dorures , autant l’inté-
rieur est simple et privé d’ornemens. Des papiers
blancs ; quelquefois, maïs très-rarement, des pa-
piers à fleur, en font toute la tenture : en un mot,
l'architecture du palais suit le caractère de Ia na-
tion , tout est à l'extérieur et rien à l’intérieur.
La cour qui précède Ia salle impériale, est belle ;
elle est traversée par un ruisseau sur lequel ïl y à
cinq petits ponts en marbre blanc.
La cour où les Hollandois firent leur dernier
salut, est vaste, et l'entrée en est magnifique.
Cette entrée appelée Ou-men, est formée de trois
portes surmontées d'un beau pavillon placé entre
deux galeries. Auprès de la porte Ou-men, ilya
des magasins , au-dessus desquels sont de superbes
pavillons, dont les toits portent à leurs sommets
de grosses boules dorées.
C'est dans cette cour que les princes du sang
vont tous les mois prendre Îles ordres de lem-
pereur , et que les princes tributaires font hom-
mage au souverain , soit en personne , Soit par
44 OBSERVATIONS
leurs envoyés , en remplissant les cérémonies du-
sage. Voici en quoi consiste cet hommage :
Le maître des cérémonies, qui est un des pre-
miers mandarins du Ly-pou, ou tribunal des Rites,
s'étant placé près de ja porte Ou-men, crie d'une
voix haute et perçante :
Pay-pan /mettez-vous en ordre];
Tchouen-chin / tournez-vous] ;
Kouey /mettez-vous à genoux ];
Ko-teou / frappez la tête contre terre];
Tsay-ko-teou /frappez encore];
Yeou-ko-teou / frappez de nouveau];
Ky-lay //evez-vous ].
On se remet encore à genoux, et Ton recom-
mence deux fois le salut ; ainsi Fhommage consiste
à faire trois fois trois saluts. Après le dernier, le
mandarin crie :
Ky-lay //evez-vous ];
Tchouen-chin /tournez-vous);
Pay-pan /mettez-vous en ordre]; puis il se met à
genoux lui-même devant la porte et dit :
Chao-y-py / Seigneur, les cérémonies sont terminées J.
L'empereur loge dans la partie septentrionale
du palais , avec l’impératrice appelée Hoang-heou.
La seconde reine habite le côté de Fest, et en
prend la dénomination de Tong-tsong / song dè
l’est ]. La troisième demeure à ouest, etse nomme
Sy-tsong / Tsong de l'ouest ].
SUR LES CHINOIS. 45
Les concubines de l’empereur s'appellent Kong-
nuu , et celles que lempereur préfère prennent
le nom de Fey.
Outre les appartemens du palais, on trouve
dans l’espace qui existe entre ces appartemens et
l'enceinte nommée Kong-tching, des édifices con-
sidérables et d’autres moins étendus ; il y en 3
même de très-mesquins. Les ministres ont aussi
leur résidence dans cette enceinte, mais ce n’est
que pour le temps où ils sont à la cour.
Après le palais, la belle disposition des temples
fixe l'attention. Je ne parlerai pas de ceux qui
sont dans Ja ville Chinoise, car il nous a été
impossible de les voir. Le premier est celui du
Tien-tan / éminence du ciel ] : Pempereur y fait un
sacrifice au solstice d'hiver ; cependant il paroît
qu'il visite cette pagode dans d’autres circons-
tances.
Le second temple est celui du Ty-tan /éminence
de la terre] : Yempereur y sacrifie à la terre au sols-
tice d'été. Ie P. Magalhens soutient, au contraire,
que l'empereur fait ce sacrifice dans le Miao , ap-
pelé Pe-tien-tan ; il prétend aussi que c'est dans
le Ty-tang que l’empereur est couronné et qu'il
laboure une portion de terre, tandis que les
missionnaires disent que cette dernière cérémonie
a lieu dans un temple appelé Sien-nong-tang.
Cette différence d'opinion vient sans doute de ce
46 OBSERVATIONS
que, dans la pagode Ty-tan, l'endroit où laboure
l'empereur se nomme Sien-nong-tan /éminence
des anciens laboureurs ], et non Sien-nong-tang ;
car il est essentiel de ne pas confondre les mots
Chinois Tan et Tang. Tan veut dire éminence, et
Tang salle, Le Tang renferme ordinairement le
Tan, l'éminence ou le lieu où l’on fait le sacrifice,
et qui est toujours plus élevé. Au reste, cette
expression prouve bien que les premiers Chinois,
à l'exemple des peuples de lantiquité, ont toujours
fait leurs oblations sur Îles hauteurs.
Les temples dont je viens de parler et plusieurs
autres particuliers, contribuent à embellir la capi-
tale ; mais si Peking pris en général, étonne par
son immense étendue, par la grandeur de ses édi-
fices et par la largeur de ses rues, le contraste qu'il
présente est encore plus surprenant. « Le dedans
des maisons des grands, dit le P. Souciet, est
propre et bien ordonné , mais l’intérieur des de-
meures ordinaires est peu de chose. Le train des
princes et des grands est magnifique ; mais , à
l'exception des personnes qui leur sont attachées
et des madarins, on peut dire que Peking n’est
rempli que de gueux. » Le rapport de ce mis-
sionnaire , quoique sévère , est exact ; car dans
le palais même les appartemens ne sont tapissés
qu’en papier blanc , à exception de deux ou trois
pièces où lon voit du papier à fleurs. Lorsque nous
SUR LES CHINOIS. 47
accompagnâmes l'empereur le jour de notre pre-
mière audience , les mandarins et les gens de ja
cour étoient bien vêtus, mais la majeure partie
de ceux qui nous entouroient étoit bien loin de
leur ressembler. En un mot, la capitale de lem-
pire Chinois n'offre point l'ensemble auquel on
doit s'attendre , d’après ja relation de certains
auteurs. JI en est de même de sa population :
suivant les différens écrivains qui ont parlé de
Peking cette ville contient vingt, quinze, dix,
huit, enfin quatre millions d'habitans. « C'est,
» dit le P. Gaubil, une grande exagération ; car,
> outre les vastes enclos du Sien-nong-tan et du
> Ty-tan, la moitié de ja ville Chinoise est déserte,
»ou renferme des champs, des jardins et des
» sépultures. Le palais impérial, les jardins, les
» lacs , les maisons des grands et les pagodes,
» occupent plus de la moitié de fa ville Tartare ;
> enfin , il n'y a pas autant de logement dans
» Peking que dans Paris. »
« Si l'on fait réflexion, avance je P. Le Comte,
» que les maisons Chinoises ne sont ordinairement
» que d’un étage, on verra que Peking ne con-
> tiendra pas plus de logement que Paris, et même
» moins, parce que les rues en sont incompara-
» blement plus larges, que le palais immense de
> l'empereur est peu habité, qu'il y a de vastes
» magasins et de très-orands espaces remplis par
48 OBSERVATIONS
» des huttes ou petites maisons destinées pour fes
» Chinois qui viennent dans la capitale se faire
» recevoir docteurs ; d’où lon peut fixer la popu-
» lation de Peking à deux millions. » C’est à ce
nombre que M. Staunton s’est arrêté.
Lorsque je quittai notre maison à Peking, je par-
courus une portion de ia ville Tartare, en suivant
des rues de traverse, et je n’y rencontrai personne.
Je traversai la ville Chinoise par une diagonale,
depuis la porte Tartare jusqu’à la porte Chinoise,
et je ne vis que des fondrières et des terrains
arides ; enfin, je croyois être en pleine campagne
lorsque la voiture rentra dans ia rue principale,
auprès de la porte.
Je sais bien que la ville Tartare est mieux bâtie
que la ville Chinoise ; mais jy ai aperçu aussi de
grands emplacemens absolument vides ou remplis
de petites baraques.
La foule étoit considérable lorsque nous entrâmes
dans 了 Peking ; mais cetoit le moment où l’on venoit
d'ouvrir les portes. Un grand nombre de paysans
apportoient des provisions ; quantité de charrettes,
de chariots , de chameaux et d’autres bêtes de
somme, entroient à-la-fois pour se répandre ensuite
par toute la ville. Cette foule, qui continua tout
le temps que nous fûmes dans la première rue,
diminua beaucoup dès que nous eûmes pris par
la seconde ; et ce que nous Vimes de monde dans
Ia
SUR LES CHINOIS. 49
la ville Tartare n’étoit pas considérable ; dans ie
quartier même de empereur il n’y en avoit que
médiocrement. Enfin, lorsque nous quittâmes Ia
capitale, quoique le soir et à l'instant de fermer
les portes , il s’en faut de beaucoup que nous
ayons trouvé la route aussi fréquentée qu’à notre
arrivée. On ne peut donc juger de ia vraie popu-
lation de Peking par celle qui se montre dans
certaines circonstances.
En allant à Yuen-ming-yuen, et sur-tout en
revenant, nous rencontriämes du monde sur fa
route, et nous en vimes beaucoup de rassemblé
dans plusieurs carrefours de la ville ; mais on ne
peut en rien conclure, parce que les rues que
nous suivimes sont les plus passantes, et que
d’ailleurs l'empereur étant alors dans ses jardins,
toutes les personnes qui avoient affaire à la cour
étoient forcées den prendre le chemin.
IL est d'usage à la Chine que certains ouvriers
travaillent plutôt chez les particuliers que chez eux;
aussi en voit-on continuellement dans les rues,
soit pour se rendre chez leurs pratiques, soit
pour en chercher de nouvelles. Les barbiers sur-
tout, dont je nombre est considérable , n’ont pas
de boutiques fixes comme en Europe ; Is rasent
dans ja rue ou dans les maisons. Les forgerons
même portent avec eux leurs outils les plus néces-
saires, et raccommodent sur [a place les poêles ou
TOME III. D
59 OBSERVATIONS
autres ustensiles de fer qui sont cassés. Enfin,
tous ces gens qui, dans nos cités, sont ordi-
nairement sédentaires , la Chine , au contraire,
vont et viennent sans cesse, et augmentent par
conséquent ja foule. If faut ajouter que l'usage ne
permettant pas aux personnes du bon ton d'aller
à pied dans les rues de Peking , toutes celles qui
sont un peu aisées ou qui remplissent des places,
sont obligées d'aller en voiture ou à cheval, suivies
d'un ou de deux domestiques. Les mandarins en
ont un plus grand nombre , et les grands seigneurs
ne paroissent pas en public sans être accompagnés
d'une trentaine d'hommes à cheval ou à pied. Si la
même coutume avoit lieu dans les villes d'Europe,
les rues y seroïent pour je moins aussi embarras-
sées que celles de Ia Chine , sans que pour cela
on pût croire à une population extraordinaire.
Lorsqu'on a dit qu'il y avoit plusieurs millions d’ha-
bitans à Peking , on a jugé sur les apparences, et
c'est ce qui a trompé. Il en est de même pour
Quanton : suivant certains auteurs, la population
de cette ville est énôrme. Maïs pourquoi ces écri-
vains ont-tfs parlé de cette manière! C'est qu'ils
ont vu Quanton dans le temps où Îles vaisseaux
étrangers y viennent faire le commerce. S'ils y
étoient restés après le départ des navires, ils au-
roient trouvé que ces mêmes quartiers , naguère
remplis de coulis, de porte-faix et d’une foule
SUR LES CHINOIS. Sr
d’autres personnes, n'offroient plus alors que de
vastes solitudes.
Nous avons fait voir que les usages des Chinois
font paroître la population de Ia capitale plus
nombreuse qu’elle ne l'est réellement ; examinons
maintenant, d’après la manière de construire, si
cette ville est plus peuplée que Paris.
Les maisons et les boutiques des Chinoïs sont
toujours bâties le long des rues les plus fré-
quentées : or, les rues dans leurs villes étant assez
ordinairement placées d’équerre, il reste dans Ie
milieu de grands terrains vides ou occupés par
des maïsons chétives et de peu d'apparence ; c’est
ce qui a lieu à Peking.
Les habitations du peuple mexigent pas à Ia
Chine un grand espace, il faut en convenir ; maïs
celles des marchands un peu aisés sont considé-
rables : souvent même ils ne couchent pas dans les
maisons où sont leurs boutiques ; ils vont le soir
dans un autre quartier où demeurent leurs feimes
et leurs enfans ; et si ces marchands sont riches,
ils ont quelquefois un logis séparé pour chacune
de leurs concubines.
Je ne parle pas des palais des grands, des tem-
ples et des autres édifices qui existent dans Peking ;
on a vu plus haut ce que les missionnaires en
disent. Je borne mes observations aux maisons
des particuliers, qui proportionnellement doivent:
mp2
92 OBSERVATIONS
toujours contenir beaucoup plus de monde que
celles des mandarins et des marchands.
Si fon suppose que je logement d’une famille
Chinoise ne demande pas autant d'espace que jie
logement d’une famille Européenne, on a raison;
mais il faut considérer qu’une surface donnée de
terrain sur laquelle logeroit à Peking un nombre
assez limité d’habitans , en reçoit bien davantage
à Paris, puisque dans ja première de ces villes les
maisons n’ont qu’un rez-de-chaussée , tandis que
dans ja seconde elles ont cinq, six étages, et quel-
quefois plus ; et que par conséquent une seule
habitation occupe là, en superficie, autant d’em-
placement que cinq ou six ict : de sorte que si Fon
applique ce calcul aux logemens des pauvres, où
toute ja famille vit pêle-mêle , dans l’un comme
dans l’autre pays, on conviendra qu’en France les
maisons sont peuplées cinq et six fois autant que
celles de ja Chine ; et quoique ja proportion ne
soit pas tout-à-fait ja même pour les demeures
des gens plus aisés, elle est toujours en faveur
de mon opinion , puisque les Chinois de cette
classe ne sont pas logés , comme je fai dit plus
haut, aussi à létroit qu'on se limagine commu-
nément.
Je n’ai pas été assez long-temps à Peking pour
pouvoir calculer avec précision sa population : je
ne réfute donc aucun des auteurs qui en ont parlé ;
SUBRPLES! CHINOIS. 53
mais en supposant que cette ville soit plus peuplée ;
comme je le crois, que la plus grande ville d'Eu-
rope, je ne pense pas que ses habitans excèdent
de beaucoup un million, et certes ce nombre pa-
roîtra déjà assez considérable ,sur -tout si lon
pense aux approvisionnemens nécessaires à sa sub-
sistance. Que seroit-ce si Peking contenoit vingt,
dix, et même quatre millions d'individus ! Les
auteurs qui lui ont supposé une telle population,
n’ont pas fait la réflexion qu’il seroit impossible
de la nourrir.
Aprèsavoir donné une idée de la capitale de Tem-
pire Chinois, et de ses habitans, on me permettra
quelques remarques sur fentree des Anglois à
Peking et de relever certaines erreurs dans Îes-
quelles est tombé M. Staunton.
Les Anglois ont dà entrer par la porte de Ja ville
Tartare, appelée Tchao-yang-men, et suivre en-
suite une large rue qui continue presque jusqu’au
mur de lenceinte extérieure du palais. En regar-
dant à gauche, dit M. Staunton, « on aperçoit un.
> bâtiment qu'on dit être un observatoire érigé
» par l'empereur Yong-lo. > 了 a dû être difficile à
M. Staunton, de voir cet observatoire qui est à um
tiers de lieue au-dessous de ja porte par laquelle
il est entré dans la ville. Cet édifice d’ailleurs n’a
pas été bâti par Yong-lo, qui régnoit en 1404,
et qui est mort en 1425; mais. par Kia-tsing,
D: 3
s4 OBSERVATIONS
onzième empereur des Ming, en 1522, c'est-à-
dire, cent dix-huit ans plus tard.
Arrivé à la porte septentrionale de lenceinte
extérieure du palais, le voyageur Anglois s'arrête
pour décrire une partie des jardins de lempe-
reur. H n’est pas aisé de comprendre comment
M. Staunton a pu voir, par une porte, derrière
laquelle il y a des bâtimens, les jardins qui sont
un peu plus à ouest.
« En avançant vers ouest on nous montra,
> ajoute M. Staunton , la maison où demeuroïent
» quelques Russes ; et, ce qui étoit plus singu-
» lier, une bibliothèque composée de manuscrits
» étrangers , parmi lesquels existoit , disoit-on,
» une copie du Koran en Arabe. » L'auteur a bien
raison de dire que tout cela étoit singulier; car
comment a-t-il pu voir la maison des Russes, qui
est située au-delà du palais, le long de Ja muraille
méridionale , près de lenceinte extérieure , et à
plus d’une lieue de Fendroit où se trouvoient les
Anglois !
If existe encore , il est vrai, une maison Russe
dans Île nord-est de Peking , auprès des murs ;
mais il ne faut pas la confondre avec [a maison
Russe où est la chapelle qui sert au culte des per-
sonnes de Îa caravane ; la première a été bâtie
du temps de Kang-hy , par des Russes qui vinrent
s'établir à Peking. Les Chinois appellent ceux qui
SUR LES CHINOIS. s5
Phabitent, Lo-tcha ; et leur chapelle, Lo-tcha-
miao. Il ne reste de ces émigrés que deux ou
trois familles qui ont été incorporées dans les ban-
nières Tartares; mais leur maison, quoique un peu
plus rapprochée que Pautre, étoit trop éloignée de
M. Staunton et séparée de lui par un trop grand
nombre d'habitations pour qu'il pût en découvrir
même fa position.
Nous avons traversé Peking plusieurs fois, et
certes les Chinois ne nous auroïent pas permis
de nous arrêter , encore moins de visiter une biblio-
thèque. M. Barrow , qui paroît être un observateur
attentif, ne dit point qu’il se soit arrêté en route.
On remarque d’ailleurs que ces deux voyageurs ne
sont pas toujours d'accord , tant il est vrai que les
hommes les plus éclairés voient diversement jies
mêmes choses , et que le plus simple événement
rapporté par deux historiens, varie quelquefois,
et souvent paroît totalement différent.
POPULATION.
PLUSIEURS personnes ont écrit sur la popula-
tion de la Chine; les missionnaires principalement
nous ont donné des notions intéressantes sur cette
matière; mais la plupart, séduits par limmense
étendue de cet empire; ou calculant le nombre
des habitans d'après celui qu'ils ont vu dans cer-
tains cantons, en ont déduit des conséquences
D 4
NÉ OBSERVATIONS
un peu trop fortes. D’autres voyageurs, trompés
par le rapport des Chinois, ont adopté aveuglé-
ment les notes qu’ils en ont reçues, et nous ont
présenté [a population de cet État comme beau-
coup plus considérable que nous ne lavions crue
jusqu'alors.
J'ai consulté moi-même Îles Chinoïs ; mais les
ayant trouvés en contradiction les uns avec les au-
tres, j'ai jugé qu’il n’étoit pas prudent de les croire
sur parole ; car nul peuple au monde n’est plus dis-
posé à exagérer tout ce qui regarde sa nation. Ils
se font peu de scrupule de tromper un étranger,
d'autant plus que leur vanité se trouve récompensée
par l'importance qu’ils croient se donner à eux-
mêmes en augmentant la force et la puissance de
leur pays.
Tout en suivant les états qu'ils m'ont fournis,
Jexaminerai moi-même si le sol des provinces peut
subvenir à la nourriture de ses habitans ; si Ia Chine,
dans les cas de disette, peut trouver des secours
étrangers, et si le nombre d'hommes est propor-
tionné à l'étendue de chaque province; enfin, je
tâcherai de faire voir que sa population n’est pas
plus considérable que celle des autres pays à terri-
toire égal.
Les réflexions que je me permets de hasarder,
sont le résultat d’un voyage que j'ai fait dans Tin-
térieur; non que j'aie la prétention de dire que
SUR LES CHINOIS. $7
j'ai tout examiné, cela étoit impossible ; maïs ce
que j'avance est fondé sur des rapports et sur des
observations pesées avec [a plus stricte impartia-
lité.
La rareté ou ja disette des vivres , est le plus
grand obstacle au progrès de la population ; or,
si l’on suppose un accroissement dans celle-cr, ïl
faut en supposer un pareil dans les subsistances :
mais comme il est reconnu que les hommes pro-
duisent plus promptement que la terre ne Sa-
méliore , il résulte donc en définitif un manque
d’alimens : de à naissent ja misère, la pauvreté,
les maladies et les mortalités, fléaux destructeurs
qui absorbent la surabondance de [a population,
et l'entretiennent dans un juste niveau ; or, nul
peuple n’est peut-être autant exposé que les Chi-
nois , à ces fatales conséquences.
Les terres labourables, dit le père du Halde/a),
sont en général assez fertiles, et rapportent deux
fois chaque année en certains endroits; mais comme
elles ne sont pas en quantité suffisante dans plu-
sieurs provinces, la plupart remplies de montagnes,
il s’ensuit que ce qui se récolte dans l'empire, suffit
à peine à la nourriture des habitans.
L’Yunnan , le Koey-tcheou , le Setchuen, le
Fo-kien , sont montueux : je Tchekiang est fertile
(a) Tome L.7, page 14.
58 OBSERVATIONS
à l’est; mais il y a des montagnes affreuses dans
ouest.
Les terres du Quang-tong et du Quang-sy,
fertiles le Iong de ja mer, deviennent presque
stériles dans Fintérieur.
Le Kiang-nan, une des provinces les plus peu-
plées , a plusieurs districts presque inhabités, et
pleins de montagnes : il y en a encore davantage
dans le Chen-sy et le Chan-sy.
Le P. Bourgeois /4) se rendant à Peking, fut
étonné de ne voir que des montagnes en entrant
dans je Kiang-sy. « J’aperçus, dit-il, à perte de
» vue des montagnes; arides, et au bas , peu ou
» presque point de terrain propre à la culture ;
> Jen témoignai ma surprise aux mandarins, en
> leur disant que, d’après les relations que j'avois
» lues de Ia Chine, je croyois que les montagnes
» étoient coupées en terrasses, et cultivées depuis
> je bas jusqu’en haut. Is se mirent à rire. Vous
» pouvez compter encore, lui répondirent-ils, sur
» cent lieues de pays à-peu-près dans le goût de
» celui-ci : que diriez-vous du Quang-sy, où sur
> dix parties, il y en a huit en montagnes stériles ;
» du Yunnan, du Setchuen, d’une grande partie du
» Fo-kien et du Petchely, qui sont presque tout
» couverts de montagnes ! »
{a) Mission. , tome VIII, page 295.
SUR LES CHINOIS. s9
« I] ne faut pas juger de la Chine, dit le P. du
> Halde /a) , par certaines contrées ; on en trouve
> d’autres d’une étendue de vingt lieues presque
» incultes et inhabitées. Le Honan et le Hou-
» kouang sont fertiles; mais le Honan a, du côté
» de l’ouest, de vastes terrains incultes et aban-
» donnés ; le Houkouang a des déserts encore plus
» considérables. »
Le Petchely, dont le terrain est sec, a besoin
des autres provinces pour sa subsistance ; tout ce
qui est au nord du Hoang-ho produit peu de riz,
et ne donne que du blé et du millet.
A partir du Yunnan /b), par le Kouey-tcheou,
le Setchuen, le Chen-sy, jusqu’à la grande mu-
raille, il n’y a que des montagnes affreuses et rem-
plies de sauvages. « La Chine, dit le P. de Pre-
> mare /c), quoique très-florissante et riche , est
> le pays le plus misérable, en ce qu'il ne suffit
» pas à la nourriture de ses habitans. »
J'ai tracé ce tableau d’après les récits des mis-
sionnaires , qui ont eu ja facilité de parcourir ja
Chine ; car si javois parlé d’après moi-même, on
m'auroit objecté, avec raison , que je n'ai pas tout
vu, et que ce que je dis n’est que pour sou-
tenir l'opinion où je suis, que la population de ja
(a) Tome Ir, page 15.
(b) Lettres édifiantes , nouvelle édition , rome XXII, page 177.
{c) Tome II, page 157.
69 OBSERVATIONS
Chine n'excède pas de beaucoup celle des autres
pays.
On vient de voir que la Chine par elle-même
suffit à peine à nourrir ses habitans ; il faut exa-
miner actuellement si elle peut être alimentée par
ses voisins.
Dans les temps de disette, disent les Lettres
édifrantes /a), la Chine ne tire aucun secours des
étrangers. On trouve bien au nord, dit le P. du
Halde / 4), les terres du Leaotong ; elles sont
bonnes et fertiles en millet et froment; elles nour-
rissent de grands troupeaux de bœufs et de mou-
tons, ce qu'on ne voit presque point dans les
provinces de ja Chine ; mais le Leaotong est peu
considérable , et sa partie orientale est déserte et
marécageuse.
Le Kirin-oula-hotun, qui s'étend jusqu’à la mer
de Fest, et qui comprend douze degrés en latitude
et vingt en longitude, est un pays froïd , rempli
de forêts et de montagnes, et si peu habité que
lempereur, pour en peupler Îles campagnes, y
_ envoie les Tartares et les Chinois condamnés à
lexil. Le terrain y produit du millet et de Favoine
dont on nourrit les chevaux , ce qui ne se fait pas
à la Chine, ainsi que je lai remarqué pendant
(a) Tome XXII, page 175.
(5) Tome IV, pages ÿ et suiv.
SUR LES CHINOIS. 6r
mon voyage. Le riz et le froment sont rares dans
cette contrée.
Le pays de Tcitcicar qui confine avec les Mos-
covites , est médiocrement bon , et ja terre y est
sablonneuse.
Dans la partie du nord-ouest, les terres des
Mongoux occupent une étendue de près de troïs
cents lieues de Fest à l’ouest et de deux cents du
nord au sud. Sous le nom général de Mongoux,
on comprend les Éleuths , les Kaïlkas et les Mon-
goux proprement dits. Tous ces peuples habitent
sous des tentes, vivent de leurs troupeaux et de
leur chasse ; ennemis du travail, ils aiment mieux
ce genre de vie que cultiver la terre.
Les Éleuths habitent les pays situés entre ia mer
Caspienne et les monts Altaï ; ils ont au nord les
Moscovites et au sud jes Tartares Yusbeks. Ces
pays, par leur éloignement et par la manière de
vivre des habitans, ne peuvent rien fournir aux
Chinois.
. Les Kalkas sont plus rapprochés : Jeur pays
s'étend de lest à l’ouest, depuis la province de
Solon jusqu'aux monts Altaï, c’est-à-dire, dans une
longueur de plus de deux cents lieues ; et du nord
au sud, depuis les cinquante et cinquante etunième
degrés jusqu’à la fin du désert de Cobi ou Chamo,
qui comprend un espace de près de cent lieues,
et s'étend ensuite par ramifications de différens
62 OBSERVATIONS
côtés. Toute cette région est sèche , sablonneuse
et ja plus stérile de ja Tartarie : on y trouve seu
lement en quelques endroits des étangs et des
pâturages où les habitans mènent ieurs troupeaux.
La meïlleure partie du terrain des Kalkas est celle
qui est proche du Kerson-pira, de 'Ourson-pira
qui se jettent dans le [ac Coulon-nor, et forment
ensuite ja rivière Ergoné, qui se rend dans je
Saghalien-oula ou fleuve Amour. Tous les peuples
qui habitent ces pays ne s'appliquent, comme les
autres Tartares , qu'à élever des troupeaux, et
lon ne peut rien voir de plus misérable que ces
Kalkas.
Les Mongoux habitent au-delà de Ia grande
muraïlle ; leur pays, qui s'étend de l’est à l’ouest,
depuis je Leaotong jusque vers Ning-hia, Ia ville
ja plus septentrionale du Chen-sy, est peu propre
à la culture, le terrain étant trop sablonneux. Le
Cariching est meilleur, mais 这 n’a tout au plus
que quarante-deux lieues du nord au sud sur une
largeur plus considérable ; c'est [à que l'empereur
fait ses chasses. Les Mongoux vivent sous des
tentes, ét mènent la même vie que jes autres
Tartares.
Des montagnes escarpées séparent Je Chen-sy
du Kokonor, et Ile commerce des Chinois avec
ces Tartares est très-médiocre.
Au-dela des montagnes inaccessibles situées à
SUR LES CHINOIS. 63
ouest du Setchuen ; on rencontre les Toufan ,
peuple civilisé qui habite un pays généralement
montueux. Les Sifan ou Toufan vivent sous des
tentes et nourrissént des troupeaux ; {a rhubarbe
est la seule chose que ce pays fournisse aux
“Chinois.
L’Yunnan confine avec des peuples sauvages
et avec les royaumes d’Ava et du Pegou ; des mon-
tagnes défendent fentree de cette province , et
son commerce est foible.
Du côté du midi, des montagnes séparent ja
Chine des royaumes de Laos et de Tunquin. Ces
pays sont mal-sains , incultes , sauvages et remplis
de rivières et de torrens dangereux ; le commerce
est très-borné. La Chine ne communique avec le
Tunquin que par une partie de ja province du
Yunnan. Ce royaume produit du riz, du maïs,
du millet; mais les secours que les Chinoïs peuvent
en tirer sont médiocres.
Le royaume de Corée, situé à Test du Leao-
tong , est fertile, quoique montagneux ; mais son
commerce avec ia Chine n’a jamais consisté en
grains.
Tout le reste de l'empire est borné au sud et à
iest par la mer. Il peut recevoir quelques secours
de Manille ; maïs ils sont insuffisans, et néanmoins
si recherchés, que, dans les cas de disette, j'ai vu
exempter de tous droits de douane les vaisseaux
64 OBSERVATIONS
Espagnols qui apportoient des cargaisons de riz
à Macao ou à Quanton.
Il résulte donc de tout ce que nous venons
de dire, que la Chine, entourée de montagnes
impraticables ou de peuples errans , vivant sous
des tentes, et ne s’occupant que de leurs trou-.
peaux et fort peu d'agriculture, ne peut attendre
aucun secours alimentaire des pays qui lenvi-
ronnent, et qu'elle est obligée de tirer d'elle-même
sa subsistance et de vivre de ses propres ressources.
Le gouvernement en est tellement persuadé, qu'il
a fait construire de grands magasins pour con-
server les grains. On en voit de considérables à
Peking et à Tong-tcheou pour subvenir aux be-
soins de la capitale. I] y en a aussi dans chaque
province; mais ces magasins sont mal administrés :
les préposés , sous prétexte de prévenir la dété-
rioration du riz que lon y tient en réserve, sollt-
citent et obtiennent presque toujours Ja permis-
sion de le vendre , avec l’injonction seulement de
le remplacer par du nouveau après [a moisson.
Mais, s’il arrive que la récolte ne soit pas bonne,
car le riz est sujet à manquer, il n’est plus possible
de remplir les magasins; Us se trouvent vides alors,
et dans les temps de disette le peuple n’en peut
tirer aucun secours. Cependant , quand même
on supposeroit ces magasins bien administrés ,
comme ils ne doïvent contenir que le dixième de
Ja
SUR LES CHINOIS. 6$
la récolte, et comme on prélève sur ce dixième fa
paye des mandarins et des soldats, le surplus ne
pourroit nullement suffire aux besoins des habi-
tans : par conséquent les vues du gouvernement
ne sont pas remplies, et ses précautions deviennent
insuffisantes. Quant aux secours que les provinces
peuvent se donner les unes aux autres, c’est fort
peu de chose. Les Chinois ne cultivent ordinaire-
ment que ce qui est indispensable pour leur propre
consommation , et non pour se procurer un excé-
dant qu'ils puissent mettre en réserve, et vendre
ensuite dans certaines circonstances : ainsi chaque
canton n’a que son nécessaire , et ne peut rien
donner à ses voisins.
Ce qui contribue encore à enlever à Ia nour-
riture des hommes une portion considérable de
grains, c’est ja grande consommation qu’on en fait
dans la fabrication des eaux-de-vie ; car, malgré
les ordonnances réitérées de ja cour pour prohiber
cette fabrication, on ne cesse de distiller des grains.
Toutes ces causes réunies occasionnent quelque-
fois de terribles famines, qui dépeuplent Ja moitié
des provinces : les pères exposent alors, vendent ou
tuent leurs enfans ; des milliers d'hommes périssent,
et se mangent même les uns les autres, ainsi que
cela est arrivé dans le Chan-tong en 1786 / a),
(a) Lettre de M. Raux, missionnaire à Peking.
TOME III. E
66 OBSERVATIONS
A ces fléaux il faut ajouter les massacres qui sui-
vent ordinairement les révoltes. En 1783 et 1784,
les Mahométans , au nombre de cent mille, s'étant
révoltés, l’empereur les fit tous massacrer, ex-
cepté les enfans au-dessous de quinze ans. Si on
réfléchit ensuite que les troupes Chinoïses ne réta-
blissent pas toujours lordre dans les provinces
sans éprouver des pertes, comme en 1768, où
l'empereur perdit quarante mille soldats dans une
révolte du Yunnan, et peut-être bien davantage
dans les derniers troubles de File de Formose, on
aura une idée du nombre d'hommes qui doivent
périr dans certaines circonstances. Chez un peuple
concentré dans le pays qu’il habite, et qui ne fait
pas de colonies, ces sortes d’évènemens , extrème-
ment nuisibles à la population, en rétablissent
néanmoins l'équilibre et rendent moins sensible ie
manque de subsistances : C’est ce que cherche je
gouvernement Chinois; les moyens qu'il emploie
sont sans doute violens et barbares, mais ïl les
regarde comme nécessaires.
La Chine étant donc un pays mal partagé du
côté des vivres, n'ayant rien à attendre de ses voi-
sins, suffisant à peine à la nourriture de ses habi-
tans, porte en elle-même je germe de [a destruc-
tion , et elle est loin de prendre dans sa population
les accroïssemens considérables que certains au-
teurs ont voulu lui accorder, sans réfléchir que ces
SUR LES CHINOIS. 67
accroissemens eux-mêmes deviennent une source
de destruction alimentée par Îles famines , suites
inévitables d’une trop grande multiplication.
Considérons actuellement ia population des
provinces, d’après les états de différentes années,
et examinons si le nombre d'hommes assigné à
chacune est en proportion avec sa grandeur et
avec celle des provinces voisines.
Tableau de la Population de la Chine.
Dénombremens d’après
©
les Missionnaires,
le P. Allerstain,
les Anglois ,
Noms des provinces, en 1743. en 1761. en 1794.
Petchely. .... 16,702,765... 15,222,940... 38 millions,
Kiang-nan.... 26,766,36$... 4$,922,439... 32.
Kiang-sy..... 6,681,350... 11,006,640... 19.
Tchekiang... 15,623,990... 15,429,690... 21.
Po-kien si: 7164310353 %01008,06 3,67 ED
Hou-kouang.. 4,264,850... 16,909,923... 27»
Honan. ee 12,637;280... 16,332,507... 25.
Chan-tong... 12,159,680... 25,180,734... 24.
Chan-sp. 655117186969 47s . : 9,768,189 4077 27.
Chen-sy..... 14,804,035... 14,699,457... 30.
Setchuen.... ;15,181,710...:: 2,782,976... 27.
Quang-tong... 6,006,600... 6,797:597... 21.
Quang-sy. ... 1,1435450... 3:947,414... 10.
Yunnans: 全 下 区 92 2
Koey-tcheou. . aus AS het 4 HAOMRMAS.L à 170.
Leaotong. ... 235,620... 668,852... 1/
150,265,475. 198,214,552. 333 millions.
Il est difficile, ainsi que je lai dit plus haut ,
d'établir avec précision ja population de Ia Chine;
Le
63 OBSERVATIONS
mais il ne faut qu’un instant pour voir combien
ces états sont peu en proportion jes uns avec les
autres,
La population du Petchely, suivant les Anglois,
est plus grande que celle du Kiang-nan, tandis
que, selon les états de 1743 et de 1761, elle est
‘plus petite ; je m’en rapporterois de préférence à
ces derniers, puisque le Petchely est moitié moins
grand que le Kiang-nan , que le terrain d'ailleurs
y est mauvais, au lieu que la seconde province est
plus fertile et qu’elle a beaucoup de manufactures :
ainsi la note d’après laquelle on a assigné trente-
huit millions au Petchely et seulement trente-deux
au Kiang-nan , ne peut être que fautive. Maïs si
le P. Allerstain a suivi une proportion plus juste
dans leur population respective, est-il possible de
supposer, comme il le fait, quarante-cinq millions
dhabitans dans une province aussi petite que le
Kiang -nan, et dont Îa partie méridionale est |
remplie de montagnes ! Le Kiang-nan contient dix
mille lieues carrées, et la France /4) trente mille. *
Si lon regarde que ja population étoit considé-
rable en France en 1789, comment pourra-t-on
accorder à un pays trois fois plus petit, un nombre
d’habitans presque double !
Je ne m’arrêterai pas à discuter je dénombrement
EE EEC
{a) Avant la révolution.
SUR LES CHINOIS. 69
de chaque province en particulier ; ce qu’il est
essentiel de prouver, c’est que ces dénombremens
sont exagérés.
Les missionnaires, dans leurs calculs sur ia
population , se sont servis du nombre cinq pour
multiplier les familles. Ce terme est trop fort, et
il eût fallu en prendre un moyen, pour éviter de
tomber dans des erreurs inévitables avec une telle
base.
D’après d'Expilly et Mésance, le produit moyen
des mariages en France est de trois et quatre
enfans, quoique la durée du mariage en puisse
donner quatre ou cinq fois davantage. Un auteur
plus récent établit $ + -= pour terme moyen,
en multipliant le rapport des naissances avec les
morts, par le rapport des naïssances avec les ma-
riages. Mais si lon multiplie les mariages par cinq,
le résultat surpassera le nombre des naissances :
ainsi ce terme est trop fort. En balançant le nombre
des morts avec celui des naïssances, on trouvera
que le rapport des naissances aux mariages est de
4 + 7; mais ce terme, quoique plus modéré, ne
peut être exact, puisque les naissances n’appar-
tiennent pas toutes aux mariages contractés dans
Pannée, et que les morts proviennent, en outre,
tant de ja naissance de l’année que des naïssances
des années antérieures : en un mot, pour tout ce:
qui regarde la population, un simple relevé est
E 3
#0 OBSERVATIONS
préférable à une multiplication, et toute suppo-
sition en ce genre ne peut donner qu’une erreur.
Un dénombrement de l’année 1122, sous Hoey-
tsong des Song, donne vingt-huit millions huit
cent quatre-vingt-deux mille deux cent cinquante-
huit familles , comprenant quarante-six millions
sept cent trente-quatre mille sept cent quatre-
vingt-quatre bouches, ce qui ne fait pas deux per-
sonnes par famille. Un autre dénombrement de
Yan 1290, sous Chy-tsou des Yuen, porte à treize
millions cent quatre-vingt-seize mille deux cent six
le nombre des familles, et à cinquante-huit millions
huit cent trente-quatre mille sept cent onze celui
des personnes , ce qui est un peu plus de quatre
têtes par famille : ainsi, d’après les Chinois eux-
mêmes, le nombre cinq, employé comme multi-
plicateur , seroit souvent trop fort.
J'ai vécu long-temps à la Chine, et je nai pas
remarqué que les familles de ce pays eussent un
plus grand nombre d’enfans que celles d'Europe.
Si le climat rend les femmes plus précoces en Asie,
elles cessent aussi beaucoup plutôt d’être mères.
D'ailleurs , on ne peut supposer qu’à la Chine ces
mariages soient plus productifs qu’en Europe; car
il est reconnu que chez les peuples qui n’ad-
mettent pas la polygamie , la population est égale
et même plus forte que chez ceux où la pluralité
des femmes est permise. Ajoutons qu’un vice
SUR LES CHINOIS. 7E
anti-physique, généralement répandu chez ces der-
niers , nuit prodigieusement à laccroïssement de
Pespèce humaine. Il est vrai que ja dépravation
des mœurs et la polygamie étant beaucoup moins
communes chez les habitans de la campagne que
chez les gens aisés et dans les villes, ces causes y-
influent moins sur Ja population; maïs la pauvreté ,
la misère et les maladies, qui marchent toujours.
ensemble, doivent enlever un grand nombre den-
fans de cette classe, principalement dans des con-
trées où les secours nécessaires à leur conservation
sont rares ou manquent entièrement. Toutes ces
considérations font assez voir , ainsi que je lai déjà
dit, que le nombre cinq employé comme multi-
plicateur des familles est trop fort ; je l'emploieraï
cependant dans les états que je vais rapporter,
parce qu’en adopter un nouveau, ce seroit jeter
de ja confusion dans les calculs déjà faits; mon
but, d’ailleurs, est de prouver uniquement que
iaccroissement marqué dans ces états n’est pas
exact.
États de Population,
Années. Contribuables, Personnes.
(a) 1736..23,593,549 x 5 = 117:967:745 ] :
Exempts d’après 125,046,245. À.
le. RP. Amiot..… 7,078, 00. {
(a) Mission., some VI, page 290,
E 4
72 : OBSERVATIONS
Années. Contribuables.
(a) 1743.:30:043,09$ x $ = 1$0,265,47$.
Lxempéss: 7:078,500.
Contribuables.
(6) 1743..28,450,846 x 了 一 142,254,230.
ÉXEMPES. : 2 Ur 7,078,500.
人 196,8 37;977.
Excrapts:4,.... 7:078,500.
(dh Vars. lé Es si 198,214,553«
ÉXCIDDIS 。 - ec 7,078, 500. |
CT RTE TR TR de PL cn dd
Personnes.
| 157,3437975。 号 -
149,3 327 30. CC
203,916,477. D.
20$,293,0$3. E.
. 333:000,000. 下 。
Différence entre les diverses années.
Personnes.
Différence d'un an pour 7 ans, de AàB... 4,613,961.
Différence d'un an pour 7 ans, de Aa C... 3,469,498.
Différence d’un an pour 17 ans, de Bà D... 2,739,559.
Différence d'un an pour 17 ans, de C à
Différence d'un an pour un an, de Dà
P
,. 3:210,808.
Eu 13370907
: Différence d’un an pour 33 ans, de E à F... 3,869,907.
D'après ce tableau , la population a été en croïs-
sant de cinq huitièmes, et un peu plus depuis 1736
jusqu’en 1761, c’est-à-dire, dans espace de vingt-
cinq ans. En suivant la même proportion pour les
vingt-cinq années suivantes, elle auroit dû être en
1786, de trois cent trente-trois millions six cent
un mille deux cent huit individus ; et pour les huit
(a) Mission., tom. VI, page 279.
(b) Ibid. , page 291.
{e) lbid., page 292.
(d) Ibid. , page 374.
fc) Anglois.
SUR LES CHINOMIS. 73
années depuis 1786 jusqu’en 1794 de quatre cents
millions cent soixante -un mille quatre cent qua-
rante-huit individus ; tandis qu’au contraire elle ne
suit plus la même progression depuis 1761 à 1794;
et qu’au lieu de croître de cinq huitièmes, elle n’aug-
mente plus que de trois huitièmes et un peu plus,
sans que pourtant il ait existé de raison pour occa-
sionner une semblable diminution. La vérité est
que ces états sont inexacts, et que si la popula-
tion y est représentée comme toujours croissante,
cela provient de l'intérêt que les mandarins ont
à faire croire que ieurs provinces s’améliorent ,
parce que ce seroit déplaire à l'empereur , et nuire
à leur avancement , que de lui montrer une dimi-
nution quelconque.
Pour se convaincre du peu de vraisemblance
de ces états, il suffit dy jeter les yeux. Pourquoi,
par exemple , les résultats de l’année 1743, rap-
portés deux fois, présentent-ils entre eux une
différence de huit millions onze mille deux cent
quarante - cinq !
Comment ja province de Setchuen a-t-elle en
1743 (a), quinze millions cent quatre-vingt-un
mille sept cent dix personnes, tandis que dix-huit
ans après, en 1761, un état Chinois très-détaillé
ne lui en donne plus que deux millions sept cent
(a) Mission. , tome VI, page 291.
7Â OBSERVATIONS
quatre-vingt-deux mille neuf cent soiïxante-seize ,
c'est-à-dire, douze millions trois cent quatre-vingt-
dix-huit mille sept cent trente-quatre individus de
moins /a) !
Pourquoi faugmentation moyenne dans fa po-
pulation depuis 1736 jusqu’à 1760, et depuis 1761
jusqu’en 1794, est-elle de plus de trois millions par
an , tandis que dans une année, c’est-à-dire, de
1760 à1761, elle n’est que d’un million trois cent
soixante-seize mille cinq cent quatre-vingt-un!
Comment expliquer une différence aussi extraordi-
naire ? I faut nécessairement l’attribuer ou au vice
de ja méthode que lon suit en dressant les états,
ou à la mauvaise foi de ceux qui en sont chargés;
c'est ce dont le lecteur va se convaincre.
Suivant les missionnaires /b), durant Fespace de
quatre-vingts ans, depuis 1680 jusqu’à 1760, la
population a augmenté de quatre-vingts millions:
ce passage est d’autant plus remarquable, que com-
prenant les années énoncées ci-dessus, il détruit ja
prétendue augmentation de plus de trois millions
par an dans la population, puisqu'il ne la porte qu’à
un million , quantité égale à celle annoncée par les
états de 1760 à 1761. I prouve donc clairement
combien ces états sont faux , et combien il faut
être circonspect avant de les adopter.
(a) Mission. , tome VI, page 374.
(b) Xbid, rome XT, page 112.
SUR LES CHINOIS. AS
Une remarque à faire encore, et à laquelle les
différens auteurs qui ont écrit sur la population
n'ont pas eu assez égard, c’est qu’un accroissement
considérable dans ja population n’est pas toujours
possible, parce que plus le nombre des hommes
est excessif, moins il doit augmenter. Franklin
observe que ja faculté productive dans les animaux
n’est pas d’elle-même limitée, mais que les hommes
en se multipliant diminuent leurs moyens de sub-
sistance, et que jes privations qu'ils éprouvent,
réduisent nécessairement la population à un terme
moyen. Il y a long-temps qu’on a reconnu qu'une
des causes principales qui restrergnent laccrotïsse-
ment, étoit la difficulté de se procurer des vivres.
Si les années abondantes arrivoient plus fréquem-
ment, je genre humain, suivant sir James Steward,
seroït beaucoup plus nombreux. Naturellement,
dit Smith, les animaux multiplient en raison de
leur subsistance.
Différens auteurs ont cru que fa population
pouvoit être doublée en quinze ans, Petty pense
même qu’elle peut l'être en dix; cependant, le plus
grand nombre s'accorde à dire que ja population
double tous les vingt-cinq ans : mais en prenant
ce terme on auroit dû dire si lon avoit en vue un
pays déterminé, ou si lon rendoit l'application
générale ; car, dans ce dernier cas, on trouvera
peu de contrées, soit en Europe, soit ailleurs,
76 OBSERVATIONS
où Ja population ait reçu un pareil accroissement.
Aux États-Unis d'Amérique, où les vivres sont
en abondance, les mœurs pures, les mariages fa-
ciles , la population s’accroit considérablement dans
les villes, et encore plus dans les campagnes ,
dont les habitans, sans cesse occupés des travaux
de Pagriculture , ignorent les vices qui enlèvent
un grand nombre de personnes dans les cités ;
aussi les États-Unis nous offrentils une population
plus que doublée en vingt-cinq ans. Elle étoit, en
i774, de deux millions quatre cent quatre-vingt-
six mille ames, et en 1799, de cinq millions cent
vingt-sept mille sept cent cinquante-six. Mais en
prenant cet exemple, a-ton bien examiné com-
ment fa population de l'Amérique est composée ;
et de quelle manière elle s’est accrue! Combien
d'individus , de familles même ont quitté l'Europe
pour aller s'établir en Amérique, soit après la
guerre avec l'Angleterre , soit pendant ja révolu-
tion de la France! Cette augmentation, qui sort
du cours ordinaire de la nature et tient à des cir-
constances particulières, ne peut entrer en ligne
de compte pour un véritable calculateur. ii ne doit
considérer que la population indigène s'accrois-
sant par son propre produit et non par des causes
étrangères : ainsi lon ne doit pas conclure de ce
que la population a doublé aux États-Unis depuis
son indépendance , qu’elle puisse suivre le même
SUR LES CHINOIS. 77
cours chez les autres nations. D'ailleurs , les États-
Unis se trouvent dans le cas des pays qui sont
susceptibles d’un grand accroissement , par fa fa-
cilité de s’y procurer des vivres, par l'étendue de
leur territoire et par le petit nombre de leurs ha-
bitans. IL n’est donc pas surprenant que la popu-
lation y ait augmenté et qu’elle augmente encore ;
mais lorsqu'elle sera parvenue au point où son
accroissement apportera les mêmes causes de des-
truction qui existent dans les grandes nations, alors
elle naugmentera que fort peu, et se mettra en
équilibre avec ses moyens de subsistance. C’est ce
que nous voyons à [a Chine, où la population est
loin de prendre l'accroissement accordé ordinai-
rement aux autres nations; effet produit par fa
trop grande quantité d’habitans réunis en une
seule masse, quantité cependant qui est fort au-
dessous des trois cent trente-trois millions d’indi-
vidus que les voyageurs Anglois assignent à cet
empire.
Nienhoff compte en 1650, après la conquête
de ja Chine par les Tartares, cent cinq millions
huit cent soixante-onze mille quatre cent trente
quatre individus. Sous Kang -hy le nombre de per-
sonnes Sejevoit à cent quinze millions cinquante-
deux mille sept cent vingt-quatre. En prenant un
milieu entre sept dénombremens, on trouve une
Population de cent douze millions quatre cent
7 OBSERVATIONS
soixante-sept mille neuf cent quatre-vingt-treize ,
et en y ajoutant les sujets exempts de contribu-
tion, que le P. Amiot estime être de sept millions
soixante-dix-huit mille cinq cents, on aura alors
une population moyenne de cent vingt-neuf mil-
lions cinq cent quarante-six mille quatre cent
quatre-vingt-treize. Si lon compare la Chine avec
la France, uniquement sous je rapport de leur
surface , la première étant presque six fois aussi
grande que lautre, et la population de cette der-
nière étant, en 1789, de vingt-cinq millions, celle
de la Chine sera de près de cent cinquante mil-
lions ; mais si lon a égard à ja quantité de terres
cultivables dans les deux empires, et que lon
mette en rapport la population avec fagriculture ,
on n'aura plus pour fa Chine que cent trente-sept
millions d'individus : ainsi, pour peu qu’on ajoute
quelque chose, on parviendra au terme de cent
cinquante millions, adopté par plusieurs auteurs ,
terme déjà assez fort et qu’il est impossible d'élever
au-delh sans admettre des hypothèses invraisem-
blables ou des ressources surnaturelles. En effet,
avant de donner une immense population à Ja
Chine , il auroit fallu examiner SI elle étoit pos-
sible d’après la quantité des terres cultivées : cette
quantité s'élevoit en 1745 à cinq cent quarante-cinq
millions d’arpens, et même on en peut admettre
actuellement six cents millions , parce qu’on doit
SUR LES CHINOIS. 79
croire qu’elles se sont améliorées. Si fon accorde
donc à la Chine une population de cent quarante à
cent cinquante millions, cet empire se trouvera,
proportion gardée , un peu plus peuplé que ja
France , et chaque individu y vivra sur quatre ar-
pens. Donner à la Chine deux cents millions de
personnes, c'est trois arpens par tête , Ce qui sup-
pose une population égale à celle des Provinces-
Unies. En mettant trois cent trente-trois millions,
ce n’est pas tout-à-fait deux arpens par tête , et c’est
établir une population beaucoup plus forte que celle
des Pays-Bas. Or, est-il possible de croire qu'un
empire contenant neuf cents millions d’arpens de
terre, dont six cents millions en culture, soit par-
tout aussi peuplé que la Hollande, qui n’en a que
douze à treize millions , ou plus que les Pays-Bas,
qui n’en ont que dix à onze ? On conviendra sans
peine que , Pagriculture étant plus susceptible
d'être perfectionnée dans un pays d’une médiocre
étendue , et les vivres pouvant s'y multiplier plus
facilement , [a population doit y prendre un ac-
croissement beaucoup plus grand et beaucoup plus
rapide que dans un pays d'une étendue soixante
fois plus considérable.
Toutes ces raisons démontrent assez clairement
que la population de fa Chine ne peut excéder
celle des autres pays ; et pour prouver définitive-
ment que ceux qui pensent le contraire sont dans
80 OBSERVATIONS
l'erreur, je vais rapporter ce que j'ai vu dans Îes
différentes provinces que j'ai traversées pendant
mon voyage. ù
Dans notre route pour nous rendre à Peking ,
en remontant la rivière depuis Quanton jusqu’à
Nan-hiong-fou, dernière ville de Ia province,
nous n’avons rencontré dans cet espace, qui est
de cent cinq lieues, que cinq villes éloignées Îles
unes des autres de dix-sept, dix-neuf, vingt-quatre
et vingt-huit lieues. La population dans les cam-
pagnes étoit très - ordinaire ; elle nous a paru un
peu plus forte dans les villes; maïs fa circonstance
de notre passage avoit amené du monde sur fa
route; et lorsqu’à notre retour nous avons visité
à notre aise les mêmes lieux, Îes habitans ne se
sont pas montrés plus nombreux que par-tout
ailleurs. Il en fut de même dans le Kiang-sy. Ex-
cepté en deux ou trois villes où notre arrivée avoit
attiré les habitans d’alentour , le nombre des in-
dividus n’avoit rien de surprenant. En parcourant
par eau la plus grande partie de cette province,
nous trouvâmes les villes à ja distance de douze,
quinze et vingt-cinq lieues, et ensuite à onze,
neuf et sept lieues : il n’y en a qu’une seule à
cinq et une à trois lieues ; enfin, nous ne vimes
que douze villes dans l'espace de cent seize lieues.
Lorsque nous eûmes quitté nos bateaux, et que
nous voyageämes par terre dans le Kiano-sy, et
| dans
SUR LES CHINOIS. ST
dans le Hou-kouang , dans un intervalle de qua-
rante lieues nous traversâmes quatre villes : comme
ja route passe au milieu des campagnes, des vil-
lages et des villes , il nous auroit été facile de nous
convaincre si les habitans y étoïent en grand nom-
bre; mais rien ne nous la prouvé,
Dans le Kiang-nan , en cent dix-huit lieues
nous rencontrâmes huit villes à onze, douze, qua-
torze , dix-huit et vingt-une lieues de distance
l'une de l’autre; et deux à cinq et à quatre lieues.
À l'égard de cette partie occidentale du Kian g-nan,
on ne peut être en doute un instant sur sa popu-
lation : elle est très-ordinaire.
Le Chan-tong ne nous a présenté successive-
ment, dans l'espace de quatre-vingts lieues, que
dix villes à des distances de vingt-deux, onze,
neuf, huit, six et cinq lieues et demie. Dans le
Petchely nous en trouvames autant, un peu plus
rapprochées cependant, puisque nous n’y fimes
que soixante - trois lieues ; mais quelles villes ! et
sur-tout quels villages ! fa plupart offroient laffi-
geant spectacle du dénuement le plus absolu ;
tandis que Peking, au milieu de tant d'objets misé-
rables , entouré de vastes muraïlles, orné de su-
perbes pavillons et de magnifiques palais, sembloit
à lui seul, si Pon peut s'exprimer ainsi, avoir
pompé et absorbé tous les pays d’alentour.
En quittant la capitale , nous suivimes, dans le
TOME III. F
82 OBSERVATIONS
retour , la même route jusqu’à la ville de T'e-tcheou,
où nous changeämes de direction pour prendre du
côté de l’est. Dans ce nouveau trajet nous fimes
_quatre-vingt-treize lieues dans le Chan-tong, et
nous passämes huit villes dont les trois premières
les plus voisines du Petchely, sont à huit et à
quatre lieues de distance , et les dernières à treize ,
quatorze, dix-huit et vingt lieues , et une seule à
sept lieues. Le terrain de cette partie du Chan-
tong n'est pas aussi mauvais que dans fa partie
occidentale de ja même province, aussi présente-
t-il une population plus nombreuse , sans néan-
moins être très-forte.
Parvenus dans Îa partie orientale du Kiang-
nan , portion la méilleure de la Chine , et que les
Chinois montrent de préférence aux étrangers,
nous trouvämes dans Îles environs de la digue qui
est élevée le Iong du fleuve Jaune, des bourgs
qui nous parurent très-peuplés : c’est d’après cette
population que les Anglois ont jugé, et c’est ce
qui les a induits en erreur.
En passant par les mêmes lieux que ces voya-
geurs, j'aurois pu croire comme eux que le nombre
des habitans étoit considérable ; maïs jai reconnu
que je me serois trompé si je m'en étois rapporté
à un premier coup d'œil. L'avantage que nous
avions de partir suivant notre volonté, nous a
mis à même de vérifier que cette population
SUR LES CHINOIS. 83
n’appartenoit pas toute entière aux endroits où nous
nous trouvions, mais qu’une bonne partie y étoit
venue des lieux circonvoisins. Ces bourgs si peu-
plés lors de notre arrivée , n'offroient presque
qu'un désert au moment où nous partions, et nous
apercevions dans ja campagne des bandes nom-
breuses d’habitans qui s’en retournoiïent dans leurs
villages.
Quoique ja partie du 下 iang - nan, avant le
Hoang-ho, soit bonne, cependant nous ne vimes
dans l’espace de quarante lieues, que deux villes à
Ja distance de vingt-quatre et quinze lieues ; ensuite
trois autres après avoir traversé ce fleuve, et avant
d’être à Tsin-kiang-fou au-delà du Kiang, c'est-à-
dire, dans Tintervajle de vingt-huit lieues. Cette
portion du Kiang-nan , après le fleuve Kiang, est
belle et bien peuplée; les bourgs sont plus rap-
prochés, et dans l'espace de quarante-deux lieues
on trouve cinq villes à quatre, cinq, sept, huit et
neuf lieues les unes des autres.
Entrés dans la province de Tchekiang , nous
parcourûmes vingt-deux lieues avant de voir
une ville ; mais comme les canaux font des dé-
tours , nous laissâmes sur Île côté une ville du
premier ordre et une du troisieme ; néanmoins
en comptant ces deux villes, nous n’en passâmes
que douze pendant les quatre-vinot-quinze lieues
que nous fimes dans cette province, c’est-à-dire,
F2
84 OBSERVATIONS
une ville à la distance de quatre lieues, deux à cinq,
deux à sept, une à huit, une à neuf, deux à dix,
deux à onze, et une à douze lieuès,
Les cantons du Tchekiang qui confinent avec
le Kiang-nan, et ceux qui environnent la ville de
Hang -tcheou -fou , sont bien peuplés ; mais en
remontant le fleuve jusqu’à l'extrémité de Ia pro-
vince , la population est médiocre , et les villes
n’ont rien d’extraordinaire, quoique sur Îles huit
villes que nous vimes dans cette partie du Tche-
kiang, et qui sont à onze, dix, neuf, huit, sept
et quatre lieues de distance les unes des autres, ïl
y en ait deux du premier rang.
On rencontre peu de monde dans le passage
par terre qui sépare le Tchekiang , du Kiang-sy.
Yu-chan-hien, la première ville de cette dernière
province, et que nous eûmes tout Île temps d’exa-
miner , n'avoit qu'une population proportionnée
à son peu d’étendue. En descendant le fleuve
pour nous rendre à Nan-tchang-fou, capitale du
Kiang-sy, ce qui fait une route de soïxante-qua-
torze lieues , nous passimes devant six villes,
dont deux à huit lieues de distance, une à dix,
une à douze, une à seize , et Nan-tchang-fou qui
est à vingt lieues. Cette capitale, où nous nous
arrêtames , est grande, maïs sa population ne nous
parut point extraordinaire. Nous avons donc été
pendant un voyage de près de seize cents lieues,
UR LES CHINOIS. 85.
à portée de juger si les provinces étoient aussi
peuplées que les Anglois l'ont avancé. Jai fait
en allant à Peking, des courses assez longues
sans rencontrer personne ; et si, dans mon re-
tour , j'ai vu plus de monde dans certains endroits,
il n'y avoit cependant pas lieu d’être étonné : en
un mot, rien ne m'a porté à croire que la popu-
lation en général fût prodigieuse. Je ne dirai plus
qu'un mot : c’est une erreur que de croire qu'il
existe à la Chine une seconde population sur les
rivières ; excepté les villes principales et commer-
çantes , auprès desquelles on rencontre un assez
grand nombre de bateaux, on n’en voit sur les
fleuves que le nombre convenable à un pays vaste
et étendu , dont tout le commerce se fait par eau.
Les habitations sont assez généralement bâties à
une certaine distance des rivières , et si les villes
en sont souvent plus rapprochées , on en voit
plusieurs qui en sont éloignées. Le passage sui-
vant d’une lettre d’un missionnaire, se rendant à
Peking en 1793 , confirme ce que j'avance.
«Ce n’est pas le long des fleuves, dit M. Lamiot,
» que le grand nombre des habitans se fait le plus
» remarquer ; car les bords en sont totalement
» négligés et abandonnés. On rendroit de grands
» services au commerce , si lon faisoit usage à fa
» Chine, des moyens qu’on emploie en Europe
» pour fentretien des fleuves ; mais comme on
F3
86 OBSERVATIONS |
» n’en prend pas de soin, ils s'étendent très-loin
>» dans les terrains plats, et il reste même encore
» beaucoup de terre qu’on ne cultive pas, crainte
» des inondations. » #
REVENUS.
LES Chinois sont très-inexacts dans les états
qu'ils donnent des revenus de leur pays, et cela
doit être ; car, intimement persuadés de sa richesse
et de sa puissance, ils sont encore plus portés à
les exagérer. Un étranger doit donc s'attendre à
recevoir autant de comptes différens qu'il consul-
tera de personnes; et c'est-[à ja vraie cause pour
laquelle Îles auteurs qui ont traité cette matière
sont si peu d'accord dans leurs rapports.
Le P. Trigault dit que les revenus sous Chin-
tsong , en 1587, surpassoient annuellement Ja
somme de cent cinquante millions.
Nieuhoff, en 1655, les porte à huit cent trente-
deux millions. Aa
Le P. Magalhens avance que, d’après le relevé
des livres Chinois, ïl entroit, en 1688 , dans Îles
trésors de lempereur, vingt millions quatre cent
vingt-trois mille neuf cent soixante-deux écus dar-
gent. En supposant que ja valeur d’un écu fût de
quatre francs, suivant l'estime des Portugais à cette
époque , les vingt millions donneroïent quaire-
vingt-un millions six-cent quatre-vingt-quinze mille
SUR LES CHINOIS. 87
huiït-cent quarante-huit livres ; et en y ajoutant deux
cents millions pour limpôt sur le riz, le sel, Ja
soie, &c., les revenus serojent alors de deux cent
quatre-vingt-un millions six cent quatre-vingt-
quinze mille huit cent quarante-huit livres.
Le P. Le Comte, qui écrivoit presque dans
le même temps , dit que les revenus en argent
s'élevoient à vingt-deux millions d’écus de quatre
francs, ce qui fait quatre-vingt-huit millions :
or, en y joignant les deux cents millions sur le
riz , la soie , &c., le total des revenus seroit de
deux cent quatre-vingt-huit millions, somme
presque égale à celle énoncée par le P. Magalhens.
Les Anglois qui étoient à la Chine en 1794,
font monter le revenu , sur l'autorité de notes
Chinoises, jusqu’à quatorze cent quatre-vingt-cinq
millions. Cette somme est bien différente de celle
de deux cent quatre-vingt-huit millions ; maïs si
les Anglois et Nieuhoff ne sont pas d'accord avec
les missionnaires , c’est que les premiers s’en sont
rapportés aux comptes donnés par les Chinois,
qui, par amour-propre ou pour toute autre raison,
ont jugé à propos de les exagérer, au lieu que les
derniers les ont vérifiés dans les livres.
Il est à propos cependant d'observer que Pétat
des revenus à l’époque dont les missionnaires
ont parlé, ne doit plus être le même pour le
temps actuel, le mode de perception ayant été.
F4
88 _ OBSERVATIONS
changé sous l'empereur Yon g-tching qui fit subs-
tituer la taille ou impôt sur les terres à [a capitation,
pour éviter l'incertitude et les variations du pro-
duit, ou plutôt pour retirer un impôt plus consi-
dérable, puisque a capitation de deux mas par
personne, prélevée, sous jle règne de Kang-hy et
de ses prédécesseurs , sur cinquante-huit millions
de contribuables , depuis lâge de vingt jusqu'à
soixante ans, ne procuroit qu’un revenu de quatre-
vingt - sept millions. Néanmoins , on ne peut
supposer que Île gouvernement, en changeant
ancienne manière de percevoir les impôts, ait pu
prendre des moyens capables d'élever subitement
les revenus de l'empire, de la somme de deux cent
quatre-vingt-huit millions à celle de quatorze cent
quatre-vingt-cinq millions. Cette dernière évalua-
tion est trop forte, et ce que rapporte M. Barrow
le confirme /a).
< L'empereur actuel Kia-king, dit-il, quoiqu'il
> se füt emparé des immenses trésors du premier
> ministre de son père, et qu’il eût levé d’autres
» sommes, fut obligé d'accepter trois millions
» sept cent cinquante mille livres des marchands de
» sel de Quanton, et d'envoyer vendre dans cette
» ville des perles , des agates et différens effets pré-
» Cieux, afin de subvenir aux frais nécessaires pour
fa) Barrow, édition Angloise, page 407.
SUR LES CHINOIS. 89
» soumettre les rebelles d’une province de l’ouest. »
Comment croire, d’après ce passage , aux énor-
mes revenus de Fempereur , puisque , malgré ses
richesses prétendues, il se trouve embarrassé,
même avec l'addition des biens confisqués sur le
Ho-tchong-tang ! H y a lieu de penser que les
mandarins qui voyoient les Anglois avec inquié-
tude et jalousie, et qui connoissoïient leurs éta-
blissemens dans l'Inde, leur ont fourni des états
exagérés, dans l'intention de représenter la Chine
comme un pays riche , peuplé et capable de se
défendre. D'ailleurs, les Chinois ayant fait monter
je nombre des soldats à dix-huit cent mille, ont été
obligés de forcer proportionnellement les revenus
pour trouver fa somme de onze cents millions
nécessaire à l'entretien d’une telle armée. Je vais
proposer un compte un peu différent, mais plus
approchant de la vérité.
Un édit de l'empereur, publié en 1777, recon-
noît que le tribut en argent levé sur tout l'empire
monte à deux cent six millions neufcent cinquante-
cinq mille livres ; mais comme il est d'usage à la
Chine de payer les impôts moitié en argent et moitié
en nature, cette somme de deux cent six millions
neuf cent cinquante-cinq mille livres ne sera donc
que ja moitié de limpôt , dont le total s’élevera
à quatre cent treize millions neuf cent dix mille
livres,
90 OBSERVATIONS
L'impôt est le dixième de l'évaluation des terres;
mais on doit croire que cette évaluation ne peut
être que modérée, puisqu'il faut en déduire tous
les frais que nécessitent la culture en général. En
effet, si on calculoit x quelle somme peut s'élever
le dixième du produit brut de près de six cents
millions d’arpens de terres labourables, on trou-
Veroit sans doute que cette somme seroit beaucoup
plus considérable que celle qui est indiquée dans
l'édit de 1777 : mais cette évaluation n'étant fixée
que d’après le produit net, le revenu rentre alors
dans une somme moyenne, qui est, comme je fai
dit plus haut, de quatre cent treize millions neuf
cent dix mille livres. |
Tous ceux qui ont parlé des revenus de ja
Chine, disent positivement qu'on prélève un se-
cond dixième sur la récolte du riz, dans fa pro-
vince de Quang-tong; mais quoiqu’ils n’aient point
fait mention du Quang-sy , où Fon fait cependant
deux récoltes , il est à propos de comprendre cette
province. En supposant donc un degré et demi
en latitude, donnant trente-sept lieues , sur un peu
plus de neuf degrés en longitude , à vingt - trois
lieues au degré sous le parallèle des provinces de
Quang-tong et de Quang-sy, faisant deux cent
dix - huit lieues, on aura huit mille soixante - six
lieues carrés , ou quarante. millions trois cent
trente mille arpens, qui, à quatre pics chacun,
SUR LES CHINOIS. 9I
produiront cent soixante -un millions trois cent
vingt mille pics, dont le dixième, seize millions
cent trente-deux mille pics, est envoyé en partie
à Peking.
Récapitulation.
On aura donc pour fa moitié de lPimpôt perçu
en argent, suivant lédit de 1777. . 206,95 5,000f
Pour ja seconde moitié levée en
NAtUTé 4 M ME 200 0 MODO
Pour le second dixième prélevé
en nature dans Île sud, donnant
seize millions cent trente-deux mille
pics , ACIE francs. 2 Da TOR 20000
Pour ies douanes sur le sel, le
charbon See A O7 T0 EL
Pour les droits sur le commerce |
des étrangers à Quanton /4)..... 6,000,600.
629,277,670.
IT faut ajouter à cette somme le
tribut qu’on lève sur ia soie et les
étoffes d’autres matières. Le P. Kir-
cher, dans sa China illustrata, donne
un relevé de ce que paie chaque
province, et ne porte le tribut sur
la soie qu’à cent quatre-vingt-onze
(a) Ces droits sont pour l'Empereur.
92 OBSERVATIONS
OF 0.
mille cinq cent trente livres pe-
sant de cette matière. Le P. du
Halde met la même quantité, mais
il en ajoute une autre de quatre
cent neuf mille huit cent quatre-
ving-seize livres de soie travaillée.
En général les états des tributs de
chaque province, varient suivant
les différens auteurs qui en ont
parlé. IT en est qui les ont portés
très-haut sans entrer dans aucun
détail, tandis que d’autres qui en
ont fait lénumération, les ont éva-
jues beaucoup plus bas. Le P. du
Halde fixe à trente-deux millions:
de taëls , ou deux cent quarante
millions de livres : le tribut seul du
Kiang-nan, sans spécifier sur quoi
il est prélevé, pendant que plu-
sieurs écrivains ne l’estiment qu’à
cinquante millions, en y compre-
nant l'argent et le riz. L’impôt pré-
levé sur ja soie dans le Tchekrang ,
est plus fort que dans le Kiang-nan ;
mais au total le tribut de ja première
629,277,670.
SUR LES CHINOIS. 93
Chibi its: MST
province, est plus foible que celui
de la seconde, parce que celle-ci
est plus grande. En prenant donc
un milieu entre tous ces différens
rapports ,on peutévaluer à quarante
millions l'impôt sur les soïes et les
cotons; et si l'on y joint celui sur
les vernis, le musc , la porcelaine
et les autres objets, le total s’éle-
vera à cinquante millions et plus.
SUPPOSONS . TAN MES RTE,
629,277,670.
$0,722,330
Le TOTAL desrevenus sera de..
J'ai dit plus hautqu’on payoit au-
trefois une capitation qui fut chan-
gée en taille sous Yong-tching ;
cependant cette capitation existe
encore en partie; car outre qu’il en
est fait mention dans certains au-
teurs , je lai vu moi-même exiger
des marchands, des artisans et des
domestiques. Une preuve d’ailleurs
que cette capitation a lieu, c’est que
dans le nombre des mandarins ap-
partenant aux villes , il y en a un
qui est désigné comme receveur
6$0,000,000.
680,080,000.
94 OBSERVATIONS
Dé d'entre part... 50: 0686, 68083000
des boutiques. Quoiqu’on lise dans
les Mémoires sur la Chine, que les
impôts pèsent seulement sur lagri-
culture , 了 n’est pas croyable que
les marchands et les artisans ne
paient rien ; car il en résulteroit
qu'un grand nombre de personnes
abandonneroïent l'état d'agricul-
teur. En portant donc l'impôt sur
les marchands , à trente millions
qu’on ajoutera aux revenus de l’em-
pire, c’eux-ci s’éleveront à...... 710,000,000f
CAUSE EURE RE Re
De cette somme de sept cent dix millions, il n’est
prélevé pour l’empereur que ce qu'il faut pour ses
besoins en riz, en provisions, en soie et autres
objets ; le reste entre dans les trésors des pro-
vinces , sert à payer les mandarins et les troupes,
et est destiné à subvenir à toutes les dépenses de
l'État.
L'empereur possède beaucoup de terres le long
de ja partie de jla grande muraille la plus voisine
de Peking ; elles lui appartiennent en propre et à
sa famille , et sont Joukes à des fermiers qui en
paient le fermage , soit en denrées, soit en argent.
Outre ces terres, empereur entretient au-delà de
la grande muraille, de grands troupeaux et des
SUR:LES CHINOIS. 95
haras, dont le produit en argent est versé dans jes
coffres du palais : l'empereur s’en sert pour son en-
tretien, car ce prince ne vit que sur le produit de
ses domaines , et laisse en grande partie dans je
trésor public les sommes qui proviennent des re-
venus de 了 Etat.
I! est difficile d'estimer le produit des domaines
de l'empereur : on peut le supposer très-considé-
rable, puisqu'il suffit à ses dépenses personnelles ;
mais quel qu’en soit le montant, si l’on y ajoute
le produit du Ginseng, les confiscations, les sai-
sies des biens, et les riches présens que l’empereur
reçoit des mandarins , on pourra évaluer le tout
à environ cent millions , qui, ajoutés aux revenus
de l'État, fixés ci-dessus à sept cent dix millions,
formeront un total de huït cent dix millions. Cette
somme n’atteint pas encore les quatorze cent quatre-
vingt-cinq millions dont parlent les Anglois ; mais
ces voyageurs ont été induits en erreur par les Chi-
nois qu’ils ont consultés ; et pour prouver combien
il est facile de se tromper en suivant aveuglément
les rapports de ceux-ci , je vais faire voir les fautes
de calcul qu'ont commises , d’après eux, certains
missionnaires.
Le P. du Halde, et plusieurs auteurs avec lui,
disent que l'empereur a neuf mille neuf cent quatre-
vingt dix-neuf barques, appelées Leang-tchouen
{ barques des vivres ], qui portent tous les ans à
96 : OBSERVATIONS
Peking, quarante millions cent cinquante -cinq
mille quatre cent quatre-vingt-dix sacs de riz de
cent vingt livres chacun, ce qui fait quatre milliars
huit cent dix-neuf millions de livres de riz : or,
pour conduire cette quantité , il faudroit quarante-
huit mille cent quatre-vingt-six barques , puis-
qu'elles ne portent chacune que huit cents pics
[98,400 livres |, et ne font qu'un seul voyage.
Les Chinois parlent bien de neuf mille neuf
cent quatre-vingt-dix-neuf barques; maïs les man-
darins nous ont assuré qu'ils n’en avoient jamais vu
ou compté au-delà de quatre à cinq mille. M. Van-
braam , qui a adopté le même nombre de neuf mille
neuf cent quatre-vingt-dix-neuf barques, en con-
clut qu'on envoie des provinces à Peking sept cent
cinquante millions de livres de riz; maïs pour les
porter il faudroit au moins sept mille six cents
barques , et il est reconnu qu’elles n'existent pas.
La vérité est que l'empereur ne fait venir à Peking,
ni cette dernière quantité de riz, ni celle men-
tionnée par le P. du Halde; elle y seroit inutile ,
et je m'en vais en donner fa preuve : si lon sup-
pose un million d'habitans dans cette capitale, il
ne leur faudra pour une année, à deux livres de
riz par jour pour chaque individu, que sept cent
trente millions de livres ; et certainement lempe-
reur ne nourrit pas toute la ville. On voit claire-
ment que le P. du Halde et M. Vanbraam se sont
trompés
SUR LES CHINOIS: : 97
trompés dans leurs calculs : ce dernier ajoute
de plus, que cette quantité de riz sert à payer
la plus grande partie des troupes Chinoises et
celles qui sont attachées à [a cour; mais il ne fait
pas réflexion que l'armée est répandue dans tout
l'empire, et qu’elle y reçoit sa nourriture ; 开 n’est
donc pas nécessaire d'envoyer à Peking les sept
cent cinquante millions de Jivres de riz, puisque:
ceux qui doivent les consommer ny demeurent
pas.
L'empereur entretient à Peking cinq mille man-
darins, auxquels 这 fait délivrer du riz, de l'argent
et du sel; en y ajoutant les T'artares des huit ban-
nières, qui sont au nombre de quatre-vingt mille,
les eunuques et les gens du palais , le total des
personnes entretenues par l'empereur, sera de
cent mille, pour lesquelles il faudra par année, à
deux livres de riz chacune par jour, [a quantité
de soixante -treize millions de livres pesant de
riz, dont le transport exigera seulement neuf cent
douze barques. Maïs, quand on supposeroit que
l'empereur donne des vivres au double de per-
sonnes, et même au quadruple, ce qui n’est pas
probable, cela ne demanderoiït encore que trois
mille six cent quarante-huit barques , nombre fort
au dessous de celui de neuf mille neuf cent quatre-
vingt-dix-neuf. Il est facile de se convaincre, par
ce calcul, que les Chinois, en parlant des richesses
TOME III. G
98 OBSERVATIONS
de leur pays , et principalement de celles de f'em-
pereur, emploient toujours des termes emphati-
ques; ils ont pensé, par exemple , que ie nombre
neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf, rendu
très-longuement dans leur langue, exprimeroit
beaucoup mieux ja richesse du souverain, que
Vénumération plus simple de quelques milliers.
Hs ont également exagéré la quantité des barques
appelées Long-y-tchouen, occupées à transporter
les pièces de soie destinées pour lusage de ja
cour. Il y en a, disent-ils , trois cent soixante-
cinq; mais en adoptant ce nombre , et évaluant
la charge de chaque barque à cinq cent mille
francs, elles porteroient en soie, en coton et
autres objets, une valeur de plus de cent quatre-
vingt-deux millions, somme qui surpasse de beau-
coup je terme assigné par plusieurs auteurs, au
tribut des provinces , en soie, coton et autres
productions.
IL résulte donc qu'il ne faut pas adopter sans
examen tout ce que les Chinoïs racontent de leur
pays, ou du moins qu’il est nécessaire de le ré-
duire à sa juste valeur. Le P. du Halde , dans ce
qu'il dit de lenvoi à Peking de quarante millions
de sacs de riz, a fixé trop haut le poids du sac,
L'usage à la Chine est qu’il faut quatre boisseaux
pour former un sac; or, le poids du boisseau n’é-
tant que de dix livres chinoises , le sac ne pèse
SUR LES. CHINOIS. 99
que quarante livres /4), et non cent vingt: D’a-
près cela, les quarante millions de sacs du P. du
Halde, au lieu de donner quatre milliars de livres
pesant de riz, n’en donnent plus qu'un milliar
neuf cent soixante et quinze millions , ou seize
millions soïxante- deux mille cent quatre-vingt-
seize pics, qui, à dix francs le pic , font cent
soixante millions en argent, somme égale à celle
que j'ai assignée pour le produit du second di-
xième de fa seconde récolte des provinces mé-
ridionales.
On se persuadera aisément, d’après ce que je
viens de dire, que les revenus de l'empire Chi-
nois sont considérables, maïs bien au-dessous du
montant de Îa note remise par jes mandarins aux
Anglois; et pour s’en convaincre encore, il suffit
de considérer le produit des douanes. Les droits
détaillés, province par province , dans Fouvrage
des missionnaires , ne donnent, selon eux, que
quarante-huit millions. Si, dans un pays aussi
vaste que Ja Chine, où le commerce intérieur est
très-actif, les douanes ne rendent que quarante-
huit millions, on doit en conclure que les autres
revenus suivent la même proportion , et qu'ils
sont loin par conséquent d'atteindre quatorze cent
quatre-vingt-cinq millions.
La) Mission., tome VII, page 66; et tome IX, page 458,
G'2
IOO OBSERVATIONS
Les douanes d'Écosse et d'An gleterre ont rendu,
en 1796 , une somme de cent quarante - trois
millions cinq cent quatre -vingt-douze mille sept
cent quatre - vingt - quinze livres /a), c’est -à-
dire, trois fois autant que le produit des douanes
dans toute la Chine. D'après le compte de 1796,
le rapport des douanes aux revenus de la Grande-
Bretagne , est comme un à quatre. On conçoit
sans peine que les Chinois n'ayant pas autant
d'expérience que les Anglois dans la manière de
lever les droits, on ne peut établir à la Chine fa
même proportion qu'en Angleterre ; cependant le
rapport des douanes Chinoïses aux revenus de
iempire en supposant ceux-ci de quatorze cent
quatre-vingt-cinq millions , n'étant que comme
un à trente, ce rapport est trop disproportionné
pour ne pas démontrer visiblement que ce pré-
tendu revenu est extrêmement exagéré et invrai-
semblable.
DÉPENSES.
LE dixième de l'impôt sur les terres suffit pour
payer tous les officiers ; je suis en cela d'accord
avec les Anglois : ainsi il faut poser pour [a paye
des mandarins supérieurs , soit civils, soit mili-
taires, et pour celle des sous-officiers, la somme
(a) Tableau de la Grande-Bretagne, rome III, page 435.
SURPÉCES" CHINOIS: TOI
MR en iles 2 0 SNA MERDE"
Pour sixcentmille soldats de pied,
à trois taëls par mois, moitié en
argent et moitié en vivres...... 162,000,000.
Pour deux cent quarante-deux
mille cavaliers , à quatre taëls par
mois , moitié en argent et moitié
人 二 二 二 本 的
Pour ia remonte des chevaux,
estimée être l'équivalent du dixième
de ja valeur de deux cent qua-
rante mille chevaux, à vingt taëls
chacun, faisant quatre millions huit
cent quarante-quatre mille taëls ,
ou trente - six millions trois cent
了
Les uniformes , pour huit cent
quarante - deux mille soldats, à
quatre taëls chacun............ 25,260,000.
Les armes, &c. pour huit cent
quarante - deux mille soldats , à un
AO En set ies ou 6,315,000.
La marine , les bateaux. ..... 100,000,000.
Se nes ee s ons o se | OO eee.
Lesforts ; lariliéries ..", .,. 205179,000
f
ToTaL des dépenses... $00,000,000
J'ai dit précédemment que les revenus peuvent
G 3
102 OBSERVATIONS
être évalués à. ............... 710,000,000!
Lés dépenses soût de. .…. .... : #00,009,900.
Excétant. 000, VENUS Le OL IN EIRE DO
Ne 一 一
Cet excédant, ,Presque égal à celui de deux cent
soixante-dix millions, fixé par les Anglois et par
les missionnaires, rentre dans le trésor de l'État jé
à lexception de ce que se réserve l'empereur,
et dont il est difficile d'estimer avec précision ia
quantité; mais on peut supposer qu'ayant la toute-
puissance en main, ce prince fait verser dans son
trésor particulier ia somme qu'il lui plaît ; par
conséquent, quel qu’en puisse être le montant,
si on je joint au produit des domaines impériaux,
et aux autres rentrées, Il est hors de doute que ce
qui forme le revenu proprement dit de l'empereur ,
est d’une grande valeur.
Lorsque javance que, sur les deux cent dix mif-
lions qui excèdent les dépenses du gouvernement,
il n’en entre qu’une portion dans je trésor du pa-
lais, je suis du même sentiment que ja plupart
des écrivains instruits qui ont traité cette matière :
ils disent, avec raison, qu’on réserve dans chaque
ville un fonds proportionnel à ses besoins, et que
lexcédant seul est envoyé à Peking.
Il est difficile, pour ne pas dire impossible,
d'avoir des notions exactes sur les revenus de lem-
pire de fa Chine : premièrement , parce que jes
SUR LES CHINOIS. 103
Ghinois se contredisent; secondement, parce que
ia plupart de leurs comptes sont exagérés ; en troi-
sième lieu , parce que personne à la Chine n’ose-
roit écrire des choses qui pourroïent devenir pré-
judiciables aux intérêts des mandarins , dont ja
sûreté personnelle dépend du bon état réel ou pré-
tendu des provinces.
Les écrivains Chinois qui font ja description
des provinces , parlent donc toujours en faveur
des mandarins ; et ceux-ci, pourvu que ces rap-
ports plaisent à l’empereur et leur attirent ses
bonnes grâces, s’embarrassent peu qu'ils soient
vrais Ou supposés.
POLICE DES VILLES.
LES portes des villes Chinoiïises s'ouvrent au
soleil levant et se ferment à la nuit, et des soldats
y sont toujours postés en sentinelle pendant le
jour, pour veiller sur ceux qui entrent et qui
sortent. Les villes sont divisées par quartiers, dont
chacun est sous l'inspection d’un chef, chargé de
maintenir l'ordre et d'informer le mandarin dès
qu'il ÿ survient quelque chose d’extraordinaire.
Malgré cette surveillance établie, malgré le soin
qu’on a de fermer à la nuit, par des barrières, les
rues de traverse, et quoique Îles ordonnances pres-
crivent à tous les citoyens de se secourir récipro-
quement en cas d'accident , les voleurs trouvent
G 4
104 OBSERVATIONS
cependant les moyens d'exercer leur adresse, sur-
tout lorsque le feu prend quelque part. Dans ce
dernier cas, toutes les barrières s'ouvrent, les Chi-
nois accourent de tous côtés, les uns pour re-
garder, peu pour porter du secours, et le plus
grand nombre pour piller ceux qui se sauvent
avec leurs effets. Ces malheureux , ïl est vrai,
s’arment, dans leur fuite, de sabres ou d'épées
pour se défendre ; mais leur air effrayé enhardit
les voleurs, qui les attaquent et leur enlèvent leur
dernière ressource. À Quanton ; aussitôt qu’un in-
cendie s’est déclaré, les mandarins et les soldats se
transportent sur les lieux, mais ils ne font rien pour
Tarreter ; le feu ne s'éteint que de lui-même, Lors-
qu'il ny a plus rien à brûler, ou lorsque les Eu-
ropéens parviennent à s'opposer à ses progrès.
Dans une de ces occasions j'ai traversé seul une
grande partie des faubourgs de cette ville , sans
que personne sy soit opposé ; car les Chinois
voient alors avec plaisir les étrangers et les laissent
pénétrer par-tout. Mais, si c’est dans la ville que le
feu prend, la méfrance des mandarins lemporie
sur le danger ; ils n’appellent aucun secours , et
l'incendie ne cesse qu'avec la destruction totale des
maisons.
Une des ordonnances de la police Chinoise dé-
fend à toute personne quelconque de sortir le soir
sans lumière ; cette précaution paroît, au premier
CN RSR 7
SUR LES CHINOIS. 105
coup d'œil, sagement établie; mais elle donne lieu
à des accidens très -ficheux. Les Chinoïs ne se
servent pas toujours de lanternes ; ils emploient
souvent des torches faites de bois tortillé et rési-
neux, qui brûle facilement. On ne s'imagineroit
pas avec quelle négligence ils les portent : j'ai vu
plusieurs fois à Quanton la rue pleine de flam-
mèches , soit qu’elles fussent emportées naturel-
lement par le vent, soient qu’elles fussent déta-
chées par l'agitation que Ton donne de temps en
temps à ces espèces de flambeaux pour les tenir
allumés. Si la police étoit aussi bien faite qu'on
le dit, on les défendroit sévèrement ; mais les
Chinois sont des gens d'habitude ; la coutume est
tout pour eux, et quels que soïent les inconvé-
niens qui en résultent, ils la suivent toujours.
Heureusement qu'on sort peu Île soir dans Îles
villes, à moins qu'on n'ait des affaires pressées :
on rentre de bonne heure, et lorsque la nuit
est un peu avancée, on ne rencontre plus per-
sonne , d'autant plus que les treillis de bois pla-
cés à l'entrée des rues de traverse sont fermés
CR
Les soldats marquent les veïlles de Ia nuit en
frappant sur une cloche ou sur un tambour. Tout
particulier qui possède quelque chose capable:
de tenter les voleurs, a soin de. faire monter.
ja garde chez lui par ses domestiques : ceux - ci
106 OBSERVATIONS
frappent sur de petits bâtons, pour indiquer qu'ils
ne sont pas endormis , et par-là ïls écartent les
floux, qui vont chercher ailleurs des personnes
moins vigilantes. Cette surveillance dure jusqu’au
jour ; car aussitôt qu’il paroît, les rues se rem-
plissent de monde et jes voleurs sont moins à
craindre.
La police se fait assez bien à la Chine, parce
qu'il est facile à quinze ou vingt personnes réunies
d'en arrêter une; j'ai vu néanmoins des occasions
où, malgré les ordres exprès du gouvernement,
les soldats n'ont pu parvenir à s'emparer de lin-
dividu qu’ils cherchoïent. Les missionnaires ont
un peu exagéré , lorsqu’en parlant de Ia pokice
en général, ils ont avancé que Îles signaux se ré-
pandent dans tout l'empire aussi rapidement que
dans un camp, et que dans un instant un coupable
y est poursuivi et arrêté /a). Cette assertion est
hors de vraisemblance, attendu que les corps-de-
garde ne sont pas tous placés à une distance égale,
et que leur position respective les empêche très-
souvent de se voir ou de distinguer les signaux.
Nonobstant les précautions prises contre les vo-
leurs, ïl s’en trouve un assez grand nombre, et les
soldats qui sont chargés de la police des villes, ne
réussissent pas toujours à s’en rendre maîtres. Ces
{a) Mission. , tome VIIT, page 185.
SURYLES: CHINMONS. 107
soldats n’ont que des fouets , le :port d'armes n'étant
. permis qu'aux gens de guerre en fonction : aussi
voit-on peu de scènes sanglantes dans Îes rues ;
et si les gens du peuple , après s’être injuriés, en
viennent aux coups , ils ont grand soin d'éviter
leffusion du sang.
Les Anglois ont écrit dans leur relation, que les
disputes entre les Chinoïs se terminent par ie dé-
chirement des habits ou par la perte du Penzé /a) :
c'est une erreur; car à [a Chine, le plus grand
affront qu’on puisse faire à quelqu'un, est de lui
couper son Penzé ; et, dans un cas pareil, lof-
fensé pourroit se porter à des voies de fait.
Lorsque les Chinois se battent, ils ont la pré-
caution doter leurs habits et de rouler leur Penzé
autour de [a tête; mais ils n’en viennent à cette
extrémité qu'après s'être dit beaucoup d'injures.
En général, les gens du peuple sont plus portés
à crier qu'à se battre; et je ne me rappelle pas
avoir vu, dans tout le cours de mon voyage, qui
que ce soit en venir aux mains.
Je ne sais comment le P. de Fontaney, en par-
jant des habitudes Chinoises , a pu dire que, se
trouvant dans un endroit étroit et rempli de porte-
faix qui s'embarrassoient réciproquement dans leur
(a) Espèce de queue formée des cheveux que les Chinois ne
laissent croître que sur le derrière de la tête,
108 OBSERVATIONS
marche, il s’attendoit à les voir passer des injures
aux coups, comme font ceux d'Europe en pareille
circonstance , mais que , tout au contraire, ils se
saluèrent , se parlèrent très-raisonnablement , et
qu'après s'être aidés mutuellement, ils se quit-
tèrent avec beaucoup de politesse. Ce récit n’est
pas plus exact que ce qu’on rapporte sur la police
de Peking.
Les rues de cette capitale sont beaucoup plus
larges que celles des villes de province ; mais si
elles ont cet avantage, elles ont le défaut, n'étant
point pavées , d’être remplies de poussière ou de
boue. On y rencontre un grand nombre d'hommes
dans certains endroits. Les femmes y vont plus
librement qu'ailleurs , et nous en vimes plusieurs:
mais parmi cette quantité de personnes qui vont
et viennent dans Peking , il ne faut pas croire,
d’après certains missionnaires, que c’est à ceux qui
sont à cheval ou en voiture à prendre garde de
toucher les passans, et non à ceux-ci à se dé-
ranger, et que les grands même craindroient de
heurter un vendeur d’allumettes. Tandis que nous
marchions dans les rues de Peking, nous fûmes
témoins que les passans laïssoient la voie libre aux
charrettes, et sur-tout aux grands; nous remar-
quâmes que ceux qui étoient en voiture ou à
cheval, non-seulement cédoient le chemin à ces
derniers, mais encore qu’ils mettoient pied à terre,
SURELES: CHENOIS. 109
Comme nous revenions de chez l'empereur, les
soldats qui nous accompagnoïent, poussoient ru-
dement et coudoyoient indistinctement tous ceux
qui obstruoient le chemin. I y a loin de 下 à lat-
tention dont parlent jes missionnaires , et [es pas-
sans qui se dérangeoient pour nous, étoient bien
forcés de le faire pour leur propre sûreté. Cette
politesse qu’on a tant vantée dans les Chinois, ne
s'exerce pas toujours librement, et souvent elle est
exigée d’une manière si absolue, qu'il est impos-
sible qu’elle n'ait pas lieu. Le motif qui fait faire
certaines choses dans ce pays, n’est pas toujours
tel qu’il paroït au premier coup d'œil. Les filles
publiques, par exemple, suivant plusieurs auteurs,
n’habitent pas Pintérieur des villes, et cela, disent-
ils, par décence. Il est certain que ces femmes
vivent dans les faubourgs ou sur les rivières ; mais
croire que ce soit par un motif de décénce , c’est
se tromper. Les bateaux occupés par des filles pu-
bliques / a), soit à Quanton, soit dans les autres
lieux où jen ai rencontré , sont rangés à côté les
uns des autres : tout je monde les voit, ainsi que
les hommes qui les fréquentent. Les gens riches
font des parties de plaisir sur {a rivière, dans des
barques faites exprès, et y appellent autant de filles
_ {a) Ces femmes vivent plusieurs ensemble, sous la direction
d’un homme qui répond de teur conduite,
110 OBSERVATIONS
qu'ils en veulent : c’est une chose reconnue et
qu'on a journellement sous les yeux. Je ne crois
pas, d’après cela, qu'on puisse dire que c’est par
décence que les filles publiques ne vivent pas dans
Fenceinte des villes ; il s’en faut de beaucoup.
JUSTICE,
LES Chinois ont un corps de lois relatives aux
délits et aux peines. Quant aux affaires civiles
et à tout ce qui concerne ja propriété, ils ont
des ordonnances rendues par différens empereurs.
C’est au souverain seul qu’appartient le droit de
changer les lois ou d'en créer de nouvelles, La
famille régnante qui a expulsé du trône la dynastie
Chinoise, a fait rassembler tous les édits de Chun-
chy et de Kang-hy, et en a formé un recueil ap-
pelé Ta-tsing-hoeï-tien, qui contient les régle-
mens pour'chacun des grands tribunaux de Peking,
c’est-à-dire, pour la famille impériale, pour les
mandarins, les finances, les cérémonies, la guerre,
les crimes et les travaux publics. Les Tartares ont
en outre composé un traité particulier pour Îles
crimes. Ce livre, intitulé Ta-tsing-lu-ly, parle des
cinq supplices actuellement en usage à fa Chine ;
il spécifie les fautes et les crimes, et détermine ja
manière dont les gens en place doivent se con-
duire. Les décrets de l’empereur et de ses prédé-
cesseurs , ainsi réunis, forment une espèce de code
SUR LES: CHINOIS. TITI
qui sert de guide aux mandarins et d’après je-
quel is rendent leurs jugemens.
La justice est gratuite; les mandarins sont payés
par le gouvernement ; il leur est défendu de voir
les plaideurs dans le particulier, ni d’en recevoir
aucun présent; ils doivent être à jeun, ou du
moins n'avoir pas bu de vin lorsqu'ils vont à leur
tribunal /a). Les affaires se traitent publiquement;
chacun plaide sa cause de vive voix, ou lexpose
par écrit. La profession d’avocat est inconnue dans
ce pays; elle n’y est même pas permise, et un tiers
qui s’immisceroit dans une cause quelconque pour
lui donner un tour plus favorable ou contraire à la
vérité, s'exposeroit à fa bastonnade s'il s’agissoit
d'une affaire civile, et à une peine plus grave et
analogue à celle du coupable, s'il s’agissoit d’une
affaire criminelle; car chez les Chinois la vio-
lence et homicide sont punis avec la plus grande
rigueur.
Les procès en matière de police se terminent
rapidement, sur-tout si le mandarin a été témoin du
délit; if n’attend pas qu’on lui rende une plainte ;
il n’envoie pas le prévenu.en prison pour compa-
roître au bout d’un fong terme devant un tribunal
composé de plusieurs juges : il Pinterroge ; 这 Le
(a) Chaque magistrat a ses assesseurs, ses grefficrs, ses huis-
ger$, qui composent son tribunal, appelé en chinois Ya-men.
ERA OBSERVATIONS
juge à l'instant, et le fait punir par les bourreaux
qui marchent toujours à sa suite. On étend par
terre le coupable , on lui applique un certain
nombre de coups de bambou, suivant la déci-
sion du mandarin , et on je relâche aussitôt, en
lui laissant la liberté d’aller où bon lui semble , si
toutefois la manière dont il vient d’être fustigé le
lui permet. II faut avouer qu’une justice aussi
prompte conviendroit dans plusieurs endroits, et
qu’elle diminueroit de beaucoup le nombre des fri-
pons et des voleurs.
Lorsqu'un particulier a éprouvé quelque vio-
lence ou quelque injustice , il porte sa plainte au
mandarin du lieu qu'il habite, et si c’est dans une
ville , il s'adresse au gouverneur. IT faut observer
que lorsque les villes sont grandes, elles sont divi-
sées en deux villes du troisième ordre, qui ont
chacune leur Tchy-hien ou gouverneur, dont les
juridictions ressortissent au ‘Tchy-fou, ou gouver-
neur des villes du premier ordre. Les appels des
sentences des Tchy-fou vont devant les Tao-ye, ou
gouverneurs de districts, et de là, suivant les di-
vers cas , ils passent sous Îles yeux du Pou-tchin-
sse, ou du Ngoan-cha-sse ; ils sont ensuite revisés
par le Tsong-tou , et même-renvoyés après, selon
l'exigence des affaires , pardevant une des six cours
souveraines de Peking. Une sentence ne peut être
définitive que lorsque les preuves sont complètes.
Une
SUR'LES CHINOIS: II?
Une fois examinée par fun des grands tribunaux
de la capitale, et approuvée par l'empereur, elle est
irrévocable. Dans toute affaire on peut s'adresser
directement au vice-roi, sans passer par les juges
intermédiaires, qui, dans cette circonstance, ne
peuvent plus s’en mêler, à moins que Faffaire ne
leur soit renvoyée, ce qui arrive ordinairement. Si
le mandarin approuve la requête, il y met un point
rouge ; elle reçoit alors son exécution. Dans les
affaires compliquées, on procède par écrit, on en-
tend les témoins , et le juge motive sa sentence.
Dans les causes criminelles , on fait venir les té-
moins, on les confronte, on les interroge séparé-
ment, on tire la vérité par toutes sortes de moyens,
et l'on écrit toute [a procédure. En affaire civile, le
pouvoir du magistrat supérieur est absolu et sans
appel, à moins que je cas ne soit assez majeur
pour être porté à Peking, ce qui est rare ; mais
en affaire criminelle, la sentence et le procès sont
envoyés à ja capitale, où les pièces passent par plu-
sieurs tribunaux subordonnés les uns aux autres,
et qui ont le droit de revoir le procès avant qu'il
soit jugé définitivement.
Cette manière de rendre la justice est bien en-
tendue, et lon voit que le législateur , en linsti-
tuant, a cherché à prévenir la corruption des juges;
mais malheureusement tous les magistrats ne sont
pas intègres , et les plaideurs trouvent les moyens
TOME III. H
114 OBSERVATIONS
de leur faire remettre de largent; car dans ce pays,
comme dans bien d’autres, les présens font beau-
coup, et ce n'est pas toujours au bon droit que
Yon doit le gain d’un procès.
Les Chinois, du temps de Confucius , avoïent
o
cinq sortes de supplices ; 1.° une marque noire
imprimée sur le front, 2.° lamputation du bout du
nez, 3.” celle du pied ou du nerf du jarret, 4.° {a
castration , $.” la mort. Le Code des lois de la
dynastie régnante ne parle pas de ces supplices.
Les condamnations en usage, sont [a bastonnade,
la cangue, l'exil, je tirage des barques, et la mort.
La peine de Ia bastonnade est très -fréquente ;
on ja donne pour la moindre faute ; maïs elle ne
peut être infligée à un mandarin ou à tout homme
décoré d’un bouton. H est rare qu’un Chinois ap-
pelé en justice pour quelque affaire, puisse éviter
la bastonnade ; maïs ïl est deux moyens de s’y
soustraire : le premier est de se faire remplacer ;
car, dit le P. Lecomte /a), il y a des gens tout
prêts à recevoir des coups pour les autres. Cette
assertion , qu'on aura de la peine à croire, est ce- |
pendant très-vraie : en effet, les personnes aisées,
même celles de la classe ordinaire du peuple,
qui n'ont pas reçu de Ja nature des cuisses ca-
pables de supporter cette punition, trouvent des
(a) Tome 11, page 70.
SUR LES CHINOIS. TI15
hommes qui, dans les affaires épineuses , se pré-
sentent à leur place et s’exposent à tous les in-
convéniens qui peuvent en arriver; il est vrai que
ceux-ci étant largement payés dans une pareïlle cir-
constance , usent du second moyen pour éluder
ja bastonnade , et que voici : lorsque le patient est
étendu paf terre, et que les bourreaux sont près
de frapper , il lève les doigts, dont chacun exprime
une dixaine de deniers ; les soïdats, qui com-
prennent très-bien ces signes, semblent frapper
de toute leur force, mais ils font toucher à terre
extrémité du bambou, et Îa cuisse n’est que lé-
sèrement efHeurée : pendant ce temps le patient
pousse de grands cris, et se retire ensuite sans
avoir beaucoup souffert. On peut donc dire qu’à
la Chine ïl y a des gens qui vivent de coups de
bâton ; mais, si dans ces occasions ils n’avoient
pas les moyens de les esquiver en partie, ïls ne
résisteroient pas long-temps à ce métier, car on
donne ja bastonnade depuis cinq coups jusqu’à
cinquante, et même au-delà : 了 est rare, dans
ces derniers cas, qu’un homme survive à cette
exécution. La manière dont j'ai vu, pendant mon
voyage, appliquer ja bastonnade, est cruelle. Les
bamboux ont de cinq à six pieds de long sur
quatre doigts de largeur , et sont arrondis sur les
côtes. Lorsque le mandarin est dans son tribunal,
et qu'il fait punir un coupable, if a devant lui un
H2
116 OBSERVATIONS
étui rempli de petits bâtons Jongs de six pouces
et larges d’un pouce, et autant qu’il en jette sur
la table, autant de fois cinq coups les bourreaux
doivent appliquer au patient.
La cangue est réservée pour les voleurs et les
perturbateurs du repos public; elle est composée
de deux pièces de bois plates , qui se réunissent
et ne forment qu’un seul morceau percé au milieu
pour passer le cou du patient. Il ÿ en a qui pèsent
jusqu’à deux cents livres, et qui ont trois pieds en
carré, et six pouces d'épaisseur : les cangues ordi-
naires sont de soïxante-quatorze livres ; le cou-
pable porte cette machine sur les épaules, de ma-
nière qu'il ne peut voir ses pieds, ni porter ses
mains à sa bouche, et qu’il mourroit de faim si
ses amis ne venoient à SOn secours.
C'est une faute du dessinateur, dans les gra-
vures du Voyage de M. Macartney,, que d’avoir
représenté je patient passant sa main à travers la
cangue ; cela nest pas possible, j'en parle pour
avoir vu dans mon voyage plusieurs Chinois avec
cette table de bois au cou : ces malheureux se te-
noient accroupis, appuyés sur un des angles de fa
cangue ; et paroissoient en être incomimodés
d’autres , plus industrieux, se servent d'une chaise
de bambou, dont les quatre pieds s'élèvent assez
pour pouvoir supporter la table sans qu'elle pèse
sur leurs épaules; enfin, chacun cherche à se
SUR: LES CHINOIS. I 17
soulager de son mieux, d’un poids d'autant plus
fatigant, qu'il faut le porter constamment sans
pouvoir s’en délivrer , le juge ayant eu la précau-
tion de sceller la machine , et de poser sur ja
réunion des deux pièces une bande de papier qui
contient la sentence du coupable. De plus, le
patient est obligé de se tenir dans les lieux qui
lui sont indiqués, etde se présenter, à Pexpiration
du terme de sa punition, devant le mandarin, qui
lui fait Ôter la cangue, et je renvoie après une
légère bastonnade ; car à la Chine on ne sort Ja-
mais d’une mauvaise affaire , sans une correction
quelconque.
Il y a des crimes pour lesquels on condamne
au banissement pour un, deux ou trois ans : ce
bannissement est quelquefois perpétuel, sur-tout
si le coupable est envoyé en ‘Fartarie ; ceux qui y
sont condamnés portent un bonnet rouge. Un fils
qui accuse son père ou sa mère, même avec raison,
est puni par l'exil; un homme qui doit à lempe-
reur , et qui ne peut payer, est exilé à Y-[y, au-
delà de fa grande muraille: les fils, les petits-fils
et les épouses d’un banni , peuvent le suivre dans
le lieu qui lui est assigné.
La peine du tirage des barques impériales sin-
fige pour deux cents, deux cent cinquante, et
trois cents lieues, suivant [Ia gravité du délit.
La mort se donne de deux manières, en étran-
FE 3
118 OBSERVATIONS
glant, êt en coupant la tête : [a première est ré-
putée la plus douce, et ne déshonore point ; js
seconde est réservée pour les assassins ; les Chi-
nois en ont une grande horreuf , parce que c’est
chez eux un malheur de mourir privé de lun des
membres qu’on a réçus en naissant. Ainsi le Tégis-
Jateur a su profiter de Fimagination foible des
hommes , pour établir des différences dans un
supplice qui, quoique le même au fond, change
cependant, et devient beaucoup plus aggravant
d’après l'opinion de celui qui le subit. Un Chinois
qui en tue un autre par accident, ou en se dé-
fendant; un fils qui accuse à faux son Pere ou sa
mère ; un voleur pris les armes à Ja main, sont
étranglés. Le patient est lié debout contre une
croix , le bourreau [ui passe une corde au cou et
Ja tord fortement par derrière avec un bâton; il Ja
lâche ensuite un instant, puis 辽 la serre de nou-
veau et le supplice est terminé.
Selon les lois établies par la famille régnante,
dans Je Code intitulé Ta-tsing-lu-ly, un mari qui
bat sa femme et qui la blesse, est puni; s'il ja
tue, il est mis à mort; mais les maris battent peu
Jeurs épouses, car il y a de ces femmes qui se pen-
dent exprès pour susciter une mauvaise affaire à
leur époux. Un mari qui surprend sa femme en
adultère , et qui la tue ; un fils qui dans le Pre-
mier moment massacre le meurtrier de son père
SUR LES CHINOIS. TIG
ou de sa mère , ne sont pas poursuivis, mais il faut
qu'ils prouvent les circonstances. On coupe ja tête
aux assassins, et on l’expose ensuite dans une cage
suspendue au haut d’un mât élevé sur le bord d’un
chemin. Pendant le cours de seize cents lieues
que nous avons faites dans l'empire, nous n’avons
aperçu qu'une seule de ces cages, en entrant dans
le Kiang-nan.
La peine de mort ne peut s'infliger sans que le
procès du coupable ait été examiné et confirmé
à Peking par lPempereur lui-même. 9i le crime
est grand, le prince ordonne qu'on exécute sans
délai, sinon , qu'on attende jusqu’à lautomne,
époque à laquelle on fait toutes les exécutions à
mort. Avant de mener le patient au supplice, on
lui donne un repas, et il peut se rendre sur ja
place de lexécution , en chaise ou en voiture , s’i
en a les moyens. On met aux condamnés à mort,
un baïllon à la bouche; les juges sont présens lors-
qu’on les exécute, et la fonction de bourreau n’a
rien d’odieux.
Il est bon d'observer , avant de terminer cet ar-
ticle, que l'homicide même involontaire étant puni
rigoureusement à la Chine, il en résulte que les
Chinois sont peu portés à secourir un homme qui
se trouve en danger de perdre la vie , parce qu'ils
ont à craindre d’être soupçonnés de lavoir tué ;
par exemple , qu’un homme soit subitement
H 4
120! OBSERVATIONS
attaqué dans un chemin , d’un mal qui expose ses
jours , qu'il soit blessé dangereusement par une
chute ou autrement, qu’il tombe dans l’eau, per-
sonne ne s’empresse de je secourir ; c’est ce dont
j'ai été témoin une fois au départ d’un bateau de
passage, dont la voile en virant avoit jeté un Chi-
nois dans l’eau ; aucun des assistans n’alla à son
secours , les matelots même s’occupèrent plutôt à
retirer de l’eau le bonnet de ce malheureux, qu’à
le sauver lui-même ; mais par bonheur il parvint
à saisir une corde et rentra dans la barque. C’est
par un mal-entendu que M. Scott, médecin du
lord Macartney , raconte qu’il rencontra à Macao
des Chinois portant un de leurs camarades blessé,
qui lui dirent qu'ils alloient lenterrer quoique
Thomme vécût encore; on n’enterre pas ainsi
quelqu'un à la Chine, car on courroit le risque
d’être étranglé.
Dans les circonstances importantes on fait
donner ja question aux accusés, pour tirer d'eux
la vérité. Il y a deux questions, celle des mains
et celle des pieds ; la première se donne avec
des bâtons ronds et gros d’un pouce, et de près
d’un pied de long, ayant aux extrémités des trous
dans lesquels on passe des cordes pour Îles rap-
procher , de sorte que les jointures des doigts
peuvent se disloquer. Pour la gène des pieds on
se sert de trois morceaux de bois, dont celur du
SUR LES CHINOIS. + À |
milieu est fixe, les deux autres sont mobiles et
joints au premier chacun par un crochet; ils ont
trois pieds de long sur six pouces de largeur avec
des trous à l'extrémité opposée à celle où sont les
crochets. On fait mettre les chevilles du patient
entre ces morceaux de bois, et au moyen de cordes
passées dans les trous, on serre avec tant de force
que les chevilles s’aplatissent.
Ces tortures sont très-douloureuses ; mais les
Chinois ont des remèdes, soit pour amortir Îa
douleur , soit pour opérer fa guérison. ‘J'ai vu à
Quanton un marchand qui avoit subi ja gène des
pieds , il étoit très-vieux et marchoit assez bien.
PRISONS.
IL y a dans chaque ville principale des pro-
vinces, des prisons environnées de hautes murailles
avec des logemens pour les soldats. Les prison-
niers peuvent se promener pendant ja journée
dans de grandes cours , ou travailler pour s’en-
tretenir et se nourrir, car ja portion de riz fournie
par le gouvernement est fort petite; mais durant
la nuit ils sont tous renfermés , les uns dans de:
grandes chambres, et les autres dans de petites
cellules lorsqu'ils ont le moyen de les payer.
Les scélérats sont dans des prisons à part, et
ne peuvent sortir ni parler à personne ; ils por-
tent suspendu au cou un morceau de bois , sur
r22 OBSERVATIONS
lequel sont écrits leur nom, le genre de crime
qu'ils ont commis, et leur sentence. On Iles étend
pendant ja nuit sur des planches en leur liant,
avec de grosses chaînes de fer, les pieds, les
mains et le corps. On les presse les uns contre
les autres; et , pour qu'ils n'aient pas ia facilité
de remuer , on place encore par-dessus eux de
grosses tables de bois. On les retire de 1à dans je
jour, afin qu’ils puissent travailler et gagner de
quoi vivre : aussi trouve-t-on dans les prisons des
boutiques garnies de différens objets provenant du
travail des prisonniers. IT y a des tavernes avec des
cuisiniers pour apprêtér à manger, et dans Îes
grandes prisons on en permet l'entrée aux mar-
chands , aux taïlleurs et aux bouchers, pour le
service des détenus. Avec de Fargent, les prison-
niers coupables de fautes légères sont assez bien
traités ; les criminels même peuvent obtenir quel-
que adoucissement, mais non pour le temps de jia
nuit, car les soldats les veïllent avec grand soin ,
de peur qu'ils ne s’échappent.
La prison des femmes est séparée de celle des
hommes ; on ne parle aux premières qu'au tra-
vers d’une grille, ou par le tour qui sert à jeur
passer ja nourriture.
Lorsqu'un Chinois meurt en prison, son corps
ne sort pas par la porte ordinaire, mais par
un trou pratiqué exprès dans la muraille ; aussi
SUR LES CHINOIS. 123
lorsqu'un homme qui a quelque fortune ; ou qui
appartient à une famille distinguée, se trouve très-
malade en prison, ses parens tâchent d'obtenir fa
permission de fen faire sortir, pour qu'il puisse
mourir dehors et éviter de passer par ce trou,
ce qui est une chose si infamante, qu'un Chinois
qui desire du mal à un autre, ne peut lui rien
dire de plus offensant que de souhaiter que son
corps passe par le trou.
DÉBITEURS; INTÉRÉT DE L ARGENT;
PRÉTEURS. SURLCACGES.
LEs Chinois aiment l'argent avec passion; je
desir de s’en procurer les jette dans toutes sortes
d'entreprises ; et, malgré le haut intérêt de Par-
gent à la Chine, ils ont recours très-souvent aux
emprunts; aussi voit-on dans toutes les villes un
grand nombre de boutiques avec une inscription
en gros caractères, annonçant une maison de prêt
appelée en chinoïs Tang-pan.
L'intérêt s'élève dépuis dix jusqu’à trente pour
cent; ce dernier taux a lieu sur-tout dans les
opérations de commerce; 这 est de neuf et dix
sur Îles maïsons et les biens-fonds. Les étrangers
à Quanton prêtent aux Chinoïs , à douze, dix-
buit et même au-delà. L'intérêt de l'argent chez
les prêteurs sur gages, est de dix-huit pour cent.
Fout particulier a la faculté de porter des effets
124 OBSERVATIONS
dans une maison de prêt; il donne son nom, ou
le tait, si son crédit, sa place ou des raisons par-
ticulières Le forcent à demeurer inconnu. Les Tang-
pen même sont plus ou moins renommés, suivant
leur discrétion; cependant lorsqu'ils ont quelques
soupçons sur les personnes qui leur apportent des
effets, ils les font suivre, ils épient leurs mouve-
mens, et s’informent de leur état et de leur de-
meure , pour les déclarer dans Foccasion au chef
de ja police; maïs cette surveillance n’a pas tou-
jours iieu , parce qu’elle peut nuire aux intérêts des
prêteurs.
Le Tang-pan après avoir estimé l'objet qu'on
Jui présente, et prêté dessus une somme qui est
ordinairement le tiérs de Ja valeur, délivre à lem-
prunteur un billet numéroté, dans lequel il spécifie
l'effet mis en gage, lestimation qu'il en à faite,
iargent qu'il a donné, le taux de l'intérêt :et le
terme de l'engagement. Quand le porteur vient
reprendre son effet, il représente le billet et paie
fargent avec l'intérêt; ou bien, si cela convient
aux deux parties, on balance le compte sur les-
timation déjà faite de l’effet mis en dépôt. En re-
cevant je billet numéroté , le prêteur sur gages
n'examine pas si la personne qui le rapporte est,
ou non, la même que celle à laquelle ïl Pa dé-
livré, parce que souvent celle qui a fait le dépôt
ne veut pas se représenter , ou bien parce qu’elle
SUR EES CHINOIS. 125
a cédé son titre à quelqu'un de ses créanciers. Si
le gage n’est point retiré à l'expiration du terme
fixé par la convention, l'effet reste entre les mains
du Tang-pan, et le propriétaire perd tons ses
droits.
On voit dans les faubourgs de Quanton une
rue garnie de boutiques remplies de toutes sortes
de vêtemens : ces boutiques sont des Tang-pan
où les Chinois vont engager ou louer des habits.
Les Tang-pan renommés ne sont pas ordinaire-
ment sur la rue , lensergne indique seulement
la maison, dont les appartemens sont sur le der-
rière, de manière que ceux qui sont obligés d’avoir
recours. aux prêteurs sur gages , ne Craignent pas
d'être vus ou d’être reconnus en entrant ou en
sortant.
L'intérêt de l'argent étant très-élevé à la Chine,
il n’est pas étonnant dy voir des particuliers qui
doivent des sommes considérables ; mais il faut
remarquer aussi que, par le même motif, les parties
s’arrangent facilement. La Îoi empêche d’ailleurs
qu’on ne confonde les intérêts avec le capital, qui
reste toujours distinct. Quant aux intérêts , leur
quotité ne change pas quelle que soit l'ancienneté
de la dette, et le créancier qui voudroit stipuler
d’autres conditions, seroit puni.
Les accusations pour dettes étant réputées
infamantes , les parens et les amis offrent leur
126 OBSERVATIONS
médiation, et les parties s'accommodent sans beau-
coup de difficultés. Dans le cas contraire, le man-
darin ordonne ja saisie des biens , si le débiteur en
a ; s'il n’en a pas, il est mis en prison et on lui
accorde un délai au bout duquel, s’il ne satisfait
pas, ilreçoit, suivant la lor, la bastonnade ; alors le
juge accorde encore un autre délaï, après lequef,
faute de paiement , on inflige une seconde bas-
tonnade, et ainsi de suite. La crainte d’un Pa-
reil traitement oblige les débiteurs à chercher tous
Jes moyens possibles pour se libérer envers feurs
créanciers , et se soustraire au châtiment. I y en
a même qui se donnent pour esclaves, lorsqu'ils
n'ont pas d'autre moyen de sortir d'embarras. Si
la loï est sévère contre celui qui ne païe pas, elle
défend absolument aux particuliers d'employer ia
violence pour obtenir je remboursement d'une
somme prêtée : c'est s'exposer à quatre - vingts
coups de bambou, que de se payer par ses mains;
cependant les mandarins tolèrent certains moyens
employés par les Chinoïs pour tirer de fargent
de leurs débiteurs , Iors du renouvellement de
l'année. À cette époque les créanciers entrent dans
les maisons de leurs débiteurs , crient de toutes
leurs forces, ou s’établissent pour n’en sortir que
lorsqu'ils ont été remboursés. Les Chinois redou-
tent extrêmement de pareilles visites, parce que
si, dans ces circonstances , il survenoit quelque
SUR LES, CHINOIS. 127
accident au créancier, ils auroient à craindre que
la justice ne les soupçonnât d’avoir voulu attenter
à sa vie.
Un Européen ayant à réclamer une forte somme
d'un marchand de Quanton, qui le remettoit de
jour en jour , l'attra chez lui, et le tint renfermé
jusqu’à ce qu'il eût payé : ce moyen réussit, mais
il est dangereux ; car il y a des Chinois capables
de se pendre, et, dans ce cas, l'affaire devien-
droit très-grave ; il faut, pour en agir de ja sorte,
être bien sûr que le débiteur est attaché à Ia vie.
Dans tous les cas, il n’est pas prudent d'employer
ce moyen; le plus sage est de se plaindre aux
mandarins, lorsque celui qui doit est du nombre
des hannistes, parce qu’alors le juge ordonne aux
autres marchands de se cotiser entre eux pour payer
la dette.
La dernière ressource des Chinois , lorsqu'ils ne
peuvent rien obtenir de leurs débiteurs par les
voies dont j'ai déjà parlé, est de les menacer d’en-
Lever la porte de leur maison ou de leur boutique :
c’est le plus grand malheur qui puisse arriver à
un Chinois, de se trouver sans porte lors de ja
nouvelle année; il se croit perdu ‘pour toujours,
parce quajors rien ne peut plus s'opposer à l'en-
trée des mauvais génies ; telles sont les idées su-
perstitieuses des Chinois. On rira, sans doute , de
cette puérile crédulité ; mais plût à Dieu qu'en
125 OBSERVATIONS
Europe, Îles gens qui ne rougissent pas d’'em-
prunter dans le dessein de ne jamais rendre, eus-
sent cette bizarre croyance! les créanciers auroïent
:du moins une dernière ressource , puisqu'ils n’ont
pas, comme à la Chine, celle de Ia bastonnade.
Si cependant, comme on vient de le voir, les
créanciers emploient différentes manières pour
tirer de l'argent de leurs débiteurs , ceux-ci, de
leur coté, imaginent toutes sortes de moyens pour
se dispenser de payer; mais, ne réussissant pas tou-
jours dans leurs stratagèmes, ils prennent aiors ,
pour se tirer d'embarras, le parti de mettre je feu à
leur propre maison, expédient tout-à-fait étrange,
et qui cependant a lieu assez souvent vers la fin
du dernier mois de l'année.
Les débiteurs insolvables envers l'État ne sont
pas traités moins sévèrement que les débiteurs
envers des particuliers ; outre la bastonnade , qui
est la correction commune aux uns et aux autres,
ils sont envoyés en exil en Tartarie, et employés
au service de l’empereur, dont is deviennent la
propriété. Cet usage reçu de maliraïter les gens
qui ne paient pas leurs dettes, rend circonspects
ceux qui veulent emprunter : chacun travaille à se
liquider ,et lon ne voit pas, comme ict, des hommes
promenant hardiment le vol et l'infamie, rire ef-
frontément aux dépens de ceux qu'ils ont dupés.
Si les coutumes des Chinois ne sont pas toutes
bonnes ;
SUR LÉS CHINOïs. 129
bonnes ; si leur manière de rendre fa justice est
un peu trop expéditive , on conviendra pourtant
que sur l'article du prêt Is sont plus avancés que
nous , puisque chez eux les débiteurs infidèles sont
punis ; et qu’au contraire chez nous, on en voit
souvent qui sont reçus , accueillis, fêtés même, au
moins par des personnes capables de les imiter ;
mais nous n’aurions pas le spectacle de cette im-
pudeur scandaleuse, si en Europe ceux qui s’ap-
proprient ainsi l'argent des autres, recevoient une
punition telle qu'on la donne à la Chine.
VOLEURS,
LES voleurs montrent beaucoup d’adrésse dans
l'exercice de leur métier ; ils joïgnent même quel-
quefois la force à Fadresse, mais rarement Ia vio-
lence, parce que tout voleur surpris les armes à Ia
main , est condamné à être étranglé. C’est sur-tout
à Quanton que lon trouve un grand nombre de
filoux ; ils ont même des chefs, que les Chinois
savent trouver dans l’occasion , et par le moyen
desquels on peut retrouver un objet perdu , en
entrant en composition avec eux : C'est ce que jai
vu moi-même.
Les voleurs de Quanton s'adressent de préfé-
rence aux étrangers, et parmi ceux-ci aux nou-
veaux arrivés : ils sont ordinairement plusieurs
ensemble , soit pour se passer de main en main
TOME II I
130 OBSERVATIONS
Tobjet volé, soit pour barrer Le chemin à ceux qui
veulent les poursuivre; il est d'ailleurs difficile de
ies saisir , car du moment où l’on met la main sur
ieur habit, ils ouvrent les bras, abandonnent leur
veste et s’échappent avec rapidité.
Un filou Chinoïs a soin de ne se mettre jamais
du côté où il veut voler ; aussi les étrangers qui
arrivent nouvellement d'Europe sont-ils toujours
surpris de ne trouver personne en regardant du
côté où ils se sont sentis toucher ; le voleur se tient
du côté opposé ; il a l'air occupé de toute autre
chose, et contrefait l’étonné lorsque l'étranger se
retourne pour je regarder. Dans le cas cependant
où, reconnoissant je filou , on se décide à courir
après lui, et où lon parvient à s’en saisir, le plus
prudent est de le laïsser aller tranquillement, après
Jui avoir repris ce qu’il avoit volé ; car les suites des
voies de fait sont dangereuses à [a Chine , et Fon
doit éviter avec soin jes explications avec des juges
ou des mandarins qui ne veulent pas entendre
le plaignant, ou qui, persuadés de leur haute
sagesse, regardent comme des barbares tous les
hommes qui ne sont pas gouvernés par les mêmes
lois qu’eux.
Ce que je viens de dire des voleurs Chinoïs ne
montre que leur adresse pour dérober légèrement
un mouchoir ou quelque autre effet de peu d'impor-
tance; mais voici quelques exemples des moyens
PS
SUR LES CHINOIS. 12
au'ils emploient lorsque Tadresse ne suffit pas.
Des voleurs voyant un Européen monter les
marches d'un petit pont qui est dams le faubourg
de Quanton, et s’apercevant qu'il avoit de l'argent
sur lui, fun d’eux le saisit fortement par les bras,
tandis que les autres fouillèrent dans ses poches.
La chose fut exécutée si lestement, que les voleurs
étoient déjà bien loin avant que l'étranger et ceux
qui laccompagnoient fussent revenus de leur sur-
prise et eussent songé à se mettre en défense : ce-
pendant le vol fut fait en plein jour, et celui qui
fut volé étoit en état à lui seul de terrasser cinq
ou six Chinois ; il est vrai qu’il aima mieux tire de
févènement que de courir après les filoux.
Un autre moyen que les voleurs mettent en
usage pour entrer dans jes maisons, c'est dy faire
un trou par lequel is s’introduisent, en prenant ja
précaution de mettre une petite chandelle /a) dans
ouverture, pour retrouver leur chemin lorsqu'il
faut sortir. Un gros papier qui conserve le feu
et qui s'allume en soufflant dessus, les dirige dans
les chambres et leur fait apercevoir les différens
objets qui sont bons à prendre. Une personne de
ma connoissance , entendant du bruit chez elle pen-
dant fa nuit, présuma qu'il étoit causé par des
(a) Ces chandelles sont faites avec de fa sciure de bois, et
brülent sans jeter de lumière.
Ï 2
132 OBSERVATIONS
voleurs : ayant découvert par hasard je trou par
lequel les Chinois s’étoïent introduits dans la mai-
son, elle s’avisa den retirer la petite chandelle, et
de ja mettre un peu plus loin en face de Ja mu-
raille , puis elle se plaça en embuscade avec ses
domestiques , dont Fun se mit à faire du bruit ;
aussitôt jes voleurs coururent tête baissée pour
passer par le trou; mais s'étant frappés rudement
contre je mur, ils tombèrent et furent arrêtés.
Lorsque les voleurs sont assez adroits pour pé-
nétrer dans les appartemens, ïls brûlent, dit-on,
des drogues, pour endormir plus profondément
ceux qui y sont couchés : c’est ce que je ne puis
assurer; maïs je sais très-bien qu’ils entourent le
lit de la personne endormie avec les chaises de
Tappartement , de manière que, lorsqu’elle vient à
se réveiller et qu’elle veut s’élancer de son lit, elle
se trouve assez embarrassée pour que les voleurs
aient je temps de s'évader. Ils se servent aussi d’é-
chelles fort légères , composées de deux bamboux,
avec des échelons de corde, qu’ils appuient sur les
murs pour monter par Îles fenêtres lorsqu'ils les
trouvent ouvertes. Un François à Macao fut ainsi
volé, pendant son sommeil, de tout ce qu’il avoit :
s'étant réveillé au bruit, il voulut se lever, maïs les
voleurs eurent je temps de s’en aller ; ils le firent
cependant avec une telle précipitation , qu'ils aban-
donnèrent leur échelle.
SUR LES CHINOIS. ra
Les voleurs dont je viens de parler sont des
filoux adroits mais qui ne font pas de mal; 这
y en a d’une autre espèce, qui sont plus redou-
tables, parce qu’ils volent et souvent massacrent
ceux qu'ils ont dépouillés : si on en arrête quel-
ques-uns , ils Sont condamnés à avoir la tête tran-
chée. Lorsque j'étois à Macao , un grand nombre de
ces scélérats infestoient les côtes ; ils prenoïent les
bateaux qu’ils rencontroient à la mer, faisoient des
descentes dans les villages et emportoient tout,
après avoir tué ceux qui y étoient : ils s'emparèrent
même d’un petit bâtiment Européen, et le brû-
lèrent. IT paroit d'après les dernières nouvelles
reçues de la Chine, que ces pirates existent encore.
PAUVRES,
ON rencontre beaucoup de pauvres dans les
faubourgs de Quanton ; ils y étoient en si grand
nombre , fl y a quelques années, qu’ils remplis-
soient une bonne partie des rues qui avoisinoient
nos demeures. Ces malheureux, dénués de tout,
se rassembloïent le soir, et se pressoient les uns
contre les autres pour se garantir du froid ; mais
tous ne pouvant également être réchauffés, plu-
sieurs mouroient, et leurs corps restoient exposés
parmi les pièces de bois et les pierres qui cou-
vroient le quai. Révoltés d’un pareil spectacle, les
marchands hannistes les firent enfin enlever ; et
I 3
134 OBSERVATIONS
pour empêcher que notre quartier ne fût dans Ts
suite assaïlli par ces mendians , ils Payerent des
soldats qu'ils placèrent à l'entrée des rues pour.
leur en interdire l'entrée.
La pauvreté se montre à Ia Chine sons des
dehors extrêmement hideux : on en aura idée en
se représentant un mauvais petit bateau contenant
une famille entière, composée du père, de la mère
et de plusieurs enfans , à peine couverts de mé-
chans Jambeaux, et attestant par leurs figures
tristes et décharnées les besoins les plus urgens-
Ces malheureux n’ont d'autre occupation à Wam-
pou que de ramasser sur Ja rivière les bouts de
cordes et jes bagatelles qui tombent des, navires ;
et ils périroient de faim si les matelots ne se pri-
voient souvent d’une portion de leur nourriture
pour la partager avec eux : aussi y en a-t-il beau-
coup qui rodent sans cesse autour des bâtimens en
demandant l'aumône, et recevant avec ayidité tout
ce qu'on leur donne.
Les mendians qu’on trouve dans les rues de
Quanton font horreur à voir : quelques-uns ont
perdu des doigts et même des membres , par la
lèpre ou par suite de maladies. Hardis et insolens ,
ils vous importunent jusqu’à ce qu’ils aient obtenu
quelque chose , et vont même jusqu’à vous saisir
la main. Pour s’en délivrer , le mieux est d'entrer
dans une boutique , d’où on leur fait donner.
SUR LES CHINOIS. 135
Faumône, l'usage étant qu'aussitôt qu’ils ont reçu la
moindre bagatelle en riz ou en argent, ils doivent
se retirer.
Plusieurs écrivains prétendent qu’à la Chine le
gouvernement défend de mendier; cependant les
Chinois de Quanton ne m'ont jamais parlé de cette
défense ; ils ont même l'habitude de faire de temps
en temps quelques distributions en riz ou en
argent, mais malheureusement is les font trop
médiocres.
J'ai rencontré des mendians dans mon voyage ,
soit sur les chemins, soit à approche des villes ;
Huttner , dans sa relation, dit que les rues de
Péking en sont remplies : cela peut être, car nous
avons vu, en traversant fa capitale, bien des gens
mal vêtus , et qui probablement auroïent reçu vo-
lontiers quelque aumône.
Les Anglois ajoutent que dans fa Fartarie ifs
ont rencontré des pauvres : il est à croire, en effet,
que lon doit en trouver dans un pays où les vivres
ne sont pas en abondance ; cependant leur nombre
ne peut être considérable , puisque je gouverne-
ment ne les soulageant point et ne faisant que les
tolérer, la disette et la misère doivent nécessaire-
ment el détruire fa plus grande partie.
I 4
136 OBSERVATIONS
REFLEXIONS sur une Carte de la Chine, au temps
de Yao, donnée par M. Barrow ; et Considérations
sur l’Empire , sur Son étendue, sur sa formation
en un seul corps ; enfin, sur ses liaisons avec les
autres peuples.
M. BARROW , en publiant dans son ouvrage
une carte de la Chine, sous l’empereur Yao , a
adopté le sentiment de M. Amiot; mais, sans m ar-
rêter à prouver combien il est peu fondé, je vais
donner un léger aperçu de ce qu’étoient les Chi-
nois et leur empire à différentes époques, ce qui
mettra le lecteur à même de prononcer sur le degré
de certitude qu’on peut accorder à cette carte.
Les écrivains qui ont parlé de l'antiquité de ja
Chine, s'accordent à dire que les premiers Chinois
étoient établis dans le Chen-sy , la province la plus
occidentale de l'empire. Selon eux, Fo-hy /a), qui
régna Pan 2953 avant J. C., y ajouta le Honan
et le Chan-tong. Chin-nong, qui transporta sa
cour dans cette dernière province en 2822, paroît
avoir été le maître d'une partie du Petchely :enfin,
Hoang-ty qui lui succéda en 2698, étendit son
empire depuis Pao-ting-fou, dans le Petchely,
jusqu’au fleuve Kiang , et depuis les bords de la
mer orientale jusque dans le Setchuen , à Fouest.
{a) Histoire de la Chine, du P. de Maïlla, rome 1,7, pages ç ex
suivantes.
SUR LES CHINOIS. 137
Cette étendue, et l'état florissant dont on suppose
que [a Chine jouissoit alors, sont d'autant plus
équivoques , que les Chinoïs eux-mêmes, ainsi que
je lai dit dans ja première partie de cet ouvrage,
regardent comme très - douteux tout ce qui pré-
cède Ya0, qui monta sur je trône Pan 2357 avant
J. C.; et que plusieurs écrivains soutiennent que
cette contrée étoit pour lors dans un état misé-
rable , et presque entièrement couverte par les
eaux, qui ne s’écoulèrent que postérieurement.
If est donc difficile de croire que cet empire ait
eu l'étendue que lui assigne le P. de Mailla, c’est-
à-dire, quatre cents lieues de l’est x l'ouest, et six
cents du nord au sud /a) ; que Yu, ministre de
Yao, et qui lui succéda en 2205, ait été un ha-
bile géomètre , connoïssant parfaitement Part de
niveler les terres et de creuser les canaux ; enfin,
que fa description de la Chine, faite par ce prince,
et rapportée dans le chapitre du Chouking, intitulé
Yu-kong , soit de la plus grande justesse et con-
forme à celle que les missionnaires ont donnée
dans les derniers temps. Comment admettre que
des travaux aussi considérables que ceux dont 还
est question dans ce chapitre, aient pu être achevés
en aussi peu de temps que le-dit cet écrit! Com-
ment supposer que les anciens Chinois , forcés de
(a) Cette dernière étendue est réduite à trois cents lieues par
Île même auteur, Lettres” édifiantes, pages $4 et 110.
138 OBSERVATIONS
se retirer sur les montagnes pour se mettre à Fabri
de linondation qui couvroit les terres depuis long-
temps , aient possédé des sciences profondes ,
lorsque leurs descendans sont si peu versés dans
la géométrie ! Enfin , comment se persuader que
2357 ans avant J. C., ils aïent eu Phabileté qu’une
expérience de plusieurs siècles n’a pu donner aux
. Chinois actuels !
Le chapitre Yu-kong, réputé comme composé
par Yu lui-même , du temps de Yao, est regardé
par les écrivains Chinois comme ?ouvrage de ja
dynastie des Hia, postérieure à Yao, et même
comme augmenté sous celle des Chang, qui leur
succédèrent en 1766 avant J. C.
JI est donc évident que les travaux décrits dans
le Yu-kong ne sont pas ceux de Yu fui-même,
mais de princes postérieurs où inconnus ; et que
la carte publiée par M. Barrow, d’après celle de
M. Amiot, n’est pas celle de la Chine sous Ya0.
Cet empire, en effet, auroit-il pu avoir alors une
étendue aussi considérable, puisqu’à une époque
plus rapprochée, on voit que les provinces au sud
du Kiang ne lui appartenoïent pas et étorent oc-
cupées par des barbares, ce dont il est facile de
se convaincre en jetant les yeux sur une seconde
carte donnée par M. Amiot 人 a), pour le temps des
(a) Mission. , tome Il, page 287.
SUR LES CHINOÏJS. 39
Tcheou en 1122 avant J. C., c'est-à-dire, douze
cents ans plus tard! Il est vrai que M. Amiot
allègue pour raison de Ia différence qui existe
entre ces deux cartes, le changement de dynastie
qui eut lieu alors, prétendant que les peuples ne
voulurent pas reconnoître le nouveau souverain ,
qu'ils se déclarèrent indépendans , et qu'ils res-
tèrent dans cet état jusqu’à Tsin-chy-hoang-ty, en
246 avant J. C.; maïs cette assertion n’est pas ad-
wissible, puisque le P. Ko , missionnaire Chinois,
soutient au contraire que je changement de dy-
nastie ne produisit aucun mouvement, et n'opéra
qu’une foibje révolution.
IH est donc hors de doute que lempire de a
Chine étoit alors peu de chose ; que la carte de
ce pays, du temps de Yao a été amplifiée , et
que les travaux de Yu ont été exagérés. Pours'en
persuader il suffit de lire le passage suivant :
« J'ignore, dit le P. Ko /a), où plusieurs
» Européens ont été chercher les fables qu'ils ont
> débitées sur les levées, les digues et les autres
» travaux que fit faire Yu, pour contenir les fleuves
>” Hoang-ho et Kiang, travaux qui ne peuvent con-
» venir qu'à un pays très-petit. Qu'on examine ce
> qu’étoit la Chine à cette époque : pour pénétrer
» d’un endroit à Pautre on étoit obligé de marcher
(a) Mission, eme Lier, page 213.
T4o OBSERVATIONS
» de hauteur en hauteur; 这 nyavoit point de com-
> munication, on élevoit des jalons pour se recon-
> noître , et lon donnoit des noms aux lieux à
» mesure qu’on alloit en avant. Comment sup-
» poser qu’on ait pu parcourir ainsi les neuf pro-
» vinces dont il est fait mention dans le Yu-kong,
> et comment croire à la description et à la fertilité
» de plusieurs provinces qui n’ont été défrichées
> que long-temps après’ La carte géographique de
> la Chine, telle qu’eile est rapportée dans le Yu-
» kong, auroït demandé beaucoup d'années pour
> être dressée, et l’on sait que Yu ne fut occupé,
> pendant treize ans, qu’à abattre des bois , à don-
» ne: [a chasse aux bêtes féroces , à faire défricher
» les terres, enfin, à enseigner [a culture et Part
» de préparer les alimens. »
Les réflexions du P. Ko ne donnent pas une
haute idée de la situation de Ja Chine dans ces temps
anciens ; mais ce qui confirme son jugement, c'est
que les monumens gardent absolument le silence
sur [a géographie de ce pays , postérieurement au
règne de Yao, pendant les quatre cents ans que
subsista la dynastie des Hia , et pendant les six cents
ans de celle des Chang. Sans doute s’il avoit joui
pendant cette période d’une certaine prospérité,
il en resteroit encore quelque vestige ou quelque
tradition authentique; il paroît au contraire que [a
Chine étoit alors bien loin de cet état heureux que
SUR LES CHINOIS. TAX
certains auteurs [ui ont gratuitement supposé,
puisque les missionnaires /a) avouent eux-mêmes
que les bois et les pâturages ne disparurent qu’au
commencement de la troisième dynastie, après Pan
1122 avant J. C. À ces raisons on peut en ajouter
d'autres.
IL n’est parlé d'aucune ville sous ŸYao, ce qui
est étonnant pour un empire représenté comme
florissant. La fondation de fa plupart de celles qui
existent, est postérieure au temps des Tsin, vers
lan 2so avant J.C.; on n’en comptoit que fort peu
auparavant, et ce ne fut que 206 ans avant J.C.,
qu'on vit les principales étendre leurs enceintes.
La capitale , au commencement de ja troisième
dynastie, en 1122 avant J. C., n’étoit composée
que des gens de Pempereur, des ouvrirs néces-
saires et de quelques marchands.
A la mème époque, lors de l'expédition de Vou-
vang, la plupart des provinces et celle du Chen-sy
elle-même , étoient en partie occupées par des bar-
bares, qui, après avoir aidé ce prince dans ses con-
quêtes, continuèrent leurs courses , et forcèrent
même, en 770 avant J. C., lempereur Ping-vang
à quitter Sÿ-gan-fou pour se retirer à Lo-ye dans
le Honan. Dans une disette arrivée en 1401, c’est-
à-dire, neuf cents ans après Ÿao, l'empereur et ses
(a) Mission. , tome .fr, pages 165 et suivantes,
142 OBSERVATIONS
sujets abandonnèrent les lieux ou ils déineuroïént
pour se transporter ailleurs. Si la Chine, d’après
cela, n’étoit que médiocrement peuplée l'an 1400
avant notre ère, et si elle étoit presque déserte en
626 avant J. C., lorsque les Scythes, sous la con-
duite de Madyès, firent pour la première fois une
irruption dans ja haute Asie , comment pouvoit-
elle être dans un état si florissant à l’époque où
Fon suppose que Yao fit sa carte!
La Chine, 800 ans avant J. C., n'étoit com-
posée que du Honan, du Chan-sy du Petchély,
du Chan-tong et d’un Petit canton du Chen-sy; le
reste étoit possédé par des barbares , ce qui ést
vraisemblable , puisque béaucoup plus tard ces
barbares existoient encore.
La province du Setchuen étoit occupée par des
barbares qui ne furent soumis que vers fan 206
avant J. C. fa).
Le Hou-kouang , connu sous Je nom de royaume
de Tsou, étoit gouverné en 891 avant notre ère,
par un prince descendant des barbarés du midi. Eé
philosophe Meng-tse, qui vivoit 336 ans avant
J. C. , dit positivement que Îés habitans de Tsou
étoient des barbares.
Le Quang-sy étoit a demeure de hordes de sau-
vages appelés Yue, et qui sont Jes ancêtres dès
ta) Mémoires de l’Académie.
SUR LES CHINOIS. 143
Miao-sse existant encore dans les montagnes. Le
plat pays ne fut soumis qu’en lan 223 avant J. C,
Le Koey-tcheou et le Yunnan étoient habités
par des barbares. Le Koey-tcheou fut conquis Fan
206 avant J. Ci mais le Yunnan ne passa sous fa
domination Chinoïse que dans le septième et lé
huitième siècle de Tere Chrétienne.
Le Kiang-nan étoit occupé par des peuples qui
se coupoient les cheveux et se péignotent je corps.
Tay-pe, fils de Tay-vang, grand-père de Vou-vang,
se retira chez eux et les civilisa. Cette nation de-
vint dans la suite nombreuse et puissante; elle
fonda le royaume de Ou, qui fut détruit en 473
par les Yue et les peuples de Tsou, et passa enfin
aux Chinois vers Fan 250 avant J.C.
Le Kiang - sy, situé entre les peuples dé Ou
et de Tsou, et constamment le théâtre de leurs
guerres, fut réuni à l'empire à la même époque.
Le Tchekiang habité par des barbares soumis
aux Yue et aux peuples de Ou, fut subjugué vers
le même temps.
Le Fo-kien, séparé de l'empire Chinoïs par Îe
royaume de Ou, ne pouvoit fui appartenir: aussi
cette province n'y fut-elle annexée que sous jes
Han, 206 ans avant J. C.
Le Quang-tong, peuplé par les Yue méridio-
naux, fut réuni en partie sous jes Tsin, 214 ans
avant J. C. Ces barbares, qui possédoient une
144 OBSERVATIONS
grande portion de l'empire , ne se policèrent que
peu-à-peu par le commerce qu’ils entretinrent avec
les Chinoïs , et ne furent subjugués que sous la
dynastie des Tsin , mais non en totalité; car en
112 il en restoit encore qui ne furent soumis qu’en
109 avant J. C.
D’après cette description des provinces, qui fait
voir qu'avant Chy-hoang-ty les barbares occu-
poient une grande partie de ia Chine, on peut se
figurer ce que pouvoit être l'empire , 2000 et
même 2500 ans auparavant. Dès-lors cette situa-
tion brillante , cette grandeur prétendue, dispa-
roissent ; et sans émettre un jugement hasardé,
on peut conclure que la carte de Ia Chine attri-
buée à Yao , se rapporte à des temps beaucoup
plus rapprochés.
Mais, si étendue de Fempire Chinois n’étoit pas
telle qu’on a voulu ia représenter , la formation de
empire, ou plutôt [a réunion de [a Chine entière
sous un seul et unique empereur , ne remonte pas
non plus à des temps extrêmement reculés.
Plusieurs écrivains font commencer l'empire ,
3000 ans avant notre ère. Suivant eux , Fo-hy
régna l'an 295 3, Chin-nong lan 2838, et Hoang-ty
lan 2698; mais le commencement du règne du
premier de ces princes n’est nullement constaté,
et ce qu’on rapporte de lui et de ses successeurs
est incertain et rempli de fables. Les auteurs ne
sont
| SUR LES CHINOIS. 145
sont pas d'accord sur la durée de la dynastie des
Hia, qui commença en 2205 avant J. C., et sur
celle des Chang , qui commença en 1766. Les
Hia , suivant quelques-uns, subsistèrent pendant
471 ans; et selon d’autres, seulement pendant
440, et même 432 ans: de même Îles uns sup-
posent que les Chang régnèrent 496 années, tandis
que les autres leur donnent 600 et 64$ années
d'existence.
L'empire , à ces différentes époques, , metoit com-
posé que de quelques familles policées, vivant au
milieu des barbares, et errant suivant les circons-
tances ; une preuve évidente, c’est que Pan 140;
avant J. C., c’est-à-dire, 1 500 ans après [a fonda-
tion de empire, Poen-keng émigre avec tout son
peuple , et donne pour raison qu'il suit en cela
l'exemple de ses ancêtres. Plus tard, en 1122,
Vou-vang quitte le Chen-sy, où il habitoit un très-
petit pays ; et à la tête de ses soldats et d’un certain
nombre de barbares, il attaque l’empereur et le dé-
fait entièrement. L'empire n’étoit donc que fort peu
de chose, puisqu'il fut subjugué par les Tcheou,
qui , d’après le propre discours de Tching-vang,
successeur de Vou-vang, étoient foibles et peu re-
doutables. Sous ses successeurs la Chine étoit en
partie occupée par des barbares, ou par les princes
auxquels Vou-vang avoit donné des apanages après
sa conquête en 1122. Ces différens princes ne
TOME IITI. K
146 OBSERVATIONS
reconnoissoient pas toujours l'empereur; plusieurs
même d’entre eux refusèrent ensuite de le recon-
noître ; tels furent les Tsin, qui, devenus les plus
puissans d’entre ces vassaux, détruisirentles Tcheou,
et fondèrent, l'an 255$ avant J. C., la dynastie de
leur nom, dont le quatrième empereur Chy-hoang-
ty, anéantit entièrement tous les princes indépen-
dans , et devint le seul maître de tout l'empire.
Parvenu à ce haut degré de puissance, et ayant
réuni sous sa domination ce nombre considérable
de principautés, dont les habitans avoient des
coutumes et des usages différens, Chy-hoang-ty
ne crut pas trouver de moyen plus sûr pour Ôter
à tous ces peuples le souvenir de leur première
origine , et les obliger à vivre sous une même loi,
que de faire brûler, Pan 213 avant J. C., les livres,
et principalement tous ceux qui traitoient de PHis-
toire : événement remarquable, en ce qu’il fait con-
noître l'état de la Chine avant cette époque, et qu’il
prouve que l'empire ne fut réuni que vers ce même
temps.
Mais, si la Chine ne fit qu'un seul corps de
nation sous Chy-hoang-ty , elle ne tarda pas à être
divisée; les peuples se soulevèrent contre le suc-
cesseur de ce prince , et élurent des rois particu-
liers /a), qui subsistèrent jusqu’en 202 avantJ.C.,
(a) Histoire des Huns, some Ier
SUR LES CHINOIS. 147
que Kao-tÿ, fondateur des Han, subjugua tous ces
petits États, et rétablit le calme dans l'empire.
Cette dynastie, appelée d’abord Han occiden-
taux, prit ensuite le nom de Han orientaux, lors-
qu’en lan 25 après J. C., Kuang-vou-ty se trans-
pôrta dans le Honan où elle subsista jusqu’à sa
destruction , arrivée en 220 , époque à laquelle
l'empire fut partagé en San-koue /srois royaumes ],
gouvernés par trois dynasties différentes, celle des
Han de la province de Cho , qui régna pendant
quarañte-trois ans dans le Setchuen et le Chensy;
celle des Oey, qui régna pendant quarante - cinq
ans dans [a partie septentrionale de ja Chine; et
celle des Ou, qui, après avoir passé du Honan
dans le Kiang-nan, se fixa à Nanking , et régna
pendant cinquante-neuf ans sur les provinces mé-
ridionales.
Vou-ty ayant anéanti ces trois royaumes et Îles
familles qui y régnoiïent, fonda ja dynastie des Tsin
occidentaux lan 265 de J.-C. ; et Yuen-ty, en
317, celle des Tsin orientaux ; mais ces princes ne
possédèrent pas fong-temps seuls toute [a Chine:
sous leur règne plusieurs provinces se soulevèrent,
et après la destruction des Tsin en 420, tout le pays
fut rempli de troubles, qui donnèrent naïssance à :
deux empires, lun du nord, et l’autre du sud.
L'empire du nord fut presque toujours occupé
par les Oey ou Tartares Topa.
K 2
148 OBSERVATIONS
Les Yuen-oey / premiers Oey ] régnèrent dans
le Chan-sy et le Honan, depuis lan 386 deJ.C.
jusqu’en 534. Ces souverains furent puissans et
partagèrent l'empire avec les Song.
Les Tong-oey /Oey orientaux] régnèrent dans
le Honan depuis Fannée ; 34 jusqu’en $50, et
furent remplacés par la famille des Pe-tsy, qui
occupa le trône depuis Pan yyo jusqu’à l'année
578.
Les 9y-oey / Oey occidentaux] régnèrent dans le
Chen-sy, depuis Pan 535 jusqu’à an 556 , et fu-
rent remplacés par les Heou-tcheou / 7 cheou-posté-
rieurs], descendans des Tartares Sien-py, qui
existèrent depuis Fan $57 jusqu’à ian $81.
L'empire du sud fut gouverné depuis l'année
420 de J. C., jusqu’en lan 479 , par la dynastie
des Song, qui fut suivie, en 479, par celle des
Tsy; en $02, par celle des Leang; et en 557, par
celle des Tchin , qui dura trente-deux ans : les
princes de ces différentes familles tinrent leur cour
à Nanking.
Ven-ty, fondateur des Souy en 581 après J. C.,
mit fin à l'empire du nord et à celui du midi, et
n’en forma plus qu’un seul. Cette dynastie ne sub-
sista que trente-huit ans, et fut remplacée par celle
des Tang en Pan 618. Ces princes s’établirent à
Sy-gan-fou, dans le Chen-y, et régnèrent pen-
dant deux cent neuf ans; mais vers la fin de leur !
SUR LES CHINOIS. 149
gouvernement, des troubles agitèrent de nouveau
la Chine, les Tartares Ky-tan ja désolèrent, tandis
que plusieurs princes formèrent des souverainetés
particulières dans différentes provinces ; aussi lem-
pire fut - il réduit à très - peu de chose sous les
Heou-ou-tay //es cinq familles postérieures] ; savoir :
les Heou -leang , qui régnèrent en 907 après
J. C.; les Heou-tang en 923; les Heou-tsin en
936: les Heou-han en 947; etles Heou-tcheou qui
commencèrent en 951, et S'étergnirent en 959.
A cette époque Îles troubles cessent, Tay-tsou
fonde la dynastie des Song en 960; mais les deux
nations Tartares des Ky-tan et des Kin, ou Niu-
tche , et les rois de Hia, restent maîtres de ja partie
septentrionale de la Chine.
En 1127, les Kin ayant détruit les Ky-tan , et
s'étant emparés d’une partie du nord de [a Chine
et de Kay-fong-fou, les Song furent obligés d’a-
bandonner cette ville et de transporter le siége de
l'empire à Lin-gan, aujourd’hui Hang-tcheou-fou ,
dans le Tchekiang, où ils restèrent jusqu’à leur
destruction par les Yuen ou Mogols , appelés en
Chmois Mong-kou.
Les Song s'étant adressés à ces conquérans ,
pour obtenir leur appui contre jes Kin, et l’abo-
lition du tribut qu'ils leur payoient , les Mogols
décfarèrent la guerre aux Kin, et, les ayant vaincus
en 1235 après J. C., ils finirent par anéantir Îles
K:3
150 OBSERVATIONS
Song eux-mêmes en 1260, ce qui rendit Kublay-
khan, descendant du fameux Genghiz - khan, le
maître absolu de toute la Chine,
Depuis l'établissement de la dynastie des Mo-
gols, lempire n’a plus été divisé, mais le trône
a passé successivement à des princes de divers
pays. Lan 1368 de J. C., la dynastie Chinoise
des Ming chassa les Yuen, et fut à son tour dé-
possédée en 1644, par les Tartares Mantchoux
descendans des Kin ou Niu-tche, qui occupent le
trône présentement.
D'après l’esquisse rapide que je viens de donner
des révolutions de la Chine , on voit que cette
contrée, loin d’être, à une époque très-reculée, un
vaste empire gouverné par un empereur, ne forma
un seul corps que vers l'an 220 avant J. C.; que
bientôt après , livrée aux troubles et divisée de nou-
veau , elle ne fut réunie que passagèrement dans
ia suite sous différens princes ; enfin, que ce n'est
que depuis lan 1279 après J. C., c'est- à-dire, il
y a cinq cent vingt-neuf ans qu'elle ne compose
qu'une seule et unique monarchie.
C'est donc à tort qu'on a voulu représenter Ja
Chine comme un pays privilégié, gouverné depuis
un temps immémorial par la même constitution,
exempt des troubles et des guerres qui ont ren-
versé tant d’empires. La seule différence qui existe
entre elle et tant d’autres États qui ont disparu de
SUR LES CHINOIS. IST
dessus ja terre; c’est que, placée à Fextrémité du
globe , et par conséquent peu exposée au flux et
au reflux de ces nations conquérantes qui ont
entrainé tout avec elles, et ont changé, si cela
se peut dire, la face des peuples, elle a conservé
après plusieurs révolutions ses mêmes mœurs et ses
mêmes usages; mais il ne faut pas conclure de fà
que dans les siècles les plus reculés elle ait existé
telle qu’elle est aujourd'hui. Cette étendue im-
mense qu'on lui suppose sous Yao , est chimé-
rique , et les prétendues connoïssances attribuées
à ses habitans , même dans des temps plus récens,
sont d'autant plus douteuses , que le Chouking
et un petit nombre d'écrivains modernes sont les
seuls qui en parlent. Est-il possible en effet qu’une
nation représentée comme si habile , soit demeurée
inconnue au reste de l'univers, et qu'aucun histo-
rien de Fantiquité n’en fasse mention !
Si les Chinois eussent été tels qu’on veut le faire
croire, les Perses , dit l'Histoire universelle des
Angloïs, en auroient su quelque chose avant fa
destruction de leur empire par les Grecs, et ceux-
ci en aurolent entendu parler antérieurement à
Hérodote. Les Chinois paroissent avoir été tota-
lement inconnus à Homère et à Hérodote. Cer-
tains passages du neuvième livre de Quinte-Curce,
font conjecturer qu’'Alexandre, lors de ses con-
quêtes dans Fnde, 327 ans avant J. C. en eut
K 4
152 | OBSERVATIONS
connoissance : il y est parlé d’un royaume appelé
Sophitien, que Strabon nomme Cathea, mot qui
approche du nom de Cathay, donné par les Tar-
tares à ia Chine.
L'an 126 avant J. C., les Chinois parcoururent
je Korasan, et entendirent parler de la Perse /a) ;
ils allèrent également à cette époque dans l'Inde.
Le sentiment le plus général des savans, est que
les Seres des anciens, si connus par leurs manu-
factures de soie, sont les mêmes que les Chinois.
Pline parle du commerce qu’on faisoit avec les
Seres /b), et des étofles de soie qu’on faisoit venir
à Rome de ces pays éloignés /c).
Les Romains /d) firent Iong-temps des efforts
pour aller trafiquer, par terre, dans la haute Asie
et dans la Chine ;ymais les Parthes, jaloux de s’ap-
proprier ce commerce , y mirent sans cesse des
obstacles. Ces derniers peuples étorent connus à
Ta Chine , et y étoient appelés Gan-sie; ils en-
voyèrent, lan 88 de J. C., des ambassadeurs à
Tempereur Han-tchang-ty.
Marc-Aurèle envoya des ambassadeurs à Huon-
ty, l'an 166 de J. C. Les Chinois nommèrent
Ta-tsin, le pays d’où ils venoient. Depuis cette
{a) Histoire des Huns.
(b) Livre XXAIV , chap. 14.
(€) Ybiïd. , livre VI, chap. 17.
(4) Mémoires de l'Académie, rome XXXII.
SUR LES CHINOIS. 153
époque les Romains eurent des relations plus di-
rectes avec la Chine, mais non sans difficultés ;
car, après la destruction des Parthes, les Persans
ne se montrèrent pas mieux disposés que ces
peuples, et mirent continuellement des entraves
au commerce qui se faisoit à travers leur pays.
L'an 284, les Romains envoyèrent encore des
ambassadeurs à l'empereur Tsin-vou-ty. Sous le
règne de Justinien, vers l'année 5 30 de J. C., ïls
eurent pour la première fois connoiïssance des vers
à soie qui furent apportés de Tinde à Constanti-
nople par deux moines.
En 567, Kosrou, roi de Perse, envoya des
ambassadeurs pour engager les Chinois à attaquer
les Turcs.
En 643, les Romains expédièrent des présens
pour l’empereur de la Chine.
Les Arabes s'étant emparés de tout le commerce
après avoir soumis la Perse, allèrent à la Chine,
établirent un cadi à Quanton, et assiégèrent et
pillèrent cette ville dans l'année 758.
En 798, le calife Haroun envoya des ambas-
sadeurs à l’empereur, afin de rétablir le commerce.
Dans le même temps, les Romains commerçoient
par mer avec les Chinois ; ainsi, l'Inde, fa Perse,
la Tartarie et même l'empire de Constantinople,
avoient des liaisons avec eux, liaisons qui subsis-
tèrent jusqu’à l'invasion de Gengiz-khan en 1211,
154 OBSERVATIONS
et que Îles successeurs de ce conquérant facilitè-
rent encore.
Carpin, envoyé en Tartarie par Innocent IV,
parle de la Chine sous la date de l'année 1246.
Nicolas et Mathieu Paul partirent en 1260 pour
Ja Tartarie ; ils se rendirent à la cour de Kublay-
Khan , et revinrent en 1272 ; ils repartirent en
1274, avec Marc Paul, et furent de retour à Ve-
nise en 1295.
En 1387, la vingtième année du règne de Tay-
tsou , fondateur de la dynastie des Ming, Tamer-
fan envoya des ambassadeurs à ce prince.
En 1493, Bartholomé Diaz doubla le cap de
Bonne-Espérance.
En 1497, Vasco de Gama arriva dans l'Inde.
Les Européens parurent ensuite à la Chine , et
fréquentèrent les ports de Quanton et de Ning-po.
En 1517, Lopez-de-Souza expédia de Goa ie
nommé Andrada , avec huit vaisseaux portant
lambassadeur Thomas Pereira ; celui-ci se rendit
à Peking, et y mourut en prison.
Les étrangers continuèrent de fréquenter fe port
de Ning-po; quelques années après les Portugais
obtinrent Macao.
En 1573, les Jésuites étoient déjà établis dans
cette ville.
En1577,1579,1580et1583 ,entrée des pères
Herade, Marin, Alfare , Mendoze et Ignace.
SUR LES CHINOIS. 155
En 1581, le P. Roger, Jésuite François, pé-
nétra à la Chine; eten 1582, le P. Ricci.
En 1655, ambassade Hollandoise dans laquelle
étoit Nieuhoff.
En 1693 , ambassades Russes, d’Isbrants-ides ,
et d'Ismaïiloff, en 1719.
En 1720, le nonce du pape, Mezzabarba ar-
riva à [a Chine.
En 1788 , un envoyé Russe résida à 了 Peking
pendant un an.
En 1793, le jiord Macartney, ambassadeur An-
glois, fut admis en présence de Kien-ong, à Géhol.
En 1795, M. Titzing , ambassadeur du sta-
thouder, eut le même avantage à Peking.
Telles ont été les relations des différens peuples
avec les Chinoïs, avant ou après la découverte du
cap de Bonne-Espérance ; et si la politique a pu
quelquefois en être le motif, l'intérêt du commerce
la été encore bien davantage.
AMBASSADE ANGLOISE,
LES ambassadeurs sont regardés à Ia Chine
comme des envoyés de princes tributaires, chargés
de présenter, au nom de leurs maîtres, leurs res-
pects à l’empereur, et de lui offrir des tributs ; car
c'est sous ce titre que ja cour de Peking accepte
les présens des souverains, assez bons pour flatter
son orgueil et sa vanité.
156 OBSERVATIONS
Les François sont les seuls qui n’ont jamais fait
aucun don à l’empereur de Ia Chine : connoissant
l'esprit du gouvernement, ils n’ont pas voulu qu'on
prit pour une soumission ce qui meat été qu’une
pure condescendance de leur part.
Le roï de Siam envoie tous les trois ans à Peking
des éléphans ; ceux que jai vus en 1782 à Quan-
ton , étoient d’une moyenne grandeur. La même
année, la cour de Lisbonne chargea l'évêque 了 or-
tugais qui se rendoit à Peking, de porter des
présens à l'empereur : ces présens furent reçus
comme des tributs, et les mandarins de Quanton
firent si peu de cas de l’évêque et du sénateur de
Macao qui les apportoient, qu’ils ne permirent
qu'au premier de s'asseoir en leur présence, et
offrirent seulement au second un misérable banc
de bois, sur lequel ils consentirent enfin , après
beaucoup d’instances, qu'on mit un coussin (4).
Lorsque j'étois dans la capitale, en 1795 ,jy trouvai
des envoyés Mongoux et Coréens : ces derniers
(a) Cette conduite déplut tellement au peintre qui accom-
pagnoit l’évêque, qu'il ne voulut plus partir pour Peking. Le
changement subit de résolution de ce jeune homme embarrassa
beaucoup les mandarins parce que son nom avoit été envoyé à
la cour; mais comme ils sont fertiles en expédiens , ils écrivirent
que le Portugais étoit tombé malade, et finalement qu'il étoit
mort ; en même temps ils le firent partir secrètement pour Macao,
où il s'embarqua pour retourner en Europe.
SURYVEES ,CHINONS. F7
s’y rendent tous les ans, soit pour offrir des pré-
sens, soit pour y faire du commerce. |
Dès Pannée 1788 , les Anglois avoient fait partir
le colonel Cathcart pour Peking ; mais sa mort
inattendue , arrivée dans je détroit de la Sonde,
arrêta tout-à-coup l'ambassade. Cependant les An-
glois ne perdirent pas pour cela [leurs projets d’éta-
blissement à la Chine; ils annoncèrent même dans
les papiers publics une prétendue cession de ter-
rain, dans lequel ja compagnie alloit s'établir ;
annonce prématurée et imprudente, qui, malheu-
reusement pour eux, mise sous les yeux de lem-
pereur, fut dans fa suite une des causes principales
du peu de succès de ja seconde ambassade qu'ils
envoyèrent. Si la première avoit été faite à la hâte,
celle-ci le fut avec un grand appareil; on n’épargna
rien pour sa réussite. Les présens furent considé-
rables , et lon choisit des personnes éclairées et
savantes auxquelles on donna pour chef le iord
Macartney, dont lesprit, les talens et les connois-
sances étoient généralement connus.
En 1792, la compagnie envoya à la Chine déux
commissaires , pour prévenir le gouvernement que
ambassadeur , redoutant je trajet par terre pour
les présens précieux qu'il apportoit à l'empereur,
ne descendroit pas à Quanton, mais qu'il aborde-
roit dans le golfe de Petchely.
Une ambassade annoncée avec tant de précau-
155 OBSERVATIONS
tion, et qui promettoit sur-tout de riches présens,
ne pouvoit manquer de plaire : aussi l'empereur
donna-t-il les ordres les plus précis pour là rece-
voir, n'importe dans quel port elle aborderoit. Le
lord Macartney parut enfin dans ja rade de Macao
le 22 juin 1793. Sir Georges Staunton, secrétaire
d’ambassade et ministre plénipotentiaire auprès de
l'empereur de ia Chine, descendit seul à terre pour
se procurer un interprète capable daider celui que
les Anglois avoient déjà avec eux, et qui sortoit
du collége de Naples. A son retour, /e Lion,
de soixante-quatre canons, et deux petits vais-
seaux, partirent pour le golfe de Petchely, au fond
duquel ils ne tardèrent pas d’arriver. Le $ août,
Jambassade s’embarqua pour Peking sur des ba-
teaux Chinois, ayant en tête de leurs mâts cette
inscription : Ambassadeur portant le tribut du roi
d'Angleterre (a).
Le lord Macartney fit son entrée dans Ia capitale
lé 21 août, avec toutes les personnes qui compo-
soient sa suite: ce À Ia simplicité de nos habits, à
» l'antiquité de nos voitures, dit Anderson /b), il
» étoit plus naturel de nous prendre pour des
> pauvres de quelque paroisse d'Angleterre, que
» pour Îles représentans d’un grand monarque ».
{a) Macartney, tome [I], page 145.
(6) Anderson, page 157.
SUR LES CHINOIS. 159
Les Anglois traversèrent ja ville Tartare, et furent
logés en dehors de Peking dans une mauvaise
maison (a); mais sur les représentations de Pam-
bassadeur, ils en obtinrent une meilleure, et re-
vinrent dans fa capitale.
Le 2 septembre, M. Macartney partit pour
Géhol, en Tartarie, où se trouvoit l'empereur.
Arrivé le 8, il fut admis en sa présence les 14,
17 et17. Le 18, il reçut son audience de congé,
et le 20 [a notification de quitter la cour pour'se
rendre à Peking, où il fut de retour le 26.
L’ambassadeur, à son arrivée à Géhol, s'étant
refusé à faire le salut à la chinoise, il s'éleva quel-
ques difficultés ; mais, suivant les Anglois, elles
furent bientôt aplanies par l'empereur, qui con-
sentit à ce que Île lord Macartney fit devant lui le
même salut qu’on fait devant le roi d'Angleterre :
ce salut consiste à fléchir un seul genou.
Les Anglois avoient conçu d’abord quelque es-
pérance de voir réussir leur mission ; maïs il ne.
suffisoit pas de l'avoir commencée , il falloit em-
ployer Îles moyens propres à lui faciliter une fin
heureuse. Le lord Macartney savoit parfaitement
l’histoire de la Chine, mais il ignoroit les usages
de ja cour. Peu instruit de [a manière de né-
gocier à Peking, et jugeant de ja capitale par
hr
(a) Barrow.
160 OBSERVATIONS
Quanton , il fit une grande méprise en ne vou-
lant pas traiter d’abord avec le Ho-tchong-tang.
Ce premier ministre, plus puissant que Kien-
long lui-même, fut piqué de cette conduite du
lord ; et lorsque celui-ci voulut revenir sur ses pas,
il n'étoit plus temps : d’ailleurs, Parrivée de [an-
cien Tsong-tou de Quanton fit changer rapide-
ment les affaires de face, et mit fin aux espérances
de l'ambassadeur. En effet, parler des établisse-
mens de la compagnie dans l'Inde, représenter les
Anglois comme ayant des projets sur la Chine, et
comme ayant donné des secours dans la guerre du
Thibet /a), c'étoit éveiller adroitement la jalousie
de l’empereur : en falloit-il davantage au vice-roi
pour lui inspirer des craintes et faire fermer pour
toujours les portes de lempire à des étrangers
dont lui-même avoit à redouter les plaintes ? Aussi
M. Macartney, obligé de ménager en même temps
je caractère inquiet et méfiant des Chinois, l'orgueil
et la fierté du premier ministre, ne put réussir,
quoiqu'il fût capable, plus que tout autre, de bien
terminer une affaire. Les insinuations du Tsong-
tou, et des raisons qu'il est de mon devoir de
passer sous silence, suffirent pour le faire échouer,
et le forcèrent de quitter promptement Géhol sans
avoir pu obtenir une seule de ses demandes :
PR
(a) Macartney, tome II, page 46.
ces
SUR LES CHINOIS. 161
ces demandes d’ailleurs si exagérées qu’il est éton-
nant qu'on les ait faites, étoient un établissement
vis-à-vis de Ning-po, le commerce exclusif, un
résident à Peking un comptoir à Quanton li-
berté de voyager sans frais de Quanton à Macao,
enfin l'établissement de la religion chrétienne. On
sent bien que les Anglois n’auroient pas beaucoup
insisté sur cette dernière proposition, et qu’elle
n'étoit qu’accessoire et faite pour flatter les mis-
sionnaires dont ils avoient besoin. Quoi qu'il en
soit , elle vient à l'appui de ce que jai avancé plus
haut en parlant des missions et de l'avantage qu'il
y a de Îles conserver.
Les Anglois objecteront sans doute qu’ils n’ont
rien demandé, et que le but de l'ambassade n’étoit
que de voir ja Chine; je Pourrois prouver le con-
traire, mais On croira sans peine qu’une natiom
dont toutes les vues sont tournées du côté du com-
merce, avoit un motif plus important. Les Angfois
ne font pas de démarches inutiies et la vue seule
de lempire Chinois ne pouvoit les satisfaire ; le
passage suivant le démontre. « L'empereur, dit
» Anderson, refusa de faire un traité avec les An-
> glois, et ne voulut pas accorder de préférence
> pour le commerce. >
Après son retour à Peking, le iord Macartney
e rendit au palais le 3 et le 6 octobre : il reçut le 7
ordre de partir le 9; et malgré ses représentations,
TOME III. L
162 OBSERVATIONS
l'empereur lui fit enjoindre ‘de quitter ia capi-
tale au jour indiqué. Quels que fussent les motifs
d’un renvoi si subit et si imprévu, « la bienséance
> exigeoit , dit Anderson, que lon donnât aux
» Anglois le temps nécessaire pour se préparer au
» départ ; mais, Continue cet auteur /a), nous
» entrâmes à Peking comme des mendians, nous
» y séjournämes comme des prisonniers, et nous
» en sortimes comme des voleurs. Les portraits du
» roi et de la reine furent mis entre de misérables
» planches , le dais fut arraché du mur et donné
» aux domestiques, les Chinois volèrent du vin
»et d'autres effets, enfin toutes les attentions
» disparurent. »
Les Anglois , dans leur retour, ne purent sortir
de leurs bateaux ; les mandarins les firent s'arrêter
à l'approche des villes, ou les leur firent passer
pendant ja nuit; et si le Tsong-tou de Quanton
accompagna lambassadeur durant le voyage, ce
fut plutôt pour le surveiller que pour lui faire
honneur.
M. Macartney fut de retour à Quanton je 19 dé-
cembre; ïl y fut reçu avec une grande pompe,
et logea de Fautre côté de la rivière dans une mai-
son préparée exprès pour lui.
« Le vice-roi, dit M. Huttner /2), rendit à
{a) Anderson, 11. partie, page 26.
(b) Macartney, tome V, page 201.
SUR LES CHINOIS. 163
> l'ambassade Angloise plus d'honneurs que ne le
> desiroient les orgueïlleux mandarins de Quanton
» et les nations rivales qui faisoient le commerce
» dans cette ville. » M. Huttner se trompe beau-
coup, ces nations prétendues rivales virent avec
plaisir les Chinois accueillir un ambassadeur Eu-
ropéen , et ne furent point jalouses d’un traitement
qui n’étoit d’ailleurs qu’une affaire de convenance.
Mais, si M. Huttner est si transporté de la récep-
tion faite aux Anglois, comment a-t-il pu dire que
« les Chinois les regardent comme les plus féroces
» d’entre les barbares ! honneur , ajoute-t-1l, qu'ils
» doivent au caractère de leurs matelots, qui ne
» sont pas les plus doux des hommes /a), et dont
» ja conduite, dit M. Macartney, les fait regarder
» comme les derniers des Européens /b). »
Ce portrait est outré, et l’on auroit tort de con-
fondre ensemble tous les Anglois, et de juger de
leur caractère en général par celui de leurs mate-
lots, qui prennent souvent ja licence pour ja li-
berté. Ce n’est certainement pas à la mauvaise
impression qu'a faite sur Pesprit des mandarins [a
conduite irrégulière des matelots Anglois, c’est
encore moins à la haine des Chinoïs pour fa révolu-
tion françoise et au voisinage de l'Angleterre avec
{a) Macartney, rome VW, page 211,
{b} Ibid. , tome I], page 297.
L 2
164 OBSERVATIONS
la France /a), que lambassade Angloise a dû son
peu de réussite. If ne faut pas croire que des rai-
sons aussi futiles aient pu porter les Chinois à re-
pousser le lord Macartney ; mais c’est plutôt ja
connoissance qu'ils avoient de la politique et des
projets de sa nation.
Le 8 janvier 1794 M. Macartney quitta Quan-
ton pour se rendre à Macao, où ïl resta jusqu'au
14 mars qu'il partit pour PEurope, sur le même
vaisseau qui lavoit amené , n'ayant obtenu, pour
tant de peines et de dépenses, que deux ou trois
édits publiés par le Tsong-tou de Quanton en
faveur du commerce, édits d’ailleurs de peu dim-
portance, et qui n’eurent aucun effet.
AMBASSADE HOLLANDOISE.
LE choix des personnes, Île nombre et [a valeur
des présens, enfin tout ce qui peut contribuer
au succès d’une grande entreprise , avoit été em-
ployé par les Anpglois, et cependant leur ambas-
sade avoit échoué. On devoit donc présumer qu’un
tel événement dégoûteroit tout Européen d'aller
désormais à Peking : il en arriva néanmoins tout :
autrement ; Car chez une nation purement com-
merçante , tout projet qui tend à améliorer je
commerce est avidement saisi ; et il fut facile à
(a) Macartney, tome III, page 149.
SUR LES CHINOIS. 165
M. Vanpraam ,qui avoit de Fesprit, de faire com-
prendre au gouvernement de Batavia toute lim-
portance d’une démarche flatteuse pour l'empereur
et entreprise seule par Îles Hollandoiïs.
La conduite de M. Macartney, en refusant de
courber ja tête devant le potentat le plus puissant
de l'Asie, avoit extrêmement nui à ses intérêts,
et choqué Forgueil d’un peuple qui se croit au-
dessus de tous Îles autres. Le consentement des
Hollandoïis à remplir les devoirs prescrits par léti-
quette Chinoise, flatta lamour-propre du mo-
narque; et les grands, qui virent dans cet acquies-
cement une sorte de réparation de l’insulte faite
par les Anglois à fa majesté de leur souverain,
s'empressèrent d'appeler à ja cour des Européens
qui se montroient moins difficiles que les premiers.
L'ambassade Hollandoise devoit donc espérer,
en se rendant à Peking , d’être traitée avec les
égards dus à des étrangers qui ne faisoient cette
démarche que dans la seule vue de plaire à Fem-
pereur et aux mandarins : cependant, [a réception
faite aux Hollandoïis, soit dans l'intérieur de la
Chine , soit dans ja capitale, ne répondit pas à ce
qu’ils étoient en droit d’attendre pour leur condes-
cendance, peut-être un peu trop grande, mais
commandée par les circonstances et par le desir
de ménager les avantages d’une compagnie mar-
chande, qui, dans la balance de ses intérêts, ne
L 3
166 OBSERVATIONS
compte que sur les bénéfices qu’elle doit retirer de
ses entreprises.
L'ambassade fut mieux traitée dans son retour ;
elle fauroit même été plus honorablement, sans
lavarice et la basse jalousie des mandarins qui
l'accompagnoïent. La réception du Tsong-tou de
Quanton fut très-modeste, et les Hollandois, pour
tant de peines, n’obtinrent que la remise des droits
du navire qui avoit apporté l'ambassadeur, et la
faveur d'autant plus grande qu'elle est très-rare ,
d'avoir vu lempereur, et den avoir reçu des pré-
sens, quoique peu considérables.
Une coutume assez généralement établie en
Asie, et principalement à la Chine, c'est que fa
valeur d’un don ne consiste pas dans son prix
intrinsèque , mais qu'elle augmente en raison de
Ja puissance ou du rang de la personne qui le
fait. Une simple bourse de soie avec cinq ou six
sous en argent, reçue des mains de Fempereur,
est regardée par les Chinoïs comme une chose
infiniment précieuse , et, par la raison inverse, des
présens offerts au souverain décroiïssent de valeur ;
de sorte que cent mille piastres présentées par un
particulier , ne sont plus qu’un objet très-médiocre.
L'empereur est regardé comme un dieu à ja
Chine, mais c'est un dieu qui ne se contente pas
de la simple odeur ou de Ja fumée légère des par-
fums , il lui faut des présens solides et précieux,
SUR LES CHINOIS. 167
de l'or, de l'argent, des bijoux et de riches effets ;
mais en daignant les accepter, il croit faire une
grande faveur à celui qui Îles lui présente; et s’at-
tendre à un remerciment ou à quelque grâce de
sa part, c’est être dans l'erreur. Ceci est prouvé
par Île résultat des deux ambassades Angloise et
Hollandoise , toutes les deux entreprises et exé-
cutées d’une manière différente, et dont aucune
n’a retiré cependant le plus léger avantage. Il faut
s’en prendre principalement à lesprit des Chinois :
orgueïlleux , ils méprisent les étrangers; mefrans ,
ils ne leur accordent rien ; trop éloignés de l'Eu-
rôpe pour en connoître les mœurs et les usages ,
trop persuadés de leur puissance, trop pénétrés
de leur mérite, ïls ne peuvent apprécier je vrai
caractère d’un ambassadeur et le motif d'une am-
bassade.
C’est donc une imprudence, une faute même,
que d’en envoyer chez eux avant qu'ils soient ins-
truits par l’expérience, qu'ils ne doivent fa conser-
vation de leur existence politique qu'à leur éloi-
gnement, et que cette haute opinion qu'ils ont
d'eux-mêmes est purement chimérique. Un jour
viendra que les Chinois, qui méprisent jes étran-
gers et les regardent uniquement comme des mar-
chands, reconnoîtront combien sont redoutables
ces peuples qu'ils traitent d’une manière si outra-
geante ; et Ceux-ci, une fois aux prises avec ja
L 4
168 OBSERVATIONS
nation Chinoise , ne tarderont pas à voir que,
placée à l'extrémité de l'univers, elle en est ja der-
nière pour la force et le courage.
Bornons-nous donc maintenant à trafiquer avec
les Chinois, conformons-nous à leurs usages , sup-
portons leurs caprices , et sur-tout restons Inti-
mement persuadés qu'il faut mûrement réfléchir
avant de s'engager dans une démarche qui peut
compromettre ja gloire et l'honneur d’une nation
Européenne.
COMMERCE,
LES besoins réciproques firent naître les échans
ges. Les premiers hommes vivant du produit de
leurs troupeaux , ou des fruits de la terre qu'ils
avoient cultivée, et se couvrant de la peau des
animaux qu'ils avoient tués dans leurs chasses,
furent forcés d'échanger entre eux ces objets d’une
indispensable nécessité : telle fut FPorigine du
commerce.
La civilisation , suite naturelle de la réunion et
de l'accroissement des peuples, augmenta bientôt
les besoins ; les forêts furent abandonnées ; Îles
productions de la terre ne suffrent plus à la nour-
riture , ni les peaux à l’habillement ; l’industrie,
mère des arts, offrant, pour ainsi dire, tous les
jours des découvertes utiles et commodes à la vie,
|
|
和
|
:
|
.
.
1
les échanges durent nécessairement se multiplier !
SUR LES CHINOIS. 169
à Pinfini. IT fallut donc chercher un moyen de jes
rendre plus faciles, en établissant une marchandise
de convention. On employa d’abord les bestiaux
dans cette vue; maïs ce genre d'échange présen-
tant de grandes difhcultés, on imagina de se servir
d'une matière qui, sous un moindre volume, ren-
fermeroit une plus grande valeur. Certains peuples
employèrent le cuivre , d’autres, comme les Spar-
tiates, firent leurs échanges avec du fer; l'or et
l'argent furent en usage chez les Égyptiens. Ces
métaux précieux, regardés dans le principe comme
une simple marchandise, s'échangèrent comme on
Je fait encore à la Chine ; chaque particulier eut
sa balance et ses ciseaux pour peser et couper Por
et l'argent à mesure qu’il en avoit besoin. Cette
méthode , qui facilitoit les échanges, entraînoit
avec elle des inconvéniens ; on Sapercut bientôt
que des gens de mauvaise foi en profitoient pour
tromper ceux avec qui ils trafiquoient. On eut
recours alors à un expédient plus sûr, et on fa-
briqua des monnoiïes d’or et d'argent, dont ja
valeur, constatée par certains signes, et dans ja
suite par l'effigie du Prince, Ôta aux falsificateurs
la possibilité de les altérer. Dès-lors Ie commerce
prit un nouvel essor, et ne tarda pas à faire des
progrès considérables. Envisagé chez les nations
les plus anciennes comme une source de pros-
périté, elles s’y livrèrent toutes avec plus ou moins
F70 OBSERVATIONS
dardeur suivant leur situation topographique,
leurs moyens, leur génie ou les profits qu’elles
espéroient retirer des lieux qu’elles fréquentoient.
Le commerce de TInde sur-tout fut une mine
féconde qu’elles exploitèrent avec succès. Les
Égyptiens , les Phéniciens, qu’on peut regarder
comme les premiers navigateurs , parcouroïent
l'océan Indien. Tout le monde connoît les expé-
ditions de Salomon. Le commerce de l'Inde sub-
sista en Égypte jusqu’à la conquête de cette fertile
contrée par Cambyse ; car les Perses, qui possé-
doient des ports plus rapprochés de la mer des
Indes, et qui avoient en outre ja voie de terre %
négligèrent celle d'Égypte. Les Phéniciens éten-
doient alors par-tout leur navigation. Tyr, eur
principal port, étoit une ville florissante ; mais
cette place ayant été brûlée par Alexandre, ses
habitans virent avec elle s’éteindre eur immense
commerce. L'Inde étoit à cette époque presque
inconnue aux Grecs. Le conquérant de PAsie,
informé plus exactement de limportance du com-
merce de cette contrée, bâtit Alexandrie, dans
Fintention d’en faire le marché général de tous les
peuples , et l'entrepôt de toutes les marchandises
de l'Orient. Alexandrie alloit devenir ja plus opu-
lente ville de l'univers, lorsqu'une mort préma-
turée enleva le héros Macédonien au milieu de ses
vastes projets. Quelques -uns de ses successeurs ,
SUR LES CHINOIS. 171
etsur-tout Ptolomée Philadelphe , rendirentAlexan-
drie une des villes les plus riches ; mais ceux qui
le suivirent ne l’imitèrent point, et laissèrent affoi-
blir et tomber entièrement le commerce de l'Inde.
A la destruction de l'empire des Ptolomées , les
Romains , ces nouveaux maîtres du monde, s’ef-
forcèrent de relever ce commerce avantageux ; is
furent d’abord contrariés par les Arabes, mais Ælius
Gallus pénétra sous Auguste dans l'Arabie, en
soumit une partie, et réussit enfin à établir un
commerce réglé depuis Alexandrie jusqu'aux bou-
ches de FIndus.
Strabon parle d'une flotte considérable qui re-
monta le Nil, entra par un canal dans la mer
Rouge, et de-là se rendit dans TInde. Pline nous
apprend que de son temps ce voyage se faïsoit
tous les ans avec un très -grand profit. Le com-
merce de l'Inde répandit jusqu'aux extrémités des
possessions Romaines les productions de 1Asie ,
et se soutint plus ou moins sous Îles successeurs
d’Auguste. Constantin en se fixant à Bysance, à
laquelle 这 donna le nom de Constantinople, ne
fit que changer la route des flottes d'Alexandrie ;
mais les barbares qui déchirèrent l'empire Romain
et je détruisirent enfin, anéantirent presque tota-
lement ce commerce. Depuis ce moment, foible
et abandonné, il languit pendant long-temps ;
mais [a conquête de lEgypte, en 1171, par
172 OBSERVATIONS
Saladin , qui chassa de ce beau pays les descendans
de Mahomet, vint lui redonner une nouvelle vie.
Les successeurs de Saladin n’eurent pas plutôt
fondé le grand Caire , que le commerce des Indes
reprit toute son activité ; les Vénitiens, les Pisans,
les Génoiïs , les Florentins et les autres peuples
libres de l'Italie s’en rendirent bientôt les maîtres,
en fréquentant les villes d'Alexandrie, de Damas,
d'Alep et de Trebizonde, dans lesquelles se ren-
doient toutes les marchandises de l'Orient. C’est
par-là que les Vénitiens avoient acquis des richesses
considérables et avoient mis leur marine dans un
état florissant, lorsqu'un événement imprévu,
changeant tout-à-coup la direction du commerce,
fit passer dans d’autres mains les avantages dont,
seuls, Hs avoient joui jusqu'alors.
Jean IT, roi de Portugal, poursuivant avec cha-
leur les découvertes commencées sous ses prédé-
cesseurs, expédia Bartholomée Diaz, qui doubla
le cap de Bonne- Espérance en 1493. Emmanuel,
son successeur , également capable de concevoir et
d'exécuter ces grands projets qui immortalisent les
rois et rendent en même temps les peuples heu-
reux et florissans ; Emmanuel , jaloux d'affranchir
ses sujets du joug des marchands étrangers, fit
armer quatre vaisseaux qu’il confia au brave Vasco
de Gama, qui arriva aux Indes en 1497. Dès-lors
tout changea de face, etle commerce, abandonnant
SUR LES CHINOIS. 93
les routes qu'il avoit suivies pendant si fong-
temps, s’en fraya de toutes nouvelles et jusqu'alors
inconnues.
ENTRÉE ET ÉTABLISSEMENT DES EUROPÉENS
À LA CHINE.
La découverte du cap de Bonne - Espérance
ayant ouvert une communication plus facile avec
une partie des peuples de TOrient et établi des
liaisons directes avec eux , l'ambition, l'amour de
la gloire, l'envie d'acquérir de ja fortune, attirèrent
bientôt dans les Indes une foule de Portugais.
Dans le court espace de soixante ans, ces étran-
gers réussirent à faire des conquêtes considé-
rables, et leur puissance , embrassant presque en-
tièrement cette vaste partie de l'univers, s’étendit
depuis le golfe Persique jusqu'aux extrémités de
PAsie.
Ces grandes choses furent exécutées par des
gens d’une conduite sage et d’un courage à toute
épreuve; mais la corruption des mœurs, des ri-
chesses immenses , un luxe excessif, firent bientôt
disparoître les belles qualités qu’on avoit admirées
dans les premiers Portugais. L’indolence, la pa-
resse et la débauche succédèrent au courage ; ja
soif insatiable de dominer, et la dureté du gou-
vernement , remplacèrent ja droiture et [a justice.
Ce changement de conduite re put qu’indisposer
174 OBSERVATIONS
non-seulement les peuples que les Portugais
avoient soumis , mais encore ceux chez lesquels
ils n’alloient que pour trafiquer. C’est dans cet état
de choses que les autres Européens parurent dans
Inde : hardis, entreprenans et courageux, ces
nouveaux venus réussirent facilement, malgré les
efforts et les précautions des Portugais , à les dé-
pouiller des vastes possessions qu'ils s’étoient ac-
quises avec tant de peines, et parvinrent en même
temps à partager avec eux et même à leur enlever
à la fin le commerce immense que ceux-ci se
croyoient en droit de faire seuls.
Je n’entrerai pas ici dans le détail des différens
établissemens formés par les Européens dans les
Indes , ce seroit mécarter de mon sujet; je me
bornerai à parler de leurs relations commerciales
avec la Chine.
Les Portugais furent les premiers qui fréquen-
tèrent les ports de cet empire. En 1517, Lopez
Suarez, vice-roi de Goa, fit partir huit vaisseaux
sous le commandement d'Andrada, et expédia en
même temps un ambassadeur nommé ‘Thomas
Pereira. Arrivés à l'entrée de ja rivière de Quan-
ton, deux des vaisseaux obtinrent la permission
de monter jusqu’à cette ville avec Pereira, dont la
probité et le caractère doux et civil captivérent
bientôt les Chinois, et les engagèrent même à con-
clure un traité de commerce avec les Portugais.
SUR LES CHINOIS, 175$
En partant pour Peking, Pereira fit publier que
si quelqu'un avoit à se plaindre , if pouvoit venir
en demander satisfaction. Ce procédé, entièrement
nouveau pour les Chinois, leur plut extrêmement;
mais les capitaines des navires démentirent bientôt
cette conduite généreuse : loin de limiter , ils mal-
traitèrent les habitans , descendirent des canons à
terre et se permirent mille excès. Le vice-roi de
Quanton, irrité contre eux, équipa à a hâte une
flotte pour aller détruire les vaisseaux des Portu-
gais; mais ceux-ci profitant d’une tempête, se
retirèrent et se rendirent à Malaca, abandonnant
fambassadeur Pereira entre les maïñns des Chi-
nois, qui, indignés des violences de ses compa-
triotes, l'en rendirent responsable, et le jetèrent
dans une prison , où , après trois ans de détention,
il périt de misère , victime de fautes qu'il n’avoit
pu empêcher.
Le temps qui affoiblit tout, et qui détruit même
jusqu’à fa mauvaise opinion qu’on a prise d’abord
de quelqu'un, fit oublier peu à peu aux Chinois
la conduite irrégulière des Portugais, et les porta
à leur permettre de nouveau de venir trafiquer
dans l'ile de Sancian et dy dresser des tentes pour
le temps qu’on chargeroit les navires. Cette manière
de commercer étoit fort gènante, lorsqu'une occa-
sion inattendue rétablit les aflaires des Portugais ,
et leur procura un solide établissement à [a Chine.
176 OBSERVATIONS
L'empereur Chy-tsong combattoit depuis Jong-
temps les Japonoiïs, qui dévastoient les côtes de
la Chine , lorque parut le Chinois Tchang-sy-lao.
Ce chef de pirates, après s'être emparé de Ma-
cao, bloqua la rivière, et fit même le siége de la
ville de Quanton en 1563. Les mandarins , hors
’état de lui résister, implorèrent le secours des
Portugais : ceux-ci attaquèrent avec succès Île
pirate, le poursuivirent et je tuèrent à Macao.
En reconnoiïssance de ce service important, lem-
pereur leur céda à perpétuité l'ile de Macao, où
ils s’établirent et batirent par la suite une ville en
1585 (latitude nord 22° 12° 44", longitude à Fest
de Paris, 111° $'}. C’est par erreur que lauteur
du Voyage de M. de Ia Pérouse fait donner Macao
aux Portugais par l'empereur Kang-hy. Ce prince
monta sur le trône en 1662, et la cession de Ma-
cao eut lieu un siècle auparavant.
Outre l'établissement de Macao, Hamilton /4)
parle d’un autre que les Portugais avoientà Limpoa
et qu'ils perdirent ensuite; il prétend tenir ce fait
des Chinois, et en assure la vérité, quoiqu’on n’en
trouve aucune trace dans les auteurs Portugais :
mais le port de Ning-po , où les Européens al-
loïent commercer sous l'empereur Hiao-tsong dans
les années appelées Hong-tchy [ de 1488 à 1505],
{a) Account of the East-[ndies, tome 11, page 288.
étant
SUR LES CHINOIS. 177
étant souvent nommé Liampo ou Liampoa, ce
double nom a pu donner lieu au rapport de M. Ha-
milton , à moins que cet écrivain wait voulu parler de
l'ile de Lantao, une de celles qui avoisinent Macao,
et dans laquelle les Portugais s’étoient , dit-on,
établis, et d’où ils furent chassés par les Chinois.
PORTUGAIS.
Etablissement de Macao,
L'île de Macao, appelée en langue mandarine
Nga0o-men, et dans Pidiôme du pays Ama-gaoy, tire
son nom d’une idole nommée Ama, qui y avoit un
temple.
Cette île est plus longue que large ; elle peut
avoir près d’une petite lieue de longueur, sur en-
viron une demi-lieue dans sa plus grande jar-
geur : un mur en pierres sèches, et un corps-de-
garde Chinois /a), élevés sur une langue de terre
contiguë à une île voisine, font la séparation du
territoire Portugais.
La campagne au dehors de Macao, est sèche et
dépouillée d'arbres ; les montagnes sont nues, et
on ne trouve dans ja partie septentrionale de Pile,
qu’une petite portion de terre mise en rapport par
les habitans d’un village appelé Moha.
(a) Ce poste militaire est très-foible , et l'officier qui le com-
maude n’est pas, comme le dit l’auteur du Voyage de la Pérouse,
Je gouverneur Chinois de Macao.
TOME Ill. M
178 OBSERVATIONS
L'eau n’est pas abondante à Macao : deuxsources,
toutes les deux placées en dehors de la ville, Pune
au nord et l'autre au sud, en fournissent aux ha-
bitans , qui sont obligés de l'envoyer chercher tous
les jours par leurs noirs.
Les Portugais mavoient bâti, dans le principe,
que des forts; et fa ville étoit ouverte lorsque les
pirates lattaquèrent en 1621, et les Hollandois
en 1622. Quatorze vaisseaux Hollandoiïs entrèrent
dans le port de Macao fa veille de Ia Saint-Jean,
et débarquèrent quatre cents hommes, qui furent
ensuite renforcés par trois cents autres; mais les
Portugais s'étant défendus vaillamment, les Hol-
Jandois manquant de munitions , et découragés
par la mort de leur général, se retirèrent en Jais-
sant derrière eux quatre cents des leurs , dont trois
cents furent tués, et les cent autres faits prison-
niers. Ces malheureux, condamnés aux travaux
publics, furent employés dans [a suite à élever
dans Ia partie du nord et dans celle du sud de ja
ville, deux épaisses murailles , qui jointes aux for-
tifications déjà bâties, la fermèrent presque entiè-
rement.
Le fort de la Monté est le plus grand et le plus
régulier ; c'est un carré long défendu par quatre
bastions , dont Îles deux qui sont du côté de fa
campagne , ont les flancs garnis d'orillons. Au-
cun ouvrage avancé, aucun fossé n’empêchent
SUR LES CHINOIS. 179
d'approcher des murailles ; elles sont construites en
terre battue et sans revétissement ; leur hauteur
peut aller de vingt-cinq à trente pieds.
Les autres forts sont plus petits et irréguliers ;
on en compte trois, outre deux fortins.
Le fort de la Guya, bâti sur une hauteur,
domine toute ja ville et la mer , et c’est lui qui
signale les vaisseaux qui entrent en rade.
Le fort de Bonpart, construit à l'extrémité méri-
dionale de ja ville et de Ia baie, sert à en défendre
l'entrée avec deux autres fortins, dont l’un est
élevé sur la pointe Saint-François, et l’autre au-
près du gouvernement , Île long du quai qui borde
la mer.
Le fort de la Barre est à la sortie du port; 这
a été bâti dans Fintention d'empêcher les navires
étrangers dy pénétrer ; mais ses murailles , faites
de pierres sèches à la manière chinoise, suppor-
teroient difficilement quelques bordées , si elles
ne s'écrouloient pas d’elles-mèmes , ainsi que les
magasins et la chapelle qui les dominent, par l’ex-
plosion des propres canons Portugais qu'on a mis
pour leur défense.
Ï y avoit encore un autre fort appelé MVostra=
Señora-de-Peñna, construit sur une hauteur ; mais
les Portugais l'ont remplacé par une église.
À ces fortifications il faut ajouter les murailles
dont j'ai parlé plus haut, lune partant de l'église
M 2
180 OBSERVATIONS
de la Peña jusqu’au fort de Bonpart, et défen-
dant la ville du côté du sud; Tautre partant du
fort Saint-François, allant finir à la Monté , et
fermant la ville du côté du nord et du nord-est.
Un simple mur de jardin reprend au bas du
bastion occidental de ja Monté, passe ensuite à
la porte Saint-Antoine, et continue jusqu’au village
de Patane, près du bord de la mer, de sorte que
de ce côté la ville est très-mal défendue.
Telles sont les fortifications de Macao ; elles
sont peu considérables , maïs elles sont suffisantes
pour mettre à Fabri les Portugais d’une attaque
de Ia part des Chinoïs, qui n’entendent rien dans
Jart d’assiéger une place.
Le terrain sur lequel est bâti Macao, est mon-
tueux; les rues sont pavées , et ont un petit égout
au milieu, recouvert en pierre, de manière que
l'eau disparoît promptement après les pluies. On
voit plusieurs églises à Macao /a) ; celle de Saint-
Paul est la plus considérable : Ie portail ressemble
assez à celui de Saint-Gervais à Paris, mais il n'y
a que les colonnes doriques de Tetage inférieur
dont les proportions soïent bien observées; car
celles des étages supérieurs sont mal faites. Saint-
(a) Paroisses. La cathédrale, Saint-Laurent, Saint - Antoine.
一 Couvens d'hommes. Saint-Dominique , Saint-François , Saint-
Augustin, Saint-Joseph, Saint-Paul. — Couvens de filles. Saint
Claire,
SUR LES CHINOIS. 187
Paul étoit jadis la demeure des Jésuites François,
auxquels Louis XIV fit présent de Phorloge qui y
est encore. Les bâtimens appartenant à Saint-Paul
n'ont rien de remarquable, il n’y a que la biblio-
thèque dont la façade soit assez bien ; mais cet
édifice tombe en ruine. La seule église, après celle
de Saint-Paul, qui mérite attention , est celle de
Saint-Joseph; elle est petite, mais bien disposée.
Les maisons des particuliers sont peu dignes de
remarque, l'architecture en est lourde et mal enten-
due. La maison du sénat , quoique nouvellement
bâtie, pèche sous tous jes rapports.
Les jardins à Macao sont rares et petits ; ïl n’y
en a qu'un seul qui soit grand et garni d'arbres,
c’est celui de la maison appelée /a Casa del Horto,
occupée depuis long-temps par des Anglois, qui en
ont disposé le terrain suivant le goût de leur pays.
On montre dans ce jardin un rocher qu'on pré-
tend avoir servi de retraite au célèbre Camoëns,
lorsqu'il composoit sa Lusiade.
Le port de Macao, formé par la rivière qui des-
cend de Quanton, est situé entre ja ville et une
île voisine; il est exposé aux vents de sud , de sud-
ouest, de nord et de nord-est; il est peu profond,
et ne peut admettre de gros navires.
Il y a de trois à quatre brasses d’eau à l'entrée
du port; mais le brassiage diminue à mesure qu on
s'élève vers [a Praya Pequena, et on ne trouve plus
M 3
182 OBSERVATIONS
que deux brasses et demie et deux brasses, et en-
core moins en approchant du village de Patane,
où des bas-fonds et des rochers bordent la côte.
Au milieu du port il y a un banc dans la direc-
tion nord et sud, dont le fond est de roche, et sur
lequel il peut y avoir depuis une brasse d’eau jus-
qu’à une brasse et demie; 了 découvre dans les très-
basses marées.
Lorsqu'on entre dans le port de Macao, il faut
ranger d’assez près le fort de la Barre, qui est à
tribord , pour ne pas tomber sur un banc situé
à l'ouest, et sur lequel j'ai vu s’échouer un vais-
seau. Lorsqu'un navire sort du port et qu’il a dou-
blé le fort de la Barre , ïl doit éviter de porter sur
bäbord , pour ne pas tomber sur une roche appelée
Pierre-d’arec, qu’on peut voir à la basse mer, et qui
a deux brasses et deux brasses et demie d’eau à
l'entour, mais se diriger sur l'entrée de Taypa, où
il peut entrer de suite s’il ne tire pas au-delà de
deux brasses et demie; car s’il tire davantage il est
obligé d'attendre la haute mer de ja nouvelle ou
de ja pleine lune.
On trouve dans ce dernier endroit une autre
roche appelée Nuñes, placée à près de ja moitié de
ja largeur du canal de Fayÿpa, en avant de la pointe
ouest, et découvrant à mer basse, I y a trois brasses
et trojs brasses et demie d’eau aux environs.
Le port de Taypa est à l'abri des vents de nord,
SUR LES CHINOIS. 183
de sud-est , de sud et de sud-ouest ; mais il ne l’est
pas contre Îles vents de nord-est , d’est et d'ouest. [1
est vrai qu’on n’a à supporter que le trait du vent,
et que la mer ny est pas mauvaise; mais elle est
très-clapoteuse , principalement du côté de Pest.
Un navire qui vient du large et qui veut entrer
dans Taypa pour aller à Macao, doit donner dans
je milieu de la passe, et continuer ainsi en dépen-
dant un peu de bäbord jusqu'à ce qu'il voie que
la sortie de Taypa commence à s'ouvrir; alors 这
revient sur tribord et suit le milieu du canal : par-
venu à la dernière île qui reste à tribord , il s’en
tient éloigné à fa distance d’un tiers de [a largeur
du canal, pour éviter la roche Nuñes qu’il laisse à
bäbord , et continue sa route au nord jusqu'à ce
qu'il ait dépassé entièrement les terres de Taypa.
Si la marée monte, il faut porter au N. N. O., gou-
vernant sur le fort de la Barre, prenant garde de
tomber à l’ouest, de peur des bancs qui sont dans
cette partie; si la mer descend, il faut avoir encore
plus d'attention , parce que fa marée court dans
ouest : maïs comme un bâtiment n’a pas toujours
le temps d'examiner la marée, et n’en connoît pas
la direction , le plus prudent en débouquant Taypa
du côté de Macao, est de porter N.+ N.O. jusqu’à
un demi - quart de lieue de l'ile de Macao , et de
courir ensuite au N. N. O. portant sur le fort de
Bonpart, qu’on peut ranger d'assez près.
M 4
184 OBSERVATIONS
L'entrée de Taypa en venant de Ja mer , est à une
bonne lieue de Macao, et sa sortie du côté de la
ville n’en est qu’à une petite demi-lieue.
Le mouillage dans Taypa est fond de vase; un
bâtiment qui ne tire pas trop d’eau y est bien : on
trouve à l'extrémité de ce port un endroit où lon
peut faire de l'eau. Il y a aussi dans la partie occi-
dentale de Taypa, un petit port nommé Zark’s bay
par les Anglois, mais ilest peu profond et ne con-
vient qu'à de très - petits navires ; Il est d’ailleurs
peu sûr et nullement à labri des voleurs ou des
pirates.
LA
Macao étoit autrefois très - florissant , et son
commerce étoit considérable; mais depuis que Îes
Portugais ne fréquentent plus le Japon , cette ville
est totalement déchue de son ancienne splendeur.
Le commerce actuel est médiocre : un seul navire
part chaque année pour Goa; on en expédie un
autre pour Timor, un ou deux pour le Bengale,
autant pour Manille, et trois ou quatre pour ja
Cochinchine. Le commerce de Macao en Europe
se réduit à un ou deux navires expédiés de Lis-
bonne avec du tabac du Brésil, dont les Chinois
fontune grande consommation. Ces bâtimens char-
gent en retour diverses marchandises de la Chine.
Les droits prélevés sur les marchandises sont de
dix pour cent, et servent à payer le gouverneur,
les officiers publics et la troupe. Les habitans
SUR LES CHINOIS. 185$
riches font des armemens ou prêtent leur argent à
la grosse; ceux qui sont pauvres s’embarquent et
font des voyages afin de gagner quelque chose
pour subsister pendant le temps qu'ils ne sont pas
à la mer.
Toutes les boutiques sont tenues par des Chi-
nois : ce sont eux aussi qui exercent exclusivement
toutes les espèces de professions ; car les Portugais
se croiroient déshonorés s'ils faisoient un métier
quelconque.
Le gouvernement est mixte à Macao; les Por-
tugais et les Chinois y commandent à-la-fois.
Lorsque ces derniers ont quelques affaires avec
les habitans , et qu'ils ne peuvent arriver au but
de leurs demandes, assez souvent très-déraisonna-
bles , ils arrêtent les vivres ; on est obligé alors
de composer avec eux, et tout s'arrange avec de
Vargent, moyen qui plaît infiniment aux manda-
rins. C’est le gouverneur de ja ville de Hiang-chan
qui a l'inspection sur les Chinois de Macao. Lors-
qu'il vient dans cette ville, on arbore le pavillon sur:
le fort, et on le salue de trois coups de canon.
La place de gouverneur à Macao est très-diff-
cile à remplir, aussi le gouvernement de Goa ny
envoie ordinairement que des hommes sages et
prudens. Don Lemos , qui occupoit cette place en
1785 ,a inquiété les François , mais ses succes-
seurs Îles ont bien traités, particulièrement don
186 OBSERVATIONS
Manuel Pinto, dont les bons offices me mirent à
même , en 1795, de retirer le navire François /az
Flavie, qui, échappé aux poursuites des Anglois,
s'étoit réfugié dans Île port, et étoit sur le point
d’être confisqué par je désembarcador ou président
de ja douane.
Les affaires qui surviennent à Macao , sont ju-
gées par les sénateurs, qui s’assemblent deux fois
par semaine sous fa présidence du gouverneur :
ces sénateurs jouissent de grands priviléges , et
ebtiennent la noblesse.
Quelques années avant mon départ de Macao ,
ia cour de Lisbonne y avoit envoyé un évêque : ce
juge ecclésiastique a de grandes prérogatives chez
les Portugais, et son influence est considérable ;
il est cependant à desirer pour les habitans qu’elle
ne ie soit pas trop, car elle leur a déjà été extrême-
ment nuisible dans une circonstance ou l’évêque,
remplissant la place du gouverneur qui étoit mort,
Jes mandarins de Quanton, fatigués des embarras
que leur occasionnoïent les Européens, lui offri-
rent de recevoir dans le port de Macao les navires
étrangers qui montoient chaque année à Wampou ;
mais join d'accepter avec empressement cette pro-
position , qui auroit enrichi fa ville, ïl la rejeta,
dans ja crainte, disoit-il, de corrompre les mœurs
des Portugais, en introduisant chez eux des héré-
tiques. Les Chinois continuèrent donc de laisser
SUR LES CHINOIS. 187
venir les Européens à Quanton, et ne pensèrent
plus dans la suite à faire une offre aussi inconsi-
dérée que celle qu’ils avoient faite, et qu'on eut
la mal-adresse de ne pas accepter#Les habitans de
Macao n'en sont pas devenus meilleurs, mais ils
sont devenus plus pauvres, et c'est un mal sans
remèdé,
La population de Macao peut s'élever à un peu
plus de douze millé personnes, parmi lesquelles
on compte un grand nombre de Chinois.
Militaires,
Gouvernedr. 2 ue se sc ns LR 1.
Sergent-major, ou lieutenant-colonel..,.... 1.
Mestre-de-Camp: . 932% bis à 30 0e net ejoele cts 下
Capitaine..... 全
Commandans des Horton ..020, soc vocce
D'ous-heutenans sen JAM sie dore à de 8 RE ©
Capitatnés. des midices. D. out. 6 et
Soldats Qu_CYDAIEs,. Le ee. Linie a fee DUR
Sénateurs,
OO
si 人 sénat ass is dues à MARS NE:
nafenis ea 人 的 RE 着
Rrocureee a Ville: ue 2 70 08 二 k.
CE 全 生机 L,
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188 COBSÉRVATIONS
E cclésiastiques,
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Chanoines. . .… Ré» 人
DOS OANOMER EL ere e ed ee) 0 ee UE,
RTE MN me ra DES ae 60 pa UE CL AUOU SIENS
Saint-Dominique. 1
Religieux ::. | Saint-FRrançoiss. Miss
| Saint-Augustin... l
Religieuseside Sainte-Claire. 45 cuis dati 42.
RÉSUMÉ GÉNÉRAL.
DM PSE ICI ESS Se TO
Sénateurs. 区 le. CRC A PNRET PRINT 15:
Ecclésiastiquéss svouvsouteits ss SÉDR 93-
Habitans sur la paroisse dé la cathédrale. .. 1500.
de. Saint-Laurent, :,.,:.::2.,.2%% "1813:
de.Saïnt-Antoine . : . «,.::.:::%1%900.
Chris. ste HR ETIENNE OO.
TOTAL GENERAL: ES ce sets AT:
Plan de Macao.
Il est facile de remarquer que, parmi le petit
nombre de mes dessins qui ont quelque rapport
avec ceux donnés par le lord Macartney, il existe
quelque différence, et qu'il n’y a que dans le plan
de Macao où [a ressemblance est presque Ja même,
ce qui n’est pas étonnant, puisque celui-ci est fa
copie du mien. Maintenant que je publie un plan
que les Anglois ont déjà fait paroître, je dois faire
voir qu'il est mon ouvrage et celui d'un de mes
SUR LES CHINOIS. 139
amis /a), conjointement avec lequel je F'ai levé.
Il seroit difficile aux Anglois, 1.° de spécifier en
pas les distances d’un lieu à un autre, distances
que jai encore; 2.° de dire pourquoi ie méridien
est coupé par la ligne est et ouest dans un certain
endroit, tandis qui sembleroïit devoir l'être un
peu plus bas, ce qui eût été plus naturel et ce qui
auroit empêché que la ligne ne fût interrompue à
la pointe Saint-François ; 3.° de dire pourquoi la
partie orientale de Pile a plus détendue dans mon
plan que dans le Ieur ; enfin , pourquoi ils ont
établi ja même heure du port que jai déterminée,
puisque dans le Voyage de Cook elle est marquée
différemment. Mais, sans insister plus long-temps
sur une discussion d’aussi peu d'importance, expli-
quons comment le plan a été fait.
C’est à laide d’une grande boussole à pinules,
que nous avons relevé les principaux points; nous
avons réitéré cette opération plusieurs fois, et tou-
jours en nous plaçant dans des endroits différens.
Quant aux distances , soit sur le quai de Macao,
soit dans ja campagne, je les ai prises en comptant
avec attention les pas; j'ai suivi la même méthode
pour les rues et pour leur alignement, en em-
ployant une boussole de poche. Lorsque jai levé
ce plan, nous étions en guerre avec les Portugais,
- (a) Feu M. Agote, chef de ja compagnie Espagnole.
199 OBSERVATIONS
ou du moins menacés dy être; or ma démarche
pouvant être mal regardée par les habitans de
Macao , qui ont eu sur le compte des François,
des idées souvent très-bizarres, on se persuadera
facilement que les précautions indispensables pour
ne pas être aperçu, ont apporté des difficultés
dans ce travail. La plus grande cependant étoit
celle provenant du terrain , qui étant montueux,
nous a empêchés d'établir une base d’une grande
étendue pour le relèvement de nos angles, puisque
le seul endroit praticable étoit dominé, et par con-
séquent inabordable pour nous : cette seule cir-
constance a dû nuire à l'exactitude de nos opé-
rations ; aussi je ne prétends pas assurer qu'il n’y
ait point d'erreur dans ce plan. On y trouvera la
position des principaux lieux de Macao , la situa-
tion du port et son entrée ; enfin dans l'étendue
du terrain concédé aux Portugais, on verra que
la portion de la campagne qui est consacrée à
l'agriculture, est très-petite, puisque tout le bas
des montagnes, et la partie qui avoisine le fort de
la Monté, sont occupés par des tombeaux.
HOLLANDOIS.
La cour de Madrid, en faisant arrêter, en 1594,
les vaisseaux des Hollandoiïs , ne cherchoit qu’à
nuire au seul commerce de cette nation ; elle ne
pouvoit prévoir alors que cette violence auroit par
RE CHINOIS, OT
ja suite de grandes conséquences pour le Portugal,
qui , à cette époque, faisoit partie de la monarchie
Espagnole, tant il est vrai que l'intention de nuire
retombe souvent sur son auteur.
Houtman , détenu à Lisbonne, se procura des
renseïgnemens sur le commerce des Portugais, et
provoqua, en 1595 , la première expédition des
Hollandoiïs dans les Indes. Une fois cette impul-
sion donnée , le reste alla de soi-même. Le 20
mars 1602, les Hollandoïis formèrent une com-
pagnie. En 1607 , ils parurent pour ja première
fois devant Macao. En 1609, ils croisèrent sur les
côtes de la Chine, et envoyèrent au Japon, où ils
firent un traité avec l'empereur, et établirent un
comptoir à Firando.
En 1620, ils se fixèrent à Formose. En 1622,
ils attaquèrent Macao et en furent repoussés; ils
enlevèrent en même temps des marchandises aux
Chinois, et en firent autant, en 1623, à l’entrée
de ja rivière de Chang-tcheou.
En 1653 , le gouverneur de Batavia expédia
une frégate à la Chine pour Île commerce, En
1655, il fit partir le nommé Keyser, pour traiter
avec l'empereur; celui-ci se rendit à Peking ; et
revint, en 1657, sans avoir pu réussir.
En 1661, Tching-tching-kong, fils de Tching-
tchy-long, qui s’étoit battu contre les Tartares qui
‘
envahissoient [a Chine , se retira à Formose ; 这
192 OBSERVATIONS
attaqua Îles Hoïlandoiïs et s’empara de Pile au com-
mencement de 1662.
En 1673 , les Hollandois se joïgnirent aux Tar-
tares pour attaquer le fils de Tching-tching-kong ,
appelé Tching-king-may (c’est le même que les
Anglois nomment Coxinga), et dont le fils Tching-
ke-san remit Formose aux Chinois, en 1683.
Depuis cette époque les Hollandoïs continuè-
rent d'aller à la Chine et dy faire le commerce.
En 1740, lors de l'affaire de Batavia , dans laquelle
il y eut un grand nombre de Chinois de massa-
crés, les Hollandois envoyèrent à Quanton pour
se disculper auprès du gouvernement : la mission
réussit, et cet événement ne leur nuisit en rien.
À N'GLOIS-
Les Anglois avoient fait, avant 1600, plusieurs
voyages dans l'Inde, sans y entretenir decommerce
régulier ; mais depuis cette époque /a), qui est
celle de l'établissement de ja compagnie, par ja
reine Élisabeth, leurs opérations n’ont pas été in-
terrompues. Sarris se rendit au Japon en 1613,
et obtint de l’empereur des priviléges avec ja per-
mission d’avoir un comptoir à Firando pour le
commerce des Anglois ; mais ceux-ci l’abandon-
nèrent depuis sans qu’on en ait su la cause : dans
La) Le 3 décembre 1600.
ces
SUR LES CHINOIS. 93
ces derniers temps ils ont cherché à le rétablir sans
pouvoir y parvenir.
Les premiers voyages des Anglois dans PAsie ne
furent pas toujours heureux ; les Hollandois qui
les voyoient avec chagrin, mettoient tout en œuvre
pour nuire au commerce de ces nouveaux concur-
rens , lorsque , le 7 juillet 1619, les deux com-
pagnies Hollandoiïse et Angloise se réunirent et
signèrent un traité d'alliance. Cet accord mutuel
ne suspendit pas long-temps les projets des Hollan-
dois ; car dès 1623 ils commencèrent par chasser
les Angloïs d'Amboine , les expulsèrent ensuite des
autres îles , et parvinrent enfin à se rendre seuls
maîtres dans ces contrées , malgré les représen-
tations de la compagnie Angloise : Cromwel , 这
est vrai, obtint, le 30 août 1624, un arrangement
par lequel Iles Hollandois s'engagèrent à donner
quelque dédommagement; mais les Moluques et
les autres possessions restèrent à la compagnie
Hollandoïse , et c’étoit pour elle le point le plus
important.
Les Portugais ne réussirent pas aussi bien que
les Hollandoiïs à restreindre le commerce des
Anglois ; tous les moyens qu’ils employèrent pour
nuire au capitaine Weddel, qui avoit obtenu en
1634, du vice-roi de Goa, la permission de tra-
fiquer à la Chine, furent inutiles. Weddel, faiigué
‘ des obstacles que lui opposoient les habitans de
TOME III N
194 OBSERVATIONS
Macao, fit remonter la rivière à quelques-uns de
ses gens, qui après plusieurs difficultés parvinrent
enfin à Quanton , et furent traités amicalement
par les Chinois. C’est depuis cette époque que
les Anglois ont continué à fréquenter les mers de
la Chine. Is visitèrent dans ces premiers temps les
ports d'Emouy dans le Fo-kien , et de Ning-po dans
le Tchekiang , et établirent même une loge, en
1700, dans l’île de Tcheou-chan , où ils abordè-
rent en cherchant l'entrée de ja rivière de Ning-po;
mais les Chinoïs ayant déclaré par la suite que
Quanton seroit lunique port ouvert aux étran-
gers , les Anglois n'ont plus qu'un seul comptoir
dans cette ville, ainsi que toutes [es autres nations
qui visitent la Chine.
En 1702, les Anglois formèrent un établisse-
ment à Pulo-condor, mais ils y furent massacrés
en 1705; cet événement ne leur a pas 6te lidée
de se fixer dans les environs, et sur-tout à la Co-
chinchine. M. Macartney en passant à Ja baye de
Turon, a fait voir que la compagnie Angloise avoit
toujours des desseins ; cependant l'arrivée de lam-
bassadeur n’a pu les réaliser. |
FRANÇOIS.
Les édits de 1539 et de 1543, donnés par Fran-
çois I. , invitèrent à entreprendre des voyages
de long cours; Henri INT, par son arrêt du 15 ,
SUR LES CHINOIS. 195$
décembre 1578 , renouvela ces invitations ; mais
Henri IV songea réellement, en 1604 , à établir une
compagnie , d’après les renseignemens fournis par
Gaspard Leroy, Flamand , qui avoit fait plusieurs
voyages aux Indes. Ce projet, qui n’eut pas lieu,
reproduit sous Louis XIII, le 2 mars 1611, fut
encore retardé pendant quatre ans par le manque
de fonds. Enfin , en 161$, plusieurs marchands
de Rouen s'étant associés à l’ancienne compagnie,
obtinrent de nouvelles lettres patentes le 2 juin,
et firent des expéditions lannée suivante. Cette
nouvelle société ne réussit point , et malgré les
soins du cardinal de Richelieu, malgré Ia patente
de 1642, confirmée par ja régence, en 1643, les
affaires allèrent fort mal jusqu’au temps du grand
Colbert. Ce ministre éclairé conçut le dessein de
rétablir la compagnie, nonobstant toutes les con-
trariétés qu’elle avoit souffertes ; et, persuadé que
ctetoit je seul moyen d'engager les François à faire
le commerce par eux-mêmes , il fit expédier, em
août 1664, des lettres patentes pour Ia création
d'une nouvelle compagnie. L'histoire de ce corps
est assez connue , et mon intention n'étant que de
parler du commerce de Ia Chine, je dirai simple-
ment que ja première association pour ce com-
merce date de 1660, et doit son origine aux spé-
culations d’un marchand de Rouen.
La seconde association eut lieu en 1698 ; elle
N 2
196 OBSERVATIONS
fut suivie d’une troisième , en 1713, qui fut in-
corporée, en 1719 , à la compagnie des Indes. À Ia
destruction de cette compagnie, en 1769, le com-
merce de ja Chine resta entre les mains de quel-
ques sociétés particulières , et les choses demeu-
rèrent en cet état jusqu'au 14 avril 1785, que le
ministère créa une nouvelle compagnie : cette
société attaquée avec raison dès son origine par
plusieurs personnes , à cause de sa mauvaise or-
ganisatiOn , tomba sous je décret de l'Assemblée
nationale, du 3 avril 17090, qui déclara que je
commerce de l'Inde au-delà du cap de Bonne-Es-
pérance , seroit libre pour tous les François.
DANOIS.
En 1612, Christiern IV donna une patente pour
établissement d’une compagnie ; mais elle ne fit
des expéditions pour l'Inde qu’en 1616 : depuis
cette époque Îles Danois continuèrent de fré-
quenter les différens ports de PAsie; il paroît même
par le rapport d'un nommé Canche , de Rouen,
que leur commerce étoit assez considérable vers
1642 ; mais les Hollandoïis ayant pris le dessus
dans les Indes , les Danois se virent pour lors
exclus de plusieurs branches de négoce. Dans le
même temps les affaires d'Europe et les guerres
que Christiern IV eut à soutenir, firent prodi-
gieusement décliner le commerce des Danois ,
SUR LES CHINOIS. 197
qui ne reprit qu'à la destruction de la compagnie
d'Ostende, en 1727, d’après le nouvel octro’ ac-
cordé par Frédéric IV, en 1728 : cet acte attira
l'attention des Anglois et des Hollandoïs; les deux
nations firent des représentations, mais Chris-
tiern V, voulant ranimer lindustrie de ses sujets;
persista dans ses projets, et fit tout ce qu'il put
pour soutenir la compagnie. C’est de cette époque
qu'il faut compter un commerce suivi à la Chine
de la part des Danois.
SUÉDOIS.
Le 14 juin 1626, Gustave Adolphe donna un
édit pour le commerce de l'Inde ; mais les guerres
d'Allemagne firent avorter ce projet. Christine, qui
commença à régner en 1644, auroîït rétabli esprit
du commerce , si les Hollandoïis, habiles à profiter
des circonstances, n’eussent supplanté par-tout les
Suédois.
Charles XI et Charles XII, occupés de guerres
continuelles, ne purent rien faire pour ie bonheur
de leurs sujets, et perdirent même des provinces
qui pouvoient être les plus utiles à la nation pour
le commerce; savoir , la Livonie, une partie de ja
Poméranie , et les duchés de Bremen et de Verden.
Le gouvernement, plus sage sous je règne suivant,
sentit la nécessité de relever les manufactures, de
perfectionner l'agriculture et de ranimer l’industrie.
N 3
198 OBSERVATIONS
Telle étoit la situation de Ia Suède, lorsqu’à Ja des-
truction de [a compagnie d’Ostende, en 1727, un
marchand Suédois ,nommé Koning, forma le projet
d'une compagnie pour l'Inde , et obtint un édit
confirmatoire le 14 juin 1731 : c’est depuis ce
temps que Îles Suédois vont à la Chine.
OSTENDE.
Cette compagnie, que Charles IT, roi d'Espagne
et souverain des Pays-Bas, créa en 1698, pour tra-
fiquer dans l'Inde , ne put, à cause des guerres qui
s’élevèrent alors, remplir l’objet de son institution
jusqu’à lannée 1717, que certains particuliers
firent des expéditions.
En 1719, les Hollandoïs enlevèrent à la côte de
Guinée un vaisseau Ostendois ; mais il fut repris
en arrivant dans les Dunes et ramené à Ostende.
Cet événemént donna lieu à des plaintes mu-
tuelles, qui, cependant, n’empêchèrent pas ja com-
pagnie d’équiper plusieurs navires en 1720. L’ar-
restation d’une partie de ces bâtimens, dont les Hol-
landois s'emparèrent encore , auroit sans doute sus-
pendu toute expédition ultérieure , si l’arrivée de
ceux qui avoient échappé n’eût dédommagé si am-
plement la compagnie, que, se proposant d’armer
de nouveau, elle sollicita la cour de Vienne et en
obtint, en 1723, de nouvelles lettres patentes,
malgré les représentations de plusieurs puissances.
SUR LES CHINOIS. 199
Ce succès ne fut pas de longue durée, car de nou-
velles plaintes et quelques hostilités occasionnèrent
bientôt ja destruction de la compagnie d’Ostende,
qui, définitivement, eut lieu le 20 maï 1727. Elle
s’est reformée depuis sous le nom de compagnie
de Trieste, le 29 août 1780 ; mais après quel-
ques expéditions , elle a entièrement cessé son
commerce.
PRUSSIENS.
Les Prussiens ont voulu pareillement former
une compagnie de la Chine : cette société, établie
à Embden le 1. juillet 1751, s’est bornée à en-
voyer de temps en temps un navire à la Chine.
ESPAGNOLS.
, Les Espagnols fréquentent les ports de ja Chine
depuis Pépoque de leur établissement à Manille ,
mais ce sont des particuliers qui font ce commerce.
Philippe V rendit bien, le 23 mars 1733, une
cédule pour former une compagnie des Philippines ;
mais ce projet ne réussit point, et Il n’a été repris
que le 20 mars 178$ par Charles III. D’après ja
cédule de ce prince, la durée du privilége de ja
compagnie est limitée à vingt-cinq ans, etson fonds
fixé à huit millions de piastres [ 42,200,000 jiv,],
avec fa réserve de laugmenter suivant les circons-
tances. La compagnie a le privilége exclusif du
N 4
200 OBSERVATIONS
commerce de l'Asie, mais il fui est défendu de se
mêler dafaires politiques. Elie doit vendre en
Espagne toutes ses marchandises d'Asie, et peut
exporter chez l'étranger celles dont elle n’aura pu
se défaire avec avantage.
AMÉRICAINS.
Le premier navire Américain qui ait paru à la
Chine est l'Empress of the China, capitaine Green,
qui arriva à Quanton en août 1784. Depuis cette
époque, les Américains fréquentent ce port et y
viennent même en assez grand nombre. Le com-
merce est fait par des particuliers.
COMMERCE DES ÉTRANGERS À QUANTON.
LA politique méfiante et soupçonneuse des
Chinois a restreint depuis long-temps le commerce
des étrangers au seul port de Quanton , encore
ce commerce n'est-il pas libre, les Européens
ne pouvant faire des affaires qu'avec un certain
nombre de marchands désignés par le gouverne-
ment. On sadressoit auparavant indifféremment
à tous les Chinoiïs ; mais ces marchands parti-
culiers disparoïssant souvent avec largent , au
grand détriment des étrangers, ceux-ci s’en Pjai-
gnirent aux mandarins , qui , fatigués eux-mêmes
de l'embarras qu’ils éprouvoiïent pour la perception
des droits avec un si grand nombre d'acheteurs ,
SUR :LES. (CHINOIS, LO
se déterminèrent à former une association de treize
marchands ou hannistes, à laquelle ils donnèrent
le privilége exclusif de traiter avec les Européens,
sous ja condition d’être responsables des droits
à percevoir sur les marchandises : ces droits s’é-
jevoient alors à quatre cent cinquante mille taëls
[3,375,0001.], maintenantils sont presque doublés.
Cette société de marchands, établie en 1759 par
le Tsong-tou nommé Ly, prit la dénomination de
Cong -hang. Suivant ses réglemens, aucun mar-
chand Chinois particulier n’eut la faculté de faire
du commerce avec les étrangers, cette permission
n'étant accordée qu'aux seuls hannistes, qui re-
çurent en même temps la défense de faire crédit
aux Européens, et de recevoir deux aucun fonds
à intérêt.
Les chefs des nations furent obligés de prendre
un hanniste pour fiador, c’est-à-dire, pour être ja
caution des droits, et répondre des fraudes, dé-
mêlés et meurtres qui surviendroient entre les Eu-
ropéens et les Chinois ; il fut enjoint au hanniste
de ne pas refuser d’être fiador, de veiller aux be-
soins du navire étranger dont il étoit chargé, de
lui procurer un comprador pour Tachat des vivres,
et un fingua pour traiter Îes affaires, enfin de ter-
miner tous les comptes avant le départ du bâtiment,
Les mandarins ordonnèrent de plus que les
Européens se rendroient aux douanes pour être
202 OBSERVATIONS
visités, avec défense d’outre- passer les barrières
sans être accompagnés d’un soldat, d'acheter dans
les boutiques, et de posséder une maison ou
emplacement, sous peine de confiscation pour
l'étranger, et d’exil et même de mort pour je
Chinois qui auroit vendu; les hannistes s’obligeant
à louer à perpétuité une maison à chaque nation,
et répondant en outre de ceux qui y logeroïent.
Par ces mêmes réglemens il ne fut permis à aucun
Européen d'amener son épouse dans un lieu com-
merçant de lempire, principalement à Quanton ,
et aucun navire n'eut le droit de remonter ja ri-
vière sans en avoir obtenu auparavant la permission
du gouvernement Chinois , et sans s'être muni
d'un pilote avoué par les mandarins.
Tout bâtiment appartenant à une nation ayant
des résidens à Quanton, ne put rien débarquer
à Macao, mais il dut se rendre à Wampou pour y
être jaugé et payer les droits d'ancrage. If fut
obligé en outre de prendre, en s’en retournant,
une cargaison dont les droits seroïent à Îa charge
du hanniste ; et si le navire venoit à s’en aller sur
son lést, ce qui ne devoit arriver dans aucun cas,
le hanniste répondoit des mêmes droits que s'il y
avoit eu un chargement.
Tous les Européens durent, après je départ
des bâtimens de leurs nations respectives , se
rendre à Macao, pour loger dans Îes maisons des
SUR LES CHINOIS. 203
Portugais, que ceux-ci, à la demande du gouver-
nement Chinois , s'engagèrent à louer aux com-
pagnies. Il fut défendu de plus à tout Européen
arrivant d'Europe ou résidant à [a Chine, d’ac-
caparer , pendant le séjour des navires, ou après
leur départ, aucune espèce de marchandises, soit
pour son propre compte, soit pour Jes revendre
ensuite ; il fut aussi enjoint aux hannistes de ne pas
vendre aux étrangers du cuivre rouge ou jaune,
et de ne pas fournir, par chaque navire , au - delà
de cent livres de soie écrue.
IT fut prescrit aux linguas, aux compradors, et
aux Chinois en général, de ne pas entrer au ser-
vice d’un Européen, sans en avoir obtenu aupa-
ravant [a permission des mandarins.
Telles furent les ordonnances rendues en 1759
par les mandarins. Les Européens habitèrent en-
core Quanton pendant les deux années qui sui-
virent la formation du Cong-hang; mais ils furent
obligés par la suite de se rendre à Macao, pour
ne revenir à Quanton qu'après l’arrivée des bati-
mens d'Europe.
En 1780, quatre Anglois ayant été accusés de
faire le monopole, les hannistes les firent expulser ;
mais en faisant exécuter les réglemens du Cong-
hang pour ce qui regardoit les étrangers , ils ne
s'y soumirent pas eux-mêmes ; ils continuèrent
au contraire à recevoir à intérêt des fonds des
204 OBSERVATIONS
Furopéens, et finirent par faire des banqueroutes
considérables. Le gouvernement, il est vrai, inter-
vintet ordonna aux marchands hannistes de payer
les dettes de leurs associés ; mais ces dettes ayant été
presque toutes contractées en faveur de négocians
particuliers, les compagnies , et les Européens qui
viennent chaque année à Quanton souffrirent
seuls de cet arrangement, parce que les hannistes
firent hausser Je prix des thés à proportion des
sommes qu’ils avoient à rembourser. Cet abus en
amena encore un plus grand ; c’est que ies mar-
chands contractèrent l'usage de fixer entre eux le
prix de toutes les marchandises d'importation et
d'exportation, et prélevèrent par ce moyen, sur les
Européens, de fortes sommes, qu'ils employèrent
à faire des présens aux mandarins, et pour sub-
venir à leurs propres besoins ou aux demandes
imprévues du gouvernement.
Le nombre des hannistes varie : il y en avoit
huit en 1784; mais depuis ce temps le Hopou en
a créé quatre nouveaux : C’est un moyen pour lui
de se procurer de largent. Les hannistes seuls ont
le droit de traiter avec les Européens ; cependant
ces derniers peuvent négocier avec des marchands
particuliers, qui, pour la plupart, sont les courtiers
des hannistes. Le gouvernement ferme les yeux
sur ce genre de commerce ; mais, si le Chinois
à qui l'étranger a livré sa marchandise, vient à
SUR LES CHINOIS. 205
disparoître, celui-ci n’est en droit de former aucune
plainte.
Toutes les nations sont indistinctement réunies
à Quanton et traitées de la même manière. Les
hannistes préfèrent néanmoins celles qui apportent
le plus d'argent et qui remportent une plus grande
quantité de thé, parce que c’est sur cet article
qu'ils font les bénéfices les plus considérables.
\
COMPAGNIE HOLLANDOISE.
Parmi les étrangers qui fréquentent le port de
Quanton , les Hollandoïis sont ceux qui font le
commerce avec le plus grand avantage. La com-
pagnie Hollandoiïse expédie chaque année trois,
quatre et jusqu’à cinq vaisseaux du port de mille
à douze cents tonneaux. Ces navires partent d'Eu-
rope en automne, passent au Cap pour y remettre
quelques objets de consommation, et se rendent
ensuite à Batavia, où ils déchargent les munitions
navales , les provisions d'Europe et fa quincaïllerie,
né réservant pour ja Chine que les lainages , les
fils d'or, le cuivre et le ginseng. On y ajoute,
pour compléter le chargement, ce que les Portugais
nomment bitches de mer, du bois de sandal, des
clous de girofle , du poivre, des noix muscades,
des nids d'oiseaux, du calin, de la cire, des rot-
tins et du riz.
La vente de ges derniers objets a produit, en
200 OBSERVATIONS
1787, une somme de..:4,,,... 2,488,830iliv.
Celle des objets d'Europe..... 898,740.
Somme en piastres apportée de
Hollande}. : HS Re PR RS. c00!
Total employé au chargement
du retour de cinq navires.. 9,867,570.
0,
Quoique les Hollandoiïis aient linappréciable
avantage d’apporter des objets recherchés des Chi-
nois objets qui leur ont coûté peu d’achat, et de
les revendre avec un tel bénéfice, que sur plu-
sieurs cargaisons venues de Batavia, ils en gagnent
une de retour pour l'Europe, ils ne négligent pas
pour cela la précaution d’avoir toujours de l'argent,
chose absolument nécessaire pour faciliter les opé-
rations du commerce, et payer certaines marchan-
dises : mais ce qui sert encore mieux leurs intérêts,
c’est le soin qu'ils prennent de tenir [a balance
égale entre les hannistes. Cette conduite est sage,
et il eût été à desirer que les étrangers feussent
imitée ; au lieu qu’en suivant une route toute op-
posée , et favorisant quelques marchands au pré-
judice des autres, ils ont détruit Ja concurrence,
se sont mis à leur discrétion, et les ont rendus en
quelque sorte les maîtres du prix des marchandises.
Mais, si la compagnie Hollandoïise met tant de
prudence dans sa manière d'agir avec les hannistes,
elle pèche visiblement sous d’autres rapports.
SURAEEBESCHTNOIS 207
1.” Elle ne paie pas assez ses employés, et s’ex-
pose à être mal servie ;
2.° Elle ne prend pas assez de précaution dans
le choix de ses capitaines de navire ;
3.° Elle ne veille pas assez à la bonne construc-
tion de ses vaisseaux, et s’ingère à tort de leur
prescrire leur route.
La compagnie entretient à Quanton quinze à
seize facteurs , qui ne rendent compte qu’à ja di-
rection en Europe. .De ce nombre six ou huit seu-
lement forment un conseil, dont les pouvoirs sont
très-étendus. Les écritures pour le commerce sont
longues et multipliées ; les affaires en vont plus len-
tement sans être mieux faites; en les simplifiant
tout iroit plus vite, il faudroit moins de monde,
et l'on diminueroiït les dépenses d’une factorerie
trop nombreuse.
COMPAGNIE ANGLOISE.
L'usage du thé est généralement répandu en
Angleterre, et la consommation des feuilles de cet
arbrisseau y est si considérable, qu’il en faut an-
nuellement une quantité de seize à vingt millions
de livres pesant. Il n’est donc pas surprenant que
les Angloiïs fassent un grand commerce à Ia Chine,
et qu'ils y expédient chaque année beaucoup de
vaisseaux pour rapporter la provision nécessaire
aux besoins de ja Grande-Bretagne et empêcher
208 OBSERVATIONS
l'introduction des thés par les étrangers. C’est dans
cette vue qu'en 1787 la compagnie Angloise a
presque doublé ses expéditions pour Quanton : si
elle a paru les diminuer dans Ia suite, ce n'a été
qu’en apparence, Car les bâtimens étant plus gros
©
ont porté davantage ; ce qui est évident, puisqu'en
Len
1787 vinot-huit navires ont jaugé vingt mille neuf
cents tonneaux, et qu'en 1795 vingt-un en jau-
/ 已
geoIent un pareil nombre.
D'après Îe relevé des douanes du Hopou à
À . / AN
Quanton, les Anglois ont apporté, de 1786 à
Q 一
1787 »
TARPE MAT i
0 OO
En: MOMIE. CT is 450,000.
En Jainages, camelots et serges.... 2,366,36s.
En calin, poivre et autres objets. ... 6,060,035.
TOTAL LS ses mé tu 4 NA MODO) ED!
CE
Charcemen t de retour,
2
Dix-huit millions huit cent cinquante-
trois mille six cent soixante-quinze
livres pesant de thé; soie écrue,
nankins, porcelaines, musc,borax,
1
rhÜbar ne cs ess ide À F>.:42,0620835
人 CN
Frais de factorerie à Quanton...... 1,10$,760.
ee
0
Différence des deux totaux..,.. 19,725,095!
TT,
Cette
SUR LES CHINOIS. 209
Cette différence de 19,725,09$ liv.aété remplie
par les thés et autres marchandises que les Chinois
ont livrés à fa compagnie en retour des cotons et
autres effets de l'Inde appartenant à des négocians
particuliers, pour Île paiement desquels fjes subré-
cargues ont délivré des lettres de change sur
Londres. Le taux de ces lettres est généralement
élevé ; c’est une politique de ja compagnie, qui
attire par ce moyen à Quanton une grande partie
des fonds provenant du commerce d’Inde en
Inde.
On distingue deux espèces de commerce dans
PInde, celui qui se fait avec l'Europe, et celui que
les particuliers font d'Inde en Inde : ce dernier
s'élève de trente-deux à trente-six millions, et rend
à la compagnie un droit de près d’un million. C'est
à l’aide du commerce d’Inde en Inde que les An-
glois vivifient celui de Ia Chine; et l’on voit facile-
ment combien il leur est avantageux, puisque, par
l'état des lettres de change, les sommes tirées de
Quanton s'élèvent de douze à quinze millions.
À l’époque de 1787, les envois particuliers de
TInde à la Chine, c’est-à-dire de Surate, de Bom-
bay, de Madras, de Bencolen, des détroits de Ja
Sonde et de Malaca, ont rendu en coton, en calin è
en poivre et autres marchandises, une somme
d'environ. .........,........ 12,000,000!
(Le coton seula donné 7,186,498!.)
TOME III. O
210 : OBSERVATIONS
De l'autre part. .,......:, 7 12,0606,600!
La vente de lopium à fa Chine
mestélevée à près de...:...:%34.: sisé0o00.
La vente des cotons apportés par
les navires de ia compagnie, a été
HD PS RME RU. MS 066600.
HÉPRNUNS s ouulu Me: 295 00:00
一
: Sur cette somme de 23,500,000 iv. if faut défal-
quer les retours pour linde, consistant en soie
écrue, soleries, thés, sucre candi, porcelaine,
camphre, nankins, &c. montant de six à sept mil-
lions : reste donc 16,500,000 liv. qui, ajoutés à
l'argent fourni par certains particuliers, ou à fa
valeur des effets pris à crédit chez les Chinois, ont
formé la somme de 19,725,09$ liv., qui a complété
le chargement des navires d'Europe.
Les Anglois n'ayant point porté d'argent à fa
Chine pendant la guerre de FAmérique, les subré-
cargues ont été forcés de charger à crédit, et à
l’époque de 1785 , la compagnie devoit à Quanton
plus de huit millions ; elle a fait passer depuis des
fonds considérables et s’élevant à plus de quinze
millions ; mais les expéditions s'étant trouvées
plus fortes, la compagnie n’a pu se liquider,
d'autant plus que les envois d'argent ont diminué
par la suite, et même cessé tout-à-fait à l'époque
SUR-LES ‘CHINOIS. LT
de la révolution de France ; aussi le comptoir
Anglois, à Quanton, doit aux Chinoïs une forte
somme d'argent, nonobstant les grands envois de
plomb et de lainages. Ce dernier article sur-tout,
qui, dans les premiers temps, n’alloit qu’à la somme
de deux à trois millions, s'est élevé peu à peu jus-
qu'à quinze.
On peut établir, d’après les chargemens de
Chine faits jusqu’à lannée 1796, que les achats
de [a compagnie à Quanton coûtent, [es uns dans
les autres, depuis trente jusqu’à quarante millions,
et rendent en Europe de soïxante-cinq à soixante-
douze millions. Mais il est difhcile d’assigner ce
qui revient net de bénéfice sur cette somme à ja
compagnie, parce qu'indépendamment du prix da-
chat, il faut défalquer encore les frais de douane,
de marchandises, de factorerie, le fret des navires,
et autres dépenses quelconques.
Les droits de douane ont augmenté successive-
ment de quatre jusqu’à quinze millions.
Les frais de marchandises vont de trois à quatre
millions.
Le fret des navires est plus ou moins fort, sui-
vant le nombre des navires demandés et suivant
les circonstances ; maïs, si Pon calcule sur le prix
ordinaire de chaque tonneaw, coûtant environ
quatre cent cinquante livres, le prix total du fret
doit être d'environ dix millions.
O3
D 55 OBSERVATIONS
Les frais de factorerie à Quanton s'élèvent ,
comme je Tai dit à l'article du chargefnent, à plus
d'un million.
Le comptoir Anglois à Quanton est composé
de seize à dix-huit subrécargues, dont les princi-
paux forment un conseil pour Îles affaires, mais
dont le pouvoir est très-borné, sur-tout pour ce
qui regarde la marine. Les matelots ne les recon-
noissent en rien, et s’embarrassent fort peu des
ordres qu’ils peuvent donner. Ce vice d’administra-
tion a de fâcheuses conséquences pour les Angloïs
à la Chine ; car, d’après leur propre aveu, if est
cause qu'ils y sont peu aimés, et même mal vus
du gouvernement.
La dépense du comptoir est considérable ; jes
subrécargues , presque tous fils ou parens des di-
recteurs de la compagnie, sont défrayés de tout,
et reçoivent une commission proportionnée à leur
ancienneté de service ; elle est assez forte pour les
mettre en état de retourner à Londres avec une
fortune brillante, après un certain nombre d’an-
nées de résidence à la Chine.
COMPAGNIE FRANCOISE.
Les François jouissoient seuls anciennement
du privilége d’avoir un comptoir fixe à Quanton ;
mais ayant été un témps considérable sans paroître
dans cette ville, les Chinois, à leur retour, ne leur
SUR LES CHINOIS. 513
permirent plus dy rester comme par Île passé.
M. Duvelaër obtint cependant, en 1728 , la per-
mission de demeurer à Quanton; mais en 1731,
il fut forcé d’en sortir, en y laissant néanmoins son
frère pour attendre un navire dont Parrivée avoit
éprouvé des retards.
En 1745 , les François obtinrent le droit de
s'établir sur l’île de Wampou ,en payant cent taëls
[750 liv. ] par chaque vaisseau. La guerre ayant
souvent interrompu le commerce des François , et
leurs bâtimens n’ayant pas paru à Wampou, les
Chinois n’ont pas exigé à leur retour de plus forte
somme que celle de cent taëls; de plus ifs n’ont
jamais voulu permettre qu'aucune autre nation s’é-
tablit à [eur place; et c'est en vain que les Angloïs
ont fait des tentatives pour y parvenir.
Le commerce François à la Chine ne nécessite
que deux ou trois bâtimens de sept à huit cents
tonneaux chacun. Un plus grand nombre rappor-
teroit plus que la France ne consomme, et au
delà de ses débouchés. Ce commerce demande
depuis trois millions et demi jusqu’à quatre et cinq
millions, et peut en produire six et huit en Europe.
Une grande partie de Penvoi consiste en argent;
le reste estcomposé de draps, glaces, azur, fils d'or
et ébène : les retours sont en thé, soie écrue, soïe-
ries, nankins , rhubarbe, anis, esquine et por-
celaine. Les thés composent le tiers ou la moitié
O 3
214 OBSERVATIONS
du chargement; maïs ja France n’en consommant
qu'une partie | pour environ 300,000 [.), le reste
se vend chez l'étranger , et fait souvent rentrer
plus d'argent qu’il n’en étoit sorti pour faire far-
mement pour fa Chine.
Les soies écrues forment un objet principal de
retour ; elles sont nécessaires à nos manufactures
où lon a besoin d’une soie plus fine et supérieure
à celle de nos provinces méridionales ou d'Italie.
Les nankins étant d’un grand débit en France, la
compagnie en faisoit venir un grand nombre de
pièces; car la bonté de Ia toile et de la couleur
des vrais nankins , lemportant de beaucoup sur
ceux qui sont contrefaits à Rouen, la vente n’en
a pu être arrêtée par les forts droits auxquels ils
sont soumis.
Le commerce de ja Chine a toujours été regardé
comme avantageux; mais la manière de je faire,
peut seule en assurer le succès ; car ce négoce de-
mandant de forts capitaux, il est important qu'il
ne soit confié qu’à une personne qui ait l’habitude
de traiter les affaires à Quanton. Un capitaine ar-
rivant pour la première fois dans cette ville, ne
sachant souvent parler que françois , ne peut
manquer d’être trompé; ignorant Îa situation des
marchands, il ne sait auquel se confier; et si, dans
cette incertitude il demande des conseils, il court
un risque encore plus grand.
SUR LES CHINOIS. i1$
. En matière de commerce il ne faut pas demander
de conseils ; car le subrécargue étranger auquel
s'adresse je nouveau venu, a les affaires de sa com-
pagnie , ou les siennes propres à gérer : engagé
peut-être chez un marchand dont il redoute le peu
de solidité, et ne sachant pas quel moyen em-
ployer pour retirer l'argent qu'il lui a confié , ïl
n'a d'autre parti à prendre que de recommander
ce même marchand au capitaine; celui-ci remet
ses fonds, le subrécargue retire jes siens, et lar-
mement est ruiné.
COMPAGNIES DANOISE ET SUÉDOISE.
Les Danois expédient ordinairement deux vais-
seaux chaque année pour la Chine ; le plus fort
du chargement d’envoi consiste en argent, et
s'élève à cinq cent mille piastres ; le surplus est
en plomb, en ambre, en jainages ,en azur, et
dans quelques marchandises de l'Inde, prises à
Tranquebar par Fun des deux navires venant
d'Europe. |
Les Suédois ont pareïllement deux navires avec
une somme en argent égale à celle des Danois;
le reste de [a cargaison consiste en cuivre, plomb,
acier et azur: ces deux nations chargent en retour
des thés qu'elles vendent en grande partie en
Écosse et dans le nord de l'Allemagne.
Les Suédois et les Danois entretenoient chacun
O 4
216 OBSERVATIONS
2 Quanton trois résidens , outre un subrécargue
qui venoit et s’en retournoit avec Île navire; mais
depuis 1795 les Danois, pour éviter la dépense,
n'ont plus de résidens à la Chine; les employés
arrivent et s’en vont chaque année.
COMPAGNIE PRUSSIENNE.
Le navire Prussien qui étoit à Quanton en
1797 , a apporté en argent cent quarante-quatre
mille piastres [ ou 777,600 liv. |, et pour neuf
miile deux cent quatre-vingt-sept piastres [ou
s°,149 liv.], en ginseng , plomb, rotins, riz:
le total alloit à 827,749 liv.
COMPAGNIE ESPAGNOLE.
Les Espagnols ont un comptoir à Quanton,
où ils entretiennent trois subrécargues ; leurs en-
vois en Europe consistent principalement en soie-
ries, nankins et autres effets de la Chine; ils ne
chargent pas de thé.
COMMERCE AMÉRICAIN.
Les navires Américains ont apporté très-peu
d'argent dans les premières années qu’ils ont paru
à Quanton; mais depuis la révolution de France,
il y a des bâtimens de cette nation qui ont eu
jusqu’à cent mille piastres.
SUR LES CHINOIS. 217
COMMERCE EXCLUSIF ET PARTICULIER,
ON voit par ce que je viens de dire sur Îles
liaisons des Européens avec les Chinois, que le
commerce se fait par des compagnies. Est-il plus
avantageux de le faire de cette manière, ou de le
laisser entre les mains des particuliers ! c’est une
question qui a été agitée plusieurs fois, et repré-
sentée sous différens jours, parce que ceux qui
se sont chargés de ja résoudre, étoient, ou des
négocians particuliers , par conséquent portés à
soutenir leur propre cause, ou des individus qui
n'ayant jamais voyagé , n’ont cherché qu’à faire
briller leur esprit dans une affaire qui leur étoit
inconnue , et sur laquelle ifs n’ont pu discourir que
d'après des notions étrangères.
À vantage du Commerce,
Tout le monde connoît l'utilité et limportance
du commerce ; il donne du ressort et de l’activité
aux hommes; il augmente les ressources et favo-
rise [a multiplication des êtres. Les pays qui s’a-
donnent au commerce, à la marine , ou à une
industrie quelconque, sont toujours les plus riches
en population ; tandis que tous ceux où, par une.
fausse politique, on a restreint le commerce mari-
time et gêné l'industrie , ont vu diminuer, quel-
quefois même assez rapidement , le nombre de
218 OBSERVATIONS
jeurs habitans; car les peuples indolens et pau-
vres, sont peu disposés à se reproduire.
Le pays où tout citoyen est considéré , n’im-
porte dans quelle condition; où fe négociant
enrichi par le commerce , continue à sy livrer
parce qu’il est assuré de s’illustrer en remplissant
bien son état; ce pays sera le plus propre à faire
un commerce suivi, et par-là deviendra riche et
puissant. ‘
Les gouvernemens doivent exciter et protéger
le commerce ; mais ils doivent veiller en même
temps à ce qu'il soit fait de la manière la plus
utile à l'État. Un pays, dit Davenant /a), ne peut
devenir riche que par un commerce bien conduit
et auquel on donne toute l'extension dont il est
susceptible ; et comme il n’y a pas de contrée dont
le sol soit assez fertile pour qu’elle s’enrichisse par
le simple échange de ses productions, on ne doit,
continue le même auteur, y négliger aucune sorte
de commerce, parce que tous les genres de trafic
sont tellement liés entre eux par une dépendance
réciproque, que la perte de Fun entraîne infail-
liblement Ia ruine des autres.
Le commerce, suivant l'Histoire universelle des
Anglois, augmente les forces navales ; il emploie
beaucoup d'hommes , il fait des marins, apporte
(a) An Essay upon the East-India trade,
SUR: LES CHINOIS. 219
de l'argent, enrichit la nation et favorise ses ex-
portations.
Commerce des Compagnies et des Particuliers,
Les premiers Européens qui firent des décou-
vertes, ou qui se livrèrent à des commerces loin-
tains, furent pour la plupart des négocians isolés,
et non réunis en compagnie; mais Ja durée , les
dangers des voyages, les embarras des expéditions
éloignées , les dégoûtèrent bientot de semblables
entreprises , et l'on reconnut que jes négocians
ne pouvoient , avec leurs propres moyens, lutter
avec avantage contre ces divers inconvéniens.
L'unanimité des puissances étrangères , depuis
deux cents ans, à remettre, malgré jes plaintes
des particuliers, le commerce de l'Inde dans Îles
mains de compagnies exclusives , prouve claire-
ment en faveur de ces établissemens ; et si l'on
suppose un instant qu’un intérêt quelconque leur
ait donné naissance , on doit croire que lexpé-
rience en découvrant, 1ôt ou tard, les inconvé-
niens ou Putilité qui en résultent, a naturellement
fixé l'opinion du côté qui paroissoit le plus avanta-
geux.
Le grand Colbert regardoit Pétablissement des
compagnies comme le moyen le plus propre à
engager les François à commercer par eux-mêmes ;
car, dit Davenantgæ/Ja France est une nation chez
10! OBSERVATIONS
Jaquelle Te commerce est forcé et purement arti-
ficiel; son génie et sa position ne peuvent lui faire
obtenir des succès égaux à ceux des Anglois et
des Holïlandoïis, beaucoup plus habiles en fait de
négoce et de marine.
Que lon considère je caractère des habitans de
TInde , {a distance des lieux et la nature du com-
merce ; la nécessité d’une compagnie exclusive ,
et l'avantage de réunir dans les mêmes mains, le
commerce, le pouvoir politique et les revenus ,
sont si évidens et tellement prouvés par lexpé-
rience des autres nations, qu'il n’en faut pas cher-
cher d’autres preuves /a).
En supposant que le meilleur moyen de faire
le commerce ne soit pas celui de le faire par com-
pagnie , il faudroit cependant femployer, par cela
même que les autres nations l’emploïent , et que
des particuliers sans fonds considérables, et sans
liaisons entre eux, ne pourroient balancer le crédit
et la puissance d’un corps étroitement uni dans
toutes ses parties.
L'égalité de force et d'union est nécessaire dans
le commerce pour pouvoir trafiquer avec un avan-
tage égal, de nation à nation; par conséquent le
contraire, qui résulte naturellement du commerce
(a) A View of the rise of the English government, by
Verelse. e
SURE BEBS CHINOIS. 221
libre, doit nécessairement donner naïssance à des
pertes inévitables et sans nombre ; maïs en établis-
sant des compagnies, le gouvernement, comme le
dit avec raison Postlethwait, doit veiller sur leur
conduite et sur leur commerce; or: si nous voyons
par expérience que le gouvernement n’y réussit
pas toujours, comment pourra-t-il avoir les yeux
constamment ouverts sur un grand nombre de
particuliers isolés , qui ne voient dans ja liberté
du commerce que la faculté de faire ce qu'ils
veulent, et non celle de s'unir avec tous les mar-
chands , pour concourir tous ensemble à Tagran-
dissement du commerce général !
Le vrai négociant est celui qui ne perd pas de
vue lutilité publique , et qui cherche à enrichir
sa patrie par ses entreprises ; mais malheureu-
sement ce n’est pas Îà ce qui anime celui qui
se livre à des spéculations de commerce ; le seul
motif, suivant Smith , qui détermine le capitaliste
dans l'emploi de ses fonds, c’est son propre profit;
il ne considère nullement ie bénéfice de son pays.
Le commerçant, dit Ferrières, n’est point touché
des intérêts de sa nation , ïl ne faut quouvrir les
yeux pour s’en convaincre.
À ces réflexions on peut ajouter que la con-
currence nuisant au débit des objets d'Europe
dans TInde , et haussant le prix de celles qu'on
y achète , les armateurs particuliers ont plus à
223 OBSERVATIONS
souffrir de cette concurrence qu’une compagnie
qui assortit ses marchandises d'envoi, combine
celles de retour, et par conséquent se procure
des bénéfices assurés et plus grands.
Un inconvénient du commerce particulier, c'est
que, si un négociant réussit dans le débit d’une
marchandise, tous les autres en portent à Fenvi,
et par conséquent en font tomber nécessairement
le ‘prix ; c'est ce dont jai été plusieurs fois je
témoin. Or, comme dans ces circonstances je
premier soin est d'éviter la perte, chacun d'eux
cherche à se tirer d’embarras à tout prix , et Ia
plupart saisissent le seul moyen qui leur reste,
celui de se lier d'intérêt avec les Anglois , et de
rapporter en France des marchandises provenant
du commerce Anglois, qu'ils vendent comme car-
gaison Françoise. Le négociant s'enrichit par ces
spéculations, mais il appauvrit l'Etat, en faisant
sortir le numéraire qu'il est nécessaire dy con-
server. C’est cependant ce qui est arrivé, et ce qui
arrivera , si le commerce de PInde est libre : lex-
périence Fa démontré /a).
Un second inconvénient et qui est la consé-
quence du premier, c’est que Îles particuliers, après
avoir paru en grand nombre dans un pays , n'y re-
viennent plus sis y ont éprouvé quelques pertes ;
(a) État du commerce de 1769 à 1783.
SÛR LES CHINOIS. 223
et l'inégalité de ces opérations détruit entièrement
le crédit national.
If résulte donc qu’il faut nécessairement établir
des compagnies, si lon veut faire avec avantage
le commerce de TInde'et de la Chine : en effet,
une compagnie jouit de tous les avantages qui
peuvent assurer le succès de ses opérations; elle
entretient, dans ses différens comptoirs , des fac-
teurs qui savent les langues du pays, et qui con-
noissent la situation des aflaires; elle ne livre son
argent qu'avec sûreté , n'achète ses marchandises
de retour qu’à une époque favorable, et par con-
séquent peut les donner en Europe à meilleur
marché que les particuliers. C’est une erreur de
croire qu’une compagnie vend plus cher parce
qu’elle n’a pas de concurrens : elle est obligée de
suivre je taux des compagnies étrangères , et de
régler ses prix sur les leurs.
Utilité du Commerce de l’Inde et de la Chine,
En considérant [es produits de l'Inde et de Ia
Chine , on se persuade facilement que la France
doit se livrer au commerce de ces deux contrées,
comme lui étant utile et absolument nécessaire ;
utile, en ce qu'il forme des marins, entretient
ia construction et l'armement des navires , et vi-
vifie nos ports ; nécessaire, en ce que l'Asie four-
nissant beaucoup de marchandises dont nous ne
224 OBSERVATIONS
pouvons nous passer , telles que les épiceries , le
sucre, le café, la cannellé, le salpêtre , le coton,
le borax, le camphre, les drogues propres à la
teinture et à la médecine ; et la surveillance ja
plus sévère ne pouvant empêcher entièrement ja
contrebande d'introduire celles qui sont pure-
ment de luxe, comme les toiïleries , les mousse-
Jines, &c., il vaut mieux que la France en allant
elle-même chercher ces objets, évite l'exportation
du numéraire avec lequel elle les paie aux étran-
gers, et s'assure de ja jouissance des bénéfices
qui résultent de ce commerce.
Si l'on ne se rend pas à ces raisons, qu’on fasse
attention à cette phrase remarquable de Davenant,
phrase écrite en 1698, il y a plus d’un siècle, et
dont nous avons l’accomplissement sous les yeux.
« Un pays quelconque, dit-il, qui pourra être en
» pleine possession du trafic de l'Inde, fera la loi
» à tout le monde commerçant. » Ceci mériteroit
une longue explication; mais mon dessein n’est pas
de traiter du commerce de l'Inde, et je n’en parle
que parce qu’il est lié avec le commerce général.
Celui de la Chine est avantageux, en ce quil ne
demande aucuns frais extraordinaires, c’est-à-dire,
de troupes, de fortifications et de marine ; s’il nous
offre peut - être des objets dont nous n'avons
pas extrêmement besoin, ce n’est pas une raison
de l’abandonner ; en effet , tant que les Anglois
et
SUR LES CHINOIS. 225
et les autres nations le feront, il est de Ia saine po-
litique et de lintérêt de l'État de le continuer ;
d’ailleurs la France ne consommant qu’une foible
partie des marchandises qu’elle tire de Ia Chine,
et en réexportant le surplus chez l'étranger, elle
se trouve par-là faire un commerce très-lucratif.
On voit, d’après ce que je viens de dire , que
le commerce de l'Inde et de [a Chine est impor-
tant ; mais, Comme on pourroit me dire qu’il ne
Test pas autant que je le soutiens, parce qu’il né-
cessite beaucoup d'argent , Je répondrai à cette
objection par quelques réflexions sur l'exportation
de Fargent.
Exportation de l’ Argent,
L'économie d’une nation, dit Ferrières , consiste
à n’acheter des productions étrangères qu'autant
qu’elle peut les payer avec les siennes. Lorsque ja
France, par le traité de 1786, sacrifia plusieurs
millions pour acheter des productions Angloises ,
elle agissoit follement, parce qu'elle se privoit de
numéraire, qu’elle fournissoit des moyens à ses
ennemis , et qu’elle réduisoit en outre ses propres
manufactures à rien.
Cela est vrai; car tout commerce extérieur est
désavantageux lorsque Ia nation paie en argent
des marchandises qu’elle consomme elle - même ;
mais lorsqu'elle jes réexporte au dehors en nature,
TOME III. hi
226 OBSERVATIONS
et sur-tout manufaciturées, ce commerce est au
contraire très-avantageux.
Celui qui a dit que la meilleure manière de faire
le commerce de FInde est celle où fon exporte le
moins d'argent, a montré qu'il étoit plutôt banquier
que négociant. Si un François, dit Rotous, par
quelque spéculation utile, se détermine à porter
des espèces chez létranger, c’est qu'il est assuré
qu’elles lui rentreront avec bénéfice : or, les bé-
néfices étant la source véritable de l'augmentation
du numéraire et de ia richesse nationale, il ne faut
pas craindre l'exportation de largent dans certains
cas:
Le commerce, suivant le British merchant , tire
de Pargent ; mais comme une grande partie des
effets importés sont prohibés, qu'ils sont réex-
portés et vendus au dehors, cette vente rapporte
une somme beaucoup plus forte que celle qui étoit
sortie : raisonnement vrai, et qui peut convenir
plutôt aux François qu'aux Anglois.
On a done tort de s'élever avec tant de force
contre l'exportation de l'argent. L’abondance du
numéraire, il est vrai, rend les échanges plus nom-
breux , augmente ja circulation, facilite les moyens
du travail; mais une trop grande abondance a des
inconvéniens, et on doit faire à ce sujet de graves
réflexions.
Lorsque chez une nation l'argent devient trop
SUR LES CHINOIS. 227
abondant, il faudroit que les impôts, les choses
nécessaires à la vie diminuassent en proportion
de cet accroïssement; mais cest ce qui n’a pas
lieu , ils augmentent au contraire, l'expérience Ie
prouve : dans ce cas, les produits de l'industrie
devenant plus chers, ils ne peuvent être vendus
au dehors : ceci est arrivé en Hollande, cela se
voit en France , et cela se verra en Angleterre.
La principale réussite du commerce dépend en-
tièrement du bon marché qu'on peut faire aux
acheteurs.
I est donc évident, d'après les principes re-
connus par toutes les nations, que le commerce
de l'Inde et de fa Chine est profitable, malgré
l'exportation de Fargent ; mais cette exportation
doit être la moindre possible, et elle le deviendra
lorsque le commerce ne sera pas livré au premier
négociant qui se présentera ; enfin , lorsqu'il sera
remis entre Îles mains d’une compagnie sage, bien
réglée , et sur laquelle Ife Gouvernement aura tou-
jours les yeux ouverts.
Mais, si l'État doit veiller sur le commerce , Îl
faut que son attention se porte également sur jes
manufactures, Lorsque notre commerce du Levant
étoit dans ie plus haut degré de prospérité, on
s'élevoit contre les réglemens qui forçoient les fa+
bricans de draps à leur donner une certaine di-
mension ou à employer telles ou telles matières.
PF
228 OBSERVATIONS
Qu'est-il arrivé dès que administration , moins
sévère, a cessé de tenir la main à la police des
fabrications ? mille sortes de fraudes ont été em-
ployées, nos draps ont perdu de leur réputation, et
les Anglois ont enlevé à [a France une branche im-
portante de commerce , qu’elle auroit conservée,
sans les principes prétendus libéraux, ou plutôt
insensés et ignorans, de quelques esprits chagrins.
Si lon veut faire du commerce en France, et
qu'il soit profitable , si l’on veut établir des com-
pagnies pour les pays où elies sont nécessaires,
il ne faut pas écouter des gens qui parlent du
commerce sans lavoir fait, ou sans en avoir fa
plus légère idée; il ne faut pas s'adresser aux arma-
teurs des ports , dont jes intérêts particuliers sont
et seront toujours en opposition avec les intérêts
de l'État ; il faut consulter des personnes impar-
tiales, qui aient voyagé, qui connoïssent ie com-
merce en grand et la manière de ie faire avanta-
geusement pour la France. I ne s’agit pas de faire
un commerce immense, il s’agit de le bien faire ;
plus il sera étendu et mal combiné, plus il sera
désastreux. L'homme qui ne calcule que les droits
que l'État perçoit sur le commerce, croit que le
commerce libre rapporte plus au Gouvernement,
parce que le nombre des navires est plus consi-
dérable : ïl est dans lerreur ; cela n’a lieu qu'un
moment, et les droits deviendront bientôt nuls
SUR LES CHINOIS. 239
par la chute et Ja ruine d'un grand nombre de
négocians. Un commerce sagement dirigé et suivi
donnera peut-être moins dans je principé ; mais
en s’'augmentant tous les jours, il rendra plus par
la suite, et rapportera sans cesse.
MONNOTIES.
LES monnoies anciennes existent en petite
quantité à ja Chine , et l'historien , privé de leur
appui, ne peut pas s’en servir, comme chez Îes
autres peuples, pour se diriger à travers je Jaby-
rinthe obscur de la chronologie. L'empereur Chy-
hoang-ty, outre ses projets politiques , jaloux de
transmettre exclusivement son nom à la postérité,
anéantit non - seulement les monumens existant
antérieurement à son règne, mais encore tout ce
qui pouvoit rappeler le souvenir de ses prédéces-
seurs : rien n'échappa à ses avides recherches ;
tout fut détruit, et les monnoies, en petit nombre,
qu'on donne maintenant comme jes restes pré-
cieux des premiers siècles de l'empire, sont inin-
telligibles, ou méritent peu de confiance, si même
elles ne sont pas louvrage récent de quelques
Chinois rusés, qui cherchent à gagner de Fargent
en tentant ja curiosité des amateurs de l'antiquité.
Tout ce qu’on sait de ces temps reculés, c’est
que Tching-tang , fondateur de [a seconde dy-~
nastie , fit exploiter, l'an 1760 avant J. C., une
P 3
ae
230 OBSERVATIONS
mine de cuivre, dont il fit fabriquer des pièces de
imonnoie , pour être un moyen d'échange dans
Yachat des vivres, dont le peuple, tourmenté de-
puis long-temps par la famine, avoit un extrême
besoin.
La monnoie étoit rare autrefois, et ne se fon-
doit que dans le palais de l'empereur et sous ja
direction de certains officiers. Ven-ty, Fan 160
avant J. C, la rendit plus commune, en pérmettant
de la fabriquer par-tout indistinctement ; mais
Kao-tsou, fondateur de la dynastie des Tang ,
Tan 619 après J. C., fut le premier qui en fixa le
poids et en détermina lempreinte /a).
Les Chinois ont employé pour faire de la mon-
noie, le cuivre, l'étain , le plomb, le fer, la terre
cuite et les coquillages ; cette dernière monnoie
ne subsista que fort peu de temps, ainsi que celle
de papier, fabriquée sous les Yuen ou Mongoux,
et dont parle Marc - Paul. Certains auteurs pré-
tendent qu’il y a eu jadis à la Chine des monnoies
d’or et d'argent ; mais comme ils en font remonter
usage jusqu’à l’époque des premières dynasties ,
on peut révoquer en doute cette assertion.
La rareté du cuivre sous Hong-vou , fondateur
(a) Le denier Chinois a huit lignes et demie de diamètre ; il
ést percé au milieu d’un trou carré, et pèse un tsien ceux fen :
d’un côté il y a le nom de l'empereur, et de l’autre deux mots
T'artares,
SUR LES CHINOIS. 23
des Ming, l'an 1368 üprès J. C., engage cé
prince à renouveler la monnoie de papier ; mais
elle ne fit pas plus fortune que ja premièré fôis,
car les Chinois ne purent jamais Se résotdre à
échanger leur argent pour une matière aussi légère.
L'argent et le cuivre ont seuls cours à [à Chine.
L'or y est regardé comme une marchandise pré-
cieuse, dont la valeur est plus ou moins grandé.
L'argent n’est pas monnoyé cominé en Europe,
mais fondu en pains plus où moins forts ; les gros
servent pour faire les paiemens considérablés, ët
les autres se coupent én pétits morceaux, Suivant
les besoins des individus ; aussi chaque Chinois
porte-t-il avéc lui sa balance ; ellé à, comme là
romaine, un plateau et un poids mobile ; le Bras
qui les supporte est en bois où en ivoire, ét divisé
en /eang, tsien ét fèn , où taëls , mds et condorins,
Cette balance est extrêmement sensible, ét peut
servir pour des objets plus où moins pesans, sui-
vant qu'on emploie ün des cordons de soie qui
servent à la tenir en équilibre.
Le titre de l'argent est en centièmes. L'argent
au titre de quatre-vingt- dix-neuf est celui qui ,
sur un leang où uñe once d'argent, a un fen ov
un condérin d'alliage , c’est-à-dire un centième
d'once. L’irgentcourant estdequatre-vingt-dix-huit;
il descend jusqu'à quatre-vingt-onze, et même plus
bas , suivant les circonstances, L'empereur ét le
P 4
232 OBSERVATIONS
tribunal des finances ne reçoivent que de Fargent
fin, ou au titre de cent : aussi dans les paiemens
que les Chinois font à État, ils ajoutent trois ou
quatre pour cent et même plus, suivant la qualité
de fargent.
IT s'ensuit qu’il n'existe réellement à la Chine
que ja seule monnoie de cuivre : celle-ci est fondue
et non frappée. Cette méthode est dispendieuse ;
mais le gouvernement étant possesseur des mines
de cuivre, n'a pas besoin d'acheter le métal qui
forme les deniers, et par conséquent se libère faci-
Jement des frais de fabrique.
Le métal des deniers de cuivre est cassant ; 这
est composé de parties égales de toutenague et de
cuivre rouge ou blanc, et souvent même il entre
de ce dernier plus que la monnoie ne vaut intrin-
séquement. Cela pourroit être sujet à des incon-
véniens ; mais le gouvernement veille à ce que je
prix du cuivre ne soit pas assez bas pour qu’on
puisse gagner à faire de la fausse monnoie, ni
assez haut pour quon fonde la monnoie pour en
mettre le métal en œuvre : d’ailleurs, les faux mon-
noyeurs sont punis de mort.
On compte, dans l'usage ordinaire, par feang ,
tsien et fen, ou taëls, mas et condorins. II faut dix
deniers pour un fen d'argent, mais ce rapport du
cuivre à l'argent n'est pas toujours constant. Un
leang, ou une once d'argent au titre de cent, vaut
SUR LES CHINOIS. 233
uelquefois mille deniers, rarement plus, mais
souvent moins. Ces variations ont lieu suivant que
la quantité d'argent en circulation est plus ou
moins grande; cest ce qui fait le profit des chan-
geurs. 开 faut strictement dix deniers pour un fen
ou condorin, cent pour un tsien ou mas, et mille
pour un leang ou once d'argent. Chaque mas,
contenant de quatre-vingts à cent deniers de cuivre
suivant le cours, est liée par un brin de jonc qui
passe à travers le trou de chaque denier et s'arrête
en dessus. Les changeurs emploient pour cela des
morceaux de bois creusés, à l'aide desquels ils
composent et attachent rapidement chaque mas de
deniers.
Les Européens établis à Quanton, ne font ou
ne reçoivent de paiemens qu’en piastres d'Espagne,
appelées en chinois Yn-tsien , monnoie d’arvent, et
valant 7 mas 2 condorins , ou 108 sols tournois
[s fr. 34 centimes].
La piastre est reçue dans le commerce au titre
de 94; mais le Hopou ne la reçoit qu’au titre de 93.
Valeur des Monnoies.
PR
Les Chinois comme je viens de le dire, comp-
tent par leang, tsien et fen, ou taëls, mas et condo-
rins. Le taël ou once vaut 10 mas [7f 41 centim];
la mas vaut 10 condorins [75 centimes], et le con-
dorin , 10 deniers [ 7,5 centimes |.
5 OBSERVATIONS
prié !
Réduction de l’Argent de France, en Monnoie
de. Chine.
I! faut réduire ja somme à la plus petite déno-
mination , et ja diviser ensuite par 741 centimes,
pour avoir des taëls. S'il reste des chiffres indivi-
sibles , on ajoute un zéro, et l'on divise par 741;
je quotient donne des mas. On continue jusqu’à
ce qu’il ne reste plus rien à diviser ; par éxemple:
centim.
53680c à
: ee — 4 773 taëls o mas
T
35 368 francs —
x condorin.
Réduction de la monnoie de Chine, en argent de Frances
IT faut multiplier Ia somme par 741 centimes ,
valeur du taël ; par exemple :
4773 taëls x 741 cent. — 3 536 793 cent.
+ 7 cent. pour fa valeur d'un condorin. Total 一
3 536 8oo cent., où 35 368 francs,
Réduction des Piastres en Taëls,
Il faut multiplier fa piastre par 7 mas 2 condo-
rins, valeur de la piastre. Le produit, en en re-
tranchant les deux derniers chiffres, donnera des
taëls; par exemple :
2472 piastres X 72 condorins ==:177 984,
ou 1779 taëls 8 mas 4 condorins,
SUR LES CHINOIS. 235
Réduction des Taëls en Piastres,
II faut ajouter deux zéros à la somme, et Ia
diviser par 72; par exemple :
cond.
333 taëls, ou nu — 462 piastres et demie,
dont la valeur en argent de France— 2 466 francs
68 centimes.
Les Chinois de Quanton sont dans lusage, en
recevant de la main des étrangers des piastres
neuves , de les marquer avec certains caractères,
pour indiquer qu’elles sont bonnes; mais non-
obstant cette précaution, comme ïl arrive assez
souvent qu'ils les perforent ou les fendent pour
reconnoître si l'argent est de bon aloï , ces piastres
se trouvent alors tellement défigurées, qu’il n'est
pas prudent de les recevoir sans les peser ou les
faire examiner auparavant par des gens très -ex-
Perts et assez adroits pour reconnoître au son, en
les comptant, celles qui sont fausses. Les Chinois
des provinces naiment pas à emporter des piastres
ainsi marquées ou rognées; ils les échangent contre
des neuves , et donnent en retour depuis deux
jusqu'à quatre pour cent.
FOR,
LES Chinois emploient deux sortes de balances,
Tune qui a deux bassins, et l’autre qui ressemble
à la romaine : cette dernière est d’un usage plus
236 OBSERVATIONS
général. Les balances ne sont pas égales par-tout,
et différent quelquefois depuis une once Chinoise
jusqu’à cinq par cent pesant ; mais celle du tri-
bunal des finances , appelée Kouan-ty, ne varie
point, et sert de modèle pour les autres. C’est
avec cette dernière qu’on pèse tout ce qui doit
payer des droits au gouvernement.
Les Européens sont dans l'usage de se servir de
leurs propres balances lorsqu'ils vendent ou achè-
tent des marchandises.
Cent catis ou livres Chinoises font un pic (a),
qui répond à 123 livres poids de marc [ 60 kïlo-
grammes 2 hectogrammes o décagrammes 9 gram-
mes 2 décigrammes |. La livre Chinoise répond
à 6 hectogrammes 2 grammes o décigrammes 9
centigrammes 2 milligrammes ; elle se partage en
16 taëls ou onces, le taël en 10 mas, la mas en
10 condorins et le condorin en 10 jy.
Réduction des Poids de France en Pics,
II faut diviser la quantité de livres, par Péqui-
valent du pic, ou par 60,2092 kilogrammes, pour
avoir des pics ; ajouter deux zéros à ce qui reste, et
diviser encore par 60,2092, pour avoir des catis :
(a) Y'emploie ici les termes en usage à Quanton parmi les
Européens. Le pic se dit en chinois, Tan; la livre, Kin; le taël,
Leang ; la mas, Tsien ; le condorin Fen.
SUR LES CHINOIS. 237
s’il reste encore quelques chiffres , on [es multiplie
par 16 , et on divise encore par 60,2092, pour
avoir des taëls ; s’il reste ensuite des chiffres, on
ajoute un zéro , et lon divise de nouveau pour
avoir des mas; par exemple :
décig.
9990000 . 35652800 。
mms 10 Pics + — = SO Catis +
120372X16 2069952 ù 2636760
602092 Co20g2 3 taëls ai 602092 4
T
mas EL
Réduction des Pics en poids de France,
IT faut mettre le poids Chinois sous la plus
petite dénomination , et le multiplier ensuite par
60,2092. Le produit, en en retranchant les deux
derniers chiffres, et divisant par 16, donnera des
kilogrammes ; par exemple :
396 pics, 8 catis, 2 taëls — 633730 taëls
338722170460
x. 602092 = = —=y24201,2565 kilo-
10
MESURES,
LA cobe ou pied Chinois /4) a dix pouces ou
pontes de longueur, et chaque pouce dix lignes.
Le rapport du pied Chinois avec le mètre est
difficile à établir exactement , parce que les cobes
différant beaucoup entre elles , Iles Chinois en
人
(a) La cobe ou pied se nomme en chinois, Tche; le pouce ,
Tsun; la ligne, Fen,
238 OBSERVATIONS
emploient de plus ou moins grandes suivant les
circonstances.
Les missionnaires qui ont visité Ia Chine , et
qui ont vu les mesures en usage dans ce pays,
ne sont pas tous d'accord entre eux sur leurs di-
mensions ; quelques-uns font le pied Chinois plus
grand que Pancien pied de Paris ; le P. Lecomte
le fait plus petit; d’autres prétendent que le pied
du palais de Peking, ne diffère de celui de Paris,
que d’un centième. Les mémoires des mission-
naires / a) disent que le pied Chinois est au pied
de Paris, comme 264 à 266 : le P. Duhalde dit
que le premier est au second, comme 97 + est à
100; enfin, ceux des missionnaires qui ont levé
le plan de Peking , établissent que le pied de Paris
est plus grand que celui du palais, de 5. Quoi
qu'il en soit, si ces différens auteurs varient dans
leurs rapports sur [a dimension du pied Chinois,
ils s'accordent tous à dire que je pied du palais
a une ligne de plus que celui du tribunal Kong-
pou,et que ce dernier en a sept de moins que celur
des marchands.
MANIÈRE DE COMMERCER À LA CHINE,
Du moment qu’un navire étranger est mouillé
dans la rade de Macao , le capitaine descend à
{a) Tome VIIT, page 320.
SURSLES: CHAINONS. 239
terre ou y envoie un officier pour se procurer un
comprador {a), faire connoître aux Chinois Ja
nation à laquelle appartient le bâtiment, et donner
en même temps son nom et celui du vaisseau. Ces
déclarations sont indispensables pour obtenir je
pilote, lequel se rend à bord au bout de deux ou
trois jours, et se charge de Ja direction du navire,
Arrivé à la bouche du Tigre, les mandarins
envoient un soldat qui reste dans Île vaisseau jus-
qu'a Wampou, et ne le quitte qu'après que Îles Pa-
teaux des douanes sont placés à côté de lui. Dès-lors
rien ne peut entrer Ou sortir sans être auparavan$
visité, et sans avoir acquitté les droits, excepté les
provisions, qui ne paient rien.
Une fois à Wampou, les bâtimens sont dans
l'usage de se dégréer ; aussi les Chinois construi-
sent-ils promptement des bancassaux ou espèces
dangars faits en bambou et garnis de nattes, qui
servent à déposer les agrès et à loger les matelots
malades,
Trois ou quatre jours après l'arrivée du bâtiment
à Wampou, le Hopou, chef des douanes pour le
commerce des Européens , se rend à bord accom-
pagné des marchands hannistes et des linguas,
pour procéder au mesurage du navire; ce qui à
lieu en présence du capitaine ou du subrécargue.
mm oa
(a) Chinois qui achète les vivres.
240 OBSERVATIONS
Ceite opération est absolument nécessaire pour
pouvoir obtenir ja chappe ou [a permission de
décharger [a cargaison.
Dès qu’on a cette permission, on commence
par retirer l'argent, qu’on envoie toujours à Quan-
ton dans fa chaloupe du navire. On en Payoit au-
trefois le dixième; maïs depuis 1736 on ne paie
plus rien. Quant aux autres marchandises, on en
prend note , et une fois déposées dans des bateaux
du pays, elles sont reconnues, pendant fa route,
à chaque douane, et entièrement visitées à Quan-
ton, lors du débarquement, par les mandarins,
qui se rendent exprès pour cela ou dans la maison
occupée par les Européens, ou chez les marchands.
II faut avoir soïn de mettre deux ou trois mate-
lots dans chaque bateau, pour veiller à ce qu’on
ne vole rien : cette précaution est sur-tout indis-
pensable dans je chargement du navire , car les
Chinois sont très-adroits pour enlever les caisses
et en substituer d’autres exactement semblables
soit pour ja forme, soit pour le poids, mais ne
contenant que des cordages ou d’autres bagatelles,
à la place des thés ou des soies.
Les frais du déchargement sont au compte du
navire; ceux du chargement regardent les han-
nistes, qui, dans cette dernière circonstance,
doivent procurer jes bateaux nécessaires pour em-
barquer les effets dont on a donné la note au lingua.
了
wwe me 和 ee se el
SUR ES CHINOIS. 241
了 est bon de savoir que l'argent une fois des-
cendu à Quanton , ïl n’est plus permis de ie rem
porter, sinon en fraude ; ce qui est sujet à des in-
convéniens : Il est donc essentiel pour un navire
qui auroit une somme d'argent beaucoup plus con-
sidérable que celle qu’il destineroit à l'achat de
sa cargaison , de ne descendre que ce qui lui est
nécessaire ; mais cela n'arrive point, l'usage étant
de n'apporter en Chine que l'argent dont on peut
avoir besoin. Il en est de même du cuivre et du
fer : ces deux matières une fois mises à terre à
Quanton , ne peuvent plus en sortir. J’ai vu des
étrangers qui avoient apporté avec eux des objets
à l'usage du navire, éprouver mille difficultés pour
pouvoir les remporter avec eux.
Lorsqu'on a des effets qui ne peuvent s’ex-
porter, ou dont Îles droits sont considérables, en
ce qu'ils sont à ja volonté des mandarins, l'usage
est d'emporter ces articles dans le canot du Capi-
taine portant pavillon à Farrière, parce qu’alors
on n’est visité qu’au départ de Quanton et à lar-
rivée à Wampou, et nullement pendant la route.
Dans cette circonstance on paie aux mandarins un
demi-droit seulement, ou même moins, suivant les
arrangemens qu’on a pris avec eux.
I est nécessaire cependant de ne pas trop ré-
péter ces sortes d’envois, pour ne point perdre le
privilége du pavillon , que les Chinois cherchent à
TOME III. Q
242 OBSERVATIONS
abolir. Ce privilége a été accordé à [a demande
des François.
Les vaisseaux prennent ordinairement leur en-
tier chargement à Wampou; mais s'ils sont fort
grands et qu'ils tirent beaucoup d’eau, ils se ren-
dent à la seconde barre, où is achèvent de prendre
leur cargaison. Lorsque le bâtiment est totalement
prêt à partir, le capitaine en prévient le hanniste,
pour que celui-ci demande au Hopou fa grande
chappe ou ja permission de sortir, et la faculté
d’avoir un pilote. IT est bon de conserver cette
grande chappe, même après avoir dépassé Macao,
parce qu’elle annonce que le bâtiment qui en est
porteur a satisfait aux droits, et qu’elle engage les
Chinois à lui prêter assistance en cas d'accident.
Dès que les navires d'Europe sont partis, les
subrécargues des compagnies qui résident à Quan-
ton contractent avec Îles hannistes pour les mar-
chandises nécessaires aux chargemens prochains.
C’est un avantage que n’ont pas les négocians Par-
ticuliers , qui ne peuvent faire des contrats avec
les marchands qu'après leur arrivée à Quanton;
ce qui demande une parfaîte connoïssance de fa
situation des marchands ; car on est dans Thabi-
tude de leur donner de largent en avance, et sou-
vent pour la moitié de [a valeur des marchandises
contractées.
SUR LES CHINOÏS. 243
MARCHANDISES D EXPORTATION.
Thés.
LE thé fut fong-temps inconnu en Europe ; mais
depuis que les Hollandoïs, dans le commencement
du xvi1.f siècle, en introduisirent l'usage , la con-
sommation en est devenue prodigieuse. *
IT y a cent ans et plus que l'importation du thé
en Angleterre ne passoit pas cinquante mille livres
pesant, tandis qu’actuellement elle s'élève à dix-
huit et vingt millions. D'où peut provenir cette
augmentation ! Les Anglois doivent-ils boire du
thé! ont-ils les mêmes raisons que les Chinois,
et doivent-ils les imiter dans un goût généralement
adopté et reçu parmi ce peuple !
La manière de vivre à la Chine, et [a qualité des
eaux , nécessitent l'usage du thé. Premièrement ,
je peuple mange beaucoup de graisse, et a besoin
d'une boïsson qui en facilite Ia digestion : secon-
dement, Îes eaux n'étant pas bonnes par-tout, et
d’ailleurs les Chinois, qui n’attachent aucun prix
à s'en procurer de pures, prenant indifféremment
celles qui se présentent sous ja main, il leur im-
porte d’avoir une substance quelconque pour en
corriger la mauvaise qualité.
L'usage du thé à la Chine est une nécessité et
non une délicatesse, et la preuve qu'on peut
en donner, c'est qu'on l'y prend sans sucre et
"3
244 OBSERVATIONS
sans lait. En Angleterre, aucune de ces raisons
n'existe ; l'usage du thé n’est qu'une affaire d’ha-
bitude , et a mode a fini par faire d’une chose de
fantaisie un objet de première nécessité.
Mais de cette nécessité même il est résulté de pré-
cieux avantages. En effet , le commerce de Chine
offre à l'Angleterre un grand débouché pour ses fai-
nages , lui procure des droits considérables et donne
à la compagnie de grands profits. On doit donc
croire que l'importation du thé dans la Grande-
Bretagne, considérée sous ces différens rapports,
aura toujours lieu; car le gouvernement n’envi-
sage que ses intérêts, et s’embarrasse peu si cet
objet de consommation est bon ou nuisible à Ja
santé des particuliers.
Les Chinois boivent du thé noir, comme étant
beaucoup plus doux. Les Anglois préfèrent le thé
vert, comme ayant plus de montant ; mais cette
dernière espèce est corrosive et attaque Îles nerfs :
c'est ce que j'ai éprouvé pendant un long séjour à
Quanton.
Une règle générale à ia Chine, c'est qu'il ne
faut point boire de thé à jeun, car il peut occa-
sionner des tremblemens de nerfs et donner des
vertiges, sur-tout aux personnes maigres. Laissons
donc Fusage du thé à ceux qu’un embonpoint con-
sidérable met à l'abri de ses atteintes : cette Boisson
peut leur convenir; mais elle est pernicieuse aux
SUR LES CHINOIS. 245
hommes maigres, et principalement aux femmes,
dont le système nerveux est plus facile à ébranler.
Le mot fhéest un patois du Fo-kien, car dans ja
langue Mandarine on dit Zcha.
On distingue deux sortes de thés, le thé vert
et le thé noir. Avec ces deux espèces on forme
tous les autres. Le terroir, la culture et la cueillette
des feuilles produisent les variétés.
Le thé croît également sur les montagnes et
dans les plaines ; il préfère un sol léger et pierreux.
On sème lethé en mars, en mettant dans chaque
trou sept à huit graines, dont 这 ne lève souvent
qu'une ou deux. Les jeunes plants sont repi-
qués , placés par rangées et espacés entre eux de
trois à quatre pieds. On peut récolter les feuilles
du thé trois ans après Favoir semé ; mais il faut
avoir soin de renouveler les plantes tous les cinq
ou six ans, sans quoi la feuille devient äâpre et
dure.
La manière de cultiver je thé n’est pas la même
par-tout. Dans la province de Kiang-nan on lem-
pêche de s'élever au-delà de six à sept pieds ; ail-
leurs on le laisse croître à Ia hauteur de dix à douze
pieds.
L’arbuste du thé est touffu comme un rosier ;
les branches poussent den bas, les feuilles sont
pointues et dentelées. La fleur est blanche, en
forme de rose, composée de six pétales. La baie
Q 3
7
246 OBSERVATIONS
est ronde, un peu alongée, et ressemble à une
petite noix charnue. Les feuilles de thé se récoltent
au commencement , au milieu et à la fin du prin-
temps. On en distingue trois qualités ; les feuilles
nouvelles prises sur de jeunes plants, celles qui
poussent immédiatement après , enfin celles qui
viennent en dernier lieu. Les feuilles des extré-
mités des branches et den haut sont les plus
tendres ; celles du milieu de l'arbuste le sont moins;
celles qui croissent en bas sont grossières. La cou-
leur des feuilles dépend du temps où elles sont
cueillies ; elles sont vert-clair au commencement
du printemps, vert-plombé au milieu , et vert-
noirâtre à la fin de cette saison. Lorsqu’elles sont
recueillies, on jes expose au bain de vapeur; on
les roule en les tenant sur des plaques de fer ou
de terre cuite , et on les fait sécher au soleil. On
fait Ia même opération pour les feuilles de thé vert,
mais on ne les expose pas à Tardeur du soleil; ce
qui les rendroit noires. Le thé appelé Fchu-tcha est
roulé à Ja main et avec plus de soin que Îles autres.
Les thés noirs sortent généralement de ja pro-
vince de Fo-kien. Le plus commun est le Bouy ;
viennent ensuite les thés Campouy, Congfou ,
Saotchon, Paotchon et Pekao : il y à en outre un
thé noir nommé Ankay, qui est cultivé dans le
Kiang-nan, mais cette espèce n’est pas universel-
lement exportée.
SUR LES CHINOIS: 247
Le Kiang-nan produit les thés verts, savoir ;
le Songlo , le Tonkay , le Haysuen , le Haysuen-
skine, le Tchu-tcha et le Chulan. Ce dernier doit
son odeur à la fleur du Lan-hoa qu’on y mèle.
On renferme les thés noirs dans des barses | pa-
niers de bambou | garnies de plomb : ces barses
pèsent de trente à quarante catis ; 开 en vient à
Quanton par la rivière, mais les jonques en amè-
nent une plus grande quantité par mer.
Les thés verts sont mis dans des boites de bois
également garnies de plomb : ces caisses pèsent
depuis quarante-cinq catis jusqu’à soixante et plus.
Outre les thés dont je viens de parler, il y en à
qui sont peu connus à Quanton , et d'autres qui
sont très-rares; C’est ce Que nous avons pu voir
pendant notre voyage à Péking ; maïs il existe à cet
égard beaucoup de charlatanisme. Lethé impérial,
appelé Mao-tcha, est composé de feuilles nou
velles recueillies sur les jeunes plants du thé Vou-
y-tcha. Celui qu'on nomme Pou-eul-tcha tire som
nom du village Pou-eul du Kiang-nan, près du-
quel 这 croît. Larbuste qui produit cette espèce de
thé , est abandonné à sa croissance naturelle ; 过
est touflu; ses feuilles sont longues et épaisses.
Ce thé est doucereux au goût et n’a rien d’agréable;
il s'emploie dans les coliques et le cours de ventre;
il rend lappétit : la dose est d’un ou deux gros.
On donne deux ou trois bouïllons à cethé, ensuite
Q4
248 -OBSERVATIONS
on je laisse infuser dans le même vase qu’on tient
bien fermé : il faut le boire le plus chaud qu'il est
possible.
Qualités des Thés.
Le thé Bouy, pour être de bonne qualité, doit
avoir le coup doe noir, les feuilles d'une moyenne
grandeur, un peu arrondies et rougeâtres. Si ce
thé pique ia main au toucher, et qu'il résiste, c’est
une preuve qu’il est bien sec ; s’il se brise, 于 est
alors trop rôti ou trop vieux. L'eau dans laqueile
on Ta mis infuser ( ou la teinture), doit être d’une
couleur jaunâtre foncée et sans âpreté au goût. Le
prix du pic de thé Bouy , coûte de 12 à 15 taëls.
Le thé Congfou est supérieur au Bouy et coûte
plus cher. Sa teinture à l’eau est plus légère et tire
sur le vert ; il a rarement une odeur agréable. Le
pic coûte de 25 à 27 taëls.
Le thé Saotchon communique à l'eau une belle
teinture verte ; il a une odeur agréable. Ses feuilles
doivent être sans taches. Le pic coûte de 40 à
Jo taëls.
Le thé Pekao a la teinture légère et tirant sur Îe
vert ; il sent la violette et répand une odeur très-
suave. Le pic coûte de 34 à 60 taëls.
Le thé impérial a le coup d'œil vert; sa teinture à
Teau est également verte. Ses feuilles sont grandes ,
d'un beau vert. Lorsqu’elles sont déployées dans
SUR LES CHINOIS. 249
leau , on ny doit point apercevoir de taches. Ce
thé a une légère odeur de savon.
Les feuilles du thé Songlo sont plus longues et
plus pointues que celles du thé noir ; elles doivent
être sans taches et non ternes. On doit rejeter le
Songlo dont les feuilles sont jaunes , parce qu’alors
il est d’une qualité inférieure ; il faut en faire au-
tant Iorsqu’il a odeur de la sardine. Le coup d’œil
du Songlo doit être plombé, et sa teinture à l'eau
doit être verte. Ce thé est corrosif; il coûte de 24
à 26 taëls le pic. |
Le coup d'œil du thé Haysuen, lorsqu'il est bon,
est plombé , et sa teinture à l'eau est d’un beau
vert. Ses feuilles sont belles , sans taches , et se
déploient entièrement. Ce thé a beaucoup de mon-
tant, et a une légère odeur de marrons grillés ; ïl
coûte de 50 à 60 taëls je pic.
Le thé Tchu-tcha coûte depuis 65 jusqu’à 70
taëls le pic.
Les thés fins s’éprouvent à l’eau. L’odeur , le
goût et le montant décident de leur qualité. Les
feuilles en doivent être bien conservées : pour les
éprouver, on en prend une quantité égale à un
condorin pesant [trois à quatre décigrammes |,
qu'on met dans une tasse ; on jette ensuite dessus
de l’eau de fontaine bien pure et bien bouillante,
et on jie couvre avec la soucoupe sur laquelle on
verse de l’eau chaude pour entretenir la chaleur.
2$0 OBSERVATIONS
Lorsque IT thé est resté assez long-temps pour que
ses feuilles soient entièrement déployées , on les
examine , ainsi que ja teinture qu’elles ont donnée
à l'eau.
RÉCEPTION DES THÉS.
Thés PBouy.
Les caisses étant numérotées et pesées /4), on
examine les barses ou boîtes de thé, pour s'assurer
que je dessus n’est pas humide ; on les vide dans
le magasin, et s’il n’y a point de portion moisie,
on met je thé dans les caisses pour y être foulé par
les coulis. Les caisses une fois remplies , exacte-
ment fermées et pesées, on les emporte, ou bien
on les jaisse chez les marchands, pour y être char-
gées dans les bateaux du pays, qui les transportent
à Wampou.
Thés verts,
On répand ces thés pour examiner s'ils sont
conformes à la montre , ensuite on Îles met dans
les caisses. II est à propos d’avoir une planche de
ja grandeur de fa caisse, pour que les coulis pèsent
également sur les feuilles et ne ies brisent pas en
les foulant.
(a) Outre le poids de chaque caisse, on déduit pour les plus
grandes une livre et demie pesant, une livre pour les moyennes ,
et une demi-livre pour les petites, ce qui équivaut à peu près au
poids des clous et du papier dont on les garnit.
SURMLESUCHINOSS: 2SI
Thés fins.
On n’ouvre pas toutes les caisses des thés fins,
mais on en prend au hasard une douzaine dans ie
nombre de celles qui forment la chappe /4), On
les vide pour examiner si le thé est conforme à la
montre , et on le remet ensuite dans ia caisse, dont
on a la précaution de faire souder le plomb qui,
généralement, garnit l'intérieur des caisses de tous
les thés.
Alun d'Émouy.
Le pic d’alun coûte de 2 à 3 taëls.
Anis étoilé,
L'arbre qui produit Fanis croît dans la province
de Quang-sy; son fruit, en forme d'étoile, répand
une odeur suave, mais très-forte. II est impossible
de se le procurer frais, car les Chinois sont dans
usage de passer au feu tout ce qu’ils apportent à
Quanton.
IT faut enfermer Panis dans des caisses de bois
garnies de plomb en dedans, et les faire souder
après qu’elles en ont été remplies ; car son odeur
(a) On appelle chappe un certain nombre de caisses de thés ;
il y en a depuis quatre-vingts jusqu’à quatre cents caisses. Toutes
ces chappes portent différens noms, qui servent à reconnoïître les
thés, et qui indiquent ordinairement les lieux d’où ils proviennent.
252 OBSERVATIONS
est si pénétrante, que, sans cette précaution , elle
se communiqueroit aux autres marchandises. Le
pic d’anis étoilé coûte de 9 à 10 taëls.
Borax.
Le borax s’apporte du Thibet, etentre à la Chine
par les provinces de Setchuen et de Yunnan. Il y
en a de deux espèces; celui qui est épuré est crys-
tallisé en morceaux d’un pouce d'épaisseur sur
quatre à cinq de largeur. 1 faut avoir soin de le
tenir renfermé et à l'abri de l'air, car sans cela il
perd sa forme et se réduit en farine.
Celui qui n’est pas purifié est verdâtre ou rou-
geätre : il est en masse et a le coup doe gras et
pâteux. L'air nagit pas sur lui.
Le borax qu’on achète à Ia Chine est plus pur
que celui qui vient du Bengale. Le pic coûte de
20 à 30 taëls.
Cannelle,
La cannelle croît dans le Quang-sy. Sa couleur
est jaune-clair tirant un peu sur le gris; elle est
moins forte que celle de Ceylan, et très-inférieure
à celle de Ia Cochinchine, dont Pécorce, brune et
grise en dehors, est tellement remplie d'huile es-
sentielle, qu'il suffit de la presser avec jes doigts
pour ja faire paroître au dehors. Le pic de can-
nelle coûte de 12 à 24 taëls, et le même poids de
fleur se vend de 12 à 15.
SUR LES CHINOIS. 253
Camphre.
Le camphrier est un arbre élevé, qui pousse dans
la province de Yunnan ; il devient gros, et peut
fournir des planches d’une grande largeur. Son
boïs est veiné, et a une odeur pénétrante : aussi
n'est-il pas attaqué par les vers.
Le camphre est en pains ronds d’environ cinq
doigts de diamètre. Les Chinois, pour le fabriquer,
prennent les branches nouvelles du camphrier, les
coupent par morceaux, qu'ils font tremper pen-
dant trois ou quatre jours avant de les faire bouillir
dans une marmite, dans laquelle on je laisse jus-
qu'à ce que le suc qui sort des branches s'attache
au bâton qui sert à les remuer. Ce suc est passé et
mis dans un bassin de terre où il se fige. On prend
alors de jia terre bien fine, dont on fait une couche
dans le fond d’un bassin de cuivre rouge, sur la-
quelle on place alternativement une couche de
camphre et une de terre, jusqu’à ce que le bassin
soit plein ; mais ayant Pattention de finir par une
couche de terre sur laquelle on étend des feuilles
de Pou-ho / Pouliot]. Après avoir recouvert ce
bassin d’un autre qu’on lute avec soin, on les ex-
pose tous les deux à un feu égal, mais pas trop
fort, et au bout d’un certain temps, et qu'ils sont
refroïdis , on trouve le camphre sublimé et attaché
au fond du bassin supérieur.
254 OBSERVATIONS
Cette opération n’a lieu qu’une seule fois, et se
fait sans beaucoup de soin ; aussi n'est-il pas sur-
prenant que le camphre soit peu épuré et souvent
plein de terre. Le pic de camphre de la Chine coûte
de 20 à 28 taëls.
ÆEsquine.
Cette racine, qui vient du Setchuen est, en de-
dans, d’un blanc jaunatre mêlé de veines rouges,
et en dehors d'un brun-foncé. Pour être bonne,
elle doit être lourde, peu chargée en couleur dans
l'intérieur, et point piquée ni cariée. Les Chinois
la mangent dans les temps de disette, et prétendent
qu’elle engraisse. Le pic coûte de 2 à 3 taëls.
Galanga.
C’est ja racine noueuse d’une plante qui croît à
près de deux pieds de hauteur, et dont ies feuilles
ressemblent à celles du myrte.
IT y a deux sortes de galanga. Celui de Java a
ja racine plus grosse et plus épaisse que celui de
Ja Chine; mais ce dernier, quoique plus petit, est
d’une qualité supérieure et beaucoup plus odorant
que je premier. Le pic coûte de 1 + à 2 taëls.
Ginseng de Tartarie,
Cette racine est lourde et transparente ; elle est
réservée pour l'empereur. Les Chinois en vendent
quelquefois, mais souvent ce n'est que du ginseng
SUR LES CHINOIS. 255
de Canada préparé. Le ginseng de Tartarie coûte
depuis 10 taëls [75 liv.] jusqu’à 18 [135 liv.]|
pour un taël de poids [un peu plus d’une once |.
Mercure,
Le mercure provient du Yunnan. Celui qu’on
vend à Quanton est tel qu’on je retire des mines.
Les Chinoïs le falsifient souvent. Le pic coûte de
35 à 40 taëls.
On trouve aussi à Quanton du cinabre. Celui
de Ia province de f'o-kien est très - beau ; c’est le
seul qu’on exporte. Il vient en petites caisses con-
tenant cent paquets de douze taëls pesant. Le pic
coûte de 50 à 150 taëls,
Musc,
Le musc vient du Chen-sy, du Chan-sy, du
Setchuen et du Yunnan. Le meilleur est celui de
Tunquin. L'animal qui le donne est grand comme
une chèvre : aussitôt qu’il est tué, on coupe ja
bourse qui renferme le musc ; on la lie fortement,
et on la fait sécher jusqu’à ce que Ia matière soit
réduite en grains jaunâtres. Le musc dans cet état
est le plus estimé ; celui qui est en poudre fine est
d’une qualité inférieure.
On est souvent trompé en achetant du musc,
car les vessies qu’on vend pour du véritable musc,
ne sont quelquefois qu’une portion de peau, dans
256 OBSERVATIONS
laquelle on a mêlé du sang de Fanimal avec du
bois pourri. Les acheteurs brûlent un peu de musc;
s’il se consume entièrement, c’est une preuve qu'il
est bon ; mais s’il laisse un résidu charbonneux,
il est falsifié : d’autres fois ils font traverser la vessie
par un fil imprégné de jus d’ail ; si ce fil perd son
odeur , ils regardent le musc comme véritable. En
général, il est difficile de bien connoître cette mar-
chandise. Le cati ou livre de musc coûte de 30 à
37 taëls.
Nankins.
La majeure partie des toiles appelées nankin
sont fabriquées dans le district de ja ville de Song-
kiang-fou dans le Kiang-nan, et sont faites avec
un coton naturellement jaunâtre et roussâtre. Les
rouleaux de nankin contiennent dix pièces, sur
lesquelles il y en a toujours quatre plus fines que
les autres. Il faut avoir lattention , lorsqu'on re-
coit les toiles de nankin, de s'assurer si elles sont
conformes à la montre, et si on n'y a pas inséré
quelques pièces de seconde ou de troisième qualité.
La meilleure manière de charger les nankins à
bord des navires, est de jes mettre en caisse ; on
perd, ilest vrai, un peu d'emplacement , mais les
nankins se conservent mieux. Les Espagnols sont
dans l'usage de les presser et d'en faire des ballots,
qu'ils goudronnent ensuite. Cette méthode est
bonne,
SUR LES CHINOIS. 257
bonne, mais:elle demande un peu plus de temps.
I y a deux sortes de nankins ; les uns sont larges
et ont dix-huit cobes de long, les autres sont
étroits et n’ont que quatorze cobes de longueur.
Le cent des premières pièces coûte dé 66 à 89 taëls,
celui des secondes de 34 à 65.
Les toiles dites nankins blancs sont fabriquées
à l'instar des nankins jaunes , mais le tissu en: est
cependant moins serré. Le cent coûte de 47 à
s2 taëls.
Or,
L'or qu’on trouve dans le commerce à Ia Chine
est en forme de pains ou lingots longs et inégaux,
du poids de dix taëls. On doit préférer ceux qui
sont longs et carrés ; ils viennent de la Cochin-
chine et du Tunquin.
Le titre de l'or de Peking est Ie plus élevé, c’est-
à-dire de 97, tandis que celui de la Cochinchine
n’est que de 96, et se vend sur le pied de 93. L'or
qu'on exporte communément est au titre de 88,
et coûte ordinairement 1 290 liv. la livre poids de
marc , et quelquefois plus. Assez généralement
lor se vend proportionnellement moins cher que
l'argent. |
Les Chinois reçoivent les gold-mohurs [ mon-
noie d’or du Bengale | au titre de 94, 95 et 96,
et les sequins de Venise au titre de 98. |
TOME III. R
258 DBSER VATIONS
On apporté cussi de lor du Japon, mais il:est
infsrieur à celuide 1 Cœhiachine.
Purcéaire,.
La porcelaine vien: 中 King-te-ching dans ja
province de Kiarg-sy. Cele qu’or :PPorte à Quan-
ton ést blanche st bleue , ou entièrement Hanche.
On la peint cars les faubourgs , d’après les dessins
donnés par les Européen. If re s'egit, dans Ja
réception des prrcehine:, que de les corfronter
avec la montre et d'ex:miner si elles sont bien
pentes et pointendomnugées. Loriquele compte
des porcelaines est arrèé, on déduit deux pour
ceat pour je casage.
R hurarte.
Les Chinois appellen [a rhubarke Ta-hoang
[grand jaune]. Fe croît dans le Caen-sÿ st dans
le Seichaen , muis celle ke cette dernière province
est [2 plus estinée. La tge de 和 rhubarbe s'élève
de deux à trois pieds ; ‘Île es: de couleur violet-
fonce. Ses feuiles, qui poussent en mars, sont
larges , longue:, épaisse el rudes au 1oucer ; ses
fleurs sent peties e: vioettes; la graine eit noire
et ressemble au millet. On arrache h racine de Ia
rhubarbe en seytembre ; la plus lourde est a meil-
leure; elle est grosses «& longue ; ?iniéreur est
marbré de jauie avec (es veires rouges II en
SUR LES CHINOIS. 259
‘ découle d'abord un suc jaune très-foncé ; mais
pour y remédier, ies Chinois sjument du feu sons
de grandes tables de pierre, e: etendent dessus jss
racines, ayant soin de les remuer plusieurs fois
dans la journée, jusou’à ce qu'il r’en sorte plus
rien : on les coupe alors en morceaux ; on Îes
perce ; et lon en forme des chapelets qu'on sus-
pend à Pombre.
La rhubarbe fraîche est très-amère. On en
trouve de deux sortes à Quanton, Fune apprètée,
ét l’autre qui ne l’est point. Les Holandoïs ex-
portent la première. Lorsqu'on achète ce à rha-
barbe , il faut examiner sil n° a pas de vers dans
les trous qui ont servi à [a suspendre, car elle se
gâte aisément dans cet endroit, Le pic ée rhubarbe
coûte de 36 à 40 taëls.
Sn-d? - dragon.
Le sang-de-crigon vient du $eïchuer , et de Pile
de Haïnan ; l'arbre qui le produit es: grend et
ressemble au palmier ; son écorce est mince; Tors-
qu’elle est inciste, il en découle une liqueur quiest
le sang-de-éragon. Le pic coûte de 25 à 4o taëks.
Soits.
Les soies crues sortent de la province de Kiang-
nan; celles ouvragées se fsbriquent à Quanton
ou à Fochan, bourg considérable et peu éloigré
R 2
260 OBSERVATIONS
de cette ville. Les soies écrues de [a province de
Quanton sont inférieures à celles d'Europe.
Les Chinois ne mettent pas de gomme dans
Tapprêt des soies écrues; cet apprêt existe natu-
rellement. Lorsqu'on reçoit des soies écrues, ïl
faut choisir un beau jour et se placer de manière
que ja lumière, venant de côté, fasse voir si elles
sont bien lustrées. Il est important d'examiner avec
attention si les soïes sont d’un beau blanc, si eïles
ne sont pas jaunes : enfin, ïl est nécessaire dou-
vrir les moches, et d'en considérer Pintérieur, pour
s'assurer que les soies ne sont pas mélangées.
Quant à la qualité il faut se conformer aux de-
mandes d'Europe, car jes uns veulent Ia soie plus
forte , et d’autres moins ; en général le fil de la
soie écrue est fort délié ; cette marchandise se pèse
avec soin, et dans des balances très-sensibles et
très-justes : on [a met ensuite dans des caïsses
garnies de toile, et aussitôt que celles-ci sont fer-
mées et clouées, on les porte dans le Hang ou fa
maison qu’on occupe. Le pic de soie écrue de Nan-
king , première qualité, coûte de 200 à 280 taëls.
La soie de Quanton est distinguée en trois qua-
lités ; le pic de ja première coûte de 210 à 220
taëls ; celui de la seconde, de 170 à 200 taëls; et
celui de la troisième , de 100 à 185$ taëls.
La réception des pièces de soie demande égale-
ment de l'attention. Pour qu’une pièce soit bonne,
SUR LES CHINOIS. 261
il faut qu’elle soit d’un tissu égal , et qu’elle ait
la quantité de fils requis, ce qu'il est facile de re-
connoître au grain de létoffe, Une pièce de soie
bien travaillée et faite de bonne soie, est douce
au toucher; si au contraire elle est âpre et rude,
elle est fabriquée avec de Ia soie de Quanton , et
par conséquent avec une soie de qualité inférieure.
H faut examiner aussi si les pièces sont sans taches,
et sur-tout si elles ont je poids, car elles sont sou-
vent très-fortes au commencement , et très-minces
vers ja fin. Jai vu des satins nankins qui difié-
roient, de la tête à l'extrémité, d’un tiers dans Ja
qualité. Il est prudent de ne recevoir les pièces
de couleur que lorsqu’elles sont bien sèches; sans
cela on court le risque de les voir se piquer.
Les Chinois roulent facilement les pièces qui
ont été déroulées, au moyen de deux longues
tiges d’acier poli.
” Sucre,
Le sucre brut se tire du Quang-tong, du Kiang-
sy et du Fo-kien ; le sucre candi vient de Chin-
tcheou ville de cette dernière province; celui
qu'on apporte de [a Cochinchine lui est supérieur.
Le pic de sucre brut coûte de 4 à 6 taëls. Le
pic de sucre candi du Fo-kien , première qualité,
coûte de 7 à 15 taëls, et celui de Ja Cochinchine,
de 8 à 15 taëls.
R 3
26% OBSERVATIONS
T'outenague,
La toutenague se trouve dans la province de
Honan : son minérai est de couleur bleu-grisätre ,
et brillant comme celui de la mine de fer; il est
pesant, tendre lorsqu'il est dans l’intérieur de ja
terre, mais susceptible de se durcir à Pair. On
trouve très-souvent des filons de ce métal qui s’éten-
dent depuis la surface de ia terre jusqu’à soixante
à quatre - vingts toises de profondeur. Le terrain
dans Iequel on Îles rencontre, est jaunâtre tirant
sur le vert. La toutenague est rarement pure ; son
minérai se fond aisément, et répand alors une fu-
mée épaisse et puante. Plusieurs auteurs préten-
dent que la toutenague est le zinc tiré d’une riche
calamine; mais c’est une erreur. On connoît jus-
qu’à présent, 1.° le zinc minéralisé avec le soufre,
contenant du fer et du plomb; 2.° le zinc miné-
ralisé avec le soufre et Tlarsenic , ou jia blende
noire ou rouge; 3.° la pierre calaminaire. Ba cou-
jeur de Ia calamine est rougeñtre et jaunûtre,
quelquefois grise, ce qui dénote qu’elle tient du
zinc ; maïs ces couleurs ne sont nuHement celles
du minérai de la toutenague. IT suffit d’un feu lent,
suivant le voyageur Anglois, pour fondre et faire
évaporer en fumée la'toutenague ; elle diffère donc
de la calamine, puisqu'il faut au contraire un feu
violent pour extraire le zinc de fa calamine, et le !
SUR LES CHINOIS. 263
sublimer sous Ia forme d’une fumée blanche. Le
seul moyen connu dunir le zinc avec les métaux,
est de le fondre avec eux, ce qui est bien opposé
au procédé rapporté par le docteur Gillan, qui dit
que, pour blanchir le cuivre, les Chinoïs Fexpo-
sent simplement à la vapeur de jia toutenague en
fusion. Une des propriétés du zinc allié au cuivre,
est de rendre ce dernier moins sujet au vert-de-
gris , et il est reconnu que je cuivre blanc de la
Chine n’en est pas exempt. Enfin , on mêle Ie
zinc avec je cuivre pour lui donner une couleur
d'or, tandis que les Chinois emploient fa toute-
nague pour le blanchir , ce qui est totalement.
opposé. If est bon de remarquer que cette blan-
cheur que les Chinois communiquent au cuivre,
ne reste pas toujours ja même, et qu’elle se perd
avec le temps. De plus, cette blancheur n'existe
qu’à l'extérieur ; car si l’on rompt un morceau de
cuivre blanc, d’ailleurs fort cassant par lui-même,
on reconnoit qu’il est jaune dans l'intérieur.
Il résulte de ce que je viens de dire, que le
zinc n’est pas la base de Ia toutenague; elle con-
tient, à ce qu'il paroît, du fer, du plomb, et, comme
ont pensé certains auteurs, du bismuth, dont on
connoît la propriété de blanchir le cuivre, et dont
l'existence dans ja toutenague est assez prouvée par
la couleur bleue de son minérai. Le pic de toute-
nague coûte de 6 à 7 taëls.
R 4
264 OBSERVATIONS
T'urmerick,
Le turmerick , ou terra - merita, ou curcuma L
est appelé, en chinois, Cha'- kiang ; 这 vient du
Quang-tong : cette racine est bonne pour la tein-
ture ; la plus longue est la meilleure. Le pic coûte
de 3 à 4 taëls.
MARCHANDISES DIMPORTATION,.
Acier,
L’ACIER, pour être bien vendu à Ja Chine, doit
être en morceaux d’un pouce carré, sur neuf à dix
. pouces de longueur, et renfermé dans des barils
du poids de cent livres ; les grandes barres n'ont
aucun cours à Quanton. Le pic se vend de 4 à
7 taëls.
I! ne faut pas porter une trop grande quantité
d'acier à la Chine, à moins qu’on n'ait la facilité, en
y venant, d'en vendre une partie dans les établis-
semens Malays, où on Féchange contre du calin
à poids égal.
Ailerons de Requins.
Le pic de première qualité se vend de 20 à 33
taëls , et celui de seconde , de 15 à 27 taëls.
Ambre gris.
L’ambre, pour être de bonne qualité, doit être
léger , avoir des veines blanches et cendrées :
SUR LES CHINOIS. 265
lorsqu'il est noir et pesant, il ne vaut rien. Les
Chinois, pour reconnoître sa qualité, en raclent
quelques parcelles, et les mettent dans un vase
rempli d’eau chaude, qu'ils ont soin de couvrir.
Si lambre se liquéfie également et se dissout , ils
le jugent bon. Quelquefois ïls en mettent sur une
plaque rougie au feu : s’il rend de Ia fumée, il est
falsifié; mais sil brûle entièrement , ou ne laisse
que peu de cendre , alors il est de bonne qualité.
Ambre jaune ou Succin,
Lampre jaune est très-estimé des Chinois, qui
en font divers ornemens; ils préfèrent celui qui
est jaune-clair et un peu opaque. Le cati de succin,
en grands morceaux et de première qualité, se
vend de 14 à 22 taëls.
Arec,
Larec vient de Batavia, de Malaca et de Ia Co-
chinchine : ce dernier est le plus cher. Cette noix
est ronde, aplatie d’un côté, et parsemée en de-
dans le veines rouges et blanches : elle enivre
lorsqu'elle est fraîche; il y a même des gens qui
en mangent alors, pour se rendre, dit-on, insen-
sibles à la douleur. Le pic darec se vend de 2 5 à
À taëls ; celui de Ia Cochinchiné, de 2 ; à $. harec
se mange avec des feuilles de betel, de fa chaux
et du caté : ce dernier provient d’un arbre qui res-
semble au frêne, et dont la feuille approche de
266 OBSERVATIONS
celle du tamarinier ; ses branches brisées, et mé-
lées avec de la farine du nachanus , forment ce
qu'on appelle caté, et dont on porte une grande
quantité à la Chine. Le pic de caté du Pegou, en
grands morceaux, se vend de 4 à 7 taëls ; et celui
qui est blanc et en morceaux carrés, se vend de
s à 12 taëls.
Assa fatida,
Ce suc gommo-résineux est en larmes blanches
et transparentes. Le pic se vend de 6 à 8 taëls.
AZur,
Les Chinois ne recherchent point lazur qui
est d’une couleur bleu-céleste; ïls’préfèrent celui
qui est pâle et que nous ne regardons que comme
de seconde qualité. Le pic de ce dernier azur se
vend de 18 à 36 taëls.
Benjoin,
Les Chinois s’en servent comme parfum; ils le
réduisent aussi en poudre dont ils font une boisson
contre les flègmes ; ïls en font également des on-
guens pour les plaïes. Le meïlleur benjoin est brun,
avec des taches blanches ; celui de Sumatra et de
Laos, qui est noir, est d’une qualité inférieure. Le
pic de benjoin se vend de 7 à 20 taëls.
Bézoard de vache.
Les plus gros sont les plus chers; ils doivent
SUR LES CHINOIS. 267
être d’une couleur jaune. Les Chinoïs réduisent
le bézoard en poudre, et l’emploient dans le mal
caduc et l’esquinancie : dans ce dernier cas, ils le
souffent dans le gosier du malade. Le cati se vend
de 8 à 20 taëls.
Bitche de mer.
Le pic de première qualité se vend de 16 à 30
taëls , et celui de seconde de 7 à 17.
Calin,
Le calin est une espèce d’étain que lon ap-
porte de Batavia et de Malaca ; 1 est plus fin que
celui d'Europe. Le pic de ce métal se vend de 14
à 16 taëls.
Camphre de Bornéo,
Ce camphre est de beaucoup supérieur à celui
de la Chine. Le cati ou la livre, première qualité,
se vend de 11 à 22 taëls.
Le pic de camphre dé seconde qualité se vend
de 600 à 1300 taëls, et celui de troisième ne
passe pas ordinairement 400.
Cire,
Le pic de première qualité se vend de 20 à
Âo taëls.
Clous de Girofle,
四
Le cati ou livre se vend de 102 à 160 taëls,
268 OBSERVATIONS
Cochenille,
Le pic de première qualité se vend de 200 à
600 taëls.
Corail.
IF faut à la Chine du corail de couleur rose, ou
xouge-clair, pas trop rouge ni jaune. Les grains
doivent être ronds, unis. Les grains des colliers
que portent les mandarins , pèsent une mas
[ 3° 1824]. Les boutons qu’ils placent sur le
haut de leurs bonnets, pèsent depuis un taël jus-
qu'à un taël et demi [de 3% 764 à 5° 645 |.
Un bouton de corail de couleur rose, pesant un
taël et demi, se vend 1 4oo piastres [ 7 560 liv. };
celui qui pèse deux taëls, se vend 2 000 piastres
[ 10 8oo iv. |.
Les petits grains de corail se vendent suivant
leur qualité. Le cati de grains de corail gros
comme un pois, s'est vendu en 1797, de 40 à
so taëls.
Corne de Rhinocéros.
Les médecins Chinois räpent cette corne , en
mettent la poudre dans de Peau bouillante, et ja
font boire aux malades pour purifier le sang et le
rafraichir ; is en font prendre aussi aux enfans
pour la petite vérole.
SUR LES CHINOIS. 269
Coton de Surate,
Le pic de*coton bon et sans grains , coûte de
9 à 13 taëls.
Coupons de Drap écarlate,
Le pic se vend de 60 à 70 taëls ; celui de drap
de différentes couleurs, de 35 à 65 taëls.
Cuivre du Japon.
Le pic se vend de 12 à 20 taëls.
Ecaille de Tortue,
Le pic d’écaille, bonne et épaisse, se vend de
Yo à 105$ taëls.
Ébène.
L’ébène de bonne qualité est lourde, bien noire
et sans veines blanches ; les buches doivent être
grosses et sans aubier.
I ne faut pas charger à file de France l'ébène
fraîchement coupée , car elle se sèche dans Ia tra-
versée, et lon perd beaucoup sur le poids. On
pèse le bois d’ébène à Wampou, à bord même
du navire; cette manière est préférable, si l’on veut
éviter d’être volé pendant [a route de Wampou à
Quanton. Le pic se vend de 1 taël + à 3 taëls +.
Fil d'Or.
On doit porter à Quanton moitié de fil d’or
et moitié de fil d'argent ; cette marchandise n’est
270 OBSERVATIONS
pas toujours de défaite, encore moins les bouil-
ons ou paillettes, dontil ne faut pas se charger. Le
cati de fil d’or et d'argent se vend de 1j à 30 taëls.
Cinseng du Canada.
Les Américains ont détruit cette branche de
commerce. Le pic de ginseng, qui se vendoit au-
trefois yoo taëls | 3750 Iiv. |, ne se vend plus
que de 30 à 45 [225$ à 337 liv.]: or, les droits
du Hopou étant de 36 taëls 3 [275 liv. |, il faut
vendre le ginseng en fraude pour avoir quelque
bénéfice. Le ginseng , pour être bon, doit être
long , rond et non fendu.
Glaces.
Les glaces se vendent quelquefois avec un bé-
néfice de 30 p. 2; mais je les ai vu vendre au pair,
même à perte, et quelquefois elles étoient sans
prix.
Ivoire,
Les dents d’éléphant, de trois au pic, se ven-
dent de yo à 72 taëls le pic; celles de quatre au
pic, de 40 à 68 ; celles de cinq , de 35 à 66;
celles de six, de 32 à 62; et celles de cinquante,
20 taëls.
Lainages,
Les draps François de première qualité sont
trop chers pour être portés à la Chine, et ceux de
seconde qualité sont inférieurs à ceux des Anglois.
SUR LES CHINOIS. 271
La ware [o mètre 915 ] de londrin, première
qualité, se vend de 1 à 1 taël 8 mas ; celle de
seconde qualité, de 1 taël à 1 taël 4 mas.
L’aune [ 1° 188 | de camelot se vend 7 mas
2 condorins; celle d’étamine, première qualité,
se vend de $ + à 6 mas, et celle de ras-de-castor,
8 mas ; une pièce de perpétuane se vend 7 mas +.
Montres d'or,
Une montre d’or, de 120 Iiv. d'achat, se vend
22 taëls.
Muscade,
Le pic se vend de 100 à 400 taëls.
Nids d'oiseaux.
L'oiseau qui construit ces nids est une espèce
d'hirondelle , maïs ïl a le bec plus court. Les nids
d'oiseaux, pour être bons , doivent être blancs et
dégagés de plumes. Il faut être attentif en trans-
portant ou en pesant cêtte marchandise ; car les
Chinois en sont très-friands et en dérobent le plus
qu'ils peuvent. Le pic de première qualité se vend
de 1 600 à 2 500 taëls ; celui de seconde, de 900
à 1 800 ; et celui de troisième, de 800 à 1 000.
Opium.
Lopium est prohibé à Ia Chine , cependant il
en entre tous les ans environ deux mille caisses.
Le prix d’une caisse va depuis 150 à 300 taëls.
272 OBSERVATIONS
Cette marchandise se vend suivant sa qualité et
suivant qu'il y en a plus ou moins sur la place; elle
perd 25 p. 3 d'une année à l’autre. L’opium de
première qualité est blanchâtre ; ïf est alors d’un
grand prix. Celui d’Aden et des côtes de la Mer-
Rouge, est noir et dur ; celui de Cambaye et de
Chitor, est plus mou et tire un peu sur le jaune.
Les Chinois ne consomment pas Fopium pur,
mais ils le mêlent avec du tabac; is en aspirent
la fumée, lavalent entièrement, et la rendent peu
à peu. Ils sont ordinairement assis ou couchés en
faisant cette opération.
L'usage de lopium, loin d’exciter à l'amour ,
produit l'effet contraire; car on a vu des hommes,
dit D. Garcia ab Horto, devenus absolument im-
puissans pour en avoir trop pris.
Peaux de Lapin.
La pièce se vend de 2 à 3 mas.
Peaux de Loutre,
Les Chinois recherchent les peaux de loutre,
mais ils n’en donnent plus le même prix qu’autre-
fois ; les plus belles ont été vendues, dans le
principe; au-delà de cent piastres , et actuellement
on n’en donne plus que la moitié et beaucoup
moOINs.
Les négocians ayant expédié un trop grand
nombre
SUR LES CHINOIS. 273
nombre de navires à la côte nord-ouest de l'Amé-
rique ;, y ont fait hausser le prix des pelleteries , et
iont fait tomber à Quanton par la même raison.
Tel est l'effet de la concurrence dans tous les pays,
et la suite d’un commerce mal dirigé.
Perles,
Le prix varie suivant l’eau et [a grosseur des
perles. Une belle perle doit être parfaitementronde,
unie et d’un blanc brillant, clair et argenté. Une
perle ronde du poids d’un gros et quatre à cinq
grains [ $“** 090], peut valoir de700 à 2 000 taels,
suivant les circonstances.
gran.
Poivre,
Le pic de poivre de Bencolen et de Batavia
se vend de II à 15 taëls ; celui de [a côte de
Malabar, de 14 à 16.
Rotins,
Le pic se vend de 2 5 à 3 taëls
Sandal,
Le pic de sandal, première qualité, contenant
treize buches, se vend de 20 à 30 taëls; celui de
seconde qualité , de 12 à 25 ; celui de troisième,
de 10 à 16; celui de Timor, en grandes pièces,
se vend de 8 à 12.
Tabac,
La rate ou livre de tabac du Brésil, première
TOME III. S
274 OBSERVATIONS
qualité (en deux flacons) pesant douze taëls et
demi, se vend 4 piastres , et a monté, en 1797,
jusqu’à 16; celle de seconde, qui se vend 2 pias-
tres, a été à 8 ; et le pic du même tabac, maïs
de troisième qualité , qui se vend 70 piastres, a
été ja même année à 150.
Vitres.
Les Chinois recherchent fies vitres d'Europe ;
ils peignent dessus ou en font des miroirs. Il y a
du bénéfice sur les vitres, mais cependant il n’en
faut pas trop porter.
MESURAGE DES WAISSEAUX.
LA mesure qui sert dans le mesurage des vais-
seaux qui viennent commercer à Quanton, est celle
du Hopou; elle se nomme TFchang et contient dix
Tche ou pieds Chinoïs : le Tche a dix Tsun ou
pouces, et le Tsun, dix Fen ou lignes. Pour mesu-
rer un navire , les Chinois en prennent ordinaire-
ment la longueur depuis la moitié de Fépaisseur
du mât de misaine jusqu’au milieu du mât d’ar-
timon , et sa largeur dans lentrepont par je tra-
vers du grand mât. Ces deux quantités multipliées
June par Pautre, donnent le mesurage. Si'la Sur-
face du bâtiment excède cent cinquante - quatre
Tchang, le vaisseau est réputé du premier rang,
et chaque Tchang est payé alors à raison de 7 taëls
|
1
SUR LES CHINOIS. 27$
4 mas 4 condorins 8 deniers ; si elle passe cent
vingt Tchang, le vaisseau est du second rang ,
et chaque Tchang est payé à raison de 6 taëls
8 mas 4 condorins. Au dessous de cent vingt
Tchang, un navire est regardé comme du troi-
sième rang, et chaque Tchang ne vaut plus que
4 taëls 7 mas 8 condorins 8 deniers.
Outre le mesurage, chaque navire, quelle que
soit sa grandeur, paie indistinctement au Hopou
un présent de 1 95otaels[14 62; liv]. Les François
paient 100 taëls de plus par chaque bâtiment.
Mesurage d'un Navire du troisième rang,
Longueur du navire... 50 tche ou pieds Chinois.
Largeur du navire...,. 2o tche ou pieds Chinois.
Superficie... 42... 1000 tche oucent tchang.
Cent tchang, à 4 taëls 4 mas 8 condorins 8 den. chaque,
font 478 800 deniers ou 478 taëls 8 mas.
478 taëls 8 mas, la piastre à raison de 7 mas 2 condor.
{ou 108 soustourn.]=... 66 piastres ”一 3 546% 67°
1950 taels pour le pré-
sent au Hopou —..... 2708. 2 4° — 14 444. 33°
PR DUT PE ERREUR AA
HO TAENdUE.. 3373 2. 4 17 991f 00°
Deux pour cent à ajou-
ter pour les écrivains du
Hôpout sn. cette J 了
ToTAL des frais du
métrage... + ... 3 44t piastrs 18 351f 90°
S 2
276 OBSERVATIONS
On voit facilement, d’après ce compte, qu'il est
plus avantageux d'employer, pour le commerce de
Chine, un gros navire que deux moyens, parce
que non-seulement on diminue par-là les frais
de mesurage en épargnant un présent au Hopou,
mais on évite presque l'entretien d’un équipage
et d’un état-maÿjor.
Aux frais de mesurage qu’un navire doit payer
en venant à Wampou, il faut ajouter les dépenses
qu’on estobligé de faire pour se rendre à Quanton,
pour y séjourner et pour quitter cette ville :
Au pilote, pour monter àWampou... Ye unie
了 RE
Le loyer d'une maison à Quanton
varie suivant que l'emplacement est plus
ou moins considérable ; maïs , si lon se
contente d’un simple corps-de-logis , on
doit s'attendre à payer dev is ste NU) DOS.
Pour chaque bateau qui sert au dé-
chargement du navire; savoir : pour ja -
permission, 15 piastres ; pour le bateau,
8 piastres ; pour les coulis, 1 piastre:
TOR TE fe ee NU e age ee er TND Es
Au lingua, pour salaires et pour ia
chappe de sortie.................. 184.
Pour les mandarins à Wampou..... 200.
Au comprador.............:::.. 200.
Aux soldats des rues.......,..... 4,
SUR LES CHINOIS. 25%
Aux mandarins, enquittant Quanton. 6"
Au pilote, pour descendre fa rivière
jus las. es... 212% Ge;
Aux bateaux qui servent lorsqu'on
passe estbinress:, OU. ea As
Les bateaux du pays, pour se rendre ordinaire-
ment de Quanton à Wampou , prennent depuis 2
jusqu’à 4 et même 6 piastres par voyage. IT faut
avoir soin, lorsqu'on quitte Quanton pour ja der-
nière fois, de ne pas s’en aller dans un bateau du
pays, parce qu’étant alors obligé de passer à toutes
les douanes , on y est rançonné par les Chinois.
On doit se servir, dans cette circonstance, du canot
du bâtiment.
DIRECTION POUR MONTER À WAMPOU,
LORSQU'ON vient mouiller en rade de Macao,
on doit préférer de jeter l'ancre dans la partie de
l'est ou du sud-est, à deux lieues et demie ou trois
lieues de distance de la ville, parce que le fond y
est de meilleure tenue que plus près de terre, où
il est sablonneux //n.° 95 ).
Dès qu’on a obtenu un pilote Chinois et qu’on
appareille de la rade de Macao pour monter à
Wampou, on gouverne au nord-est jusque par
le travers d’une pointe appelée Keou, restant à ba-
bord au nord de Macao et à trois lieues au-dessus
de neuf îles très-aisées à distinguer, et placées à
S 3
278 OBSERVATIONS
l'entrée d’une grande baie. Arrivé par le travers de
la pointe Keou, qu’il est facile de reconnoître à
une coupure qui est dans jes terres, on doit s’en
tenir éloïgné à trois lieues, marchant par quatre et
cinq brasses, et conservant Lintin à une lieue et
demie. Cette île est à tribord, et Ia première qu’on
rencontre après avoir doublé Lantao , autre île très-
remarquable par son pic et par son étendue.
Lorsqu'on a Lintin au nord-est, on doit porter
au nord-nord-ouest, en prenant garde de tomber
à l'est, pour éviter un banc qui se prolonge dans le
nord , dépuis Lintin jusqu’à deux petites îles. Dans
cette route , le brassiage doit servir de guide : du
moment qu'il augmente, il faut prendre promp-
tement sur bâbord; car, sans cela, on risque de
se jeter sur le banc. Continuant donc à courir au
nord-nord-ouest, on ne tarde pas à découvrir une
petite île nommée Lankeet, et plus loin Ia pointe
méridionale de Ja bouche du Tigre. Une fois à
trois lieues dans je nord de Lintin, on n’a plus
rien à craindre du côté de l'est, et le chenal est sûr
et profond.
Arrivé par le travers de Lankeet, on en passe
à près d’une jieue de distance, en ia laissant à
bäbord ; et lorsqu'on la dépassée d'environ une
demi-lieue, on porte au nord sur la pointe orientale
de ja bouche du Tigre , appelée par les pilotes
Tchouenpy , gardant à bäbord à un quart de
SUR EDEEBSCCEHIINOYTES 。 279
lieue de distance Sanpacho, petite île fort saine du
côté de l’est, et qu'on peut ranger d’assez près.
Lorsque Sanpacho reste à l'ouest trois ou quatre
degrés sud, if faut gouverner au nord-ouest un
quart nord, se dirigeant sur Amonghoy , mais
ayant lattention de se tenir éloigné d'un quart de
lieue de Tchouenpy , pour éviter les roches qui
sont en avant de cette pointe. Le brassiage est
de dix à douze brasses. Du moment qu'on dis-
tingue ja forteresse d'Amonghoy , on suit le mi-
lieu du chenal, c'est-à-dire qu'on gouverne entre
cette pointe et les rochers qui sont près de Ouang-
tong : on risque moins d'ailleurs de dépendre de
tribord , car il y a du côté opposé un bas-fond sur
lequel jai vu toucher un navire prussien. Dans cet
endroit, un soldat Chinoïs vient à bord pour exa-
miner Îles papiers du pilote , et y reste jusqu’à
Wampou.
Lorsqu'on est surpris par Île calme à la bouche
du Tigre, les pilotes font venir des bateaux Chi-
nois pour remorquer le navire jusqu’à Wampou :
mais il faut examiner si le vent et la marée ne sont
pas favorables ; car souvent les pilotes prennent les
bateaux quand cela n’est bas nécessaire , parce qu’ils
gagnent sur le prix, qui est fort différent en dehors
ou en dedans de fa bouclhe du Tigre. Dans le pre-
mier Cas, on donne deux piastres par bateau , etune
seulement dans le second ; il en faut quelquefois.
S 4
280 OBSERVATIONS
une vingtaine, et même plus, pour remorquer je
bâtiment , car les Chinois de ces bateaux sont in-
capables de faire de grands efforts.
Après avoir dépassé le fort d'Ouang-tong qui
est à babord, gouvernant au nord-ouest un quart
nord , on continue jusqu’à ce que la pointe ouest
de Lankeet et ja roche d'Ouang-tong soient lune
par l'autre, cette roche restant au sud douze degrés
est, ou que ja pointe est du petit Ouang-tong
reste au sud; alors on porte au nord six degrés
ouest, pour éviter un banc nomméTa-lang-sa, qui
est à bâbord, et on suit cette direction jusqu’à
ce que la partie est des arbres de Leminé située
sur une terre plate, se confonde avec Secheto, ou
Ja pagode la plus basse de ja tour du Lion, qui
reste dans ce moment au nord trente-six degrés
ouest. On gouverne alors au nord-ouest six degrés
nord, portant toujours sur Lemmé, jusqu’à ce que
la pointe nord de l'ile du Tigre reste par le sud-
ouest, en laissant porter sur bäbord, de manière
que je milieu des arbres de Lemmé se confonde
avec Secheto, qui reste au nord trente-cinq degrés
ouest, afin d'éviter un banc appelé Sachy situé
à tribord, qui découvre dans les marées basses,
et laisse voir jes rochers qui sont au milieu. Dès le
moment que la pointe ouest de Pile du Tigre reste
au sud, et ja montagne nommée Schak au nord
trente-six degrés est, on gouverne au nord treize
SUR LES CHINOIS. 281
degrés ouest, jusqu'à un tiers de lieue en avant
d’un petit canal qui est près de la seconde barre,
restant à tribord et en face de Secheto, qui, dans
cette position, doit être à l’ouest dix-neuf degrés
nord : les vaisseaux mouillent dans cet endroit à
deux encablures du rivage, en attendant le mo-
ment propice pour franchir deux petits bancs qui
forment la seconde barre, et sur lesquels, à mer
basse , il n'y a que huit pieds d’eau. Les Chinois y
placent ordinairement des bateaux , pour savoir
quand on les a passés.
La mer étant haute, on continue d’avancer en
prolongeant le rivage de lest à un petit quart de
lieue de distance, par un fond de trois brasses et
demie , prenant garde de tomber à bäbord, où le
fond diminue. Lorsqu'on aperçoit l'île des Danois,
et qu'une maison située à bâbord reste à l'ouest,
alors on prend le milieu du chenal faisant le nord-
ouest dix-sept degrés ouest, pour éviter un bas-
fond qui est à tribord , et sur lequel il n’y a que deux
brasses d’eau à fa basse mer. Lorsque cette même
maison reste au sud, on porte sur la pointe nord-
ouest d'une île qui est à tribord, et une fois par-
venu à cette pointe, qu’on laisse au nord deux de-
grés est , on gouverne à l’ouest trente degrés nord,
pour éviter un haut fond gisant à tribord , jusqu’a
ce qu'une petite pagode reste au nord, et un mon-
ticule appelé le Fort Iollandois, à louest vingt-
202 OBSERVATIONS
quatre degrés nord : enfin, après s'être dirigé sur je
fort Hollandois, et être parvenu entre lui et la pa-
gode , on prend le milieu du chenal en gouvernant
à l’ouest, et on continue ainsi jusqu’au mouillage.
Les navires François qui se rendent à Wampou,
prolongent ordinairement File des Danois, ayant
soin de ne pas approcher cependant de trop près
de Ja pointe septentrionale, pour éviter les ro-
chers qui la bordent. Une fois par le travers de fa
rivière qui est à bäbord , il faut ranger ce côté,
pour éviter la carcasse d’un navire Danois qui a
été brûlé et qui a coulé dans cet endroit. On peut
mouiller en avant ou après; mais il faut prendre
garde d'y jeter ses ancres, car on auroit de la peine
à les retirer. La côte le long de l'ile de Wampou
est profonde, et un vaisseau peut mouiller très-
près du rivage.
Cette île est aussi nommée île des François,
parce que les François y ont leurs bancassaux ou
magasins à l'usage des navires.
La position de Wampou est très-avantageuse
pour les matelots, qui y jouissent d’un bon air et
s’y rétablissent promptement lorsqu'ils sont ma-
jades : la seule précaution qu’on ait à prendre,
c’est de les empêcher de boire de feau-de-vie
Chinoise et de manger des oranges vertes, cär
cela leur occasionne des fièvres qui deviennent
sur-tout dangereuses lors de la coupe des riz. Cette
SUR LES CHINOIS. 283
conséquence ficheuse est générale, maïs il est plus
facile dy remédier à Wampou, en engageant le
mandarin qui y demeure à défendre aux Chinois
de rien vendre aux matelots.
Un grand avantage pour les François d’être éta-
blis sur cette île, c’est d’être isolés et séparés des
autres étrangers, et par conséquent d'être à l'abri
des disputes : en outre, l'emplacement étant con-
sidérable , il est plus facile de mettre les magasins
où sont les voiles et les cordages loin des forges,
et par conséquent à l'abri du feu. '
L'endroit où sont placés les bancassaux des
étrangers est sur le bord opposé de la rivière, et
le ljong des rizières qui exhalent une odeur de ma-
récage fort dangereuse pour les équipages ; mais
cet inconvénient , quoique considérable , n’est pas
le plus grand ; les matelots ne pouvant se pro-
mener, et se trouvant réunis tous ensemble, se
prennent de querelles qui souvent se terminent
par la mort de plusieurs d’entre eux.
On sent d’après cela combien il est essentiel
aux François de conserver la jouissance de île de
Wampou, et combien il est nécessaire que nous
envoyions tous les ans des vaisseaux à la Chine,
pour y maintenir nos droits, y faire voir notre pa-
villon , et montrer aux Chinois que c'est sans fon-
dement qu'on a voulu leur persuader que la France
n' existoit plus.
284 OBSERVATIONS
La carte et les directions pour Ia route depuis
ja bouche du Tigre jusqu’à Wampou, ont été don-
nées par M. Huddart, capitaine des vaisseaux de
la compagnie Angloise. M. Dalrimple a égale-
ment publié deux cartes des îles qui forment ja
rade de Macao , avec l'entrée de la bouche du Tigre;
mais ces cartes, quoique l’une soit plus exacte que
l'autre , ne s'accordent nullement avec les relève-
mens qu'on doit prendre en quittant Macao pour
se rendre à la bouche du Tigre ; ce qui provient
de ce que ja longitude de Macao y est portée
à cent onze degrés quinze minutes , c’est-à-dire
dix min. trop à Fest; longitude cependant moins
grande que celle rapportée dans le Voyage de Cook
et dans la Connoïssance des temps, où elle est dé-
terminée à cent onze degrés vingt-six min., c’est-
à-dire vingt-une minutes plus à orient qu’elle ne
lest réellement.
Sir Erasmus Gower , pendant son voyage à fa
Chine , sur /e Lion, en 1793, a fixé [a longitude
de ja grande Ladrone à cent onze degrés 16 min.,
longitude conforme à celle donnée par Ja plupart
des navigateurs : or, la différence entre Macao et
la grande Ladrone étant de onze minutes, il s’en-
suit que ja longitude de Macao n'est plus que de
cent onze degrés cinq minutes à lest de Paris ;
c'est celle que j'ai adoptée dans la carte /n,° 95), et
je la crois d'autant plus juste, qu’en suivant la
SUR LES CHINOIS. 285
longitude portée dans la Connoissance des temps!
j'avois constamment trouvé une différence de temps
dans les observations d’éclipses de soleil ou de
lune, et dans celles du passage d'étoiles au méri-
dien ; différence que j'ai toujours attribuée à mon
instrument de passage, dont un des canons, des-
soudé dans le transport d'Europe à Quanton, avoit
été raccommodé par les Chinois.
En fixant la longitude de Macao à cent onze
degrés cinq minutes, Îes directions qu’on doit
suivre pour se rendre à la bouche du Figre, se
trouvent justes ; mais je dois encore observer que,
dans la carte de M. Dalrimple, la position de la
pointe Keou et des neuf îles n’est pas exacte. La
pointe Keou n'avance pas autant à l’est; elle est
au contraire nord et sud des neuf ijes : c’est ce que
jai reconnu moi-même en remontant la côte, et
dans une circonstance où, me rendant à Quanton
par l'intérieur , les Chinoïs des bateaux, surpris par
le calme au nord de fa ville de Hiang-chan-hien,
quittèrent la route ordinaire pour s'élever dans
iest et avoir du vent. C’est pour faire connoître ces
différences , que j'ai tracé sur la même carte les
îles qui forment la rade de Macao, l'entrée de Ia
bouche du Tigre, et la route depuis cette entrée
jusqu'à Quanton. Enfin, pour faire voir d’un coup
d'œil la route des navires et celle que prennent les
étrangers lorsqu'ils vont par l'intérieur, j'ai ajouté
286 OBSERVATIONS
je cours de la rivière depuis Quanton jusqu'h
Macao /n.° 95). Cette portion de Ia carte a été levée
en grande partie par feu M. Agote, chef de Ia
compagnie Espagnole ; toutefois j'ai rectifié quel-
ques positions ; j ai rapproché plusieurs distances,
et j'ai tracé ma route au nord de Hiang-chan-hien.
On se persuadera facilement qu’étant toujours en
bateau, allant quelquefois fort vîte , et souvent de
nuit, il n’a pas été possible de faire des relèvemens
parfaitement exacts ; mais cette carte n'étant qu'un
objet de pure curiosité , on pardonnera des erreurs
au’il n’étoit pas facile d'éviter.
PLANÉDE LAC RIVIERE!
LoRSQU'ON quitte Macao pour se rendre à Quan-
ton par l'intérieur /7.° 95), on laïsse à tribord une
île boisée et entourée d’un mur en pierres sèches.
Après l'avoir dépassée, on porte pendant quelque
temps au nord-ouest avant d'atteindre ja ville de
Tsien-chan, appelée parles Portugais Casa-Blanca,
où l'on est obligé d'envoyer le comprador pour
montrer Ja permission obtenue de Quanton et
signée par Îe procureur de la ville de Macao. La
côte, en quittant Macao , est basse à bäbord et
garnie de bas-fonds ; aussi Jes champans prennent
sur tribord ; mais après Casa-Blanca, le chenal
venant à se rétrécir, et l’eau étant plus profonde,
où peut également tenir les deux bords.
SUR LES CHINOIS. 287
Les côtés de la rivière , après avoir passé Casa-
Blanca , offrent quelques campagnes agréables et
un ou deux villages en avant des montagnes qui
garnissent jes derrières. Peu de temps après on
parvient à un grand passage, dont lentrée est
barrée par un banc qui découvre à mer basse,
mais sur lequel on peut passer sans dificulté lors
de ja pleine mer. On peut courir des bordées dans
ce passage ; mais il vaut mieux tenir le côté de
tribord, pour éviter des roches qui sont au milieu.
Parvenu aux trois quarts du canal, on voit à droite
une pagode appelée Amato , devant laquelle les
Chinois sont dans lusage de brûler des papiers
dorés et de battre sur leurs bassins de cuivre, pour
se rendre favorable le génie qui y réside : plus
Join, du même côté, on aperçoit plusieurs anses
cultivées, garnies d'habitations, et un fort Chi-
nois bâti pour s'opposer aux pirates, qui, profitant
des canaux qui sont sur la côte opposée, viennent
quelquefois faire des incursions dans les environs.
Après avoir doublé ce fort, les bateaux suivent le
côté de tribord. Le terrain y est uni, cultivé, et
présente plusieurs habitations. Ce côté est bordé,
sur les derrières, d’une chaîne de montagnes ; celui
qui lui fait face est plat. Le canal devient bientôt
plus étroit, et court au nord et au nord-nord-ouest,
Dans cet endroit, on distingue dans ja campagne
de petites pagodes consacrées aux génies des
288 OBSERVATIONS
champs. La route va ensuite au nord-est; et après
avoir fait un coude à l’est, elle reprend le premier
rumb jusqu’à la ville de Hiang-chan-hien , place
militaire , où il y a des troupes en garnison.
Le comprador descend ici à terre pour avertir
les mandarins, qui viennent toujours deux, mais
jamais ensemble , de manière qu’on les attend fort
long-temps. Il faut avoir la précaution d’arriver à
Hiang-chan avant quatre ou cinq heures de Faprès-
midi , car sans cela on est forcé dy passer la nuit ;
les mandarins naimant pas à se déranger lors-
qu'ils prennent leur repas. Ces officiers examinent
le bagage, regardent si le nombre des. personnes
marquées dans Ja permission est exact, et font
signer un papier qui atteste qu'ils n’ont rien de-
mandé : nonobstant on leur fait quelques pré-
sens, consistant en vins et en bougies. Leurs do-
mestiques ont aussi leur tour, et comme ils sont
fort exigeans , il arrive souvent des disputes. La
ville d'Hiang-chan est située dans [a direction est
et ouest; onn’en voit que la porte, qui paroît très-
petite. Le faubourg est bâti le Iong de [a rivière.
Les Chinois qui lhabitent s'occupent à construire
des bateaux et des galères. La campagne, dans Îles
environs , est belle et bien cultivée; on aperçoit
ca et là des habitations entourées d'arbres , et un
grand nombre de plantations de bananiers.
En sortant d’'Hiang-chan on laisse à droite une
tour
SUR LES CHINOIS. 289
tour de sept étages, et l’on porte ensuite au nord-
nord-est, jusqu’à deux lieues au nord de ja ville,
où le chemin se divise en deux, dont lun va à l’est
et l’autre presque à l'ouest; c’est ce dernier que Îles
bateaux suivent toujours : il est étroit, rempli d’une
infinité de petits canaux, qui pénètrent dans les
champs de riz, et il court au nord-ouest, au nord-
est, au nord, au nord-nord-ouest et au nord-est,
jusqu’au village de Tan-chan.
Quant au premier chemin qui porte à l'est, on
ne je suit presque jamais. Je ny ai passé qu'une
seule fois à la fin de 1792, parce que le vent étant
très-foible , les champaniers prirent le large pour
éviter le calme. Les terres à bâbord sont basses ;
elles s'ouvrent ensuite , et lon ne distingue que
trois pointes isolées. A peu de distance de l'entrée
de ce canal, durant l'espace d’un quart de lieue en
longueur, je trouvai un grand nombre de bateaux
remplis de Chinois qui s’occupoient à retirer du
fond de l'eau des coquilles d’huîtres fossilles, qu'ils
emploient à faire de la chaux. Ces coquilles sont
à une profondeur de deux à trois brasses,.
Après avoir fait trois lieues dans ce passage,
dont la côte méridionale est bordée de monta-
gnes, et offre dans les terrains bas des habitations,
mon bateau s’éleva en dehors des terres, et je dé-
couvris l'ile Lankeet, la pointe Keou et l'ile de
Lintin. Les vents adonnant alors, les Chinois
TOME III. 由
290 OBSERVATIONS
reportèrent au nord et ensuite au nord-ouest, cou-
rant entre des terres basses, après lesquelles ils
rentrèrent, près du 了 de Tan-chan ,dans la
route ordinaire.
Le fleuve dans cet endroit est jarge d'abord,
mais Il se rétrécit ensuite en avançant vers Synan,
village aisé à distinguer par Îles montagnes qui
lavoisinent. On s'arrête ici pour faire viser le
passe- port.
La route après Synan court nord-ouest et nord-
nord-ouest ; elle est très-agréable et diversifiée
par de fort jolis paysages. Après avoir passé un
corps-de-garde et une tour, la route prend ensuite
au nord-nord-est jusqu’au village de Chan-chan,
qu'elle tourne à l'est jusqu’à la tour de Longo,
où elle remonte au nord-nord-ouest : le passage
devient alors plus ouvert, et l'on ne tarde pas à
enirer dans ja rivière qui passe devant Quanton ;
elle court est et ouest, est large et couverte d’une
grande quantité de bateaux. Les Chinois ont élevé
à l'entrée un fort de figure circulaire, pour dé-
fendre la ville, Les factoreries sont bâties sur le
bord de ja rivière et dans je faubourg occidental,
qui se prolonge du côté de Fest. La latitude de
Quanton est de vingt-trois degrés huit minutes
nord, et sa longitude de cent dix degrés qua-
rante-trois minutes quinze secondes. La largeur
de la ville, prise du nord au sud, peut être d’une
SUR LES CHINOIS: 291
demi-lieue et de près de trois quarts de lieue de
l’est à l'ouest.
La partie septentrionale de Ia ville Tartare est
mal peuplée, et il y a de grands emplacemens
vides. À partir du centre jusqu’au bas, Ia ville est
belle et bien bâtie; les rues sont pavées et ornées
darcs de triomphe. La ville Chinoise n’a rien de
considérable ; les rues sont étroites ; le faubourg
de l’ouest est le plus beau et le plus peuplé; on y
trouve de belles boutiques et quelques pagodes ;
les faubourgs du sud et de l'est sont vilains et ha-
bités par de pauvres gens. On voit vis-à-vis de
Quanton un village appelé Honan, où il y a une
belle pagode. Les marchands hannistes ont leurs
maisons de campagne dans cet endroit.
En quittant les factoreries pour descendre à
Wampou, on passe devant deux forts. Les Chinois
en ont élevé deux autres au nord de Quanton et
un dans l'ouest en dehors du faubourg , de ma-
nière que Ia ville est environnée de forteresses ;
mais tous ces forts, quoique garnis d'artillerie ,
sont très-foibles , et résisteroient peu à la moindre
attaque des Européens.
La route depuis Quanton jusqu’au mouillage
des navires à Wampou, c’est-à-dire pendant trois
lieues , est très-agréable, La campagne est belle ,
bien cultivée, et variée par des habitations et par
deux grandes tours de neuf étages /n. 24).
La
292 OBSERVATIONS
DETAIL d’une affaire survenue entre les Européen
et les Chinois, en 1784, à l’occasion de deu:
hommes tués à Wampou par un coup de canon.
APRÈS avoir parlé de Ia manière dont les étran
gers sont reçus à ja Chine, et du commerce qu'il
y font, il est, je crois, nécessaire de relater un évé:
nement d'autant plus important pour tous ceux qu
fréquentent Quanton, qu'il les mettra à même d
connoître les Chinois , et leur fera comprendr
combien il est de la prudence d’éviter toute dis:
cussion avec eux. Le fait dont je vais parler étan
totalement défiguré dans le rapport qu’en a fai
l’auteur du voyage de M. de la Pérouse /a), j
vais raconter ce dont j'ai été le témoin.
Plusieurs étrangers étant venus dîner (le 24 no
vembre 1784), à bord d’un navire Anglois appar
tenant au commerce particulier de l'Inde , le capi:
taine William ordonna de les saluer à leur départ
Au moment de tirer, le canonnier qui étoit Manif
lois , avertit les Chinois d’un champan, qui etoi
occupé à charger le long du bâtiment, de s’éloi
gner , et tira le premier coup du bord opposé
le champan n'étant pas encore assez en arrière.
il tira le second coup du même côté , et s’arrêta
avant de faire partir le troisième. L'officier An:-
(a) Volume II, page 21.
SUR KES CHINOIS. 293
Plois voyant que le canonnier tardoit , lui en de-
manda la raison; et, sur ja réponse que lui fit
celui-ci, qu'il y avoit un champan devant lui,
“officier le força, par des menaces, de tirer sans
lélai. Le coup en partant mit le feu au champan,
lessa mortellement un Chinois, et en brûla un
iutre. Deux femmes qui étoient dans le bateau se
nirent à crier; et pour exciter leurs enfans à faire
le même, elles les battirent : une d’elles se jeta
nême dans Peau, mais on l'en retira heureusement.
Dn fit venir sur-le-champ des chirurgiens , les
oins furent prodigués, néanmoins les Chinois
noururent. Le capitaine Anglois en étant informé
int trouver M. Dordelin , commandant le vais-
eau François le Triton, et lui demanda son avis.
celui-ci, accoutumé depuis Jong-temps aux usages
le ja Chine , et prévoyant ce qui pouvoit arriver de
àcheux , en gagea le capitaine à envoyer chercher,
ur-le-champ, à Quanton, son subrécargue
M. Smith, à descendre pendant la nuit, à la tête
le ja rade, et à s’en aller; l’assurant qu’une fois
qu'il seroit dehors, l'affaire sarran geroit plus fa-
lement. M. Smith ,: averti à temps , ne suivit.pas
e sage conseil , et crut devoir se fier aux Chinois,
pui lui dirent qu'il n’arriveroit rien, et que l'on
le verroit en cela qu’un pur accident. -Cepen-
ant des soldats Chinois et quelques mandarins
ie tardèrent pas à s'approcher de nos quartiers ,
db 3
294 OBSERVATIONS
et en fermèrent même les portes; mais ces appa-
rences hostiles, et l'avis de M. Roebuck, subré-
cargue de [a compagnie Angloise, ne purent
déterminer M. Smith à quitter Quanton, il voulut
rester. Le lendemain 这 fut appelé chez le hanniste
Monkoua, sous prétexte de terminer ses comptes,
et en sortant il fut arrêté et conduit dans la ville,
où il fut emprisonné.
Cette nouvelle répandit l'alarme parmi les
étrangers ; ils se rendirent tous à la factorerie An-
gloise, où l'on prit ja résolütion de faire venir
de Wampou des canots armés; on écrivit donc
en conséquence dans japres - midi : peu après
M. Smith fit parvenir une lettre par laquelle il mar-
quoit que sa vie n’étoit pas en sûreté si lon ne
livroit pas le canonnier.
Une grande partie des canots arriva je soir : Les
soldats Chinois qui garnissoient jes forts, tirèrent
les canons , et jetèrent des flèches en criant de
toutes leurs forces ; un Anglois fut blessé, mais
les canots continuèrent leur route sans répondre.
On ne tarda pas à réfléchir sur limprudence de
Ia démarche que lon avoit faite ; les Hollandoïis
furent les premiers qui déclarèrent qu'ils reste-
roïent tranquilles ; fes François alors résolurent de
n’user de force qu’en cas d'attaque.
Pendant cet intervalle, des galères Chinoises
remplies de soldats, s’approchant du quai, et le
SUR LES CHINOES. 29$
nombre en augmentant toujours, quelques Euro-
_péens se déterminèrent à parler aux mandafins ;
ils allèrent ensuite dans la ville et représentèrent
au Fou-yuen [| gouverneur de ja province], que
les nations dont il voyoit les députés, n’étoient
pour rien dans l'affaire présente; qu’elles n’avoient
fait monter leurs bateaux que pour ja sûreté de
leurs propriétés ; qu’il n'étoit pas juste qu’elles
souffrissent pour une chose qui leur étoit étran-
gère, et que d’ailleurs on ne pouvoit faire aucun
reproche à M. Smith sur l'événement passé. Le
Fou-yuen répondit qu’il les voyoit avec plaisir dans
ces sentimens, que M. Smith n’éioït pas coupable,
mais qu’il falloit livrer le canonnier ; que sans cela
il feroit périr le vaisseau , et que les Anglois ne
reviendroient plus à Quanton.
Informés de cette réponse, les Anglois ex-
pédièrent alors Îe capitaine Mackintosh , pour
chercher le canonnier , et lui enjoignirent dem-
ployer même la force si cela étoit nécessaire. Le
lendemain [es mandarins écrivirent encore, ils
firent une convocation de tous les étrangers , et
demandèrent aux Angjois le Manillois : sur leur
réponse qu'ils Pavoient envoyé chercher, mais
qu'ils n’étoient pas sûrs qu'on le trouvât, le géné-
ral Chinois s'emporta, et menaça de s'emparer de
M. Pigou, chef de Ia compagnie Angloise; dans
l'après midi le capitaine Mackintosh arriva enfin
T4
206 OBSERVATIONS
avec le Manillois ; cet homme étoit âgé de cin-
quañte - cinq ans. Les nations présentèrent une
requête afin d’intercéder pour ce malheureux; elle
fut remise au général Chinois, qui dit en Ja re-
cevant, que cette démarche faisoit honneur aux
nations; il ajouta que Île canonnier n'étant cou-
pable qu’involontairement , il auroit certainement
sa grâce, mais qu'il falloit attendre la décision de
Peking. M. Smith fut aussitôt relâché; les galères
Chinoises se retirèrent, toutes les affaires repri-
rent leur cours ordinaire, et peu après le navire
Anglois appareïlla de Wampou.
Le 8 janvier 1785 , le Fou-yuen fit appeler les
Européens dans la ville; le mandarin chef de ja
police, leur dit que l’empereur les engageoit à ne
pas tarder dorénavant de livrer un coupable, et
à se comporter avec modération ; enfin , il leur
représenta que sa clémence étoit grande , puis-
qu'il ne demandoit qu’un seul homme pour deux
qui étoient morts. Vers les dix heures du matin le
Manillois fut étranglé hors de la ville , au bord de Ja
rivière : aucun Européen ne fut présent à l'exécu-
tion. Le Fou-yuen avoit reçu la réponse de la cour,
à soixante lieues au-dessus de Quanton , lorsqu'il
se rendoit à Peking. L’empereur lui ordonnoit de
faire mourir sur-le-champ le canonnier, et lui repro-
choit, dit-on, d’avoir reçu de Fargent pour avoir
représenté son action sous un.jour trop favorable,
SUR LES CHINOIS. 297
Ainsi se termina cette affaire, entreprise avec
trop de vivacité, et dont ja fin fut très-malheu-
reuse. Les Chinois firent voir leur adresse ordi-
naire dans cette circonstance ; ils cherchèrent à
séparer les Anglois des autres étrangers, persuadés
que, les premiers une fois isolés, ils en viendroiïent
plus facilement à bout. Ils répandirent à cet effet
quelques écrits , et laissèrent prendre un petit man-
darin qui ne demandoit pas mieux qu'on pût se
saisir des lettres dont ül étoit porteur. Cette ma-
Diere adroite des Chinois est conforme à leur
caractère , et ils aimèrent mieux finir pacifique-
ment , qu'employer la force ; la preuve en est qu'ils
continuèrent toujours à fournir journellement les
vivres nécessaires. Au reste, ce ficheux événe-
ment fit prendre une décision sage, celle de ne
plus tirer le canon à Wampou, n'importe pour
quel motif.
COMMERCE PARTICULIER DES CHINOIS.
LA Chine est un des pays les mieux disposés
pour Îa réussite du commerce intérieur ; deux
fleuves immenses la parcourent de l'ouest à l'est,
tandis qu'un grand nombre de rivières la traver-
sent du nord au sud, et du sud au nord. Cette
heureuse distribution des eaux, et les avantages
qui en résultent, ne furent pas long-temps ignorés
d'un peuple avide de richesses, et dont l'esprit
298 OBSERVATIONS
sans cesse tourné vers les moyens de s’en pro-
curer , s'aperçut bientot que le commerce de
‘ province à province étoit une source inépuisable
de biens , et qu'il falloir porter tous ses soins à
le faire avec avantage. De à, des travaux utiles
et considérables, des canaux d’une longueur pro-
digieuse , des digues élevées pour arrêter les dé-
bordemens des rivières , des chaussées pour con-
server les eaux et les conduire à travers des terroirs
bas et marécageux, enfin des bateaux commodes
et propres au transport et à la conservation des mar-
chandises. Tels ont dû être, et tels ont été en effet
les résultats de ja réflexion et de l'expérience chez
les Chinois. Peu de nations ont fait autant pour
l'établissement et ja prospérité du commerce inté-
rieur. Chaque province échange sans peine ses
productions avec celles des provinces les plus éloi-
gnées ; et des extrémités de l'empire, un marchand
peut arriver à Peking sans quitter une fois je ba-
teau dans lequel il s’est embarqué d’abord.
Le Petchely fournit des grains, des bestiaux et
beaucoup de charbon de pierre.
Le Kiang-nan produit du riz, de la soie, du
coton et des thés verts ; on y trouve de l'or, de
largent , du cuivre et du sel; on y fait des étoffes
de soie et des toiles de coton, des papiers, de
l'encre, des livres et des ouvrages en vernis.
Le Kiang-sy donne du riz, mais seulement pour
SUR LES CHINOIS. 299
Ja nourriture de ses habitans ; on y trouve de l'or,
de largent, du fer, du plomb, de l'étain , du vi-
triol, de lalun , des pierres d'azur et du cristal :
cette province fournit encore du sucre , des toiles
de chanvre, du papier, de la chandelle, et du vernis.
L'arbre qui donne cette dernière substance, croît
auprès de ja ville de Kan-tcheou-fou.
Le Fo-kien donne du sucre candi, des thés noirs,
de ja soie, des toiles de chanvre et du coton; du
cuivre, de l’étain, de Pacier, du fer, du musc, du
mercure , du cristal , des bois de construction ;
cette province fournit aussi des papiers et les meil-
leurs pinceaux.
Le Tchekiang produit la meilleure soie , et en
grande quantité ; il fournit en outre de lindigo ,
du bois, des bamboux et de la chandelle ; on y
trouve de bons jambons.
Le Hou-kouang récolte assez de riz pour pou-
voir en fournir aux provinces voisines. On y trouve
de plus d’excellent coton, du papier, du bois,
du cristal, du talc, du fer, de l’étain, du vitriol,
des pierres d'azur , du mercure et de la toutenague.
Le Honan donne des blés, du riz, des fruits,
de la soie, et l’on y trouve de ja toutenague , des
pierres dazur du cinabre , des pierres d’aimant
et du talc. |
Le Chan-tong produit du froment, du millet,
de lindigo, et une espèce de soie grossière.
300 OBSERVATIONS
Le Chan -sy donne peu de riz; il y a du fro-
ment et du millet, du charbon de pierre, du fer,
des pierres d’azur , du jaspe, du musc, et on y
voit des étangs d’eau salée ; on y fabrique de gros
tapis ou espèce de feutres, et du vin de riz.
Le Chen-sy fournit du millet, du froment, de
la rhubarbe, du musc, du cinabre, du plomb,
du charbon de pierre, des mulets ,et des étoffes
de laine.
Le Setchuen donne de Ja soie , du sucre , du
musc , de la rhubarbe , de Fesquine; on y trouve
du cuivre blanc, du fer, de létain , du plomb,
des pierres d'azur et daimant et des puits salans :
on entire aussi des chevaux.
Le Quang-tong fournit du riz, du sucre, de
lindigo, du tabac, du coton , de ja soie, de l'or,
de l'étain, du mercure , du marbre , des bois de
rose, des bois d’aigle, des bois de fer et des thés
communs.
L'ile d'Haynan produit le sang-de-dragon, de
azur, du coton , de larec, du bois de rose.
Le Quang-sy donne du riz et du froment , de
l'or, de l'argent, de l’étain, du cuivre, du plomb,
du cinabre ; il produit en outre la cannelle et
lanis étoilé.
Le Yunnan donne de For, du cuivre, du
cuivre blanc, des pierres précieuses , des agates 4
du jaspe, des pierres d'azur, du mercure, de fa
SUR LES CHINOIS. 3of
soie, du thé en boule, de jla cire et du miel.
Cette province fournit des chevaux et une espèce
de poil rouge tiré de la queue de certaines vaches,
et dont on se sert pour les bonnets Chinois.
Le Koey-tcheou a de l'or, de l'argent, du mer-
cure , du cuivre, du cinabre ; il fournit beau-
coup de bois.
Il est aisé de se persuader, d’après ce tableau
des productions des provinces, que le commerce
intérieur de la Chine est très-considérable ; et cela
pourroit-il être autrement chez un peuple con-
centré, pour ainsi dire, en lui-même, éloigné,
séparé du reste de Tunivers , et ne vivant que de
ses propres moyens. Les relations des Chinoïs avec
les autres nations , se réduisent à peu de chose,
et leur commerce extérieur est médiocre. Sur Îa
vaste étendue des côtes de Ia Chine, troïs ports
seulement, savoir, Quanton , Emouy, Ning-po,
expédient pour des pays étrangers.
Les Chinois partent en mai et juin, et se ren-
dent au Japon avec la mousson du sud-ouest; ils
y portent de la rhubarbe , du ginseng, de les-
quine, des étoffes de soie, des cordes d’instru-
mens, du bois d’aigle et de sandal, des cuirs, des
draps et du sucre; ïls gagnent beaucoup sur ce
dernier article. Les jonques reviennent en oc-
tobre avec les vents du nord, et rapportent des
perles fines, de l'or, du cuivre rouge en barre et
302 OBSERVATIONS
ouvragé, des lames de sabres, du papier et des
ouvrages de vernis : ils portent à Manille des étoffes
de soie, des broderies, des bas de soie, du thé,
des porcelaines, des vernis, des drogues ; et en
rapportent des piastres , du riz, des nids doi-
seaux, des perles et du bois de teinture.
Les jonques vont à Batavia dans le mois de
décembre , et sont chargées de porcelaines , de
thés, de toutenague, de vases de cuivre, de rhu-
barbe et d’autres drogues ; elles prennent en retour
de l'argent, du calin, du poivre, des muscades,
des clous de girofle, des écailles de tortues , des
nids d'oiseaux, du bois de sandal, du bois rouge,
du succin et des draps d'Europe.
La Cochinchine reçoit des toiles , des étoffes,
et donne en échange de lor , de Farec et de ja
cannelle.
Les bâtimens qui vont à Malaca, à Siam , et
au Camboje, en rapportent des rotins, du calin,
du camphie, des nids d'oiseaux , des dents d’élé-
phans et des cornes de Rhinocéros.
Les Chinois qui vont trafiquer au dehors, doi-
vent revenir dans un temps limité; ceux qui res-
tent chez l'étranger ne sont plus regardés comme
appartenant à l'Empire; et, s'il ieur survient quel-
que accident, le gouvernement n'en prend au-
cune connoissance.
Si quelque Chinois se hasarde à s’embarquer
S'URVÉES "CHINOTS. 3935
sur un navire Européen, il doit le faire secrète-
ment, et éviter sur-tout d’être découvert à son
retour, car alors il est pillé et dépouïllé par lés
mandarins ou par les soldats , sans pouvoir es-
pérer la moindre justice.
Dans tous les temps les vues des Chinois n’ont
été dirigées que vers le commerce intérieur ; et,
quoique Île trafic extérieur présentât des avantages
considérables, il n’a jamais été suivi autant qu'il
pourroit l'être; premièrement, parce que le peuple
n'aime pas à sortir de son pays qu'il préfère à tous
les autres; secondement , parce que je préjugé
veut qu'un homme qui va faire fortune chez TE-
tranger , soit mal vu de ses compatriotes. Cette
opinion , qui a toujours existé , fit fermer, du temps
des empereurs Chinois , les ports de la Chine, à
Fexception de Quanton; etsi les Tartares qui s’em-
parèrent du trône en 1644, les ouvrirent, ils sui-
virent bientôt les mêmes erremens que leurs pré-
décesseurs , et restreïgnirent le commerce des Eu-
ropéens au seul port de Quanton.
Reste à savoir si les Chinois peuvent se passer
de ce commerce, et s'ils soufiriroient de son in-
terruption. Il est certain que ja ville de Quanton
y perdroit beaucoup , que empereur cesseroit de
percevoir six à sept millions de droits, et que la
nation seroit privée de certains objets d'Europe,
dont ja jouissance peut lui être agréable, mais
AN
304 OBSERVATIONS
non absolument nécessaire. Le commerce étranger
une fois proscrit , les choses rentreroïent dans
l'ordre primitif. Il ne faut pas croire que la Chine
ait un besoin indispensable des choses qui lui sont
apportées du dehors; il suffit, pour s’en convainere,
de jeter pour un instant un léger coup d'œil sur
les importations. Les Hollandoiïs et les Angjois ,
qui font le commerce d'Inde en Inde, ont porté à
la Chine en 1787 | l'envoi de cette année a été
très-fort |, deux millions deux cent vingt-sept mille
huit cent quatre-vingt-dix neuf livres pesant de
calin; mais si les Européens ne fréquentoïent plus
le port de Quanton, les Chinois n’auroient plus un
si grand besoin de ce métal, dont is fabriquent
un grand nombre de boîtes à thé ; et d’ailleurs ils
iroient eux-mêmes, comme ils le faisoient jadis, et
comme ils le font encore, en chercher à Malaca
et à Batavia. On peut dire la même chose pour ie
plomb, les Européens en ont introduit fa même
année quatre millions pesant de livres ; mais Ia
plus grande partie en a été exportée en Europe,
puisque les Chinois Font employée à fabriquer les
caisses de plomb qui enveloppent les thés. Si ja
consommation de cette dernière marchandise étoit
suspendue , il: est évident que Fintroduction du
plomb cesseroït en grande partie.
Les Hollandois et les Anglois de fa côte ont
vendu un million quatre cent soixante-cinq mille
cinquante-trois
SUR°LES CHINOIS. 395
cinquante-trois livres pesant de poivre, duarante-
six mille trois cent soixante-onze livres de girofle,
et huit mille neuf cent soixante-dix-neuf livres de
muscade. Cette quantité d’épiceries , st lon con-
sidère a population de [a Chine, est plus qu’insuf-
fisante, et n’est rien en raison de ce que l'Empire
devroit consommer ; d’ailleurs les Chinois man-
sent très-peu d'épices ,et se servent pour relever
leurs mets, qui généralement sont doux et fades,
de jus de viandes, de soùy, de légumes ou dau-
tres végétaux confits dans du vinaigre.
L'article du coton est le plus fort, mais ïl ne
faut pas se persuader que les Chinois ne peuvent
s’en passer ; ils en ont chez eux, et s'ils en achè-
tent par an de quarante à soixante mille balles,
c’est parce qu’ils ont arraché les cotonniers dans
plusieurs endroits, pour les remplacer par des plants
de thé, dont le produit leur procure des bénéfices
énormes, et les met en état d’acheter à un prix
modéré les cotons de Surate. Les navires Anglois
venant des différens ports de l'Inde, ont apporté ,
par exemple en 1787, de vingt à vingt-un millions
de livres pesant de coton. Cette quantité est consi-
dérable ; mais que d’un instant à Fautre les Euro-
péens cessent de venir à Quanton , les Chinoïs-ar-
racheront des thés et mettront des cotonniers à leur
place. I est donc évident que des articles importés
par les étrangers, les uns ne sont pasassez nombreux
TOME III. à
306 OBSERVATIONS
pour suffire à la consommation du pays, et je
autres, s'ils paroïssent être en plus grande quan.
tité, ne sont pas Cependant achetés par besoin.
mais uniquement par circonstance : cette raisor
une fois ôtée , ces différens articles ne trouveron
plus de débit. Il n’y à que les draps auxquels le:
Chinois se sont habitués , et dont ja perte pourroï
leur être sensible ; mais en même temps elle tou-
chéroïit peu le gros de ja nation, car le peuple n'en
consomme pas, ou fort peu , et les gens aisés qu
s’en servent trouveroient facilement d’autres étoffes
en remplacement: car, certes, on ne peut discon-
venir que les Chinois ne fussent chaudement ha:
billés avant Fintroduction des jainages.
II en est de même de l'argent. La Chine n’étoit
elle pas riche et puissante autrefois! A-t-elle changé
depuis l’arrivée des Européens! Et, s’il est entré
de l'argent depuis que ceux-ci viennent à Quan-
ton, n’en est-il pas sorti peut-être plus qu'il n’en
sortoit auparavant! car, plus le commerce aug-
mente, plus l'argent est en circulation, et plus il
trouve de moyens de s’écouler.
I] résulte donc que le commerce des Européens
une fois prohibé , les Chinois reprendroient leurs
anciens usages, cesseroient d'employer des mar-
chandises inutiles ou inconnues à leurs ancêtres ,
et subsisteroient par eux-mêmes et par leur com-
merce intérieur.
SUR'LES CHINOTS. 307
AGRICULTURE,
Température ; Sol, Culture, Engrais, Semences ;
Produits et Mesures des terres ; Récolte ; Nour-
riture des hommes ; Force et Pesanteur des individus,
L'AGRICULTURE est regardée à Ja Chine comme
une des premières causes de la richesse de l'État ;
et, dans un pays où l'empereur [lui-même faboure
de ses propres mains une portion de terrain à
l'époque fixée par le tribunal des rites, lagricul-
ture ne peut manquer d'être honorée.
Entrer dans un détail circonstancié sur Ia cul-
ture des terres à la Chine, seroit une entreprise
difficile, sur-tout pour un voyageur dont l'unique
intention est de ne parler que de ce qu'il a vu;
je me bornerai donc à répondre aux questions qui
m'ont été proposées par lacadémie des sciences,
dont j'étois correspondant, en passant néanmoins
sous silence celles que les circonstances ou Tin-
suffisance des renseignemens que j'ai reçus, m'ont
empêché d’éclaircir.
Quelle est la latitude du pays, la longueur des
hivers, les froids , les chaleurs moyennes ou extrêmes,
enfin quelle est la température!
On conviendra sans peine que ja température
doit varier prodigieusement dans un pays qui
V 2
308 OBSERVATIONS
s'étend depuis le dix-huitième degré nord jusque
parle quarante-unième (environ $75 lieues) ; mais
en général elle est plus chaude que froide. Les
vents des moussons , qui changent annuellement à
des temps marqués, produisent ja chaleur ou je
froid ; et, suivant que ces vents soufflent plus ou
moins de la partie du nord et du nord-est, ou de
la partie du sud et du sud-ouest, la température est
plus ou moins froide, ou plus ou moins chaude.
Les vents font presque le tour du compas pen-
dant l'année ; ils souffilent du nord et du nord-est
en octobre, novembre, décembre, janvier, février
et mars; de l’est et du sud-est en avril et maï; du
sud et du sud-ouest en juin et juillet; repassent
ensuite à l’est par le sud en août et septembre, et
reviennent enfin en octobre au même rumb d’où
ils étoient partis.
Les vents du nord et du nord-est qui viennent
du fond de fa Tartarie et passent par dessus des
montagnes couvertes de neiges, sont nécessaire-
ment piquans et froids. Ceux du large, de l'est
et du sud-est, sont frais; ceux du sud et du sud-
ouest sont chauds ; mais ceux de fouest, qui
sont foibles, occasionnent de fortes chaleurs.
Ces vents qui, comme on doit le croire, ne com-
mencent pas toujours à une époque fixe, se font
sentir tantôt plutôt , tantôt plus tard, ou changent
même quelquefois totalement de direction ; mais
*
SUR LES CHINOIS. 309
cela n’a Jieu qu’à la suite d’un orage, et ïls re-
prennent bientôt leur cours ordinaire.
Les mois les plus froids sont novembre, dé-
cembre et janvier ; les mois les plus chauds sont
juillet, août et septembre. Le froid et la chaleur
sont plus considérables à Quanton qu’à Macao.
À Quanton, qui est par vingt-trois degrés huit
minutes nord , le thermomètre de Réaumur des-
cend en hiver jusqu’à un et deux degrés au-dessous
de zéro. J'ai vu dans cette ville de ia glace de
épaisseur d’une piastre, maïs je nai jamais vu
tomber de ja neige. À Macao il ne gèle point,
et le thermomètre ne va pas plus bas que quatre
degrés et demi ou quatre degrés au-dessus de
Zéro.
La chaleur est très- forte à Quanton. M. de
Grammont, qui y a résidé pendant l'été, m'a dit
que son thermomètre, s’étoit élevé à vingt-neuf et
trente degrés au-dessus de la glace ; ce qui donne
une différence de trente à trente-deux degrés entre
le plus grand froid et la plus grande chaleur, Cette
différence est moindre à Macao , et ne va qu'à
vingt et vingt-deux degrés ; ce qui n’est pas éton-
nant, la chaleur étant modifiée par les vents rafrai-
chissans qui viennent de la pleine mer.
Les vents en général influent beaucoup sur
l'atmosphère ; le temps est sec avec ceux du nord,
mou et humide avec ceux du sud, et beau avec
N°3
310 OBSERVATIONS
ceux du sud-ouest, cependant troublé quelquefois
par des orages et de la pluie.
Les vents de nord et de nord-est soufHent avet
force ; ceux dest sont assez forts, etamènent quel
quefois de la pluie; ceux du sud-est et du sud son
plus modérés, ceux du sud-ouest le sont moins
mais ceux de ouest sont foibles.
Les calmes arrivent toujours lorsque les vent:
veulent changer.
Les ouragans ou Typhons /a4) se font senti
ordinairement en juillet, août et septembre.
Les variations du baromètre ne sont pas auss
grandes à la Chine qu'en Europe, et excèden
rarement dix lignes / 4),
Les plus grandes hauteurs ne surpassent pa
vingt-huit pouces huit lignes : cette élévation n'es
pas toujours causée par les vents de nord ; elle
lieu aussi durant les brouillards.
Les plus grands abaïssemens du mercure or
lieu pendant les vents d’est et de sud-est, et en été
Le baromètre descend alors quelquefois jusqu
vingt-sept pouces dix lignes.
(a) Voyez l’article Typhons.
{b) J'aurois desiré donner des détails plus circonstanciés s:
Ja marche du baromètre, du thermomètre, enfin sur la tempér
ture ; mais les observations météorologiques que j'ai envoyées
l'académie des sciences, et qui ont été remises au P. Pingré , à
se trouvent plus.
SUR: LES CHINOIS. 3LE
La saison des pluies est ordinairement en mars
t avril : il pleut aussi en juillet et août, ainsi qu’en
1ovembre et en décembre ; maïs, dans cette der-
iière circonstance , les pluies ne sont pas consi-
lérables , parce qu’elles ne proviennent que des
imples vapeurs qui s'élèvent après la coupe des
14
Lorsque les pluies , au lieu de tomber en mars,
ont retardées jusqu'en mai, l'agriculture et la ré-
olte en souffrent beaucoup.
Ce que je viens de rapporter ne regarde que
Quanton et Macao, que j'ai habités pendant long-
emps. Quant à l’intérieur de fa Chine, comme ïül
est Impossible de se procurer des notions certaines
sur les provinces , et que je n’y ai pas séjourné, je
vais donner une note succincte sur la température
que j'ai éprouvée pendant mon voyage.
Nous partimes de Quanton le 22 novembre
1794, les vents étant alors au nord : toutes les fois
qu'ils soufflèrent de ce côté, la température fut
froïde ; mais elle devint modérée aussitôt que les
vents vinrent d’un autre rumb. Entrés dans le
Kiang-sy, au 2 décembre, nous éprouvâmes une
chaleur assez douce en traversant cette province,
Nous eûmes de la pluie en la quittant, ainsi qu'en
traversant une partie du Hou-kouang et du Kiang-
nan, où nous ressentimes un froid assez piquant
le 19 décembre, en traversant des montagnes.
V4
312 ‘OBSERVATIONS
Tout étoit blanc de neige ; il geloit, maïs pas ex-
trêmement , car Ja glace fondoit dans les bas-fonds.
Lorsque nous passâmes , au 30 décembre, Île
Hoang-ho, ce fleuve charioit des glaçons. Tout le |
temps que nous fûmes dans le Chan-tong et le:
Petchely , c’est-à-dire depuis le 1.* janvier 1795:
jusqu’au 9 du même mois, jour de notre arrivée à
Peking , le temps fut beau et froid, mais il tomba
abondamment de la neige le 13. Pendant notre !
séjour dans ja capitale, depuis le 10 janvier jus-
qu'au 15 février, les vents soufilèrent générale-
ment du nord, et il fit froid. Le thermomètre de !
Réaumur descendit à six, sept, huit et neuf degrés ,
au-dessous de ja glace.
‘A notre départ de Peking, le 15 février, il geloit |
et les rivières étoient encore prises. En traversant
le Petchely , le Chan-tong et une partie du Kiang-
nan, nous eûmes des vents de nord, de nord-
ouest, d'est, de sud-est, de sud, et quelquefois
de sud-ouest. Le temps fut assez doux pendant
plusieurs jours , mais en général il fat froid et il
gela. En arrivant je 7 mars sur les bords du Hoang-
ho, nous eûmes du tonnerre, de ja pluie, de fa
grêle, de la neïge et de la gelée.
Jusqu'au 23 mars que nous restimes dans je
Kiang-nan, nous éprouvämes un temps assez!
doux , avec des vents de nord, de nord-est,
d'est, de sud-est, de sud, de sud-ouest et d'ouest.
SUR LES CHINOIS. 317
Entrés dans le Tchekiang le 23 mars jusqu’au
了 avril que nous quittâmes cette province, le temps
fut assez beau en mars, excepté les deux derniers
jours de ce mois et tout le commencement d'avril,
que nous eûmes de la pluie et quelquefois du
tonnerre, les vents étant assez généralement de
l’ouest, du sud-ouest et du sud, mais peu du sud-
est et de l'est. Entrés dans le Kiang-sy je 2$ avril,
tout le reste de ce mois fut pluvieux, à l’excep-
tion de quelques jours de beau temps. Les vents
régnèrent de l’est, du sud-est, du sud, du sud-
ouest et de l'ouest.
Arrivés dans la province de Quang-tong au 1.7
mai , nous eûmes d’abord du vent et de la pluie ;
mais je ciel s’éclaircit et nous jouîmes ensuite d’un
beau temps, avec des vents d'est et de sud-est :
en un mot, la température fut assez douce depuis
le 8 mars que nous passâmes le Hoang-ho, ,et ja
chaleur augmenta toujours à mesure que nous par-
vinmes sous des latitudes plus méridionales.
Les vents, comme on peut le croire, varièrent
souvent pendant notre voyage , et les montagnes,
ou la position des lieux, en changeoïent quelquefois
entièrement la direction; cependant ils prirent un
cours plus réglé lorsque nous parvinmes au tro-
pique, et que nous atteignimes les contrées plus
voisines de la mer. |
314 OBSERVATIONS
Quelle est la nature du terrain! La terre végétale
est-elle profonde ! Sur quel lit est-elle assise! Est-ce
de la glaise ou toute autre terre! Quelle est l'épaisseur
de cette couche !
Le terrain des bords de Ia mer à Macao est
sablonneux ; la terre végétale est presque nulle
sur les hauteurs, et s’il y en a davantage dans les
fonds, son épaisseur est d’un pied et va rarement
jusqu’à trois. Cette terre, bonifiée par les engrais,
est assise sur un fond de glaise de douze ou quinze
pieds de profondeur, ou sur un sol jaune ocreux ,
mais finissant toujours par de la glaise.
Les montagnes des environs de Macao suivent
différentes directions, maïs assez ordinairement
elles prolongent le cours de Ia rivière. Les masses
des rochers qui composent ces montagnes sont
de granit, entremêlées de veines de spath et de
quartz, courant généralement du nord au sud. Le
granit, qui est la base de ces rochers, a je grain
gros ; maïs il est susceptible cependant de prendre
le poli jusqu’à un certain point.
Les terrains des environs de Quanton sont plus
gras ou, pour mieux dire, plus glaiseux ; le sol est
grisatre, a plus ou moins d'épaisseur, et finit tou-
jours par un fond de glaise. Quant à celui des pro-
vinces , il est difficile d'en donner une description
détaillée; car ce n’est pas dans un voyage de près
SUR LES CHINOIS. C7
de seize cents lieues, achevé en cent trente-trois
jours , qu’il m'a été possible d'examiner à Loisir les
qualités du terrain des différentes provinces que
nous avons parcourues : je suis donc forcé de me
contenter de rendre un compte succinct de ce que
j'ai pu remarquer tant sur le sol que sur les mon-
tagnes.
Quang-tong.
“Dans l'espace de cent quatre lieues, depuis
Quanton jusqu'à Nan-hiong-fou, les bords de
la rivière sont assez généralement plats jusqu’au
dessus de San-chouy-hien , ville éloignée de trente
lieues au nord de Quanton ; les montagnes pa-
roissent alors et continuent jusqu’à l'extrémité de
la province : tantôt elles s’approchent jusque sur
le bord du fleuve, le bordent de chaque côté,
et forment des espèces de détroits ; d’autres fois,
et cela est plus général, elles s'en éloignent et
laissent entre elles de grandes vallées demi-cir-
culaires.
Le terrain est sec, argileux , sablonneux, jau-
nâtre, et souvent rouge sur un fond d'argile.
Les pierres des montagnes sont couchées par
bancs inclinés à l'horizon, quelquefois d’une cou-
leur jaunâtre , d’autres fois d’une couleur gris-noi-
râtre , avec des veines blanches, liées ensemble par
une terre friable.
La montagne de Mey-lin, qui sépare les deux
316 OBSERVATIONS
provinces de Quang-tong et de Kiang-sy, est com-
posée de grosses masses de pierres argileuses de
couleur grise veinéé de blanc, et se détachant par
feuillets.
Kiang-sy (DuS. au N.).
Le pays , en quittant Nan-hiong-fou jusqu’à Cha-
kiang-hien, c’est-à-dire pendant vingt-huit lieues J
est montueux. Les montagnes n’ont pas les mêmes
formes que celles du Quang-tong ; elles sont par
chaînes , quelquefois placées près de Ia rivière, et
d’autres fois un peu éloignées. Les pierres sont
en général argileuses , rougeûtres et rudes au
toucher; souvent elles sont lisses , douces au tou-
cher, se détachent pas feuillets, mais toujours pla -
cées par bancs inclinés à l'horizon. Le terrain est
sec , sablonneux , souvent rouge et par fois jau-
nâtre, assis sur un fond d'argile. Il y a certains
endroits où l’on trouve de cinq à six pieds de terre
végétale.
Près de Nan-kang-hien je terrain est rouge,
divisé par bancs fortement inclinés à lhorizon, et
épais d'environ douze à quinze pieds. À Nan-
tchang-fou, capitale de la province, le terrain est
rougeûtre et argileux. Au-dessus de Nan-tchang-
fou , en suivant la route par terre, dans un espace
de trente-deux lieues , le pays est partie plat et
partie montueux, principalement aux environs de
Kieou-kiang-fou , Vie située sur le bord du fleuve
RS 377
Yang-tse-kiang. La terre est argileuse dans ces
cantons.
Hou - kouanp,
Le terrain est gras et la terre paroît bonne dans
la partie de cette province , que nous traversämes
à lune de ses extrémités , et dans laquelle nous ne
fimes que quinze à seize lieues environ. Le pays
est plat, et bordé à l’ouest par une chaîne de mon-
tagnes. |
Kiang-nan (Partie Occ.). ù
La première partie de cette province présente
un terrain sec, rougeûtre et argileux. Le pays, plat
d’abord, offre ensuite des montagnes avant Yu-
tching-hien. Le terrain , après cette ville, est plat
et paroît bon, à l’exception de certains endroits
où il est très-mauvais ; il devient ensuite mon-
tueux aux approches du Hoang-ho , et après avoir
passé’ ce fleuve , il est aride et rempli de collines
et de montagnes.
_ Les montagnes sont composées de pierres qui
ressemblent à du grès ; elles sont disposées par
bancs inclinés , et se détachent par feuillets qui
varient plus ou moins dans leur épaisseur. Dans
certains endroits les pierres sont noires, mais tou-
jours par bancs inclinés. Notre route dans cette
province fut de cent vingt-huit lieues.
Chan-tong et Petchely.
. Pendant soïxante-dix-sept lieues que nous fimes
318 OBSERVATIONS
dans je Chan-tong , et soixante dans le Petchely,
nous ne vimes à-peu-près que je même terrain ; il
est en général sec, sablonneux et comme de Ia
cendre. Les pierres sont rudes au toucher , et dis-
posées par bancs horizontaux.
Chan-tong (Partie Or.).
Ayant suivi dans le Petchely fe même chemin que
nous avions pris en allant, nous ne remarquämes
aucune différence dans je terrain, Îa terre est par-
tout légère et comme de ja cendre. Arrivés à Te-
icheou , première place du Chan-tong, nous chan-
geîmes de route et primes au sud-est en quittant
la ville. Le terrain, quoique sec, devint meilleur;
il est plat jusqu’à ja ville de Tsy-ho-hien, c'est-à-
dire, pendant vingt lieues ; les montagnes com-
mencent alors et continuent jusqu’à ja ville de
Y-tcheou durant l’espace de cinquante-huit lieues.
Les pierres des montagnes ressemblent à du grès,
et se détachent par feuillets. De Y-tcheou jusqu’à
l'extrémité de la province, Îe terrain est plat pen-
dant quatorze lieues; de distance en distance on
trouve cependant quelques hauteurs, mais elles
sont foibles.
Kiang-nan (Partie Or.).
La partie de cette province qui est avant Îe
Hoang-ho, sur une longueur de trente-six lieues ,
est plate, le terrain en est léger et sablonneux.
Les rives du Hoang - ho sont argileuses et
SUR LES CHINOIS. 319
jaunâtres ; et il paroît par la couleur de ses eaux,
que les terres qui forment les rives parcourues par
ce fleuve avant d’être à Yang-kia-yn, sont de ja
même nature que celles qui bordent le fleuve au-
près de ce bourg.
Depuis cet endroit jusqu’à l'extrémité de Ia pro-
vince , c’est-à-dire, pendant plus de quatre-vingts
lieues, le pays est plat à lexception de quelques
montagnes qu'on voit aux environs de Yang-
tcheou-fou, et de Tsin-kiang-fou. Le terrain
d’abord un peu sablonneux, devient ensuite très-
bon ; la terre est argileuse , et souvent noire et
grasse. |
Tchekiang.
Pendant les cinquante lieues qu'on fait dans
cette province avant d'être à Hang-tcheou-fou, Ja
terre est argileuse sur un fond de glaise; le ter-
rain est plat, et les montagnes ne commencent
qu'aux environs de la ville. Le terrain est ensuite
plus ou moins montueux, et continue ainsi jusqu’à
Tchang-chan -hien c’est-à-dire pendant plus de
soixante lieues. Les pierres sont inclinées à l’ho-
rizon ; elles sont rudes au toucher et se détachent
par feuillets ; le sol est sablonneux, ocreux, et de-
vient rougeâtre comme les pierres qui composent
les collines. ;
De Tchang-chan-hien dans le Tchekiang, jusqu'à
Yu-chan-hien dans le Kiang-sy , on compte douze
320 OBSERVATIONS
lieues. Ce pays est montueux , le terrain est argi-
leux , les pierres sont de la même nature , dispo-
sées par bancs inclinés et de couleur grise veinée
de blanc , ou de couleur brunâtre avec des taches
verdâtres.
Kiano-sy (Partie Or.).
Pendant les quarante-six lieues qu’on fait depuis
entrée de cette province jusqu'a Noan-jin-hien ,
le terrain est montueux ; je sol est sablonneux,
rougeatre, Sur un fond d'argile; les pierres sont
rouges et disposées par bancs inclinés à Phorizon :
de Ngan-jin-hien jusqu’à Nan-tchang-fou, capitale
de la province , on compte vingt-huit lieues, Îe
terrain est plat, sur-tout du côté du lac Po-yang ;
la terre est rougeûtre, teinte de jaune, sur un fond
d'argile. On trouve dans ces cantons des fours à
chaux faits de petites pierres rougeûtres qui Pa-
roissent provenir de Tendroit même. Quant à Ia
pierre à chaux, elle est blanchâtre et tendre. En
approchant de Nan-tchang-fou, on commence à
‘voir dés hauteurs. La route depuis cette ville jus-
qu’à Quanton ayant été la même qu’en allant, les
observations sont aussi les mêmes.
Les terres cultivées rapportent elles tous les ans
sans Se reposer 7
Les Chinois n'ayant pas plus de terre qu'il ne
leur en faut pour subvenir à leurs besoins , ne fa
laissent
SUR LES4CHINOIS ”了 2
laissent point reposer. Dans les provinces du sud ,
où l’on fait deux récoltes de riz, aussitôt que fa
première est terminée on ensemence de nouveau.
Quelquefois les habitans ne sèment pas deux fois
du riz, sur-tout lorsque les champs sont petits, ou,
lorsqu’étant près des villes, le produit de [a récolte
des légumes peut leur rendre davantage; ils sèment
alors des patates douces, des féves, des lentilles ,
de ja salade ou des yames : ce dernier légume aime
les terres humides, et vient bien dans les champs
de riz. En général, les paysans ne laissent pas
reposer les terres, et nous n’en remarquâmes, du-
rant notre Voyage, aucune en jachère, I faut ob-
server cependant qu'il y a à la Chine beaucoup
d’endroits incultes ; cela dépend des lieux, des :
circonstances et de ja population. Les tombeaux
enlèvent sur-tout de grands emplacemens à lagri-
culture; et, excepté dans le Kiang-nan, du côté
de l'est, où la population étant plus considérable
à cause des manufactures , et je terrain par con-
séquent plus précieux, les cercueils sont simple-
ment déposés sur le sol, et n’occupent qu’un petit
espace, par-tout ailleurs nous reconnûmes que
les tombes couvroient inutilement de grandes por-
tions de terre:
Dans les lieux où ja population est moins
grande , ou lorsque l'étendue du pays suffit à fa
nourriture des habitans , les Chinois ne cultivent
TOME III. X
322 OBSERVATIONS
alors que les cantons plats ; les moindres hauteurs
sont abandonnées.
H ne faut pas croire que toutes les montagnes de
la Chine soient cultivées depuis le haut jusqu’en
bas. Si Fon trouve des collines coupées en ter-
rasses et destinées à lagriculture , cela n’est pas
général , et j'ai vu un plus grand nombre de hau-
teurs incultes, que je n’en ai trouvé dont on
avoit tiré parti : nous remarquâmes, il est vrai,
de petits champs ‘cultivés jusque sur je sommet
des montagnes dans un certain canton du Kiano-
nan; Imais la nature du pays montueux et res-
serré avoit obligé les habitans de le faire , les ter-
rains qui existoient entre les gorges n'étant pas
assez étendus pour produire les subsistances né-
cessaires. Du reste jai traversé dans différentes
provinces des districts remplis de montagnes , et
dont aucune portion n’étoit mise en culture.
Met-on des engrais sur la terre! Quelle espèce
d'engrais ! Fait-on parquér les bestiaux ! Se sert-on de
marne, des curages des rivières, ou des sels provenus de
la combustion des plantes ! , er
Les Chinois fument leurs terres autant que cela
est en leur pouvoir ; ils emploient à cet usage
toutes sortes d'engrais, mais principalement les
excrémens humains , qu'ils recueillent à cet effet
avec grand soin, On trouve dans les villes , dans
SUR LES CHINOIS. 323
les villages et sur les routes, des endroits faits
exprès pour ja commodité des passans , et dans les
lieux où il n'y a pas de semblables facilités, des
hommes vont ramasser soir et matin les ordures ,
et les mettent dans des paniers à laide d'un croc
de fer à trois pointes. On trafique dans ce pays de
ce qu'on rejette aïleurs avec horreur ; et celui qui
reçoit de l'argent en France pour nettoyer une
fosse, en donne au contraire en Chine pour avoir
Ia liberté den faire autant. Les excrémens sont
portés dans de grands trous bien mastiqués , faits
en pleine campagne, dans lesquels on les délaye
avec de l'eau et de lurine;, et on les répand dans
Jes champs, à mesure qu’on en a besoin. On
rencontre souvent sur ja rivière, à Quanton, des
bateaux d’une forme particulière, destinés au trans-
port de ces ordures, et ce n’est pas sans surprise
qu'on en voit les conducteurs être aussi peu af-
fectés qu’ils le Paroissent de l'odeur désagréable
d'une pareille marchandise.
Outre cette méthode pour préparer les excré-
mens humains, les gens de la campagne en ont
une autre qu'ils mettent en usage à l'approche du
printemps ; ils prennent une égale portion de terre
et d’excrémens parfaitement pourris, ils les mêlent
ensemble et en forment des espèces de galettes aux-
quelles ils font plusieurs trous, et qu'ils retournent
deux ou trois fois pour les faire sécher. Cette
X 2
324 OBSERVATIONS
manière a lavantage doter aux excrémens une
grande partie de leur mauvaisé odeur , et d'en
rendre le transport plus commode. Ces galettes,
dont on voit des barques entièrement remplies,
n'ont pas cependant une odeur de violette, ainsi
qu'il a plu à certains auteurs de le dire, mais elles
sont aisées à manier et faciles à mettre en grosse
poussière, état dans lequel jes Chinois les réduisent
pour les répandre sur leurs terres.
Les bestiaux étant peu nombreux à la Chine, je
n'ai point vu qu'on fasse parquer les animaux; mais
dans les provinces septentrionales, où les bêtes à
cornes sont en plus grand nombre, les gens de la
campagne emploient du fumier semblable à celui
d'Europe , et le déposent comme nous en petites
buttes sur la terre, pour fy étendre ensuite : c’est
ainsi qu’en usoient les paysans du Hou-kouang
et d’une partie du 下 iang -nan lorsque nous tra-
Versimes ces provinces vers ja mi-décembre.
Les enfans, dans certains cantons, vont sur les
chemins pour y ramasser la fente des chevaux ou
des mulets, et prennent beaucoup de soin pour
n’en pas perdre. Outre les engrais dont je viens
de parler, les Chinois emploient fa chaux, et les
cendres provenant de Ja combustion des os d’ani-
maux, des plantes, des herbes, des boïs, et mème
_des cheveux et de Ia barbe. Lorsque jla terre est
légère et sablonneuse , les habitans y mettent de
SUR LES CHINOIS. 325
Ja marne , et du sable lorsqu'elle est argileuse.
En passant à Tsin-kiang-fou dans le Kiang-nan,
nous vimes des hommes occupés à tirer la vase du
fond du canal ; les Chinois l’'étendent sur les ter-
rains , et principalement sur ceux qui produisent je
coton , prétendant que cet engrais lui convient.
Au nord de Nan-tchang-fou , où les terrains bas
qui avoisinent le lac Po-yang produisent naturel-
lement une grande quantité de foin /n. 70), on en
porte souvent une partie dans les champs, pour
engraisser ja terre.
Combien la mesure de terre usitée dans le pays ,
contient-elle de toises ou de pieds carrés!
Les terres se divisent en King, chaque King est
de cent Meou [ou arpens |; le Meou a deux cent
quarante pas de long sur un pas de largeur : le pas
Chinois a dix pieds, et le pied Chinois est presque
égal à celui de Paris. ;
Un Meou contient donc vingt-quatre mille pieds
carrés , OU six cent soixante-six toises carrées plus
deux tiers, et par conséquent le King contient
deux millions quatre cent mille pieds carrés, ou
soixante-six mille six cent soïxante-six toises carrées
plus deux tiers. L’arpent Chinois est d’un quart
plus petit que celui de Paris, en supposant que ce
dernier contienne trente-deux mille quatre cents
pieds çarrés.
X 3
326 OBSERVATIONS
Quelles sortes de plantes cultive-t-on 1 pour læ
nourriture des hommes, 2° pour celle des bestiaux ,
3 pour les arts ou pour les besoins des habitans ?
Les grains ou graines dont se nourrissent les
Chinois, sont le riz, le blé, l'orge, le sarrazin le
millet , le maïs, les pois, les féves : d’après les re-
marques que j'ai pu faire dans mon voyage, il m'a
semblé qu'après le riz, la culture la plus générale
étoit celle de l'orge.
Les principales plantes potagères sont le Pe-
tsay [espèce de bette], le nénufar, la carotte,
la rave, le navet, la moutarde, la pistache de terre,
Tyame et la patate douce.
Les Chinois nourrissent les chevaux avec de ja
paille hachée , mêlée avec des pois ou des petites
féves cuites. Les bestiaux sont en petit nombre ;
ils paissent dans les endroits où l'herbe croît natu-
rellement et sur les bords des rizières.
Les plantes, les arbustes , ou les arbres que les
Chinois cultivent pour les arts ou pour leurs be-
soins , sont en grand nombre; il seroit trop long
et difficile den donner une nomenclature exacte ;
ainsi je ne nommerai que les productions princi-
pales , savoir; dans les plantes, la canne à sucre,
le cotonnier, le chanvre, le lin, le tabac , et di-
verses autres plantes qui servent en teinture, en
médecine , ou qui fournissent de lhuile, &c.
SUR LES CHINOIS. 327
Dans les arbustes, le thé, le cotonnier, Je Tcha-
tchou [arbre à huife | &c.
Dans les arbres , lOu-kieou-mo [arbre à suif],
le màrier , le Tong-tchou, l'arbre du vernis, le
camphrier, le cannellier , &c.
Quelles graines emploie-t-on pour semer? Sont-ce
celles du pays ou celles d'ailleurs !
Le cultivateur est dans l'usage de réserver une
portion de sa récolte pour ensemencer de nou-
veau. Je ne sache pas qu'on ait habitude à fa Chine
de changer les semences ; le paysan n’en achète
que lorsque des circonstances imprévues lui ont
fait consommer ie grain qu’il avoit mis à part.
Combien donne-t-on de façons de labour ! Avec
quel instrument cultive-t-on! A quelle profondeur se
donnent les façons ? Dans quel temps !
Aussitôt que les riz sont recueillis ; on donne
un labour dès que la pluie à tombé : cette première
façon faite avee le hoyau, sert. à retourner jes ra-
cines, afin qu’elles pourrissent dans ia terre êt
l'engraissent. Lorsqu'il a plu , on Iaboure encore ;
on passe ensuite la herse à plusieurs reprises , à
l'effet de briser les mottes et d’unir la terre. Les
Chinois, en général, labourent peu profondément;
la charrue n'entre guère au-delà de quatre à cinq
pouces dans les terres où lon sème le-riz, et,
d’après ce que j'ai vu , elle entre encore moins dans
X 4
328 OBSERVATIONS
les terres légères et presque cendreuses des pro-
vinces septentrionales.
Laboure-t-on à plat ou à sillons élevés ! Comment
sont faites les charrues et les herses! Les sillons sont-
ils composés d'un ou de plusieurs traits de charrues !
Quelle est leur hauteur!
Lorsque jai traversé au mois de décembre Îles
provinces de Hou-kouang, de Kiang-nan, de
Chan-tong et de Petchely , les terres étoient jabou-
rées à plat, et [a herse paroïssoit y avoir déjà passé.
Dans les provinces du sud, les paysans, en labou-
rant, ne cherchent pas non plus à faire de sillons,
mais uniquement à diviser la terre, qu’ils unissent
ensuite avec ja herse.
La charrue est simple ; elle est composée d’une
pièce de bois courbe; le socle est fixé à l’extrémité
inférieure , et l'extrémité supérieure sert au labou-
reur à diriger la charrue. Vers les deux tiers de
cette même pièce, mais du côté du socle, il s’é-
lève perpendiculairement un morceau de bois tra-
“versé par un autre, dont un bout vient se réunir
en arrière au manche de Ia charrue, et dont l’autre
bout porte le palonnier , auquel sont attachés les
traits qui servent à tirer la charrue, et qui vont
s'arrêter à une pièce de bois courbe posée sur le
cou du buffle.
Les herses sont de formes différentes ; la première,
SUR LES CHINOIS. 329
qui s'emploie lorsque les mottes sont encore dans
leur état primitif après le premier labour, n’est
formée que d’une seule pièce de bois armée de
pointes de fer ; la seconde en a trois ; la troi-
sième est plate, composée de planches réunies et
armées en dessous de trois rangs de pointes : le
laboureur monte sur celle-ci, et dirige le pu 伍 e
avec une corde attachée à un anneau qui traverse
les narines de l'animal. Cette dernière machine est
faite pour unir le terrain, et ne s'emploie que Iors-
que les mottes de terre ont été bien brisées. Le Ja-
boureur , dans toutes ces opérations, a les pieds et
quelquefois les jambes dans l’eau : aussi l’état d’agri-
culteur est très-pénible à la Chine.
Quelle est la saison de semer! Fait-on subir aux
semences quelques préparations !
On sème ie riz en mars et en juillet, plutôt ou
plus tard, suivant les pluies. On fait tremper le
riz dans l’eau pure avant de les semer : pour les
autres graines, on les fait tremper dans de l'eau
de chaux ou de l’eau de fumier.
Lorsque nous passâämes, en décembre, dans les
provinces au nord du Quang-tong , la récolte
étoit terminée , les terres en partie labourées, et
les grains semés. On coupoit les cannes à sucre,
et les graines du Tcha-tchou étoient recueillies.
Lorsque nous sortimes de Peking , au 1 $ février,
330 OBSERVATIONS
les terres étoient labourées, les grains poussoient
dans certains endroits , et dans d’autres on japou-
roit encore. En mars et en avril, les orges étoient
avancées, et même coupées en avril et mai, dans
les provinces du sud. A cette époque les cannes à
sucre sortoient d’un pied de terre, et les plantes
dont la graine est employée à faire de l'huile, étotent
en fleurs et prêtes à müûrir; je Tcha-tchou, ou
Jarbuste qui ressemble au thé, et dont on fait de
l'huile avec la graine, commençoit à avoir des bou-
tons ; le chanvre, dans je Quang-tong, avoit déjà
un pied et demi de hauteur ; Parbre à suif n’avoit
pas encore de feuilles. Au mois de mars, lorsque
nous traversimes je Kiang-nan , les mûriers étoient
sans feuilles ; ils étoient plus avancés dans le Tche-
Kiang, et commencèrent à en avoir vers ja fin de
mars et le commencement d’avril : les mûriers de
la province de Quang-tong étoient en pleine vé-
gétation au commencement de maï.
Recouvre-t-on les semences à la charrue, à la herse,
au rateau, ou autrement !
Dans les terres où l’on cultive le riz, on ne re-
couvre pas les semences : dans les provinces du
nord, on recouvre le grain avec Ja herse.
En traversant les provinces septentrionales, on
nous montra un semoir Chinoïs, qui servoit en
même temps à ouvrir un sillon et à semer le grain
SUR LES CHINOIS. 330
(n. 43). Ce semoir, fait en forme de trémie, étoit
supporté sur deux bâtons creux, à travers lesquels
passoient les graîns qui se répandoient dans je
petit sillon formé par le socle qui étoit fixé à cha-
cun des deux bâtons. L’inspection de cet instru-
ment démontre visiblement qu'il ne peut être em-
ployé que dans des terres extrêmement légères :
deux horimes suffisent pour conduire cette ma-
chine, et paroissent n'être point fatigués de cette
opération. |
Il y a deux manières à [a Chine de semer le riz ;
la première, et qui paroît la plus usitée, se fait
ainsi : on prépare un espace de terrain qu'on
recouvre de grain; lorsque celui-ci a poussé à la
hauteur de six à sept pouces, on lenlève et on le
pique dans les champs dont la terre a été bien unie
et bien trempée auparavant : elle doit être couverte
d’eau au moment où l’on fait le repiquage.
Dans l’autre mañière, on prépare bien le ter-
rain, on lunit et on limbibe bien; lorsque [a terre
a absorbé l’eau surabondante, les Chinois font des
trous à six et sept pouces de distance, et ÿ mettent
quelques grains de riz. Cette manière demande
une meïlleure terre et consomme un peu plus de
grain.
Pendant mon voyagé dans Pintérieur, j'ai vu
plusieurs champs dans lesquels le blé avoit été semé
par touffes ; il paroissoit pousser vigoureusement ,
332 OBSERVATIONS
et sa feuille étoit large. Cette manière de semer le
blé par quatre et cinq grains à-la-fois, et à trois
pouces et demi de distance, rend beaucoup plus
que lorsqu'il est semé à la volée /a); mais si les
Chinois emploient cette méthode, ce n’est pas parce
qu'ils ont reconnu qu’elle rendoit davantage, c’est
seulement pour semer dans les intervalles des féves,
dont le produit les dédommage, lorsque le blé
manque, ce qui arrive lorsqu'il ne tombe pas de
pluie dans le printemps.
Combien sème-t-on par arpent! Est-ce à la main
qu'on sème! Si les graines sont menues , les méle-t-on
avec du sable ou de la cendre !
Je ne parle que du riz, parce que je n'ai pu
avoir des renseignemens assez positifs sur ja ma-
nière de semer les autres grains.
Il y a deux manières de semer je riz, comme je
viens de le dire; la première est den faire une
espèce de couche , de l'enlever ensuite lorsqu'il est
grand, et de le repiquer ; la seconde est de mettre
quatre ou cinq grains de riz dans chaque trou.
La première méthode demande de 32 à 38 catis
de grains par meou, ou arpent Chinois.
On prend ordinairement un terrain à volonté ,
qu’on recouvre entièrement de grain. En suppo-
PR IP
(a) Budée.
SUR LES CHINOIS. 333
sant ce terrain de 25 pieds de longueur sur $ pieds
de largeur, on aura 125 pieds carrés de superficie:
46 grains de riz en paille couvrent un pouce carré;
ainsi 12$ pieds demanderont 828,000 grains : or,
22,400 grains de riz, pesant un cati, les 828,000
peseront 36 catis et, ou 37 catis, faisant 45 Liv. +
de France , ou deux boisseaux 区。
Les Chinois plantent je riz en échiquier. Je
suppose, selon ce que j'ai remarqué, sept pi-
qûres dans un pied carré ; d’après ce compte, Îles
828,000 grains su 伍 ront pour planter un meou
Chinois ou 24,000 pieds carrés, en mettant, sui-
vant l'usage, quatre ou cinq brins de riz dans
chaque trou.
La seconde méthode consomme un peu plus de
grains ; elle exige une meilleure terre et plus de
temps : aussi est-elle employée rarement.
Supposant donc sept piqüres par pied carré,
le meou ou Îes 24,000 pieds qui le composent ,
contiendront 168,000 piqüres, lesquelles, à cinq
grains chacune , demanderont 840,000 grains
de riz, pesant 37 catis +, faisant 46 livres et +
de France , ou deux boiïsseaux et environ un
tiers.
En rapportant Tarpent de France à celui de
Chine, il faudra, pour planter le premier, en sui-
vant ia première méthode, deux boïsseaux et demi
et six livres un quart de grains, et par ja seconde,
334 OBSERVATIONS
deux boisseaux et demi et sept livres et un hui-
tième. Cette quantité est fort différente de celle
qu’on emploie en Europe ; ïl est vrai que dans les
pays chauds il ne faut pas autant de semence; mais
la disproportion est trop grande pour qu'on n'y
fasse pas attention , et pour qu’on ne préfère pas
la méthode Chinoise, puisqu'elle n’exige que jle
sixième de ja semence qu’on emploïe en Europe.
Les Chinois, avant de semer le riz, le mettent
dans des paniers qu’ils placent dans Feau pour le
faire tremper : ils n’ajoutent rien à la graine lors-
qu'ils {a sèment ; mais pour les graines menues ,
telles que le miilet et autres , ils les mêlent avec de
la cendre, du sable ou de Ia terre.
Depuis le temps où on sème les grains jusqu'à la
récolte, quels soins est-on oblivé de leur donner !
IH faut avoir soin d’arroser et de nettoyer le riz :
outre les trois nettoyages qu'on donne à ce grain,
on répand dessus , lorsqu'il est assez grand, de
la chaux en poussière, pour tuer les vers et faire
fructifier la plante.
Le principal soin des Chinoïs pour faire croître
le riz, étant de lui procurer de Teau en abondance,
ils ménagent avec attention celle qui descend des
montagnes, la conduisent dans des étangs, d'où
ils la répandent ensuite dans les champs. Les habi-
tans qui sont placés près des rivières, profitant des
SUR LES CHINOIS. 335
avantages que peuvent leur donner des eaux plus
abondantes, ont cherché les moyens de Îes trans-
porter dans leurs terres, et ont parfaitement réussi
avec la roue de bamboux /n.° 33), qu’ils emploient
à cet effet. Cette machine, solide et légère, élève
leau sans exiger beaucoup de soins et de dé-
penses : il est ficheux qu’on ne puisse imiter ces
roues en Europe ; mais manquant de bamboux,
tout ce qu’on feroit seroit lourd et dispendieux /a).
À quelle hauteur parviennent les riz, les blés, le
tabac, dc. !
Les pailles des orges, des blés et des riz ne par-
viennent pas à une grande hauteur, et peuvent
avoir trois pieds ou très-peu au-dessus. Les tiges du
millet s'élèvent davantage, et j'en ai vu dans Île
ñord qui afloïent à cinq pieds et même plus.
Les plantes de tabac que jai aperçues dans cer-
tains endroits, n’étoient pas assez avancées pour
que je puisse fixer la grandeur qu’elles peuvent
atteindre ; mais d’après l'inspection de plusieurs
plantes de tabac des environs de Quanton, je
crois qu’elles attergnent [a même hauteur, ou sur-
passent peu celles qui croïssent dans nos colonies.
Au mois de mars on place en terre, à un pied et
demi de distance , les plants de tabac; ils sont
(a) Voyez l'article Arrosemens.
336 OBSERVATIONS
müûrs en août: pour s’en servir, on presse les feuilles
les unes sur les autres , et on les coupe en petits
filets. Le tabac Chinoïs a une odeur désagréable.
Dans quel temps les plantes fleurissent-elles et
sont-elles müres! Quelles précautions prend-on pour les
récolter, emporter et conserver !
Le riz fleurit deux lunes après qu’il a été piqué :
ses fleurs n’ont pas de pétales et naissent aux som-
mités , elles ressemblent à celles de Forge. Les
graines ou semences sont épaisses, ovales, dis-
posées en épi, et enfermées dans une capsule ou
dans deux coques rudes au toucher, dont lune se
termine en un long filet.
On coupe le riz trois lunes après l'avoir piqué.
Les Chinois emploient pour cela une petite fau-
cille dentelée; ils battent le grain auprès du champ
où il a été récolté, ou bien lemportent chez eux
et le mettent en meules , pour ie battre ensuite, je
vanner et le serrer.
En revenant de Peking les orges étoient très-
avancées dans les mois de mars et avril; elles
étoient même coupées dans les provinces du sud.
Les plantes propres à faire de Fhuile étoient en
fleurs à cette même époque.
Quelles sont les circonstances les plus favorables
aux productions du pays! Quelles sont les plus défa-
yorables, soit de la part de l'air, soit de la part des
rivières ,
SUR LES CHINOIS. 337
rivières , soit de la part des animaux ou des insectes
destructeurs ! Quels moyens a:t-on pour les en préserver !
La pluie est nécessaire pour préparer les terres,
et [lorsqu'on sème ou qu’on repique le riz ; il faut
ensuite un temps ni trop sec ni trop pluvieux.
Le vent est dangereux lorsque le riz est en fleur;
c’est alors qu’on a besoin de beau temps comme
à l'instant de ja récolte. Les Chinois , pour éloi-
gner les oiseaux, se mettent en vigie ou placent
çà et [à des morceaux de toile, et même des figures
d'hommes faites de païlle : pour chasser les insectes
ils font de la fumée.
Dans les endroits où le cours rapide de Ia rivière
ronge les terres ou jes mine, les paysans cons-
truisent des digues avec de ja terre revêtue de
pierres; maïs plus souvent ils se contentent d’un lit
de terre et d’un jit de païlle, dont ils forment une
chaussée, qu'ils renouvellent à mesure qu’elle s’af-
faisse ou se dégrade. [ls suivent également cette
pratique pour se garantir des inondations ; mais,
dans beaucoup de lieux où les bords de la rivière
sont sujets à être couverts d’eau par les déborde-
mens, ils les abandonnent tout-à-fait.
Quelle est la longueur des épis, quelle est la 2707-
seur des tuyaux ! Combien les épis portent-ils de
grains!
Les épis sont [longs de deux pouces à deux
TOME III : É
333 OBSERVATIONS
pouces et demi, et les tuyaux gros comme une
plume ordinaire. Jai compté depuis quarante et
cinquante jusqu’à soixante et même soixante-quinze
grains dans un épi.
Fait-on dans le pays des prairies artificielles !
Les bestiaux sont rares à la Chine , et lon ne
voit pas de prairies artificielles. Tout le terrain est
employé à la culture autant que cela est possible ;
et les terres propres à faire des prairies, l’étant
encore davantage pour la culture du riz, les Chi-
nois sont plus portés à les ensemencer qu'à les
consacrer à la nourriture des bestiaux.
Les Chinois, d’ailleurs, nourrissant les chevaux
et les autres animaux avec de ja païlle , le foin ne
leur est pas aussi nécessaire. Le seul endroit ot
j'aie vu une grande étendue de terrain employé
en prairies, c’est près du fac Po-yang, dans le norc
de Nan-tchang-fou , capitale de la province de
Kiang-sy. Ce terrain extrêmement bas et sujet :
étre entièrement inondé lors de ja crue des eaux
et par conséquent ne pouvant être ensemencé
est laissé en prairies , et l’herbe y croît naturel
Iement. Les Chinois, lorsque nous passimes dan:
ces cantons, aux 11 et 12 avril, étoient occupé
à la couper Que 70), et à en former de petite.
meules qu’ils chargeoïent ensuite dans des bateaux
Une partie de ce foin est envoyée dans différen
SUR LES CHINOIS. 339
endroits , et sert pour la nourriture des bestiaux ;
jautre est étendue sur la terre, où elle se pourrit
et lengraisse. :
Dans quel endroit réunit-on le produit des ré-
eoltes! Est-ce dans des granges ou en dehors! Est-ce
sous la forme de pyramides! Quels soins prend-on pour
les garantir! Bat-on la récolte aussitôt la moisson, où
pendant le cours de l’année !
Les Chinois mettent les grains en meules au-
près de leurs habitations ; jen ai vu plusieurs pen-
dant mon voyage. Ces meules sont plus larges par
en haut que par en bas, et couvertes de nattes
arrêtées avec des cordes auxquelles sont attachées
des pierres, pour empêcher que Île vent n’em-
porte la couverture : maïs, en général, lorsque
Yagriculteur ne récolte pas beaucoup de grains , ïl
le bat de suite. D'ailleurs , le fermier payant 1e
prix de sa ferme avec [a moitié de sa récolte, est
forcé de battre promptement pour satisfaire à ses
engagemens.
Est-ce au fléau qu'on bat les grains, ou les fait-on
fouler par les pieds dés animaux? Comment est fair le
fléau !
Quelquefois on foule le grain avec les pieds
des animaux, ou bien avec des cylindres de pierre;
mais ordinairement on Île bat avec je fléau. Cet
2
340 OBSERVATIONS
instrument est fait comme celui qui est en usage
en Europe ; mais le morceau de bois qui sert à
frapper , au lieu d’être attaché avec de [a peau,
ce qui lui donneroit ja facilité de tourner en tous
sens , est fixé par une cheville et tourne vertica-
lement le long du manche. Cet instrument est sou-
vent simple ; mais quelquefois le fléau, ou la partie
qui frappe sur le grain, est double, c’est-à-dire,
composée de deux morceaux de bois arrêtés au
manche par Ja même cheville.
Lorsque jes Chinoïs veulent baitre les grains,
voici comment ils disposent le terrain. Js com-
mencent par le bien piocher ; et après avoir rendu
jia terre bien meuble, ïls l’'égalisent ensuite et la
pilent soïgneusement avec des pilons gros comme
le poing : le sol étant encore humide, ils étendent
une couche, d’un bon pouce d'épaisseur, d’une
terre bien tamisée et mêlée avec de Ia chaux en
poudre. Cette terre, si elle est noire, doit com-
porter assez de chaux pour qu’elle devienne d’une
couleur grise : alors elle est battue fortement avec
des battoirs, jusqu’à ce que le tout devienne dur
etuni. Une pareille aire résiste à la pluie, et peut
durer quelques années. On trouve par-tout dans
les champs et auprès des villages des endroits ainsi
préparés. Nous en vimes beaucoup dans le cours
de notre voyage.
SUR LES CHINOIS. 34r
Quelle est la quantité de grains que produit une me-
sure déterminée de terrain! Combien les grains rendent-
ils pour un !
Le terme moyen pour le produit d’un meou ou
arpent Chinois , est de trois pics de riz par meou,
ou de dix pour un. Je ne parlerai pas du rapport
des autres grains, parce que les Chinois que jai
consultés ne le connoissoient pas eux-mêmes.
Combien attelle-t-on de chevaux ou de bœufs à une
charrue ?
On emploie dans le midi des buffles, et je n’en
ai jamais vu qu’un seul attelé à la charrue.
Combien un homme peut-il ensemencer de terrain en
un jour, ou en labourer à la béche! Combien peut-il
couper de froment à la faucille? :
Un homme peut ensemencer ou récolter dans
un jour la valeur d’un meou ou arpent.
Les fermages se paient-ils en argent ou en denrées !
Les fermes sont-elles à moitié du produit pour le fermier
ou le propriétaire! Les bestiaux appartiennent- ils au
propriétaire où au fermier!
Le fermier donne la moitié du produit de Ia ferme ;
c'est à lui à se fournir tout ce qui lui est nécessaire
pour faire valoir sa terre. Le propriétaire paie les im-
positions, Les baux sont detrois , quatre ou septans.
Y 3
342 OBSERVATIONS
Quelle est la mesure des grains du pays!
La mesure ordinaire est le pic, qui contient
100 catis ou livres Chinoises , faisant 123 livres de
France [ 60,21 kïlogr. |. Le boisseau Chinois pèse
10 catis, et le sac 40.
a . È . ,
Comment prépare -t-on les grains et graines qu'on
récolte, pour les faire manger aux hommes ct aux
bestiaux !
Lorsqu'on a battu ie grain, et qu'il est bien
criblé, vanné et nettoyé, on le pile dans un mor-
tier, dans lequel tombe un pilon de pierre forte-
ment attaché à une longue pièce de bois, sup-
portée aux trois quarts de sa longueur par une
traverse. Un Chinois, en mettant le pied sur jex-
trémité inférieure de la pièce de bois, ou en le
retirant, élève ou fait tomber le pilon. Ce travail
est pénible et fatigant. Le riz, ainsi dépouillé de
sa pellicule , est porté au marché ; mais avant de
le faire cuire, on lui donne encore une autre pré-
paration. On le frotte dans un vase de terre can-
nelé rempli d’eau ; on ie lave bien, ensuite on le
met dans une espèce de poêle en fer, ayant soin
qu'il soit entièrement recouvert d'eau. If ne faut
qu'un quart d'heure pour cuire je riz, C'est-à-dire ,
pour que ses grains soient bien renflés, et se dé-
tachent sans se coller les uns aux autres.
Dans les provinces septentrionales , où lon
SUR LES CHINOIS. 248.
récolte du blé:et de l'orge, on réduit le grain en
farine ; on en fait des espèces de galettes minces,
qu'on fait cuire dans une poële, et qu'on mange
avant qu’elles aient atteint le degré nécessaire de
cuisson. On en fait aussi de plus épaisses, maïs
elles sont rarement assez cuites ; les petits pains
blancs ont le même défaut, et nous étions obli-
gés, à Peking , de les mettre sur des charbons
ardens pour achever de les cuire. Dans certains
endroits les Chinois mêlent dans ces galettes des
plantes aromatiques, qui leur donnent un goût
fort désagréable.
. Les Chinois font avec Ja farine une grande
quantité de vermicelle; nous en vimes beaucoup
dans notre voyage que Îles enfans avoient soin de
faire sécher au soleil sur des claies. On mange
dans le nord le millet cuiten forme de galettes où
en bouillie, Les légumes, pour la nourriture des
hommes, sont cuits à l’eau , sans avoir subi au-
cune préparation antérieure ; quelques-uns, sur-
tout le Pe-tsay, sont confits dans la saumure. Les
seules graines qu'on donne aux chevaux sont Îles
féves ; on les fait cuire dans l’eau , et on les mêle
ensuite avec de la paille hachée.
Les graines que l’on convertit en farine en donnent-
elles beaucoup !
Les Chinois ne sont pas fort avancés dans l'art
1-4
344 OBSERVATIONS
de la mouture ; ainsi 这 est difficile de savoir au
juste ce que peut rendre de farine une certaine
quantité de grain, parce que [a même mesure peut
donner plus ou moins de farine, suivant que celui
qui moud a plus ou moins d’habileté. Plusieurs
Chinois que j'ai consultés m'ont dit qu'on pouvoit
retirer de cent livres de grain, soixante à soixante-dix
livres de farine, et vingt à vingt-cinq livres de son.
Le lin, le chanvre, les légumes, dc. ont-ils plus
de qualité que ceux des autres pays !
Les légumes n’ont rien d’extraordinaire ; ce que
j'ai vu de plus remarquable dans mon voyage, c'est
la carotte ; on nous en a montré de très-belles.
Les chanvres de la Chine sont beaux et s'élèvent
à cinq et six pieds de hauteur. If y en a une espèce
nommée Tchou-kan , qui va jusqu’à sept pieds et
demi d’élévation , et même au-delà. Sa feuille est
bleue d’un côté et blanche de l'autre. Sa tige est
forte et épaisse. .
Les autres chanvres se sèment à la seconde lune,
mais le Tchou-kan se sème en tout temps. Le
chanvre de la Chine viendroit bien en France.
Celui que j'avois envoyé à mon père est parvenu
à la hauteur de dix pieds , et sa tige pouvoit avoir
d’un pouce à un pouce et demi de diamètre.
Le riz de la Chine est bon, maïs celui de Patna,
dans le Bengale, et celui de Manille qui a la
SUR LES CHINOIS. 345
forme menue et alongée, ont beaucoup plus de
saveur.
Outre le riz blanc , les Chinois en ont une
espèce qui est rougeâtre ; le peuple en mange; 这
est bon, mais inférieur au riz ordinaire : on l’em-
ploie pour faire du vin ou de l'eau-de-vie.
Combien estime-t-on que, dans un canton d'une
grandeur déterminée, il y ait de terres cultivées en dif-
Jérens grains! Leur produit suffit-il à la nourriture des
habitans !
IT n’est impossible de répondre en détail à cette
question ; maïs je vais spécifier en général la quan-
tité soit des terres qui sont cultivées, soit de
celles qui ne le sont pas. La Chine étant six fois
aussi grande que la France, et celle-ci ayant, en
1789, cent cinquante illions d'arpens , la Chine
doit en avoir neufcents rillions : et si lon suit pour
cet empire ia même proportion qu’en France; 6ù,
sur les cent cinquante millions d’arpens, on n’en
compte que cent millions en cukture, il n’y en‘aura
à la Chine que six cents müllions, et c’est ce qui
existe réellement, puisqu’en 1745 on portoit à
cinq cent quarante-cinq millions d’arpens la quan-
tité de terres cultivées, quantité qu’on peut sup:
poser s'élever actuellement à six cents millions:
Ce rapport entre les arpens cultivés et ceux qui
ne je sont pas, est d'autant plus remarquable , qu'il
346 OBSERVATIONS
fait voir que les proportions pour la cuiture sont
à-peu-près les mêmes à la Chine qu’en France.
Mais quant à la question de savoir si le produit
des terres cultivées suffit à la nourriture des habi-
tans de ja Chine, ce que j'ai dit à ce sujet à l’article
de la Population peut donner la réponse.
Fait-on des élèves en bestiaux, en chevaux! Y a-t-il
des pâturages pour les nourrir ! Quelle est la manière
de nourrir ces animaux pendant l’année !
J'ai déjà dit que les bestiaux n’étoient pas abon-
dans à ja Chine ; ce n’est que dans les provinces
septentrionales que nous en vimes un plus grand
nombre, ainsi que de chèvres et de moutons. Cette
dernière espèce est très-rare dans les parties du
sud , et même on ne ly trouve pas.
Les bestiaux se nourrissent de paille ou d’herbe
qu'ils trouvent dans les prairies naturelles et dans
les lieux incultes. Les chevaux mangent de Ia
paille hachée et mêlée avec des féves. L’avoine n’est
d'aucun usage aux Chinois, et ils larrachent.
Pendant leur voyage en Tartarie , les mission-
naires trouvèrent dans le Kirin -oula-hotun, au
nord du Leao -tong, par le quarante - cinquième
degré nord, de lavoine, dont les habitans de ces
cantons nourrissoient Jeurs chevaux , chose qui
parut fort extraordinaire aux Tartares de Peking ,
mais qui ne jes a pas fait changer de méthode et
SUR LES CHINOIS. 347
ne jes a pas engagés à semer ce grain, qui vien-
droit bien à la Chine; car j'en ai vu dans un
champ, en traversant le Kiang-sy , d’où on lavoit
arraché comme une plante inutile.
De quoi se nourrissent les hommes dans le pays ?
Sont-ils vigoureux ou foibles, actifs ou lents !
Le riz est fa principale nourriture des habitans,
ensuite le blé , l'orge et le millet. La volaille, mais
sur-tout la viande de porc avec le poisson et les
légumes, forment la base des repas. Le peuple,
en général, est peu difficile ; chiens, cheval, rats,
tout lui est bon. |
Les Chinois sont plus forts que foibles, et plu-
sieurs d’entre eux portent des fardeaux très-pe-
sans. Jai rencontré de beaux hommes, et dans:
plusieurs endroits les soldats avoient bonne mine.
Je donnerai ici la mesure et le poids d’un Chinois
d'un âge fait et d’un jeune homme. En me confor-
mant aux demandes de l'académie des sciences ,
j'ai tâché de prendre un termé moyen, c’est-à-dire,
que je n’ai pas fait choix de personnes trop fortes‘
ou trop foibles , mais j'ai cherché celles dont'la
force, la grandeur et les dimensions se trouvoient.
généralement appartenir à un plus, g orand nombre
d'individus.
348 OBSERVATIONS
Mesure et poids de deux Chinois,
Chinois âgé de 44 ans. Chinois âgé de 15 ans;
pi. po. lig. pi. po. lig:
ee 1
Crande brasse. yo。 ÉPEQN- AU
Peut rade. du 2.46 JAUNE 10. à
ones on 16 NO Méta. LR 8e
用 tr: en A nt 5 M
Longueur du pied
depuis le derrière du
talon jusqu’à lextré- } 7 10. 4 ..... Id..... 1 8. 2,
mité du doigt le plus
la tete à la hauteur
人
Circonférence de
taie 8
Circonférence |
ja poitrine à 1a hau-
téûr du sein... : 17
….Circonférence du
venîre à-la hauteur 2. 10,6. ..,.1 19.422. 2,17
de l'ombilic.......
PONS re irons 30 EVE os ve 14; "08 1v.
Le pays est-il vignoble ! Comment se façonne la
vigne ?
La Chine produit du raisin, mais le pays n’est
pas vignoble : le raisin même paroît peu propre à
faire du vin, et ce n’est qu'avec peine que Îles
missionnaires à Peking réussissent à en faire.
SUR LES CHINOIS. 349
REMARQUES SUR QUELQUES PRODUCTIONS
DE LA CHINE.
Ou-kieou-mo, arbre qui produit le Suif.
Nous avons vu cet arbre dans le Kiang-sy, le
Kiang-nan et le Tchekiang ; il ressemble au ceri-
sier ; son écorce est gris-blanc et douce au toucher;
ses feuilles, d’une forme triangulaire , sont d’un
vert obscur en dessus et blanchâtres par dessous :
elles rougissent ensuite en novembre et décembre
avant de tomber. L’Ou-kieou-mo aime jes terres
légères et sablonneuses ; ïl croît dans les gorges des
montagnes ; sa graine est noire ou brune : on ja
sème en mars. Cet arbre produit de petites fleurs
blanches et jaunes ; son fruit, qu’on peut récolter
en septembre et octobre, croît par bouquets à 了 ex-
trémité des branches , et se trouve renfermé dans
une capsule dure, ligneuse , brune, raboteuse et
de forme triangulaire, tenant aux branches par un
fil délié et ligneux : chaque capsule renferme trois
grains blancsäle la grosseur d’un petit pois rond,
recouverts d'une légère couche de suif blanc assez
dur; lorsqu'il est écrasé dans la main, il se fond
et laisse une odeur de graisse.
Les Chinois, après avoir pilé le fruit de l'Ou-
kieou-mou, le font bouillir, et avec la graisse qui
en sort et qui surnage , ils fabriquent des chan-
delles en y mêlant de lhuile de lin; mais cette
359 . OBSERVATIONS
espèce de suif n'étant pas bien solide, ïls sont
obligés d'enduire chaque chandelle d’une légère
couche de cire afin de empêcher de couler.
La mèche est formée d’un petit bâton de bambou
entouré d'un fil délié de jonc. Cette mèche, plus
longue que la chandelle, s'allume par un bout
et se fiche de l'autre dans un gros morceau de bois
qu'on emploie en place de chandelier : ces chan-
delles sont blanches , rouges, vertes ou bleues ;
elles donnent beaucoup de fumée et répandent
une odeur très-désagréable. Elles ont trois ou
quatre pouces de longueur , et sont plus grosses
par le haut que par le bas.
Les feuilles de Ou-kieou-mo, étant pilées ,
teignent ja toile en noir.
Ses racines sont blanches ; lorsqu’elles sont écra-
sées, et mises sur les morsures de serpens, elles
en guérissent les plaies.
Miriers,
Les mûriers à la Chine ne sont pas tous cultivés
de la même manière; on en voit de grands, de
moyens et de petits; fa taille de ces arbres est dif-
férente dans chaque province.
Dans le Kiang - nan les mariers n’atteignent
qu’une élévation moyenne , dans le Tchekiang on
les laisse croître à leur hauteur; et dans le Quang-
tong on les coupe au raz de terre. Js n’ont, dans
SUR LES CHINOIS. 351
cette dernière province , que dies branches déliées
qui s'élèvent de trois à quatre pieds de hauteur :
ces müriers produisent des feuilles épaisses et fort
grosses.
Dans le Kiang-nan et le Tchekiang , on taille
les müûriers en janvier ; on les évide en dedans,
et lon Ôte toutes les branches inutiles pour ne
conserver que les mères branches à l'extrémité des-
quelles on laisse deux ou trois petits bouts de Ja
longueur de trois à quatre pouces, garnis de trois
ou quatre yeux /n 57 ).
Les müriers sont placés par rayons espacés de
douze à quinze pieds; chaque arbre est planté à
six et huit pieds de distance, mais de manière à
n'être pas vis-à-vis l’un de l’autre, afin de ne pas se
porter trop d’ombrage. Les Chinois sont dans Tu-
sage de semer des féves ou d’autres légumes dans
les intervalles ou les rayons.
Tout terrain paroît convenir au marier seule-
ment il ne demande pas une terre trop compacte ;
la vase fraîchement tirée des canaux , les cendres,
les fientes d'animaux sont de bons engrais.
On renouvelle jes mariers de boutures ou de
graines ; cette dernière méthode est plus longue:
on sème en janvier; il faut repiquer Île jeune plant.
Les boutures se font en passant une branche à tra-
vers un panier rempli de terre , ou en ja courbant
jusqu'à terre.
352 OBSERVATIONS
Les mûriers sont dans leur force à trois ans;
il ne faut pas les effeuiller trop avant ce temps :
à cinq ans ils perdent de leur vigueur, ce qui pro-
vient quelquefois des vers qui attaquent la racine,
ou de la racine elle-même qui s’entrelace : dans ce
cas, on découvre le pied des müûriers , on tue les
vers en y mettant de Fhuile de bois, ou bien on
élague les racines. Les Chinois mangent le fruit
du mûrier, mais ils préfèrent larbre qui en donne
le moins, parce qu’il produit plus de feuilles.
Coton herbacé.
Le coton herbacé demande une bonne terre
mêlée de sable et un peu humide ; il faut bien
labourer le terrain et avoir soin de le fumer. Les
cendres, la vase fraîche et [es immondices servent
d'engrais. Les Chinois font tremper les graines
avant de les semer, ce qui a lieu en mars ; ils
sèment à la volée ou par rayons , et recouvrent
la graine ; ils sarclent souvent les plans de coton,
et les pincent lorsqu'ils ont un pied de hauteur,
ce qu'ils cessent de faire lorsqu'ils ont atteint leur
accroissement vers les premiers jours d'août : le
coton fleurit en juillet, on ne le sarcle plus dès
qu'il commence à mûrir ; on le récolte en sep-
tembre. Le cotonnier herbacé qui croît dans Île
nord de fa Chine, fournit le plus beau coton.
Cette plante très-précieuse peut durer trois ans ;
on
SUR LES CHINOIS: 353
on larrache ensuite , et lon sème à la place , de
l'orge ou du millet. Avant de remettre un champ"
en cotôn, il faut lui donner trois labours ,un à
lautomne, un second au commencement du prin-
temps , et le dernier avant de semer.
Tcha-tchou,
Les Chinois tirent des graines du Tcha-tchou*
une huile dont ils font un grand usage. Les An-
glois appellent cet arbuste Tcha-hoa ; maïs c’est
par erreur , Car il y a une grande différence entre
le Tcha-tchou et le Tcha-hoa : le premier a bien
la feuille semblable au second; mais la fleur de
celui - ci est double , large et rouge ; au lieu que
celle du premier est simple , blanche et disposée
en rose à cinq feuilles / n° 74 et 75). Javois pris
dans le Kiang-sy des plants de Tcha-tchou , et mon
dessein étoit de les porter à l'ile de France {a};
mais ils périrent peu de temps après mon départ de
Quanton : quant à la graine, il m'a été impossible
de m'en procurer de fraîche ; toute celle que j'ai
vue avoit été exposée au feu.
Canne à Sucre.
Nous vimes beaucoup de cannes à sucre en nous
rendant à Peking : à l'époque où nous traversimes
(a) Le Tcha-tchou croît sur les hauteurs et dans es terrains
secs ; il réussiroit dans nos provinces méridionales.
TOME III. Z
354 OBSERVATIONS
le Quang-tong et le Kiang-sy, vers la fin de no-
Vyembre et le commencement de décembre , les
plantations avoient acquis toute leur grandeur,
et on les exploitoit. Les cannes ne sont pas bien
grosses, et peuvent avoir de six à sept pieds de
hauteur ; les nœuds sont à six et sept pouces de
distance.
Les Chinoïs plantent, de la même manière que
dans nos colonies , le sommet des tiges des cannes
à sucre, dans un bon terrain et bien fumé. Cette
plantation a lieu à [a premièredune, c'est-à-dire, à
la fin de janvier ou au commencement de février,
dans Îles terrains bas; et un peu plus tard, ou lors-
qu'il a plu , dans les terrains élevés.
* Bambou.
Les Chinois distinguent quatre espèces de bam-
‘boux. Ces arbres s'élèvent à vingt-cinq et trente
pieds, et même à quarante; il ÿ en a qui croïssent
encore plus haut, mais cela est rare : ils demandent
une terre molle, spongieuse et mêlée de vase,
mais non pas trop imbibée d’eau , car elle nuit
à leurs racines ; aussi ja meïlleure manière de les.
planter, est de les mettre sur les jetées construites
autour des terrains bas.
Le bambou est mâle et femelle ; ses fleurs!
disposées en épis, sont petites, blanchitres et!
verdâtres; la graine est noiratre et plus grosse que
SUR LES CHINOIS. 355
le froment. On le propage par rejetons qu’on met
en terre à la fin de janvier, dans des fosses d’un
ou deux pieds environ de profondeur. If faut
creuser celles-ci d'avance, et y planter chaque pied
avec la motte de terre qui l'entoure, en lespaçant
d'un pas ou d’un pas et demi. Si le terrain est sec,
il faut arroser largement et souvent. Les rejetons
poussent en pointe, et sont aussi gros que Îles
mères-pieds; dans les gros bamboux, l’'accroisse-
ment est sensible, et j'en ai eu chez moï qui, dans
les vingt-quatre heures, avoient cru d’un bon pouce.
Fruits de la Chine.
Les Chinois ont un grand nombre de fruits : les
uns sont absolument semblables à ceux d'Europe,
et les autres en diffèrent totalement. En général,
les fruits qui ressemblent aux nôtres , leur sont
inférieurs; Îles pommes sont mauvaises, les chä-
taignes dures, les noix ligneuses et d’un goût mé-
diocre , les raisins fades, les abricots détestables :
je n’ai mangé qu'une seule fois, dans mon voyage,
des poires qui étoient fort grosses et excellentes ;
elles avoient l'apparence de poires de doyenné : les
pêches sont bonnes ; il y en a une espèce dont Ia
forme est plate et qui est fort délicate : Jes oranges
en général sont délicieuses. Quant aux fruits par-
ticuliers au pays, il faut mettre au premier rang le
Ly-tchy, non pas pour sa bonté intrinsèque, mais
C2
356 OBSERVATIONS:
parce que Îles missionnaires en ont beaucoup vanté
la saveur , qui est loin cependant d’être exquise ;
car ce fruit, au lieu d’avoir, comme ils le préten-
dent, un goût muscat, a plutôt le goût d'un oignon
mou et fade. Le Ly-tchy est très-échauffant, et fait
uaître sur la peau un grand nombre de pustules
lorsqu'on en mange une trop grande quantité. Le
Longan ou Long -yen a le goût musqué ; ïl ra-
fraîchit : les Européens en général ne faiment pas,
quoiqu'il soit néanmoins plus agréable que le Ly-
tchy. Le Hoang-py est une espèce de fruit dont le
goût aigrelet approche assez de celui de notre gro-
seille. Je ne parle pas des ananas, des bananes,
des ates, des mangues , parce que ces fruits sont
trop connus.
Un fruit assez singulier , et qui, je croïs, n’existe
qu’à la Chine, c’est le Tchy-tse, ou figue cague :
ce fruit est gros comme une belle pomme ; il rougit
en mûrissant; sa peau est unie, lisse , et renferme
une substance molle mêlée de quelques graines.
Séché et tâpé, il se nomme alors Tchy-ping. Jai
mangé de ces Tchy-ping qui étoient aussi bons
que nos meilleures figues d'Europe; ceux du Chan-
tong sur-tout sont excellens.
Outre les fruits bons à manger crus, les Chinois
ont une espète de cédra qui répand une odeur
très-agréable , et dont la forme, qui ressemble à
une main dont les doigts se rapprochent , lui a
SUR LES CHINOIS. 357
fait donner le nom de Fo-cheou /main de Fo];
les Chinois en mettent dans presque tous leurs
appartemens pour les parfumer. Cette espèce de
cédra ne se mange pas dans son état naturel, mais
confite : l'eau dans laquelle on a fait cuire sa peau
ou pellicule, est rafraïchissante.
TYPHONS ou"'OURAGANS,
PENDANT les premières années que j'ai résidé à
la Chine, les ouragans ont été beaucoup plus fré-
quens et ont soufflé avec plus de violence que
dans les années subséquentes ; mais ces ouragans
n'étant pas occasionnés par une cause surnaturelle,
et les tremblemens de terre, foibles et très-rares à
la Chine, n’influant en rien sur leur origine , il est
difficile d'expliquer raisonnablement pourquoi ils
sont quelquefois moins forts ou moins fréquens.
Les Chinois, et sur-tout les pêcheurs, guidés
par une longue expérience, reconnoissent à Îa
couleur du ciel l'approche des typhons; ces signes
cependant n'étant pas toujours certains , ils se
trompent quelquefois; et j'ai vu des occasions où,
ouragan ayant commencé sans qu'ils eussent pu
le prévoir, ils périssoient presque tous en mer.
Les typhons se font sentir assez généralement
tous les ans, et ont lieu en juillet, août et sep-
tembre, pendant la mousson du sud-ouest et du
sud. Le vent du nord souffle presque toujours
Z 3
358 OBSERVATIONS
auparavant avec plus ou moins de force, d’autres fois
il fait calme; maïs ordinairement l'air est lourd et
chargé ; et de temps à autre il survient des bouf-
fées de vent.
Du moment que le mercure descend, le typhon
commence. Le vent, après avoir soufflé dans je
principe avec violence de la partie du nord, tourne
ensuite à l’est en foiblissant un peu ; maïs repre-
nant bientôt toute sa furie dès qu’il approche de fa
partie du sud, il diminue graduellement à mesure
qu’il s'éloigne de ce rumb. Le vent souffle ordinai-
rement par rafales, et il est accompagné de pluie.
Si le tonnerre gronde, l'ouragan cesse bientôt : fa
mer, dans ces circonstances, est dans une grande
agitation.
La durée des ouragans est de dix-huit à vingt
heures. La région d’où le vent souffle avec le plus
d'impétuosité , est celle d’où vient le vent de Ia
mousson , et cela est aisé à comprendre ; car je
vent alizé ayant été fortement comprimé par un
vent passager, il est obligé de faire un effort vio-
lent pour reprendre son cours ordinaire ; aussi dès
qu'il y est parvenu, le typhon cesse et ne se fait
plus sentir. Les typhons ne suivent pas toujours
la même marche, et ne soufflent souvent avec force
que d’un côté, en foiblissant ensuite dans les autres
points ; ils font rarement le tour entier du com-
pas pendant leur durée, ear il ne sagit point des
SUR LES CHINOIS. 359
tourbillons momentanés qui peuvent dans un ins-
| tant parcourir tous les points de Fhorizon, maïs
seulement de la marche réglée de Pouragan.
En général, cette marche dépend beaucoup dela
saison dans laquelle Le typhon a lieu. S'il arrive de
bonne heure , c’est-à-dire , dans la mousson du
sud-ouest, alors le vent commence à souffler du
nord-est, qui est le point opposé au vent de ja
mousson : si le typhon arrive plus tard, ou lorsque
le vent est au sud, il commence alors à souffler
du nord, d’où lon voit que les tÿphons n’ont lieu
que dans Îles occasions où les vents de la mousson
sont dérangés par un vent contraire.
IT est difficile, pour un marin qui arrive près des
côtes de ja Chine, de prévoir un typhon, parce
qu'il ignoré le temps qui a existé avant son arri-
vée , le baromètre peut seul le guider. Pendant les
ouragans, le mercure descend à vingt-sept pouces
quatre Îignes ét plus bas, suivant la violence du
vent; dès qu'il remonte , le vent ne tarde pas à
diminuer. Un navire doit éviter, dans ces circons-
tances, de donner en rade; et même, s'il y étoit
mouillé, il vaut mieux en sortir et courir au large,
plutôt que de rester à fancre , chose qu’on doit
éviter absolument dans ces fâcheux momens; car
le moindre événement qui puisse arriver , c'est de
perdre la mâture , accident auquel if est presque
impossible de remédier à Quanton.
ZA
36o OBSERVATIONS -
Un bâtiment en pleine mer ne court d'autre
risque que celui d’être ballotté , à moins qu'il ne
soit d’une construction défectueuse. De tous les
étrangers qui fréquentent le port de Quanton, Îles
Hollandoïs seuls'ont perdu des navires, parce
qu’en en laissant le dessus ouvert, ils donnent une
entrée libre à la mer, qui, ne pouvant s’écouler
assez rapidement , les submerge d'autant plus fa-
cilement, qu'on est dans lusage à Batavia de les
charger à morte charge : il faudroit peu de chose
pour éviter de pareïls malheurs,
MARÉE.
“D'APRÈS plusieurs observations de Ja hauteur des
marées à Macao, j'ai cru pouvoir établir heure du
port à neuf heures cinquante minutes ; et si dans
certaines circonstances l'heure de la pleine mer na
pas été conforme au calcul , les vents et Les tem-
Petes en ont seuls été la cause. Lorsque j’envoyai
à l'Académie des sciences mes observations , elle
me fit répondre que je m’étois trompé visiblement,
puisque dans le voyage de Cook on indiquoit
une autre heure. de recommençai mes opérations ;
mais je résultat étant le même, je ne concevois pas
d'où pouvoit provenir cette différence , lorsque
arrivée d’une frégate du roi me tira d’embarras :
M. de Rosily, dont le mérite est assez connu,
m'apprit qu'il y avoit une erreur dans le voyage
SUR LES CHINOIS. 361
de Cook, erreur qu’on ne peut cependant attri-
buer à ce célèbre navigateur, puisqu'il n’est pas
venu.à la Chine, mais qui provient seulement de
quelques fautes commises en copiant le journal
du capitaine King.
Le grand nombre d'îles qui forment Ia rade
de Macao et avoisinent ce port, occasionnent de
grandes différences dans la marche des marées.
Un navire mouillé en rade évite beaucoup plus
tard qu’un bâtiment mouillé à Macao, c’est-à-dire,
que la mer monte et se trouve pleine beaucoup
plutôt dans le port que dans Ia rade.
La différence de l'heure de la pleine mer en
rade, à la sortie et à l'entrée de Taypa, avec lheure
de Ja pleine mer à Macao, est plus ou moins con-
sidérable , suivant le plus ou moins de distance
entre ces divers endroits : cette différence est d’une
heure et demie et même plus pour la rade, qui est
à la distance de deux à trois lieues de Macao ; elle
est de près d’une heure à ja sortie de Taypa , qui
n’en est éloignée que d’une bonne lieue, et d’une
demi-heure pour l'entrée de Taypa, qui n’est qu’à
une demi-lieue ; de sorte que [a mer descend à
Macao, tandis qu’elle monte encore dans la rade:
la même différence s’observe dans le flux.
La marée monte de six à sept pieds, et ne va
guère au-delà : c'est le terme le plus élevé à la pleine
et à la nouvelle lune , pendant les équinoxes.
362 OBSERVATIONS SUR LES CHINOIS.
La marée, dans Îles quadratures , descend peu;
elle baisse d’abord sensiblement , mais ensuite elle
s'arrête et demeure stationnaire jusqu'au moment
où elle commence à monter de nouveau.
La marée, dans ja rade de Macao, court du nord-
ouest au sud-est, et du nord-ouest quart nord
au sud-est quart sud : à mesure qu’on approche
de ja bouche du Tigre, elle se rapproche du nord
et finit par venir directement de ce rumb.
Le cours de la marée est rapide dans ja rade,
et jes courans qui sortent d’entre les îles sont
violens.
VARIATION DE L'AIGUILLE AIMANTÉE,
CETTE variation à Macao est de trente à quarante-
cinq minutes à l’ouest. Les missionnaires de Peking
ont avancé que laiguille aimantée éprouvoit des
variations dans Île courant de lannée ; je n’en ai
remarqué aucune, quoique le compas de mer avec
lequel j'ai fait mes observations, fût fort grand et
bien équilibré.
FIN DES OBSERVATIONS SUR LES CHINOIS.
363
OBSERVATIONS
SUR LES ÎLES PHILIPPINES
ET
SUR L'ÎLE DE FRANCE.
VoYrAGE à l'ile de France et a Manille,
Mox voyage de Peking achevé, libre de toute
affaire, privé d’ailleurs , depuis 1793, de nouvelles
d'Europe et de Ia côte de FInde , et n’en espérant
aucune, puisque toute opération de commerce à la
Chine de Ia part des François étoit suspendue par
la guerre, je pris la résolution de faire un voyage
à Tife de France, pour connoître cette colonie , et
voir s’il ne me seroit pas possible dy trouver une
occasion favorable pour aller à Manille avant de
revenir à Quanton. C’étoit prendre le chemin le
plus long, mais il me falloit des fonds , dont je
manquois depuis 1793; l'espérance de m'en pro-
curer , et le desir, sur-tout, de visiter deux colonies
importantes, me déterminèrent.
Je partis donc de Wampou le 1 3 de janvier 1796,
sur un sloop Américain de quatre-vingt-quatorze
tonneaux , accompagné de cinq autres navires
364 OBSERVATIONS
de a même nation, et, le 14, nous passimes
devant Magao avec un bon vent, mais qui, frat-
chissant peu à peu, finit par souffler avec violence,
et nous fit éprouver, pendant plusieurs jours, un
très-mauvais temps.
Quoique les courans portent à l’ouest dans les
parages de la Chine, nous n’eùmes point connoïs-
sance de Pulo-Sapate ni de Pulo-Condor, et Ia
première terre que nous aperçûmes fut celle de
Pulo-Aor que nous doublâmes le 22. Nous mouil-
Jimes le 24 sous Monopin, et Je Iendemain nous
donnâmes dans le détroit de Banca, à la faveur des
courans qui portoient au sud. À ja sortie, les six
navires Américains, tous rangés sur une même
Hgne, prolongèrent Lucepara du côté de l'ouest ;
et lorsque cette île nous resta au nord , nous gou-
vernâmes au sud quart sud-est, au sud et au sud
quart sud-ouest, portant sur les Deux-Sœurs, évi-
tant de tomber sur tribord où il y a des bancs.
Le 30 nous mouillâmes à lile du Nord, que
nous quittâmes le 1. février, avec l'espérance de
sortir le même jour du détroit de la Sonde; mais
les vents d'ouest s'étant élevés au moment où nous
débouquions , ils soufflèrent avec une telle vio-
Jence que nous fûmes obligés de nous mettre à
Tabri sous Sambouricou, et que dix jours s’écou-
lèrent avant d’être dehors.
Le 12 au soir, nous distinguâmes l'ile de Noëf,
8 di). ,-。 } k él oi
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 365
et dans ja nuit nous 位 mes par son travers. Cette île,
haute dans le milieu , est boisée et d’une étendue
assez considérable. Les vents ne tournèrent au sud
que le 18 février; ils soufHlèrent ensuite du sud-süd-
est et du sud-est, et nous accompagnèrent jusqu’à
Rodrigues, dont nous eûmes connoïssance je 14
mars. Nous éprouvâmes des calmes une partie de ia
journée du 15. Nous découvrimes, le 16, les hau-
teurs de Pile de France, et le 17,à midi, nous je-
tâmes l'ancre dans le port, non sans peine, car le
vent y soufile constamment de Ia partie du sud-est.
La vue de Pile de France du côté de [a mer est
pittoresque , et ne présente par-tout que des mon-
tagnes, dontijes plus remarquables sont celles de
Pitrebot ou Pieter - Both , et du Pouce. La pre-
mière doit son nom à un Holfandois, et [a seconde
à la forme d’un rocher, placé sur le haut d'une
montagne , et qui ressemble à un pouce. |
Pitrebot est en pain de sucre, et surmonté par
un rocher qui a ja forme d’un cône renversé, ce
qui, de loin, produit à l'œil un effet tout-à-fait
extraordinaire. Ce rocher paroît peu considérable;
mais il a néanmoins, dit-on, près de soixante pieds
de largeur au sommet.
Les montagnes de Tife de France ne sont pas
très-élevées ; M. de la Caïlle ne leur accorde pas
au-delà de quatre cents et quelques toïses au-dessus
du niveau de la mer. Celles qui avoisinent le port
366 OBSERVATIONS
sont en grande partie dépourvues d’arbres. Le sof
environnant est aride et presque entièrement re-
couvert de pierres. |
Je restai à l'ile de France jusqu’au 17 juillet,
que j'en sortis sur un navire Américain , pour me
rendre à Manille et retourner à Quanton. Nous
eûmes connoissance de Bourbon le lendemain à
une heure après midi ; mais notre capitaine, qui
n’étoit jamais venu dans cette île, craignant de dé-
passer Saint-Denis, mit en panne pendant la nuit ;
ce qui nous fit perdre prodigieusement, et nous
empêcha d'arriver à Saint-Paul avant le 21 dans
l'après-midi. Le lendemain nous voulûmes doubler
Bourbon au vent; mais nous ne pûmes y parvenir,
et nous passämes sous le vent de file, que nous
Perdimes de vue le 23 juillet, avec des vents de
sud-est. Is nous accompagnèrent jusque par jes
vingt-sept et vingt-huit degrés de latitude sud,
qu'ils tournèrent au nord, et ensuite à l’ouest et à
louest-sud-ouest par les trente et trente-un degrés
sud, soufflant avec force et par rafales.
Dès que nous commençämes à nous élever et à
gagner les latitudes de vingt-huit et vingt-neuf de-
grés , les vents mollirent et continuèrent à régner
de l’ouest, de l’ouest-nord-ouest et du nord-ouest
jusqu’au 17 août, qu'ayant atteint les vingt-six et
vingt-sept degrés , nous eûmes des vents de sud-
ouest, de sud et de sud-est, et finalement d’est
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 367
et de nord-est, depuis le 20 jusqu’au 27. Ces
vents contraires, joints aux Courans, furent cause
que nous manquâmes le détroit de Ia Sonde, et
qu’au lieu d’être à son entrée, nous nous trou-
vâmes , le 30 août, devant Pile d'Engaño / Île
trompeuse |. Forcés de courir des bords pour nous
élever , nous portâmes jusque par les huit degrés
de latitude sud; enfin , le 8 septembre, le vent
ayant adonné, nous entrâmes dans je détroit de Ia
Sonde , et le lendemain nous Îaissimes tomber
l'ancre à Anières.
J'ai remarqué que les courans, Île fong de fa
côte de Sumatra , portent au sud-est, c’est-à-dire
dans le détroit ; mais du moinent qu’on s’éloigne
de terre , ïls portent à l’ouest, au nord-ouest et au
nord -nord-ouest : aussi doit-on éviter de courir
des bordées au large, sur-tout [lorsqu'on se trouve
au milieu du canal; c’est ce qui nous fit perdre
deux fois ja terre de vue, quoique nous fussions
déjà par le travers de Pile de Candi.
Nous quittimes Anieres le 10, et le 14 nous
entrâmes dans le détroit de Banca, d’où nous sor-
times le 1; avec une jolie brise de sud-est, qui
nous mit à même de refouler le courant qui entroit
avec force.
Le 18, à quatre heures de l'après-midi, nous
étions par le travers de Pulo-Aor, les courans por-
tant à l’est.
368 OBSERVATIONS
Le 22 nous vimes Pulo-Condor; nous recon-
nûmes Pulo-Luban le 30 /n. 96), et à Ia nuit
nous mîmes en travers sous la pointe de Mira-
belle , après avoir eu depuis le détroit de la Sonde
des vents de sud-est, sud, sud-sud-ouest, sud-
ouest, sud, ouest et sud-ouest.
Le 1.° octobre nous appareïllâämes à cinq heures
du matin, et nous passämes entre Ja Monja et
lile du Corrégidor / n° 97). La Monja est un
rocher isolé qu'on peut ranger de fort près. L'île
du Corregidor ferme lentrée de [a Paie de Manille,
et ne laisse que deux passages , lun au nord et
l'autre au sud. Les Espagnols ont dressé des SI-
gnaux sur cette île , et entretiennent dans les envi-
rons quelques bateaux de garde, dont lun se dé-
tacha pour venir nous reconnoître.
En donnant-dans la baie, nous tinmes pendant
quelque temps le côté de bäbord pour éviter le
banc’ de Saint-Nicolas ; la mer étoit grosse , mais
elle s’embellit du moment que nous portämes sur
tribord pour gagner le port de Cavite : on trouve
en yentrant un fort bâti sur la pointe, mais il ne
faut pas en approcher de trop près, car le fond
diminue dans cet endroit, et nous y touchâmes un
instant.
Dès que nous fûmes mouillés , le capitaine se
rendit à terre pour aller faire sa déclaration et de-
mander la visite ; car avant que cette formalité soit
remplie,
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 369
xemplie, personne n’a la permission de quitter le
navire.
Après avoir demeuré six semaines à Manille,
nous quittâmes cette ville le 15 novembre, avec
des vents de nord-est.
Dans la mousson des vents de nord et de nord-
est, il faut, pour se rendre à la Chine, remonter
le Iong de la côte de Manille, à la faveur des vents
de terre ou d’est qui règnent pendant la nuit, tandis
que pendant le jour Is soufflent du nord, du nord-
nord-ouest et du nord-ouest. II faut avoir l’atten-
tion de ne pas s'éloigner de la côte de plus d'une
lieue , ou tout au plus deux ; car alors les courans
portent dans je nord-ouest, au lieu qu’en serrant
la côte ils vont au nord.
Depuis la pointe Caponès /n. 94), en remon-
tant la côte jusqu’à Boulinao , il ne faut Pas suivre
la côte de trop près, pour éviter les bas-fonds qui
y sont; après Boulinao, on peut ranger jla terre
jusqu’au cap Bojador : les courans, dans le pre-
mier parage, portent tantôt au sud et tantôt au
nord, mais dans je second ils vont constamment
au nord. vi
À peine eûmes-nous doublé le cap Bojador Ie
23 novembre, que ja mer devint extrêmement
dure, et que le vent soufla avec violence du nord-
est. Nous portions alors au nord - ouest quart
nord , pour passer au vent du banc de fa Plata,
TOME III, À a
370 OBSERVATIONS
dont fa latitude est de vingt degrés cinquante-cinq
minutes nord.
Le 26 nous eûmes connoissance de Ia côte de
Ia Chine et de Pedra-Blanca : c’est un rocher isolé
au milieu de ja mer, et tout blanc ; il est, suivant
Sir Erasmus Gower, par les vingt-deux degrés dix-
neuf minutes de latitude nord, et par les cent douze
degrés trente-sept’ minutes de longitude orientale
de Paris. M. Dalrimple, dans la carte qu’il a donnée
des côtes de ja Chine, porte ce rocher un peu plus
à l'est.
Le 27 novembre nous mouillâmes en rade de
Macao, par un vent renforcé du nord , qui mollit
cependant peu à peu, et nous permit de monter
à Quanton. Je restai dans cette ville jusqu’au
28 janvier 1797, que je m'embarquai à Wampou
à bord du même navire Américain qui m'avoit
amené à la Chine, pour aller à Manille et ensuite
à l'île de France.
Le 3 1 nous perdîmesde vue les terres de Ja Chine.
Le 4 février nous suivions la côte de Manille, et
nous espérions entrer Île même jour dans la baie,
lorsque le vent calma tout-à-coup, pour souflier
ensuite avec tant de violence, qu'après avoir essayé !
inutilement, pendant plusieurs jours , de doubler le
Corregidor par la passe qui est au nord de cette
île, nous fûmes obligés de chercher un asile à Pabri
de la montagne qui forme Ia pointe Mirabelle. !
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 37E
Enfin, le vent s'étant apaisé , nous primes sous Île
vent de file du Corregidor, c’est-à-dire, par la
passe du sud, pour entrer dans la baie, où nous
courûmes de grandes bordées afin de nous élever
assez pour gagner le mouillage, que nous attei-
gnimes enfin le 11 de février.
OBSERVATIONS sur les îles Philippines.
| Parmi le grand nombre de colonies que pos-
sèdent les Espagnols, une des plus importantes
est, sans contredit, celle des îles Luçons ou Phi-
fippines. La position de ces îles, leur fertilité , leurs
productions , les rendent extrêmement propres à
un commerce très-actif; et, si les Espagnols n’en
ont pas tiré un grand parti, il ne faut Pattribuer
qu’à eux-mêmes et à leur manière de commercer.
Magellan , qui partit le 10 août 1 $ 19 de Séville,
et fut tué le 27 avril 1521, dans l'île de Zébu,
lune des Philippines, fut le premier Européen qui
parut dans ces contrées et en assura [a possession
au roi d'Espagne par droit de découverte ; car les
Espagnols ne s’en rendirent les maîtres, par droit
de conquête , qu'en 1564, sous Lopez de Lé-
gaspe , époque à laquelle iis donnèrent aux îles de
Luçons je nom de Philippines, quoique quelques
auteurs prétendent qu'elles le reçurent beaucoup
plutôt, lorsque Lopez de Villalobos les visita avec
sa flotte en 1543.
Aa2
4
372 OBSERVATIONS
Les Espagnols, à leur arrivée aux Luçons, y
trouvèrent différentes peuplades , et parmi elles des
Chinois, qui leur auroient peut-être fait perdre,
en 1603, cette importante colonie, si je courage
et l'habileté de Pedro d’Acugna ne leussent dé-
fendue contre Îles tentatives de ce peuple actif et
entreprenant, mais en même temps peu militaire.
Depuis cet événement, Îles Espagnols jouissent,
tranquillement de la possession des Philippines,
et, excepté des courses ou attaques peu impor-
tantes entreprises par Îles Maures qui occupent
quelques îles voisines , ils vivent actuellement en
paix avec les différens habitans de ce nombreux
archipel.
Les Philippines s'étendent depuis le sixième de-
gré de latitude nord jusque près du vingtième , et
depuis le cent seizième degré de longitude à l’est de
Paris, jusque par le cent vingt-sixième {n° 96).
Les Philippines comprennent un grand nombre
d'îles ; mais, comme il seroit trop long den faire
lénumération détaïllée , je me borne à donner une
description des plus considérables, ou de celles
qui méritent quelque attention.
L'air de ces îles est chaud et humide; cependant,
quoiqu’elles soient placées dans fa zone torride,
ja chaleur n’y est pas aussi forte qu'on pourroit se
limaginer, à cause des brises de mer et de terre
qui la rendent supportable.
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 373
Le terroir est très-fertile ; on y récolte en abon-
dance du riz et du blé.
Il y a des mines d’or, mais on ne les exploite
pas ; on retire seulement, par le Iavage les par-
celles de ce métal qui roulent avec les eaux des
Heuves. Ces îles sont sujettes à des tremblemens
de terre.
Les peuples qui habitent les Philippines diffèrent
entre eux par leur origine et par leur langage.
Les Tagales descendent des Maures et des Ma-
lais ; ils occupoiïent les côtes de Manille lors de
Parrivée des Espagnols. Les Bisayas ou Pintados
viennent de Macassar , et sont établis dans plu-
sieurs de ces îles. Ces deux peuples sont en partie
tributaires , et s'appliquent au commerce, aux arts,
à la navigation et à agriculture.
Les indigènes ou Negrillos n’ont aucune res-
semblance avec Îles Tagales et les Bisayas ; ils ont
de la conformité avec les noirs de Guinée, mais
ils sont plus petits de taille : leurs cheveux sont
crépus ; ils vont presque nus ; les femmes portent
autour du corps une pièce de toile tissue de fils
d'arbres qu'ils nomment sapiss, Ces sauvages vivent
dans les montagnes, et ne sont pas soumis.
Il existe encore des Chinois à Manille , mais leur
nombre est beaucoup diminué depuis 1603.
Le tribut que paient les Indiens est fixé à dix
réaux pour les gens mariés, et à cinq pour ceux
Aa3
374 OBSERVATIONS
qui ne le sont point, en partant de l’âge de dix-
huit ans jusqu’à celui de soixante; les filles , de-
puis vingt-quatre ans jusqu’à soixante, paient la
même somme. On fait monter le nombre des In-
diens tributatres à trois cent mille ; c’est je dou-
zième de Ia population, d’après les relevés faits
dans les provinces. Le roi n’a que le tiers du
nombre des contribuables , le reste appartient aux
seigneurs ou encomiendadores , c'est-à-dire à ceux
qui possèdent des encomienda ou fiefs. Les pro-
priétaires paient en outre, par tête de tributaire,
deux réaux pour lentretien des troupes , et deux
autres pour le prêtre de la paroisse.
MINDANAO,.
Cette île est située entre le sixième degré trente
minutes et le neuvième degré quarante-cinq mi-
nutes de latitude septentrionale , et s'étend en
longitude depuis le cent vingtième degré jusque
par le cent vingt-cinquième. Son étendue est de
quatre-vingot-dix lieues de Fest à l’ouest, et de plus
de soixante du nord au sud ; elle a plusieurs baïes
et plusieurs caps, dont les principaux sont ceux
de Saint-Augustin , Suliago et Sambouangue : elle
est arrosée par de grandes rivières, parmi ies-
quelles on distingue celle de Buhayen, qui coule
dans la province du même nom, celle de Betuan
au sud , et celle de Sibuguey dans [a province de
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 375
Dapitan. Il y a en outre deux jacs dont Fun,
qui est très-grand et donne son nom de Min-
danao à file entière, se trouve dans jia partie du
sud-est ; l'autre est au nord-ouest et s'appelle
Melanao.
La capitale de Mindanao est par les sept degrés
vingt minutes nord, et, quoique cette position soit
près de Ia ligne , la chaleur y est modérée, étant
tempérée par les vents de mer et les brises de terre.
L'air y est pur pendant la mousson d’est; dans celle
de lPouest, au contraire, il y à des pluies et des
orages.
Le terroir de Mindanao est très-fertile et pro-
duit du riz en abondance, du sagou , beaucoup
de tabac, et de ja cannelle sauvage, qui se recueille
dans les provinces de Sambouangue , Dapitan et
Cagayan. On trouve de Por dans les rivières , et
du soufre auprès des volcans, dont il existe plu-
sieurs dans File. Les côtes fournissent des perles
et une grande quantité de poisson. L'intérieur de
Mindanao est rempli de montagnes. Il y a des
chevaux, des cochons, des buffles, des chèvres,
des sangliers, des cerfs, des lapins , des singes,
et beaucoup de volaïiles et de pigeons. On y
rencontre des scorpions, des vipères et des sco-
lopendres ou millepieds, espèces d'insectes veni-
meux. Les rivières sont remplies d’une sorte de
vers qui rongent les bateaux.
Aa
370. à OBSERVATIONS
L'ile est partagée entre cinq nations, les Min-
danaos, les Caragos, les Lutaos, les Dapitans et
Tes Subanos. Les Mindanaos occupent la partie du
sud, qui est la plus riche et Ja meilleure; les Da-
pitans et les Caragos sont au nord-est ; les Lutaos
vivent sur les côtes, sur le bord des rivières, et
s'adonnent à la pêche ou au commerce; les Su-
banos leur sont soumis ; pêcheurs comme leurs
maîtres, ils demeurent dans la partie occidentale
de file.
Les maisons sont élevées .Sur des pieux, et lon
se sert d’un escalier pour y monter ; elles n’ont
qu'un étage , divisé en différentes chambres : les
murs , les planchers, les cloisons sont de cannes ;
le toit est couvert de feuilles de palmier. Le des-
sous de habitation sert pour les bestiaux; c’est le
réceptacle de toutes les immondices, qui y restent
jusqu’au temps des inondations qui les emportent.
Deux sultans partagent le pays : chacun d’eux a
sous Jui un Zarabandal qui gouverne le peuple et
je tient dans une grande dépendance. On appelle
Cahil les princes, et Tuam les grands : ceux-ci se
sont rendus indépendans. Otamayas est je titre des
seigneurs qui ont beaucoup de vassaux.
Les habitans sont d’une taille moyenne, mais
bien prise; leur teint est basané tirant sur le jaune-
clair : ils ont de l'esprit, de Pindustrie, et travaillent
avec beaucoup d’adresse le fer et le bois , quoiqu’ils
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 377
n'aient qu'un certain nombre d'outils. Ils aiment
avec passion fa danse, les festins, la chasse et le
bain. La paresse est un de leurs principaux défauts.
Le mahométisme est la religion dominante.
Ces peuples traitent bien les étrangers; mais il
faut être prudent avec eux, car ils sont orgueil-
leux, fiers et vindicatifs.
Les Mindanaos sont perfides ; les Caragos
braves ; les Dapitans courageux et prudens : ces
derniers ont beaucoup aidé les Espagnols dans
leurs conquêtes.
XOLO et BASILAN.
Xolo et Basilan dépendent de Mindanao et 4p-
partiennent . chacune séparément , à l’un des deux
rois Maures qui gouvernent cette dernière île.
Basilan est peu éloignée de Mindanao, et fournit
beaucoup de riz, de sucre et de bananes. Ses côtes
sont poissonneuses , et on y trouve des tortues.
L'île est arrosée par de grandes rivières ; il y a des
ceris et des sangliers.
Xolo , à trente lieues de Mindanao , gît par Île
sixième degré de latitude nord : c'est le rendez-
vous des Maures qui y viennent pour Île commerce.
On y trouve des perles, de fampre gris, et dés
nids d'oiseaux, que les Chinois aiment beaucoup.
Ces nids sont faits par une espèce d'hirondelle qui
se nomme dans le pays Salangan.
3738 OBSERVATIONS
BOHOL,
Cette île est par le dixième degré de latitude
nord ; elle peut avoir dix lieues de largeur sur seize
de longueur ; 这 y croît des palmiers ; on y trouve
de l'or : les habitans sont Tagales.
LE YTE:
Cette île s’étend depuis le dixième degré jus-
qu'au douzième de latitude nord. Des montagnes
élevées la partagent du nord-ouest au sud-est, et
occasionnent une différence si sensible dans Île
climat, que l'hiver règne d’un côté, tandis que de
autre on jouit du beau temps de lété. L’air est
plus frais à Leyte qu’à Manille.
Les forêts produisent des bois utiles, et nour-
rissent des cerfs, des buffles et des sangliers. Les
terres sont très-fertiles et donnent en abondance
du riz et des légumes ; cette île fournit aussi du
coton et de ja cire. Les habitans sont doux ; ils fa-
briquent des toiles et s’adonnent à la pêche.
PANAMAO.
Cette île est au nord de Leyte, dont elle dé-
pend; on lui donne seize lieues de tour : elle est
montagneuse et arrosée de rivières; on y trouve
du vifargent et du soufre.
ZÉBU.
Cette île, située en face de Leyte est ja
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 379
première dont les Espagnols se soient rendus Îles
maîtres ; elle a vingt lieues du nord au sud, et
quatre - vingts environ de circonférence ; on en
tire beaucoup de tabac, du coton, de ja cire,
de ja civette et du chanvre blanc dont on fait des
toiles et des cordages.
La petite île de Matta qui est vis-à-vis et à peu
de distance de Zébu , forme avec elle un abri sûr
pour les vaisseaux. Au sud-est est une autre petite
île appelée Fuegos, dont les habitans sont braves
et courageux.
NEGROS.
Cette île, à l'ouest de Zébu, a cent lieues de
circonférence ; elle s’étend depuis Îles neuf degrés
trente minutes jusque par les onze degrés trente
minutes de latitude nord, et produit du riz et du
cacao : ses habitans sont Tagales, et viennent ori-
ginairement de Borneo et de Macassar. L'intérieur
est occupé par les Negrillos ou peuples sauvages.
PANA Y.
Cette île, placée au nord-ouest de Negros, a
cent lieues de circuit ; elle est riche et peuplée,
et arrosée de plusieurs rivières qui la fertilisent,
Le gouverneur réside dans le fort d’Hoïlo, bâti
sur un cap en face de Je d’'Imaras ; cette der-
nière n’a que dix lieues de circuit, et n’est séparée
de Panay que par un bras de mer qui sert de Pert.
350 OBSERVATIONS.
Il existe à Panay beaucoup de Neorillos. Le port
de Saint-Anne est à trois lieues d'Hoilo.
CUTO:
Cette île est à l'ouest de Panay; on y trouve
toutes sortes d'animaux et des fruits ainsi que des
légumes en abondance; elle donne aussi du riz.
PARAGOA.
Cette île est la plus occidentale de toutes les
Philippines ; on lui donne cent lieues de long sur
douze à quatorze de large. Son centre gît sous le
dixième degré de latitude nord. Le sultan de Bor-
neo possède la partie méridionale de Paragoa, dont
la pointe sud-est n’est qu'à vingt lieues de Borneo.
Le terrain de Paragoa est montueux, couvert de
bois et rempli d'animaux. Cette île donne beau-
coup de cire , maïs fort peu de grains.
CALAMIANÈS.
Les trois Calamianès sont au nord-nord-est de
Paragoa, et forment, avec neuf îles voisines, une
province qui porte je même nom. On y trouve
des nids d’oiseaux, de ja cire, et lon pêche des
perles sur les côtes. Leurs habitans sont très-doux.
MINDORO.
Cette île , située par les treize degrés de latitude
nord et au sud de Manille, peut avoir soixante-dix
lieues de circuit. Couverte de montagnes élevées,
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 381
elle produit peu de graïns, mais des fruits et des
cocos en abondance. Le peuple qui habite Îles
côtes est doux et sociable, celui de l’intérieur est
sauvage.
MARINDÉQUE.
Cette île est au nord-est de Mindoro, sous le
treizième degré trente minutes de latitude nord.
Ses terres sont élevées et produisent du riz en
petite quantité ; mais elle abonde en fruits , et
principalement en cocos : on y recueille aussi de
la cire et des pois. |
MASBATE.
Cette île est au nord de Zébu par les douze de-
grés de latitude nord; elle a trente lieues de tour
et huit de largeur. Ses ports sont sûrs, commodes,
et lon y trouve un fort bon mouillage avec beau-
coup d’eau. Elle produit de Ja cire, du sel, de la
civette, de Pambre gris et de l'or.
TRCAO:
Cette île est au nord de Masbate et à huit lieues
de l’'embocadero, c’est-à-dire de Ia sortie du dé-
troit de San-Bernardino. Elle a un bon port, où
les vaisseaux viennent prendre des rafraîchisse-
mens. Les peuples de Ticao sont presque tous
sauvages.
LCAPOUL:
Cette île gît par les douze degrés trente minutes
382 OBSERVATIONS
de latitude nord, et presque à l'entrée du détroit.
Elle n’a que trois lieues de circuit , néanmoins elle
est importante à cause de son extrême fertilité.
SAMAR ou IBABAO.
Cette île s'étend depuis le onzième degré trente
minutes jusqu’au treizième degré de latitude nord.
Elle forme, avec le cap Baliquaton et la pointe de
Manille, louverture du détroit de San-Bernardino,
par où passe le galion, soit en sortant des Phi-
lippines , soit en revenant d’Acapulco.
Au sud-ouest de cette île, entre Samar et Leyte,
on trouve le détroit de Juanillo, qui est une autre
entrée des îles Philippines.
Tbabao est une île remplie de montagnes ; les
vallées sont très-fertiles. C’est ici qu’on récolte la
féve de Saint-Ignace, fort estimée des Indiens pour
ses vertus médicales, mais dont lusage est reconnu
comme dangereux par les médecins d'Europe.
Il fait plus frais à Samar qua Manille, Pair y
étant continuellement rafraîchi par les vents qui
soufflent du large.
LUBAN et AMBIL.
Ces îles sont fort petites. Luban a cinq lieues de
circuit; Ambil, qui est encore moins considérable,
a un volcan fort élevé. Elles produisent de ja cire
et une sorte de chanvre noir.
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 383
BABUYANÈS et BATANÈS.
Ces îles gisent par les dix-neuf degrés de lati-
tude nord. La plus voisine de Manille est sou-
mise aux Espagnols : elle produit de Ia cire, du
bois d’ébène , des cocos et des bananes.
MANILLE.
Cette île, la plus considérable des Philippines,
s'étend depuis le douzième degré trente minutes
jusque par le dix-huitième degré quarante minutes
de latitude nord : elle a plus de cent vingt lieues
de longueur sur une largeur inégale, étant très-
resserrée dans certains endroits, et ayant dans
d’autres de trente à quarante lieues.
On la divise en plusieurs provinces, savoir , Ba-
Jayan, Tayabas, Camarinès, Parecala, Cagayan,
Iloccos, Pangasinan, Pampangan, Bulacan, Bahi
et Manille, auxquelles il faut ajouter Pile de Can-
taduanès, ce qui forme douze provinces.
Balayan est sur ja côte occidentale vers ie qua-
torzième degré nord : elle a deux grandes baies,
Bambon et Batangas. Les îles de la Caza et du
Corregidor dépendent de cette province.
Tayabas est à l'est de Balayan ; elle a la mer au
sud-est et au nord-est. Cette province est fort
étendue et très-peuplée.
Camarinès, au sud-est de Tayabas, s'étend jus-
qu'au détroit de Samar. On trouve sur sa côte
354 OBSERVATIONS
occidentale le port de Sorsocon , qui est considé-
rable et propre pour la construction de gros bâti-
mens. Sur sa côte orientale est la baie d’Albay,
près de laquelle il y a un volcan fort élevé.
Cantaduanès est une île située à l’est de Ca-
marinès par les quatorze degrés nord; elle a trente
lieues de circuit, et forme à elle seule une pro-
vince ; on y récolte beaucoup de riz, d'huile de
palmiers , des cocos, du miel et de Ia cire. Les
habitans ramassent de l’or dans les rivières, et font
un grand commerce de bateaux qu'ils viennent
vendre à Manille ; mais pour éviter l'embarras de
les conduire chacun séparément , ils les construi-
sent de difiérentes grandeurs, en mettant progres-
sivement les petits dans les grands. Les pièces qui
composent ces bateaux ne sont pas clouées ; elies
sont simplement cousues avec des cannes ou ro-
tins. Le peuple de Cantaduanès est guerrier ; il
se peint le visage.
Parecala a des mines d’or, et lon y trouve des
pierres d’aimant : elle produit des cacaoyers, et des
palmiers dont on tire du vin ; elle a deux baies,
June appelée Lampon , et l'autre Mauban.
Cagayan s'étend sur la côte orientale depuis Îe
quinzième degré jusqu’au cap d'Engano , par Îles
dix-huit degrés trente minutes de latitude nord.
Cette province, quoique remplie de montagnes ,
est néanmoins fertile en riz; elle produit beaucoup
de
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 385$
de cire, un bois propre à la teinture, appelé Si-
boucao, et du bois d’ébène , mais dont fa qualité
est inférieure à celui de l'ile de France. Les peuples
de Cagayan sont en partie sauvages.
Iloccos est sur ja côte occidentale de Manille,
Cette province a quarante lieues du nord au sud,
sur huit de lest à l'ouest ; elle est arrosée par Ia
rivière de Bigan, et bornée au levant par des mon-
tagnes où habitent des sauvages, dont le seul trafic
consiste à. échanger leur or pour du riz, du tabac,
et d’autres objets qui leur sont nécessaires : elle est
riche, peuplée, et produit beaucoup de coton.
Pangasinan est au sud d'Illoccos. Ses montagnes
sont remplies de sauvages qui font le même com-
merce que leurs voisins. On trouve aussi dans
cette province le bois de Siboucao.
Pampangan, au sud dela précédente, est étendue
et fertile ; elle fournit en abondance des vivres et
des provisions pour Manille, avec une grande
quantité de bois de construction. Les peuples qui
lhabitent sont en partie soumis aux Espagnols et
en partie sauvages.
Bulacan, au sud de Pampangan , est de peu
détendue ; cependant on y récolte beaucoup de
riz, et l'on retire une grande quantité de vin des
palmiers qui y croissent.
Bahiï est une province peu considérable , et qui
n'est remarquable que par un lac qui porte le
TOME .III, Bb
386 OBSERVATIONS
même nom ; il peut avoir trente lieues de circuit, et
donne naissance à la rivière de Bahia ou d’Aro, qui
se jette dans la baie auprès de ja ville de Manille.
Les Indiens qui habitent sur les bords du lac Bahï,
se nourrissent de grandes chauves-souris, dont les
ailes ont de trois à trois pieds et demi d’étendue.
L’aréquier et le bétel croïssent dans cette province.
VILLE DE MANILLE.
La ville de Manille, située par quatorze degrés
trente-six minutes huit secondes de latitude nord,
et par cent dix-huit degrés trente-une minutes
quinze secondes de longitude à lest de Paris , est
bâtie sur les bords de la rivière de Bahia. Sa figure
est irrégulière , large par le milieu et resserrée par
les deux extrémités. On lui donne une fieue de
circuit. | |
Gomez Perez de las Marinnas, envoyé pour gou-
verner les Philippines en 1590, est le premier qui
ait mis Manille en état de défense. Les fortifications
de cette place sont en bon état, et ses murs garnis
d'artillerie ; le fossé et le contre -fossé sont pleins
d’eau ; il y a quelques ouvrages avancés.
À lune des extrémités de la ville et en face de
la baie, les Espagnols ont élevé le fort Saint-
Jacques. Ce fort défend Fentrée de la rivière et
protége deux jetées qui s’avancent dans ja mer à.
près de quatre cents toises de distance : elles sont
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 387
revêtues en pierres et bien entretenues ; mais,
pour les rendre plus utiles , il seroit nécessaire de
les prolonger davantage, sur-tout celle du côté du
sud ; si même on les conduisoit jusque sur la barre,
il seroit facile alors de creuser le canal et de je
rendre libre pour les navires et pour les bateaux du
pays, qui, dans l’état actuel des choses, craignent
de chavirer, et n’osent franchir la barre Iorsqu’il
vente un peu. La mer est généralement clapoteuse
sur fa barre, et il y a douze pieds d’eau à la pleme
mer.
On compte six portes à Manille , celle de los
Almacenes , celle de Saint-Dominique , celle de
Parian, celle de Sainte-Lucie , la porte royale et
une poterne. *
La ville est belle et bien percée ; les rues sont
pour la plupart en ligne droite; je gouverneur
les a fait paver avec du granit tiré de la Chine :
il y a même fait placer des lanternes, de manière
qu'on peut y marcher aussi en sûreté la nuit que
le jour.
Les maisons n’ont qu'un étage au - dessus du
rez-de-chaussée. Le bas est en pierres et voûté ;
les murs en sont très-épais. Le premier étage est
en bois recouvert en torchis. Le toit est soutenu
par de grosses poutres placées debout et portant
sur les murailles inférieures, où elles sont enga-
gées, Ces poutres sont liées avec les autres pièces
| Bb2
388 OBSERVATIONS
de bois qui servent à la construction du toit, et
chevillées avec soin ; de sorte que dans Îles trem-
blemens de terre elles peuvent jouer sans se dé-
sunir : mais comme Îes appartemens ne sont point
plafonnés, toute cette charpente fait un effet dé-
sagréable à œil.
Les chambres sont vastes et peu garnies de
meubles ; elles ne tirent point leur jour directe-
ment du dehors, mais elles communiquent par
des portes avec des galeries de bois qui règnent
autour de ja maison, et sont fermées par de
grandes fenêtres garnies de coquilles transpa-
rentes, dont les panneaux se poussent les uns
derrière les autres. Cette construction est excel-
lente pour procurer de la fraîcheur aux apparte-
mens ; mais {es bâtimens ont à l'extérieur une ap-
parence désagréable.
Les édifices publics et les églises sont solide-
ment construits ; les clochers principalement sont
très-massifs. La cathédrale est grande ; elle a un
archevêque et douze chanoines.
Le palais du gouvernement est considérable ,
mais il n’offre rien d’extraordinaire. La place qui
est en avant est vaste et régulière ; le gouverneur
y. a fait planter des arbres et poser des lanternes.
Cet embellissement produit un bon eftet; mais if!
eût été plus convenable de réserver cet emplace-
ment pour rassembler ia troupe.
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 389
If existe à Manille plusieurs couvens qui oc-
cupent au moins je tiers de Ia ville. Les Jésuites
y avoient autrefois deux églises, celle de Saint-
Ignace et celle de Saint-Joseph ; elles sont encore
très-bien décorées. Les Dominicains possèdent deux
colléges, et les Augustins une maison. Ïl y a un
couvent de Sainte-Claire, contenant quarante reli-
gieuses, et de plus une maison dite je monastère
de la Miséricorde , destinée à élever les orphelines,
tant Espagnoles que métisses. Ces orphelines re-
çoivent ensuite une dot, soit qu'elles se fassent
religieuses, soit qu’elles sortent pour se marier.
En sortant de la ville on trouve un pont bâti
partie en pierre et partie en bois ; il est assez large
pour donner un libre passage à deux voitures, et
sert de communication avec les faubourgs, qui
sont au nombre de douze, savoir : Parian, Mi-
nondo , Sainte-Croix, Ilao , Saint-Michel, Saint-
Sébastien , Bagambaya , Saint-Jacques, Notre-
Dame-de-l'Hermite, Tondo , Malati et Chiapo.
Parian qui est en face de la ville, passe pour
le plus considérable ; il a plusieurs rues et est ha-
bité par des Chinois appelés Sangleyes, qui sont
tous artisans , forgerons ou marchands : on en
compte actuellement trois mille. Leur nombre
étoit bien plus orand avant 1602, mais à cette
2?
5
époque il en périt vingt mille. Ces Chinois sont
surveillés avec soin : un alcade et plusieurs officiers
Ba
399 OBSERVATIONS
Espagnols sont chargés de la police, et on pré-
tend qu'ils en retirent beaucoup d'argent, princi-
palement lors de la nouvelle année. La seule per-
mission de jouer au metoua [pair ou non], s’achète
dix mille pièces de huit.
Minondo et Sainte-Croix sont occupés par des
Espagnols et des Indiens. Les premiers , dont les
maisons sont bâties dans le même goût que celles
de Manille, préfèrent de loger dans ces deux fau-
bourgs, pour être plus libres, parce que les portes
de la ville se ferment de bonne heure : quant aux
Indiens , leurs habitations, élevées sur des pieux
ou des poteaux, ont les murs en torchis ou en
nattes , avec des toits couverts en feuilles de pal-
mier. Ce genre de construction ne plaît pas à fa
vue, mais il met à l'abri des inondations et des
tremblemens de terre.
Saint-Sébastien a également de bonnes mai-
sons. On voit dans ce faubourg une longue chaus-
sée, construite par les soins du gouvernement, où
se promènent les habitans , et particulièrement les
dames de Manille, qui sy rendent en voiture. On
prétend que les Chinois ont payé les frais de cons-
truction de ce chemin , les Espagnols leur ayant
suscité quelques difhcultés que largent a apla-
nies : Cestune promenade agréabie, qui donne sur
la campagne et qui est ombragée par quelques
arbres d’arec.
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 391
Tondo est le faubourg le plus au nord : cetoit
jadis une petite ville : son église est la première
que les Espagnols aient bâtie dans ce pays.
Plusieurs canaux partagent ces différens fau-
bourgs , et facilitent le transport des marchandises.
La campagne au dehors de Manille est très=
belle ; le terrain paroît très-bon : il est plat d’a-
bord, mais ff s'élève à mesure qu’on s'éloigne. Les
villages sont ordinairement entourés d’arbres, et
laspect en seroit plus joli si es maisons n’en étoient
pas aussi misérables. On trouve dans chaque vil-
jage une église en pierre , ainsi qu’un bâtiment
pour loger le curé, qui est toujours pris parmi les
moines. Ces derniers, qui sont tous Européens,
jouissent d’une grande considération auprès des
Indiens , tandis que les prêtres séculiers, le plus
ordinairement métis, sont méprisés : aussi le gou-
vernement ménage-t-il beaucoup les curés, car,
en général, Pindien les consulte toujours dans
ses diflérentes entreprises, et même pour le paie-
ment des impôts. Ce sont les Augustins, les Fran-
ciscains et les Carmes déchaussés qui desservent
les paroisses.
En quittant la ville et en remontant ja rivière,
on passe devant plusieurs maisons de campagne ;
elles ont toutes des bains entourés de nattes et
construits sur le bord de l’eau : pendant les cha-
leurs, les habitans riches de Manille viennent sy
Bb 4
392 OBSERVATIONS
baigner ; les hommes et les femmes sont ensemble ;
mais, pour la décence, les hommes conservent
leurs caleçons et les dames mettent de grandes
chemises. A deux milles au-dessus de la ville, on
voit Phôpital royal. Si Pon s'éloigne davantage, on
trouve quelques anciennes maisons presque entiè-
rement abattues , lors de la prise de Manille par
les Anglois, qui, ne pouvant sortir de ja ville sans
être exposés aux coups de fusil que leur tiroient
les Indiens retranchés dans ces habitations, les
mirent dans l’état de délabrement où elles sont
restées jusqu’à présent.
Le jardin de la compagnie est également en
dehors de Ia ville ; il est presque abandonné, et
Ton n'y voit plus aucun des arbres rares et des
mûriers qu'on y avoit plantés. Au milieu on a
élevé à la mémoire de M. Pineda , mort dans lex-
pédition de M. de Malespina, un monument qui
ressemble plutôt à une fontaine qu’à un mausolée ;
il est entouré de quatre énormes bornes, chose
assez inutile dans un jardin.
À quelque distance de Malati, village situé près
de la baie et à une lieue de Manille, les Espagnols
ont bâti le polverista [ ou poudrière |. Ce petit
fortin est assez mal placé , car, étant trop loin de
la ville pour en être secouru , il seroit bientôt pris
par les ennemis dans un cas de descente, et leur
serviroit beaucoup.
|
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 393
M. d'Aguilar, gouverneur des Philippines à
l'époque où jetois à Manille, craignant quelques
tentatives de ja part des Anglois, a fait creuser
près de ja polverista un canal qui communique
avec ja rivière, de manière que les chaloupes ca-
nonnières peuvent aller dans Ja baie et la quitter
sans danger, ou se mettre à l'abri des jetées qui
servent à en garantir l'entrée. On a emploÿé à
cette construction des palmiers sauvages / palma
brava ] : le bois en est creux, dur, coriace et ca-
pable de résister long-temps dans eau ; on s’en
sert aussi pour faire les gouttières qui entourent
les toits et qui conduisent l’eau dans les citernes ,
dont presque toutes les maisons de Manille sont
pourvues.
PORT DE CAVITE.
Ce port est à trois lieues au sud de Manille. Les
vaisseaux s’y réfugient dans la mousson du sud-
ouest , et reviennent mouiller devant la ville dans
la saison des vents du nord et du nord-est.
La ville de Cavite est petite et située sur une
langue de terre ; elle n’a qu'un faubourg, nommé
Saint-Roch. Le fort est bâti à l'extrémité de la
ville ; ïl est foible et ne pourroit pas tenir contre un
vaisseau de guerre. On doit être attentif, en dou-
blant la pointe, à ne pas la serrer de trop près,
ear il y a un bas-fond. Les Espagnols ont un
394 OBSERVATIONS
arsenal à Cavite, et C’est-là qu'ils construisent les
gros bâtimens de commerce.
BAIE DE MANILLE.
La baie de Manille est d’une vaste étendue; elle
a près de huit lieues de diamètre en tous sens ;
le brassiage est considérable. Les bords en sont
boisés en partie et couverts de villages / n° 97 ).
L'ile du Corrégidor est à l'entrée de ja baïe ; c’est
de à qu'on signale les navires qui sont en vue.
Les Espagnols ny ont élevé aucune batterie, dans
la crainte que les Anglois ne s’en rendissent les
maîtres et ne s’en servissent pour les incommoder.
On passe indifféremment des deux côtés de
l'ile ; mais le passage du sud entre Pulo-Cavalo
et ja grande terre a plus de largeur et la mer y est
plus belle , même durant les vents de nord-est,
que dans la passe du nord, qui, à partir de ja
pointe Mirabelle jusqu'à File du Corrégidor , n’a
pas tout-à-fait une lieue d’étendue. La mer étant
profonde de ce côté, les navires y passent assez
souvent; mais les vents s’y font sentir avec vio-
lence, et l'on doit s’en méfier lorsqu'on voit sur-
tout le sommet des montagnes couvert de nuages.
I faut également prendre garde aux rochers ap-
pelés puercos, qui sont à la pointe Tagale, et qui
s’'avancent à une distance assez considérable dans
la mer.
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 390$
La Monja peut se ranger de fort près, ainsi que
Je Fraile, mais Pulo-Cavalo a des ressifs au nord.
Pour défendre lPapproche de la baïe , il seroït im-
portant que les Espagnols construisissent des bat-
teries et des redoutes sur toutes Îles pointes avan-
cées soit de la terre ferme, soit des îles voisines,
et qu’en outre ils entretinssent continuellement
une flottille de chaloupes canonnières auprès de
l'ile du Corrégidor; car, dans la situation présente,
une escadre peut entrer et mouiller devant Ma-
nille avant qu’on en ait la moindre connoïssance.
On a placé, il est vrai, un garde-côte à la pointe
Mirabelle ; mais il ne sert à rien : car, lorsque
nous entrâmes dans la baie, ce bateau ne put nous
joindre , quoique nous n’eussions que nos seuls
huniers, et nous 位 mes obligés d'amener entière-
ment pour lui donner la facilité de nous atteindre.
Il y a de l'eau par-tout dans ja baie , excepté sur
le banc de Saint-Nicolas, dont l'étendue n’est ce-
pendant pas aussi considérable que l'indique ia
carte de M. d'Après. On peut le passer indiffé-
remment au nord et au sud; mais il vaut mieux
tenir le sud dans la mousson du sud-ouest; Ia mer
est plus belle de ce côté, le vent plus doux, et
lon peut longer ja terre sans crainte, car ïl y a de
Jeau. Nous avons couru des bordées dans fia baie
de Manille, et nous sommes remontés jusqu’à son
extrémité septentrionale : la seule attention qu'on
396 OBSERVATIONS
doit avoir, est de ne pas s'approcher de ja côte de
plus de trois quarts de lieue. Les vaisseaux mouillent
en dehors de Manille, à trois quarts de lieue de
distance et au-delà de la barre : c’est aussi le ren-
dez-vous de ceux qui, étant entrés dans ja rivière,
ne peuvent y compléter leur chargement.
HABITANS DE MANILLE.
On porte à trois mille Ie nombre des habitans
de Manille, parmi lesquels tous ceux qui jouissent
de quelque considération ne sortent qu’en voiture.
Le gouverneur va à six chevaux, précédé de plu-
sieurs cavaliers : usage est de s'arrêter Iorsqu'il
passe. Le procureur fiscal, les auditeurs, Je lieu-
tenant de roi et l'évêque vont à quatre chevaux :
les particuliers n’en peuvent mettre que deux. Le
cocher se place comme les postillons chez nous ;
les voitures viennent ordinairement du Bengale,
on en fait aussi x Manille sur des modèles An-
glois. L'entretien d’un équipage coûte peu ; il est
possible d’avoir pour vingt à trente piastres une
paire de chevaux, et leur nourriture et le cocher
n’en demandent que six ou huit par mois.
La femme du gouverneur et quelques dames de
distinction seulement s’habillent à leuropéenne ;
les autres ne se servent point de poudre, et leurs
cheveux sont relevés et noués sur je derrière de
la tête , ou tombent en nattes sur les épaules :
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 397
en général , elles mettent peu de goût dans leur
coiffure ; elles ont des jupes courtes , des corsets
busqués , des talons fort élevés , et portent presque
toutes autour du cou une chaîne d’or avec un
médaïllon qui contient quelques reliques. Les
hommes s’habillent mieux, mais ifs ont l'air un
peu empesé.
La femme a Ie soin du ménage; le mari ne s’en
mêle que pour donner de Fargent, qu'il va cher-
cher à fa Dodeoa | magasin | ; lorsque le sac de
mille piastres est vide, la femme en redemande un
autre.
Il y a peu de divertissemens à Manille ; on se
rassemble le soir dans quelque maison. La société
est triste et froide ; les demoiselles chantent ou
touchent le piano : les dames sont ordinairement
d'un côté et les hommes de lautre.
Les femmes ont la voix un peu élevée, et chan-
tent du gosier ; elles fument toutes ; Îles cigares
des dames sont de cinq à six pouces de long , et
grosses comme un bon doigt.
J’assistai à Manille à plusieurs bals, entre autres
à celui que donna M. d’Avala, commandant de
la marine. Le gouverneur, sa femme et toutes
les personnes de distinction de ia ville avoient
été invités. L’archevêque et le grand vicaire s’y
rendirent, mais ils se tinrent dans une pièce
voisine de celle où l’on dansoit. On dansa des
398 _ OBSERVATIONS
contre-danses, des menuets et même Ja danse ap-
pelée fandango, mais d’une manière très-décente.
On chanta aussi, suivant Fusage Espagnol, des
boleras , airs dont quelques-uns me parurent très-
agréables.
Les femmes, dans jes maisons particulières ,
dansent aussi des menuets, mais d’une manière
assez singulière ; elles y entreméêlent de temps en
temps quelques pas du fandango : en général,
elles paroissent peu habituées à cette danse; car
les menuets dureroient toute une soirée , si lon
n’avoit pas la précaution davertir les danseuses
qu'il est temps de finir. Je ne parleraï pas ici des
danses exécutées par les métisses et par plusieurs
Espagnoles dans l'intérieur de leurs maisons : ces
danses sont extraordinairement lascives.
Ayant été invité à un bal chez des Espagnols,
je vis qu'on avoit eu attention de couvrir un
Christ qui étoit au fond de ia salle dans laquelle
on dansoit. Le curé de ja paroisse se présenta
pour voir la danse, mais il resta à la porte. Dans
toutes ces occasions on sert toujours une grande
quantité de rafraîchissemens, de confitures et de
pâtisseries.
Le teint des Espagnols nés à Manille est légè-
rement basané , mais ceux qui sont nés en Europe
conservent leur blancheur. Les uns et les autres
sont bons, civils et complaisans ; et, durant mon
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 399
séjour à Manille, je n’aï eu qu’à me louer de leurs
bons traitemens : j'en peux dire autant du gou-
verneur , M. d'Aguilar , et des autres personnes
en place , dont j'ai éprouvé Ia bienveïllance dans
plusieurs circonstances.
Les Indiens sont laïds et ressemblent aux Ma-
laïs ; leur taille est moyenne et leur teint basané ;
les femmes ne sont pas mieux. Les hommes portent
une chemise, un pantalon, un chapeau et des pan-
toufles ; les élégans ont en outre une veste noire
avec un mouchoir dans chaque poche, un troisième
autour du cou et un quatrième dans ja main. Ces
mouchoirs viennent de Madras, et, comme on les
brode ensuite à Manille , ils coûtent fort cher. Les
Indiens fument des cigares de quatre à cinq pouces
de long et grosses comme le petit doigt.
Les Indiennes portent une chemisette et une
jupe , et s’entourent en outre d’une pièce d’étofte
longue et étroite, qu’elles appellent tapiss, et qui
est faite avec des fils de bananier. Leurs chaus-
sures sont petites, et très-souvent le petit doigt du
pied sort en dehors. Leurs cheveux sont relevés et
noués sur le derrière de ja tête : quelquefois ces
femmes se couvrent entièrement d’un grand man-
teau noir tombant jusqu’à terre, et au haut duquel
il y a deux petites bandes étroites qui pendent de
chaque côté sur les épaules.
Les chirouttes ou cigares des Indiennes et des
400 OBSERVATIONS
métisses ont un pied de long sur un pouce et demi
de diamètre , et peuvent durer pendant une quin-
zaine de jours ; enfin, elles sont si énormes , qu’on
est forcé den aplatir l’extrémité pour pouvoir Tin-
troduire dans Ia bouche.
Les Indiens, comme tous les Malais, ont une
passion extrême pour les combats de coqs , mais il
ne leur est pas permis de jouir à leur gré de ce
spectacle. Un Indien sort rarement sans porter un
coq, et aussitôt qu'il rencontre un autre Indien
avec le sien , les deux animaux sont mis à terre et
s’attaquent ; mais Îles combats à mort ne peuvent
avoir lieu que dans une place faite exprès , et que
le roi afferme de vingt à vingt-cinq mille piastres :
c’est [à que les Indiens parient et jouent tout ce
qu'ils possèdent. Le sort des parieurs est bientôt
décidé , les combattans étant armés de fers tran-
chans , et la mort d’un des deux coqs n'étant que
affaire d'un instant.
Les Indiens exercent à Manille toutes sortes de
professions , telles que celles de marchands, arti-
sans, ouvriers, cochers, laquais et porte-faix; is
s'entendent très - bien encore à conduire les ba-
teaux.
Les Chinois y font également différens métiers,
mais de préférence ceux qui exigent plus d’indus-
trie, tels que lorfévrerie, les ouvrages de marteau,
le jardinage, &c. Ils ont la faculté de s’y marier ;
‘5 leurs
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 4Of
leurs femmes travaillent aussi, mais elles mettent
leurs gains à part; et lorsque le mari, se trouvant
assez riche, quitte le pays pour s’en retourner dans
sa patrie, il laisse une portion du bien à sa femme
qui garde les enfans et en prend soin.
Les Chinois qui habitent Manille, professent le
christianisme , mais ce n’est que pour Îa forme,
car, lorsqu'ils partent des Philippines, ils jettent à
la mer les images ou les chapelets, et cessent d’être
Chrétiens en passant la pointe Mirabelle.
Les vivres et les provisions sont en abondance
et à bon marché à Manille ; le poisson que lon
pêche dans ja baïe est bon; mais celui qu’on prend
sur ja barre et près des digues, est lourd et pesant
parce qu’il se nourrit des immondices que la rivière
y charie. On boit ordinairement dans cette ville
et dans les faubourgs de l’eau de citerne; chaque
maison a son réservoir, qui se remplit d’eau de
pluie par le moyen de gouttières : si l’on veut boire
de l’eau vive, on est obligé de la faire venir de
Sainte-Anne. La ville manque de moulins ; maïs je
gouverneur qui y etoit en 1797, et qui ne s’occu-
poit que de ce qui pouvoit améliorer fa colonie,
avoit fait venir exprès de Quanton un mécanicien
Genevois, pour tâcher den établir sur la rivières
BATEAUX.
On voit sur [a rivière et le long du rivage de
TOME III. Ce
402 OBSERVATIONS
la baie , beaucoup de bateaux ; ils sont d’une
construction très-fine et garnis de balanciers à
l'extrémité desquels, lorsqu'il vente, les matelots se
placent pour contre-balancer l'effort du vent sur Ia
voile; mais cette pratique n’est pas toujours sûre,
car il arrive quelquefois que les bamboux qui for-
ment ces balanciers, se rompent, alors le bateau
chavire et les hommes périssent. On passe Ia ri-
vière dans de petits bateaux appelés Pangues, faits
d’un seul tronc d'arbre, et qui contiennent deux
ou trois personnes ; il y en a cependant de plus
grands et qui peuvent en recevoir douze à quinze :
ces bateaux vont à [a rame, et marchent bien.
TEMPÉRATURE.
L'air est bon à Manille; cependant je laï trouvé
un peu lourd, qualité qu’on doit attribuer à fa
chaleur humide occasionnée par la grande quan-
tité d’eau qui, dans la saison des pluies, inonde une
partie des terrains bas, et à [a mauvaise odeur que
répandent les vases qui couvrent fa plage en face
de Tondo , toujours à découvert lors de la mer
basse. Dans la campagne, où je terrain est plus
élevé et plus sec, Pair est plus pur. Les tempêtes
et les pluies sont violentes dans la mousson d'ouest,
de sud-ouest et de sud : ces vents soufflent durant
les mois de juin, de juillet et d'août; les campa-
gnes sont alors inondées, et la communication ne
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 403
se fait plus que par bateaux. Dans le mois doc-
tobre Îes vents commencent à souffler du nord et
du nord-est; ils passent ensuite en décembre à l’est
et au sud-est, où is restent fixes jusqu’en mai;
c'est alors je temps de la belle saison. Le mélange
de chaleur et d'humidité qu’on éprouve à Manille,
incommode les étrangers; mais les Indiens, habi-
tués à cette température , vivent fort long-temps ;
d’ailleurs les maisons qu'ils habitent étant élevées
au-dessus des eaux, ïls se trouvent à l'abri de
Fhumidité, et Pair qui circule librement, non-
seulement les rafraïchit, mais les garantit d’une
trop forte chaleur.
TREMBLEMENS DE TERRE.
Les îles Philippines sont sujettes aux trem-
blemens de terre : celui qui eut lieu en 164$,
renversa une partie de ja ville de Manille. J’en
éprouvai un pendant mon séjour, qui fut si vio-
lent que plusieurs Espagnols qui avoïent été à
Lima, m'assurèrent en avoir senti peu d’aussi forts.
11 commença vers les deux heures de l'après-midi ;
je crus, dans le premier moment, que quelqu'un
tiroit ma chaise ; toutes les maisons craquèrent,
des pans de muraille s’écroulèrent, des clefs de
voûtes furent déplacées, et l'eau sortit des auges
et de plusieurs puits. Dans la maison où je demeu-
rois, trois doigts d’eau s’écoulèrent d’une grande
C'e 2
一
人
}
404 OBSERVATIONS
cuvette qui étoit pleine; ies lampes balancèrent,
et le mouvement de ja voiture qui étoit sous Îa
porte, fut celui d’une voiture qui passe dans une
rue à moitié dépavée : quand je fus descendu dans
la cour, la terre trembloiït sous mes pieds, la maison
penchoit tantôt d’un côté et tantôt de l’autre, et je
m'attendois à chaque instant à la voir s’écrouler :
lorsque les secousses cessèrent , j’étois totalement
étourdi, et j'éprouvois des douleurs dans les ge-
noux. Rentré dans la maison , je trouvai que le
principal pilier qui soutenoit le toit étoit fendu
en deux. Les vaisseaux ancrés dans le port ne
ressentirent point le tremblement de terre, tandis
qu'un navire anglois qui se trouvoit en mer à
onze lieues de Manille, léprouva : toutes les par-
ties du vaisseau craquèrent, le grand mât s’en-
leva et retomba sur la membrure, et fon fut obligé
de le soutenir avec des mäteraux pour pouvoir
ramener le bâtiment dans Ia baie. Les secousses
de ce tremblement de terre durèrent trois minutes
et quatorze secondes , et continuèrent pendant
plusieurs jours de suite, en se faisant sentir à dif-
férens intervalles , et quelquefois avec violence.
Le premier jour , je temps étoit calme, nébuleux
et grisätre, l'air étoit chaud et lourd, le vent venoit
par bouffées, et de temps en temps il tomboit une
petite pluie : ce sont les signes avant-coureurs d’un
tremblement de terre.
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 405$
Les Indiens sont fort tranquilles dans ces mo-
mens d’une consternation générale ; leurs maisons
se meuvent en tous sens, et suivent les oscillations
du tremblement; elles ne redoutent que les oura-
gans, qui leur sont funestes et [les emportent quel-
quefois avec ceux qui y demeurent ; tandis qu’a-
lors les Espagnols, dont les habitations sont plus
solides, réstent calmes chez eux. Ainsi l’homme
par-tout voit avec indifférence le malheur qui ne
le touche pas, et ne s'inquiète que de sa propre
conservation. C’est dans cette vue , et pour obtenir
du ciel d’être préservés de nouveaux accidens, que
les prêtres et toutes les personnes qui habitoïent
Manille, firent des processions et promenèrent
avec grande pompe limage d’un saint qu’on in-
voque ordinairement dans ces circonstances.
GOUVERNEMENT DE MANILLE.
Le gouverneur est le maître absolu et le pré-
sident du conseil, qui est composé de quatre
auditeurs, et d’un procureur fiscal.
Le lieutenant de roi et les officiers royaux jouis-
sent d’une grande considération.
Le gouverneur dispose de toutes les places , et
nomme jes alcades et le capitaine du galion. Sa
place est pour huit ans, et peut valoir de treize
à quatorze mille pièces de huit. Lorsque le gou-
verneur est remplacé, il est d'usage qu'il subisse
C'e3
406 OBSERVATIONS
un examen qui dure trois mois : pendant ce temps,
toutes Îles personnes qui ont des sujets de plainte
contre lui , font leurs réclamations ; ce moyen, bon
dans son institution , n’est pas suivi à la lettre : il
a pu être fatal dans certains cas; mais ordinaire-
ment un présent donné au nouveau gouverneur,
arrête toutes les poursuites : on dit que ce cadeau
s'élève quelquefois jusqu’à cent mille écus.
Les revenus de ja colonie consistent dans je
tribut des Indiens, les douanes , les droits perçus
sur je vin, sur je tabac et sur le combat des coqs ;
ils peuvent s'élever chaque année à cinq et six
cent mille piastres ; mais cette somme ne suffisant
pas pour ses dépenses, le gouvernement dAme-
rique y supplée par lenvoi annuel de deux cent
cinquante mille autres piastres.
COMMERCE DES ESPAGNOLS.
Le commerce de Manille, qui pourroit être très-
considérable, se réduit à celui qui se fait avec Aca-
pulco, par le galion, et à quelques caboteurs ,
pour la Chine; encore le nombre de ces derniers
est-il diminué depuis que la compagnie Espagnole
envoie elle-même ses vaisseaux à Quanton , et y
entretient des facteurs.
Le commerce d’Acapulco n’est pas libre pour tout
le monde ; la charge du galion se divise en quinze
cents ballots, dont une grande partie appartient
.
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 407
aux couvens , et lautre à des particuliers aux-
quels on les a donnés pour récompenses, ou au-
trement.
Ces ballots ou portions se vendent aux négocians
qui veulent charger. La cargaison doit s'élever à six
cent mille piastres , mais elle va au double. Elle
consiste en mousselines , toiles des Indes, soies
écrues , soieries et bas de soïe de Chine; on charge
de ce dernier article à-peu-près cinquante mille
paires, le reste consiste en ouvrages d'orfévrerie
faits à Quanton, ou à Manille par les Chinois,
en joyaux , en épicerie, en poudre d'or, et en
objets divers de mercerie. Le chargement est fait
avec soin, et aucune place ne reste vide. La va-
leur du vaisseau pris par Anson, étoit d’un miïl-
lion trois cent treize mille pièces de hutt [ près de
neuf millions de livres tournois |, non compris
trente-cinq mille six cent quatre-vingt-deux onces
d'argent fin, de la cochenille et d’autres articles de
prix.
La vente de ja cargaison du galion à Acapulco,
donne cent pour cent de bénéfice, partie en ar-
gent et partie en cochenille, en mercerie, en Pi-
joux, en draps et en vins d'Espagne. La valeur
totale du chargement de retour peut s'élever à près
de deux à trois millions de piastres , dont deux cent
cinquante à trois cent mille pour le compte du roi.
Ordinairement il y a un galion , quelquefois
CE 4
408 OBSERVATIONS /
deux: ce bâtiment, après avoir reçu la bénédiction
de la Vierge, de dessus les remparts, quitte Ma-
nille à Ja mi-juillet, passe le détroit de San-Ber-
nardino , ce qui n'arrive souvent qu'environ un
mois ou six semaines après son départ, et cingle
ensuite au nord jusque par les trente degrés , pour
atteindre les vents d'ouest : il porte ensuite à l'est
jusqu’à la côte de la Californie, et arrive à Aca-
pulco en décembre ou janvier, le plus tard en
février. La vente est bientôt terminée, et le galion
repart à la mi-mars ; il prend la latitude de treize
et quatorze degrés, et porte à l’est jusqu’à latter-
rage de Guam, l’une des îles des Larrons , où il
prend des renseignemens, renouvelle son eau et
ses rafraîchissemens : il dirige alors sa route sur
le cap Espiritu-Santo dans l'ile de Samar , passe
le détroit de Bernardino, et arrive à Manille en
juin. If y a toujours un navire préparé lors de son
retour, pour repartir de suite.
Les galions appartiennent au roi; js sont de
douze à quinze cents tonneaux, et armés de cin-
quante à soixante pièces de canon ; c’est le roi
qui nomme les officiers et paie les équipages.
Le capitaine a le titre de général, et porte lé-
tendart d'Espagne au grand mât; sa place lui vaut
trente mille piastres; aussi le gouverneur de Ma-
nille ne la donne qu’à ses protégés. Les matelots
ont trois cent cinquante pièces de huit, dont ils
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 409
reçoivent soixante-dix à Manille , et le reste à
Acapulco. L'équipage, avec les passagers, monte
à six cents personnes. Au retour, comme Ia car-
gaison n’est pas d’encombrement , on monte ja
batterie basse qui, dans la première traversée ,
étoit restée à fond de cale, et l'équipage est ren-
forcé par une ou deux compagnies de soldats.
IT est étonnant que les Espagnols, en débou-
quant le détroit de San-Bernardino, ne portent pas
au nord-est et même plus au nord, au lieu de Fest-
nord-est qu’ils suivent ordinairement , et que par-
venus au trentième degré nord, ils continuent leur
route sur ce rumb , au lieu de s'élever jusque par
les trente-six et quarante degrés, où ils trouve-
roïent des vents d'ouest plus forts et qui raccour-
ciroient par conséquent le voyage ; maïs le capi-
taine du galion est forcé de suivre la route qui lui
est prescrite, quoiqu’elle soit moins, favorable pour
se rendre promptement dans [a région des pluies ,
si nécessaires à la conservation de son équipage.
Pourra-t-on jamais s'imaginer que des hommes
osent entreprendre une longue course sur mer
sans une provision d’eau suffisante, et dans Tu-
nique espérance qu'il pleuvra! Cela est cepen-
dant vrai. Les Espagnols mettent toutes les places
à profit sur le galion; et, au lieu d’avoir, comme
nous, des barriques pleines d’eau , ils n’emportent
que des jarres qu'ils suspendent aux haubans et
410 OBSERVATIONS
aux étais, et qu'ils remplissent lorsqu'il survient de
ja pluie.
Après le commerce d’Acapulco, vient celui que
font les caboteurs ou quelques particuliers de Ma-
nille, qui envoient à Macao de petits bâtimens
chargés de riz , qu'ils échangent pour des mar-
chandises de la Chine. L’'Espagnol, en général,
n'est pas négociant ; il donne son argent aux In-
diens , qui le font valoir, ou ïl en achète des sucres
bruts pour jes revendre.
Les gens riches de Manille ne font pas même
le commerce d’Acapulco avec leurs propres fonds ;
mais ils empruntent aux couvens de l'argent à la
grosse , qu'ils rendent avec l'intérêt au retour. Le
bénéfice net et qui rentre aux chargeurs est estimé
dans ce cas de vingt-cinq à trente pour cent.
COMMERCE DES ÉTRANGERS.
Le port de Manille a été ouvert quelquefois,
mais plus souvent fermé aux étrangers. À l'époque
où je m'y suis trouvé, il étoit libre.
Les Anglois y envoient sous pavillon Suédois
et Danois; il y vient aussi des Arméniens des côtes
de 了 Inde , des Portugais et des François. Les Chi-
nois y arrivent tous les ans avec des jonques.
IMPORTATION.
Le commerce d'importation consiste en objets
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. Ait
d'Europe ; savoir : ancres fer plat, carré, rond
let en barres, grappins, enclumes ; acier d’Alle-
magne , clous d’un à dix pouces, outils de menui-
Serie et de charpenterie, cuivre en planches et
clous de cuivre, fer blanc en feuilles, fil d’archal,
toiles à voile , fil, aiguilles et donzelles à voiliers ,
câbles, cordages , plomb en saumons et en plan-
ches , horloges de sable , vitres , verres à boire,
draps d'Europe , vins , eaux-de-vie, liqueurs, vins
de liqueurs, odeurs , essences , eau de Cologne,
chapeaux, bas de soie, lampes de verre, perles et
corail pour rosaire , diamans en rose et brillans
non montés ; dentelles, toiles de Bretagne.
Les objets qui viennent de FInde sont des cam-
bayes, mouchoirs, malmoles, idem brodées, idem
en or et argent, cambricks, éléphantes, toiles du
Nord, percales, jupons à bordures, basquines,
mouchoirs à vignettes, bafetas, garras, mouchoirs
de Masulipatan sans lustre, quelques mouchoirs et
cambayes d’Auticour , &c.
Les marchandises qui sont apportées de la Chine
consistent en soieries diverses , bas de soie , toiles
de nankin , objets d’orfévrerie , porcelaines , &c.
EXPORTATION.
L'exportation consiste principalement en sucre,
indigo , tabac, cuirs, suif, miel, cire, riz, choco-
lat, blé, biscuit, vivres, bougies , bois de teinture,
412 OBSERVATIONS
bois d’ébène, nids d'oiseaux, perles, coquilles de
nacre, rotins.
Lorsqu'un bâtiment est arrivé à Manille, ïl est
obligé de donner son manifeste dans les vingt-
quatre heures : il faut que sa déclaration soit
exacte ; car, si l’on descend quelque marchandise
sans l'avoir déclarée, elle est confisquée. On pré-
sente ordinairement la facture au gouverneur et
aux officiers royaux, qui font une marque aux ar-
ticles qu'ils desirent, et ce Seroit se compromettre
que de Îles vendre à d’autres. Le gouverneur et
les officiers royaux paient bien; 过 seroit à desirer
que ces derniers prissent toute la cargaison, mais
aussi il faut que les-eflets qu’on leur livre répon-
dent à [a montre, et l'on ne doit pas chercher à
les tromper.
Les effets se déchargent à Ia douane, et y sont
placés dans des magasins. Le transport est coù-
teux, car les porteurs vont doucement. IE y a cinq
personnes à la douane pour veïller sur ce qui est
débarqué, et pour percevoir les divers droits. Il
en résulte qu’on ouvre et visite les effets avec len-
teur ; en sorte que, s’il arrivoit seulement vingt
vaisseaux à Manille , leur décharoement dureroit
une année. Les marchandises une fois visitées, on
les emporte chez soi. Les droits de douane sont de
huit pour cent sur le prix de la vente présumée,
qui est fixé à volonté par le chef de fa douane ; de
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 413
orte qu'il arrive quelquefois qu’il surpasse celui de
a vente réelle; maïs il n’y a pas de diminution à ob-
enir et les droits sont irrévocablement réglés , à
noias qu’on n'ait à traiter avec un chef de douane
ssez complaisant, comme Tetoit celui qui avoit
ette place Jors de mon passage à Manille, pour
ermettre de déposer jes effets à la douane, et de
ren payer les droits qu’en cas de vente.
Le commerce est difficile et chargé d’entraves.
Les affaires se traitent avec peine et lenteur ; il faut
aire à chaque pas des requêtes sur papier timbré,
pour demander le déchargement ou le charge-
ment, pour avertir qu'on est chargé ou qu'on veut
mettre à la voile. Le chargement, d’ailleurs , est
toujours long , parce que les bateaux du pays ne
s'exposent pas à franchir [a barre s'il vente un
peu ; de plus, on ne peut s’en aller quand on le
desire , à cause des fêtes et des processions qui
sont très-fréquentes dans ce pays, et pendant les-
quelles on n’expédie aucune affaire. De espario,
vous disent les Espagnols /ne vous pressez pas ] :
trop heureux si lon peut sortir avant le change-
ment de mousson, et par conséquent avant les
vents contraires.
POSITION AVANTAGEUSE DE MANILLE.
On voit, par ce que j'ai rapporté ci-dessus ,
quelle est l'importance des Philippines. Ces îles,
4tÀ OBSERVATIONS
par leur position, peuvent faire un commerce im-
mense avec la Chine, la Cochinchine, Camboje,
Borneo, les Moluques, la côte de TInde et celle
de l'Amérique ; mais les Espagnols ne s'étant ja-
mais occupés que du commerce d’Acapulco , ont
négligé tous jes autres ; et la colonie, qui pour-
roit fournir au chargement d’un nombre considé-
rable de navires, peut à peine en expédier quel-
ques-uns.
Les îles Philippines produisent plusieurs mar-
chandises d'exportation; elles peuvent donner du
coton, de larec et du poivre. Si on excitoit Tin-
dustrie des Indiens , ceux-ci s’emploieroient à ja
culture de ces trois derniers articles ; qui fourni-
roient aux Espagnols des marchandises de pre-
mière nécessité pour la Chine, qu’ils échangeroient
pour des soies : dès-lors ils ne seroient plus obligés
d’y porter autant d'argent, et les piastres de l'Amé-
rique reflueroient en Espagne. A ce premier avan-
tage ïl faut en ajouter encore d’autres.
Les Espagnols, en forçant dans les îles Phi-
lippines ja culture du coton, pourroïent fournir
cette production aux Chinois à meilleur marché
que les Anglois ; dès ce moment les cotons de
Bombay ne seroïent plus autant de défaite, et fa
compagnie Angloise, n'ayant plus les mêmes ali-
mens pour ses opérations, se verroit obligée de
tirer de Londres de forts capitaux, et de faire, par
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 415
conséquent, un commerce désavantageux et extre-
mement nuisible à ses intérêts. Dans cette lutte
de commerce , les Espagnols n’ont rien à risquer,
et, au contraire, ils ont tout à gagner. La proxi-
mité des lieux, la modicité des frais de transport,
les mettroient nécessairement en état de demander
beaucoup moins de leurs cotons que les Anglois ;
d’ailleurs, les Chinois préféreroient acheter des
Espagnols les cotons qu’ils païeroïent en soieries ,
plutôt que de les acheter des capitaines de ja côte
de l'Inde, qui en vendent toujours une partie en
argent, qu'ils trouvent ie moyen de faire sortir,
malgré les défenses des mandarins.
Manille pourroit devenir un lieu dentrepot ,
non-seulement pour les navires Espagnols, mais
même pour ceux des étrangers, si le gouver-
nement leur en permettoit l'entrée. En effet, cette
colonie étant approvisionnée des objets de Ia
Chine, soit par les caboteurs Manillois, soït par
les jonques Chinoises qui viennent tous Îles ans
d'Émouy , les navires Européens aimeroient mieux
y prendre leur cargaison de retour , et éviter, par
ce moyen, la perte du temps et les frais de facto-
rerie, de séjour et de mesurage à Quanton.
Les Espagnols de Manille pourroient en outre
aller eux-mêmes à ja côte de l'Inde avec de Tar-
gent, de lindigo , quelques marchandises de Ja
Chine , et s’y procurer en échange des cambayes,
416 OBSERVATIONS
des mousselines , des toiles et des mouchoirs, soit
pour les navires d'Europe , soit pour les charge-
mens d'Acapulco. Le commerce fait de cette ma-
nière deviendroit animé et profitable à Ia colonie.
Mais pour en tirer un grand avantage , il est De-
cessaire de mettre ja colonie sur un pied respec-
table de défense, en y entretenant des troupes Eu-
ropéennes ; il faut fortifier l'entrée de la baie et
lîle du Corrégidor , et avoir quelques frégates
pour croiser sur les côtes et empêcher les Maures
de venir faire des excursions sur je territoire Es-
pagnol ; il faut diminuer et simplifier les droits de
douane, et rendre les opérations commerciales plus
expéditives. C’est se tromper que de calculer seu-
lement sur les droits d'entrée ; les étrangers, en
vendant leurs marchandises, en augmentent indu-
bitablement le prix à proportion de ce qu'ils ont à
débourser ; c’est donc Facheteur qui finit toujours
par payer les droits, et c’est autant d'argent qui
sort du pays : d’aïlleurs , plus les droits sont oné-
reux , plus on tâche de jes éluder; alors c'est l'État
qui perd.
II faut exiger peu des indigènes et des étrangers,
et procurer à ceux-ci et aux Espagnols des facilités
pour vendre et pour acheter. Ces entraves une fois
levées , le commerce centuplera , les droits aug-
menteront à proportion, et fourniront aux dé-
penses de la colonie ; enfin, Îe roi retirera de
l'argent
SUR LES ÎLES PHILIPPINES. 417
l'argent de ces mêmes îles où il est obligé den
envoyer maintenant tous les ans.
Quant à lintérieur , il est nécessaire que ie
gouvernement ne nomme pour alcades dans les
provinces que des hommes probes ; il faut qu’il éta-
blisse un conseil composé de négocians, pour ins-
pecter le commerce, présenter des projets utiles,
les faire exécuter, et veiller en même temps à lagri-
culture ; il faut qu'il ranime les Indiens, en éga-
lisant le tribut, et en jes engageant par-là à se
marier ; il faut qu'il les fasse sortir de Ieur paresse
ordinaire , en leur offrant un débouché avantageux
pour leurs productions ; il faut qu’il les encourage
à s’adonner à l’agriculture , aux arts et aux ou-
vrages d’orfévrerie et de forge : mais, pour cela,
if est absolument important de diminuer le nombre
des Chinois domiciliés. On peut en tolérer une cer-
taine quantité ; 1{ seroit peut - être utile aussi dap-
peler les étrangers , auxquels il conviendroit de
donner des facilités pour s'établir; mais, dans
ces deux cas, il faut agir avec beaucoup de pru-
dence : un trop grand nombre deviendroit dan-
gereux , et lon dbit éviter que ces nouveaux venus
ne soient assez nombreux pour s'associer entre
eux ou avec les Indiens , à l'effet de chasser ceux
qui les auroient accueillis avec bienveillance. C’est
par de tels moyens qu’on parviendra à ranimer les
Indiens, et à faire sortir les Espagnols de espèce
TOMENTIT, D d
418 OBSERVATIONS
de léthargie dans laquelle ils restent comme en-
gourdis , et que, d'un commerce languissant ou
même presque nul, on fera un commerce suivi
et très-actif. Les particuliers trouveront dans ja
libre communication entre la Chine, Acapulco et
Manille , une source immense de richesses ; et le
gouvernement ; en les secondant, se procurera de
l'argent , des matelots, une bonne marine, et se
mettra en état de repousser toute attaque inat-
tendue.
D'après ce que je viens de dire, ïl est aisé de
voir qu'avec peu d'efforts les Espagnols peuvent
faire un grand commerce aux Philippines, et tirer
un parti très-lucratif d’une colonie dont les pro-
duits et les ressources sont incalculables ; maïs ils
sont si indifférens sur les avantages qu’ils pour-
roient retirer de ces îles, que , sous Philippe IL
et Philippe HT, on délibéra dans le conseil à Ma-
drid, si l'on n’abandonneroït pas Manille.
I eût été à desirer que Îles François eussent
pu obtenir fa cession des Philippines , dont fa
possession , suivant Île cardinal Alberoni, dans
son Testament politique, auroit été aussi avanta-
geuse pour eux qu’utile à la colonie elle-même.
Mais si les Espagnols en doivent rester les maîtres,
il est essentiel qu'ils veillent attentivement à sa
conservation. Une nation jalouse de s'emparer du
commerce de l'univers, convoite depuis long-temps
SUR LES ÎLES PHILIPPINES: 419
l'ile de Manille; autrefois maîtresse pour un ins
tant de cette riche colonie, elle se repent aujour-
dhui de lavoir abandonnée ; et si elle s’en empare
une seconde fois, elle ne la rendra plus. Que les
Espagnols s'occupent donc à conserver Îles Phi-
lippines : la perte de ces îles seroit irréparable ; 这
vaut mieux se pénétrer des conséquences d’un
revers avant de lavoir éprouvé, que d'y songer
lorsqu'il n’est plus temps de l'empêcher.
DÉPART de Manille, et RETOUR à l'ile
de France.
Nous quittâmes Manille le 7 mars 1797 (a) à
cinq heures du soir , et le 1 3 nous doublämes Pulo-
Sapate à l'ouest. If faut éviter de prendre cette
route, à cause d’un bas-fond qui s'étend à près de
deux lieues dans le nord-nord-ouest de File , et
sur lequel il paroît qu'il y a peu d'eau.
Le 21 nous entrâimes dans le détroit de Banca;
les courans sortoient et entroient alors également.
Parvenus, au 1. avril, dans le détroit de Îa
Sonde, nous en sortimes le > avec des vents de
3
nord-ouest, qui passèrent ensuite au nord, en
(a) Les bancs de Boulinao et de Massinlou, qu'on trouve en
dehors de Manille, sont marqués trop à l'est sur les cartes ; ils
sont plus à l’ouest et plus rapprochés du banc appelé Scarbo-
rough (7.96 }.
D 42
420 OBSERVATIONS
augmentant toujours de force, de sorte que le 14
nous éprouvâmes une violente tempête. Nous res-
tâmes pendant douze heures je côté de tribord dans
l'eau, et nous fûmes obligés de jeter les canons de ce
même côté pour nous redresser un peu : enfin le
vent étant diminué, nous 位 mes de la voile et nous
continuâmes notre route pour Rodrigues , dont
nous eûmes connoissance le 28. Nous primes sous
le vent de cette île, pour éviter les croiseurs An-
gloïs ; et après avoir longé, pendant ja journée
du 1. mai, toute la partie méridionale de File de
France , nous mouillâmes le même soir dans le
port.
La latitude de l'ile est de 20° 9 45", et sa Jon-
gitude de 55° 8° à Fest du méridien de Paris. Sa
Iongueur du nord au sud est d'environ quatorze
lieues , sa largeur de dix, et son pourtour de près
de quarante.
ile de France a deux ports ; mais, quoique
dans mes deux voyages j'en aïe fait le tour à peu
de distance de ja côte, je n'ai point aperçu je
Grand-port, ou le port qui est situé dans la partie
orientale de Pile. L'air de cette île est tempéré, et
même frais dans les habitations ; la chaleur ne se
fait sentir fortement qu’à la ville, à cause des mon-
tagnes qui l'entourent et [a mettent à labri des
vents de sud-est qui pourroient Ja rafraichir.
Les vents de sud-est souflent généralement à
SUR L'ÎLE DE FRANCE. 42T
Pile de France , excepté depuis octobre jusqu’en
avril, qu'on éprouve des vents variables ; c’est le
temps des pluies. On essuie quelquefois des oura-
gans violens ; les rivières sortent alors de leurs jits ;
les arbres, les plantes sont arrachés, et les mai-
sons renversées ; les navires ne sont pas toujours
à l’abri dans le port, et jen ai vu qui, dans ces cir-
constances, ont été jetés à la côte. Les ouragans
ont lieu depuis ja fin de septembre jusqu’en mars,
et paroissent devoir leur origine aux vents qui con-
trarient ceux de ja mousson ; ainsi [a cause des
coups de vent seroit la même qu’à la Chine.
L'ile de France est entourée de ressifs qui s’é-
tendent dans certains points à plus d’une jieue au
large : je côté méridional est plus à pic, et la mer
brise sur [a côte, excepté dans un petit nombre
d'endroits.
Tout indique qu’il y a eu jadis un volcan dans
cette île; le terrain est recouvert presque par-
tout d’une grande quantité de pierres volcaniques,
rondes, de différentes grosseurs, ordinairement
compactes, quelquefois poreuses et d’une couleur
grise tirant sur le noir. Les montagnes, dont il
y a un bon nombre, semblent avoir été boule-
versées, coupées et déchirées, pour ainsi dire,
par l'effet des tremblemens de terre; mais elles ne
sont pas le produit des volcans, et fleurs bancs
sont plus ou moins inclinés à l'horizon , suivant
D d ;
422 OBSERVATIONS
la disposition générale de l'espèce de pierre qui
les compose.
Le terrain est assez bon, mais sec; il est rou-
geûtre dans plusieurs cantons. On ne laboure pas
profondément la terre, mais on ja façonne à
coups de pioche : les racines des plantes sont ca-
chées sous les pierres, quiles maintiennent fraiches
et à l'abri du soleil. On y cultive le froment, l'orge,
Tavoine , le riz, le maïs, le manioque , le coton
(qui est tres-beau ) Ia canne à sucre, l'indigo et
le café (qui est inférieur à celui de Bourbon). On
y trouve des plantations de girofliers que ion en-
toure de haies formées avec des jamrosa , afin de
les défendre du vent, qui, sans cette précaution,
les romproit facilement. Les muscadiers ne sont
pas aussi communs : j'ai vu quelques savoniers
dans les plaines de Wilhem.
On fait venir dans les jardins une partie des lé-
gumes d'Europe , et beaucoup de patates douces.
Les fruits les plus communs sont la banane , la
mangue , l'ananas , le panglemousse, ja goyave,
Vate, la papaye et la pêche. Les cocotiers y vien-
nent bien ;.il y a très-peu de mangoustiers. Les
oranges ne sont pas bonnes à file de France,
tandis que celles de Bourbon sont douces.
ie de France est arrosée par une grande
quantité de ruisseaux ; quelques-uns viennent du
milieu de file, et sont assez considérables pour
SUR L'ILE DE FRANCE. 423
recevoir le nom de rivières ; les côtes fournissent
une moyenne quantité de poissons.
Cette île étoit autrefois entièrement boisée ;
peu à peu on a abattu une partie des arbres pour
en faire des planches , pour bâtir des maisons et
pour nettoyer le terrain ; mais cette opération n’a
pas été et n’est pas encore faite avec intelligence :
on détruit et lon ne replante pas. Les terres, dé-
pouillées par ces grands abattis , sont devenues
sèches et presque arides , soit parce qu’elles se
trouvent trop exposées à lardeur du soleil, soit
parce que rien mrarrete plus les vapeurs nécessaires
à fa formation des nuages , et par conséquent des
pluies qui entretenoiïent ja fertilité. On a voulu
remédier à ce mal en plantant l'arbre appelé bois
noir; mais cet arbre est tout au plus bon à brûler ;
et, d’ailleurs , il n’a pas réussi par-tout, parce que
le sol ayant été trop desséché par Fardeur du so-
leil, ou ayant été trop lavé par les pluies , il ne
reste plus assez de terre végétale.
À cet inconvénient il faut en ajouter d’autres.
Premièrement, il vient à l’île de France une espèce
d'herbe épaisse et grossière qui sert aux pâturages,
et qui, après avoir atteint une hauteur assez con-
sidérable , se sèche vers fa fin du mois d’août ; les
Noirs y mettent le feu dans le mois de septembre,
et [a flamme qu’elle produit dessèche les arbres et
les fait périr: En second lieu, la permission qu’on
D d 4
424 OBSERVATIONS
donne aux Nègres des habitans de Ia ville d'aller
faire des fagots dans Îles montagnes, nuit infr-
niment à Ja croissance des arbres, parce qu'ils
les coupent indifféremment : enfin , les chèvres
des Indiens qui habitent le camp Malabar, allant
paitre sur les hauteurs, broutent et détruisent
tout ; aussi les bois, en général, se dégradent-ils
prodigieusement.
Parmi les arbres qui croissent à l'ile de France,
il faut distinguer le bois d’ébène, le tacamaca, le
bois de lait, le Pois de natte à grande et à petite
feuille, le cannellier, le bois d'olive et le bois puant.
Ces bois sont très-propres pour la menuiserie et la
‘ charpente.
Lorsque j'arrivai à l'ile de France, en 1796 , on
trouvoit par-tout des haies de raquettes ou do-
puntia ; mais un particulier ayant depuis apporté
des œufs de cochenille dans Ia colonie, ces insectes
se sont multipliés au point qu'ils ont entièrement
détruit les opuntia.
On rencontre dans les bois, des cerfs , des cabris,
des cochons sauvages, des lièvres, des singes et
une grande quantité de rats et de souris. Ces trois
dernières espèces d'animaux font de grands dégâts
dans les plautagtons. On voit aussi des perroquets,
des pintades, des bengalis ou petits oiseaux rouges,
et une sorte de perdrix.
Les insectes les plus incommodes sont les carias,
Dre
SUR L'ÎLE DE FRANCE. 425
| es kakerlaques, les moustiques, les scorpions, les
scolopendres et les guêpes. On prétend que les
serpens ne vivent pas à Pile de France; ïl est dif-
ficile de dire si cette assertion est vraie ou sans
fondement, mais ïl est certain qu’on n’y voit aucun
de ces reptiles.
Les bestiaux ne sont pas abondans ; les moutons
sont rares , et le bœuf, excepté celui qu’on trans-
porte de Madagascar, n’est pas très-bon : les va-
ches , à la réserve de celles qui viennent d'Eu-
rope, ne donnent pas beaucoup de lait.
Si Pile de France eût été une colonie étrangère,
j'aurois tâché de faire connoître les mœurs et les
usages des habitans ; maïs ce que je Pourrois en
dire étant déjà connu, je me bornerai à faire voir
son utilité et son importance pour la France.
Tmportance de l'ile de France,
C'est par ja destruction de plusieurs milliers
d'hommes, et par la perte de sommes considé-
rables , que fa plupart des nations de l'Europe ont
formé des établissemens dans l'Asie. Quelles que
soient les conséquences qui doivent résulter de ces
possessions lointaines, les maintenir et Îles con-
server est une nécessité absolue, tant qu’il y aura
une puissance qui s’occupera du commerce de
l'Inde. Ce commerce peut nous être indifférent,
inutile même, s'il est vrai cependant que, dans
426 OBSERVATIONS
un grand État , quelque chose le soit; mais Paban-
donner, ce Seroit nous mettre dans la dépendance,
et nous rendre tributaires des étrangers qui le
conserverolent.
Les colonies ont toujours été fondées pour le
bien de fa mère-patrie : c’est sous ce point de
vue qu'elles ont été constamment envisagées ; et
si elles n’ont pas toujours répondu au but qu'on
s’étoit proposé , il en faut attribuer la cause plutôt
à des vices d'établissement qu’à des circonstances
malheureuses et impossibles à prévoir.
Les colonies doivent être considérées de deux
côtés ; savoir, du côté de la Perte qu’elles en-
traînent nécessairement en hommes et en argent,
et du côté des ressources que lon peut retirer de
leur situation et de leur commerce.
Dans le premier cas, celles qui ne peuvent ba-
lancer par des profits considérables , ou d’autres
grands avantages, les pertes d'hommes et d'argent,
sont onéreuses et à charge à l'État. Dans le second
cas, celles qui peuvent être facilement fermées au
commerce des étrangers /4a), et dont fa population
(a) Le commerce des colonies doit naturellement appartenir à
la mère-patrie, et l'étranger ne doit y être admis qu’autant que le
gouvernement le permet. Mais, dans cette circonstance, l'étranger
doit payer des droits d'entrée et de sortie; car, s’il lui est permis
d'acheter ou de vendre sans payer de droits, le colon, toujours
porté à favoriser celui qui lui livre une marchandise au plus bas
SUR L'ILE DE FRANCE. 427
ie peut pas s’accroître dans la même proportion
que leurs richesses, sont très-utiles à la patrie.
Or, les colonies établies dans les îles présentent
e double avantage, qu’on peut à volonté les tenir
uvertes où fermées à l'étranger, et qu'il n’y a point
à craindre qu’elles nuisent jamais à la métropole
par leurs richesses et par leur population.
Les colonies continentales ont au contraire de
erands inconvéniens ; et si elles offrent peut-être
plus de ressources dans leur population plus nom-
breuse et dans un commerce plus actif et plus
étendu, elles portent en cela même nn germe tou-
jours croissant de désordre et de révolte. En effet,
après avoir coûté à la mère-patrie de grands sacri-
fices, soit en hommes, soit en argent, une fois par-
venues au faîte de la grandeur et de la puissance,
elles se soulèvent et finissent par s’en séparer, ainsi
que les États - Unis d'Am érique nous en ont donné
lexemple dans le siècle dernier.
Les établissemens Angloïs dans PAsie, ces éta-
blissemens qui ont fait couler tant de sang, et
absorbé tant de richesses, finiront ou par rentrer
prix, lui vendra de préférence, et le négociant de la mère-patrie
sera ruiné, À ce désavantage évident, il faut ajouter ia hausse du
prix des denrées coloniales et ja baisse des objets importés d'Eu-
rope, suite inévitable de ladmission et de fa concurrence des
étrangers, et dont l'effet funeste est de causer ja ruine du com-
merce de 1a mère-patrie et la destruction de sa marine.
428 OBSERVATIONS
sous Ja domination de leurs anciens maîtres, ou
formeront tôt ou tard un ou plusieurs États séparés
de l'Angleterre.
Le temps, les circonstances, les révolutions po-
litiques doivent produire dans les colonies conti-
nentales des changemens inévitables, tandis que
les établissemens dans les îles, étant plus concen-
trés et par conséquent plus aises à surveiller au
dedans et plus faciles à défendre au dehors, res-
teront constamment unis à la mère-patrie , et fui
seront toujours utiles.
Dans le nombre des colonies possédées par fa
France , les îles de France et de Bourbon doivent
être regardées comme très-importantes, non pas
à cause de leurs produits, mais à cause de leur
situation.
L'île de Bourbon , défendue par elle-même, est
indispensablement nécessaire et liée intimement à
‘île de France , à cause de sa proximité.
île de France, mise sur un pied respectable
de défense, n’a rien à craindre des ennemis. Les
Anglois peuvent entreprendre des expéditions
contre cette colonie, mais l'éloignement ne leur
permettra pas dy arriver en bon état; et une fois
rendus dans ses parages , les vents, les contra-
riétés et le manque de provisions en tout genre,
les forceront bientôt à s’en éloigner.
L'île de France doit être regardée comme ja clef
SUR L'ILE DE FRANCE. 429
le l'Inde : la France peut y envoyer des hommes,
les vaisseaux, et y préparer des armemens à l'insu
le PAngleterre.
Par ja situation de file de France, disoit le
conseil Anglois du Bengale, en 1768 (a), les
François sont les maîtres de leurs opérations , et
eurs intentions ne peuvent être connues que par
leur propre arrivée à la côte de Inde.
Si la position avantageuse de Pile de France
contribue utilement au succès des opérations Ini-
itaires du gouvernement , elle peut en même
temps procurer un grand accroissement au propre
commerce de ia colonie ; car cette île est suscep-
tible de devenir lentrepôt des marchandises de
l'Asie , et de fournir, avec les productions de son
territoire, des retours aux navires d'Europe, qui,
pour ia plupart chargés de vins, ont pas le temps
ou les moyens d’aller chercher dans l'Inde les mar-
chandises dont ils ont besoin pour compléter leurs
cargaisons. là
Le commerce, en s’augmentant, procurera plus
de moyens de subsistance, et par conséquent ja
population s’accroîtra, sur-tout si l'État aide et fa-
vorise les particuliers qui voudront rester à Pile de
France.
Le gouvernement , en facilitant les moyens de
(4) À View of the rise of the English government ; by Verelse.
430 OBSERVATIONS SUR LILE DE FRANCE.
s'y établir, attacheroit à son sol une quantité de
propriétaires qui, n'étant pas assez riches pour
Tabandonner, le feroient fructifier en s'appliquant
à une agriculture suivie et constante ; tandis que
les trois quarts des habitans actuels, tourmentés
sans cesse du desir, quoique souvent chimerique ,
damasser rapidement des richesses pour retourner
en Europe, soignent peu leurs habitations, et ne
songent qu’au moment présent, sans s’embarrasser
de Pavenir.
Il est inutile d'entrer dans un détail minutieux
sur les produits de cette île , et sur ce qu’elle pour-
roit devenir : j'ai voulu simplement en démontrer
importance ; et si le peu que je viens de dire ne
suffisoit pas pour persuader le lecteur , qu'il réflé-
chisse un instant à cette phrase d’un homme cé-
lèbre et bien connu par ses talens politiques :
c Tant que les François, disoit lord Chatam, au-
> ront l'île de France, les Anglois ne seront pas
» les maîtres de l'Inde. »
431
RETOUR EN EUROPE:
LA prise de Pondichery, en 1793, ayant arrêté
envoi des fonds accoutumés et nécessaires à ma
résidence à Quanton , soit pour cette année, soit
pour celles qui la suivirent , je m’étois déterminé ,
comme je lai dit plus haut, à passer à Tife de
France , en 1796, dans le dessein de my procurer
le remboursement de mes appointemens. Trompé
dans cette attente , les lois de l'assemblée de lîle
de France s’opposant à tout paiement étranger au
service de la colonie , je ne dus qu’à la bonne
volonté de M. de Malartic, gouverneur, et de
M. Dupuy, intendant, Ja faveur d'obtenir un léger
à-compte de quatre cents piastres [2160 liv.], qui
me mit à même de me rendre en Chine à la fin de
1796, mais qui fut insuffisant pour m'y faire de-
meurer. J'en partis donc encore en 1797, pour re-
tourner à l’île de France, où je pouvois recevoir ,
plutôt qu'à Quanton , des lettres du ministre au-
quel j'avois écrit, et auquel j'écrivis de nouveau
lors de mon arrivée, pour demander les fonds
nécessaires à Peffet de continuer mon séjour à fa
Chine, ou pour obtenir la permission et lordre de
repasser en Europe. Après être resté inutilement
trois ans à l'ile de France, espérant toujours rece-
voir des réponses, et n’en recevant aucune , je me
432 RETOUR EN EUROPE.
déterminai à quitter cette colonie, et jen sortis
le 21 mars 1801, à bord d’un navire Danois.
Nous perdimes la terre de vue le 23, et le 12 avril
nous passâmes le banc des Aïguilles , par la latitude
de 36° 54’. La crainte de rencontrer des croiseurs
nous empêcha de prendre connoïssance du cap de
Bonne- Espérance, de Sainte - Hélène, de PAscen-
sion, ainsi que des Açores, et la première terre
que nous vimes , après avoir doublé Irlande et
YÉcosse , fut ja partie septentrionale de l'ile de
Ronaldsha ; enfin, le 11 juin nous mouiïllâmes en
Norwège à Fleckeroe, à peu de distance de Chris-
tiansand , après une traversée de deux mois et dix-
neuf jours.
Les Anglois étant en guerre avec les Danois, je
pris mon passage sur un sloop de cette dernière
nation ; et après avoir traversé le Categat, longé le
Jutland et une partie de [a Fionie , je me rendis à
Korser et de [à à Copenhague, d’où je partis, peu.
de temps après , pour me rendre par la Hollande
à Paris, où j'arrivai le 4 août 1801, après une
absence de dix-sept ans.
FIN DU 111." ET DERNIER VOLUME
TABLE
433
Le 125
TABLE DÉS ARTICLES
Contenus dans les trois Volumes,
ET VOLUME
A vaNT-PROPOS Nan Done barre Page 六
CCC TARN. CDS ONE ORLCEE ER 4 IX:
Table des empereurs. …........,.. XV.
PR SRE PET PR RE Latest à de XXXIX。
TABLEAU de l’histoire ancienne de la Chine. . I.
Table chronologique... ................. 185.
VorAGE 4 -Péhinn. rss semis Da
IT VOEUME:
RETOUR de Peking
Ds je es 0 ES NUE j ya
了 147.
Figure des Clans, … ns ge cet à de 09e 158.
CR ER TE ae à dos en RIRE avt 161.
CR 166.
本 172,
TOR RE PE QT RS RES et ne 189.
Cotes Ras ere ae SET TRS 195:
Po Te ORNE EL SET ut LES LATE a 201
Chemins, Corps-de-garde, Auberges, Kong-kouan,
TOME Ill. E e
434 TABLE
PAS LOEd ae sv mare ue dise sl AG | GES -
FA SE D ES TER 225.
Imprimerie... ses sssssssserese 228
ETS Lu nie ie M NT EU Re EG DA.
Papier. s.sssesssesesessssmesensese 231.
PRCeAMN à de El ohets rate alu ee 4e slape el aeie core V2
Re. Lie Jette Ne de QUE LR SU A.
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Morleine sais es van le eue ve A Be netsent" 2 1 AURO
Marne AIR LE CE JR di CR le NU E.
Pie A du eh he ouest ns RCE ET ARE,
Tong-tchou........ ss... 248,
Gone tlastiquEne mens es jee dors vo ee de ae 0 2GOe
Machines pour l'arrosement des terres... AT.
Manière de faire éclore les œufs de canes. . . . 255.
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PME ere L'art se RTE 21.
Céder it ii se 815 Ra pé ds Dar Ibid
Médecine, Maladies. ....... 0
Sectes de Lao-kiun-et de Fo: su 4.5 424200 329.
Séête de Confucius à 41 54 is Lama ts PS 2
NOT OT NE RAR R MAUR RTE TES LES 334
Christianisme. .... ER EPS ESS CHAUD Ibid
Persécutions ; Missionnaires seU/tilité des mis-
SIONS esse CORRE EEE RER ESS 335:
Malométans.:s...".. nets, RES 342.
en 8 ie se or NC eg late te EIENE 348.
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D ST ET À EN A UMR DEAD 366
Fes eve os RER NU NL CERTES Mit 370.
Caractères ; Écriture... sn eee: 378.
ONE OMR VII ES Le A NN a 391.
CFEMMRAITÉE nn à ee DT 396
F7 1) 7 BEEN EEE EREEEREE RE RER ER QUES EU 406
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Afandarins civils ns sr PRIE LENS MAS 460.
brins nue à de à à Rs NN 463.
Mandarins militaires. , ME EEE à 464.
436 TABLE
Costume de l'empereur. .........,... Page 465.
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HE” VOLUME.
ARMES Chinoises ss 220 de dE ei 4
四
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Dépenses... sssessssssessss ses 100.
Pélioe des nbles sers el Ms bte Pre Min TO
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Débiieurs.s. usine. arte GES
Pond sn ete te 2 EPS RS PI ETS SI
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Réflexions sur une carte de la Chine du temps
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Ambassade Hollandoise...….... née 7004
COR EN NE NAN EN 全
Entrée et établissement des Européens à la Chine. 173.
Portugais ; Établissement de Macao... PAT.
lien de Macao s à Nate SRE
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FAREOIS. à va 0 0 0 digues n de 4008 ae uote 194.
DES 'ARTIGLES:
F7. LI OI ES EDS ET Te ME Page
DAT, Ti OR NN , CAR
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PU OR AN OUR UD TO RE ET
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Commerce des étrangers à Quanton....
Compagnie Hollandoise. ...........
Compagnie Angloise..............
Compagnie Françoise. ............
Compagnies Danoise et Suédoise... ...
Compagnie Prussienne. ............
Compagnie, Espagnolesss és secs
Commerce Américain... ........
Commerce exclusif et particulier. . ....
Avantage Macdmmerces LL Sous ete
re
.
.
Commerce des compagnies et des particuliers .
Utilité du commerce de l'Inde et de la Chine.
Æsportation de l'argent cs sages à'as
PORN Ce RAT PL AS TARN
Réduction de l'arvent de France en monnoie
生生 的 二 本 本 本 生生 AN Qt
. Réduction des taëls en argent. . ......
Réduction des piastres en taëls..,....
Réduction des taëls en piastres. ......
0
二
Réduction des livres poids de France en pics.
Réduction des pics en poids de France... ...
E e 3
-
437
196.
197.
198.
199.
Ibid.
200.
Ibid.
20%.
207.
TER
215.
alé.
Ibid.
Ibid.
217.
Ibid.
219.
223.
22.
229.
234.
Ibid.
Ibid.
sr.
Ibid.
236.
ET
433 TABLE DES ARTICLES.
MOMENT ET Re Me NT a Tete PES
Manière de commercer à la Chine... ...:...
Marchandises d'exportation, ...,.........
Marchandises d'importation. .4..........
Mesurage des vaisseaux ...........
Direction pour monter à Wampou..........
Chemin de Macao à Quanton, par l'intérieur. .
Détail d'une affaire survenue entre les Européens
et les Chinois , en 17 84, à l'occasion de deux
hommes tués à Wampou par un coup de canon...
Commerce particulier des Chinois. .........
Agriculture ; Température ; Sol ; Culture; En-
grais ; Semences ; Produit et Mesure des
terres ; Récolte ; Nourriture des hommes ;
Force et Pesanteur des individus... .......
Remarques sur quelques productions de la Chine.
Typhons ou Ouragans. . Ji. SIT
0 72 NA DE UT PONS ee RUE
Variation de l'aiguille aimantée...........
OBSERVATIONS sur les iles Philippines et
sorte de Trans es PETER RAA
Voyage a l'ile de France et a Manille. ......
Observations sur les îles Philippines. .......
Départ de Manille et retour a l'ile de France...
Observations sur l’île de France. ..........
RETOUR 全 和
FIN DE LA TABLE DES ARTICLES.
439
TABLE ALPHABÉTIQUE
DES MATIÈRES.
Nora, Les mots Chinois qui ne sont pas expliqués dans fe courant de
Fouvrage , le sont dans cette table,
A
4 c4PUIC0O (Commerce d’), TomeIII, page 406.
Acier, Il, 168 ; IT, 264.
Adoption, NW, 291.
Affüt de canon, WI, 36.
Agate, 1, 4or.
Agriculture, I, 307.
Aguilar (M.), gouverneur de Manille, Ill, 393» 399;
4ot. |
Aiguille aimantée (Variation de T'), ÏI, 362.
Ailerons de requins, IX, 264.
Aire pour battre les grains, III, 340.
Ars Chinois, WU, 315, 317.
Alimens, I, 275.
Alun, I, 251.
Ambassade Angloise, UT, 155$ et suiv.
Ambassade Hollandoise, 1, 260 ; II, 164.
Ambassades, WI, 155, 167.
Ambassadeur Hollandois, Comment reçu, 1, 375 et
Ee4
440 TABLE ALPHABÉTIQUE
suiv. —J] veut se plaindre, 389. — Comment reçu à
Hang-tcheou-fou, IT, 67, 79.
Ambassadeurs, 一 Js sortent à Peking, 1, 434.
Ambil (Me d’), II, 382.
Ambre gris, II, 264; — jaune, 26.
Américains, Hs vont à la Chine, III, 200.
Ancétres , II, 305.
Ancres des navires Chinois, HT, 192.
Anglois, Hs paroissent à la Chine , IT, 192, 193.
Anis étoilé, II, 251
Année, 1, 6,226; II, 427.et suiv.
Appartemens de Pekino, T, 370, 380.
Arbre à suif, Y, 275 ; —du vernis, II, 246.
Arc des soldats, I, 21.
Architecture, \, 172.
Arcs de triomphe, 1, 299, 357, 36411, 35, 56, 6€,
66, 183, 184.
Areûÿ TT, 265.
Argent, Son exportation, IT, 225. — Trop abondant,
227. — Ïf n’est pas monnoyé à la Chine, 231. 一
Titre de l'argent, 231.
Armée Chinoise, Frais qu'elle exige, HT ,
Armes des soldats, WI, I8; 一 afeu, fie 32
Arpent Chinois, WT, 325.
Arrivée à Peking, X, 357; — à Quanton, IT, 14r.
Arrosement des terres, 1, 264,288; 11, 251; INT, 335.
Airlillente, TT 3T5:45:
Assa fatida, I, 266.
Assassins, Comment is sont punis, IT, 28.
Astronomie, Il, 414 et suiv.
DES MATIÈRES. 4Ât
Aveuple, maître de ia musique, [, 168.
Avidité des Chinois, I, 157.
Avocat, 1 ny en a pas à la Chine, IH ,III,
Avoine. Les Chinois l'arrachent, Il, 109 ; II, 346.
Auberges, I, 219.
Ayur, LT, 266.
B
Babuyanes (He de), I, 383.
Baie de Manille, 1, 368, 394.
Bains à Manille, WA, 391.
Balance Chinoise, I, 231, 235.
Bambou, 1, 289 ; II, 354.
Banc de Saint-Nicolas, WI, 368, 395: 一 de Boulinao
et de Massinlou, 419.
Bancassal, IX, 2309.
Bannières T'artares, WI, 0.
Bannissement, NI, 1 DE
Banqueroutes, comment payées, I, 204.
Barbares, Ts occupoient une partie de la Chine, I, 18,
20, 41,90, 122, 128, 146, 148, 1525 159.102
165 ; 67, ue. voa DIE, Guéret suiv.
Barbiers, 11, 170.
Baromètre, Ses variations à la Chine, III, 310.
Barques impériales, W, 41 ; I, 95.
Basilan (He de), IT, 377. d
Bassin de cuivre, ou Lo, instrument de musique, I,
YT9.
Bastonnade , II, 127; II, 115.
Batanes (Me de), III, 383.
442. TABLE ALPHABÉTIQUE
Bateaux, 1, 308 ; II, 43, 72, 95 : 201,207, 208,
210, 211; —desiproviides, 32, 34, 77, 154,
212,287; 一 de Manille, III, 4ot.
Bätonnets dont les Chinois se servent pour manger, I],
274.
Benjoin, NX, 266.
Bestiaux, II, 324, 326, 338.
Beurre des Chinois, 1, 378.
Bezoard de vache, WX, 267.
Bibliothèques, W, 229.
Bisayas, peuple des îles Philippines, IT, 373.
Bitche de mer, NX, 267.
Bohol (He de), II, 378.
Boisseau, Son poids, II, 342.
Boisson, I, 278.
Bonnets, 11, 266 , 466; — de l'empereur, 466 ; — des
princes, 468; —des Mandarins, 470; — des let-
trés , 474.
Bones, 1, 267; 11, 74,79, 366, 369, 453.
Bonzesses, Il, 368.
Dora; AT; 2%;
Bottes, 11, 267.
Bouclier des soldats, II, 20.
Boussole, X, 202, 207.
Boutiques de Pekiny, X, 367.
Bouton du bonnet de l'empereur, W, 466 ; — des princes,
468 ; — des mandarins, 470; — des lettrés, 474
Brouettes, 1, 299, 336; II, 50.
DES MATIÈRES. 443
C
Cachet, Il, 230.
Calamianes (Me de), IT, 380.
Calendrier, W, 418,
Calin, NI, 267.
Camelot, TX, 271.
Camphre, II, 253 ; — de Bornéo, 267.
Canal impérial, W, 13, 33, 198.
Canaux, I, 195.
Cangue, supplice, 1, 264 ; IT, tré.
Canne a sucre, TE, 353.
Cannelle, TT, 252.
Canonnier Manillois étranglé, HT, 295, 296.
Canons, W, 9; HT, 37 et suiv.
Capitale, Son ancienne étendue, I, 178.
Capitation, WI, 88, 93.
Capoul (le de), IF, 38r.
Caractère des Æhinois , 1, 386; I, 161; — des Tar-
tares, 166.
Caractères de la langue, W, 378 ét suiv.
Caragos , peuple des îles Philippines, IT, 376.
Carquois des soldats, WE, 21.
Carrières de pierres, 1, 269 ; I, 135.
Carrosse donné par les Anglois, 1, 406.
Carte de la Chine ancienne, HT, 136.
Cartes a jouer, I, 310.
Casque des soldats, WE, 19.
Cathea ou Cathay, WI, 152.
Cati, livre Chinoise, IT, 236.
《4 TABLE ALPHABÉTIQUE
Conalerte, HNTO; T2, 14, TOI
Cavite (Port de), IT, 368, 393.
Cécité des Chinois, I, 327.
Ceinture, marque de distinction, IT, 467 et suiv.
Cendres, Elles servent d'engrais, IT, 43.
Censeurs publics, \, 448.
Cercueils, Déposés sur la terre, IT, $4, 59. — Donnés
en présent aux parens, 299.
Cérémonial, W, 257 , 261.
Cha-kiang-hien (Ville de), I, 294.
Chaleur a Quanton et a Macao, WT, 309.
Champs, Vs sont traversés par les voyageurs, I, 353.
Chandelle, WT, 350.
Chang, dynastie, I, 60; III, 145.
Chang-ty, être-suprême, IT, 350.
Chang-yu, édit, II, 441.
Chan-sy. Son produit, IT, 300.
Chan-tong. Son produit, IT, 299. —Sonsol, 317, 318.
Chanvre, I, 344.
Chao-kang, empereur, I, 53.
Chao-kang-tse, philosophe , IT, 345.
Chao-tcheou-fou (Ville de), 1, 271 ; IT, 133,
Chapeau. Les femmes en font usage, I, 275.
Chapelles, W, 362. |
Chappe, passe-port, IT, 242; — dénomination d'un
certain nombre de caisses de thés, 251.
Chargement des navires, NX, 240.
Charges anciennes, 1, 125.
Charlatans, W, 356.
Charrettes, 1, 335, 337; 351, 408.
/
DES MATIÈRES. 445
harrue, II, 328, 344.
haussure des Chinoises, I, 271.
he, instrument de musique, II, 320.
he-kao, matière qui entre dans la porcelaine, IT,
242.
he-kia, sectaire, T1, 149.
he-men-hien (Ville de), IT, 62.
hemins, 1) 321, 187: 220, 343.,.394a 47,
AS, 02, 11252193 ebordés d'arbres; TL, 2264540)
213 — pavés, 356, 404. — Chemin de Macao à
Quanton par la rivière, III, 286.
heng, instrument de musique, IT, 317.
‘hen-sy, Son produit, III, 300.
‘heou-pey, officier de troupes, IT, 465.
’he-pey, arc de triomphe, II, 465.
“heyaux. Ts sont rares, IT, 96 ; IT, 11, 12, 13. —
Hs sont à l'État, II, 223; III, 13. —Ils sontchers, 0.
一 Js ne sont pas beaux, 13. — Comment ils sont
nourris , 343.
Chevaux de Peking, 1, 408 ; —des soldats, IT, 126.
Chin ou Kouey-chin, génies, IT, 350.
Chine, divisée en fou, [, 22, 180; — en provinces,
17, 24. 一 Ne suffit pas à la nourriture de ses habi-
tans, IT, 50.
Chin-nong, empereur, IT, 136.
Chinois (Les) changeoïent autrefois de demeures, 1, 73;
IT , 141 ; — descendent de voiture à l'approche des
grands , [, 364; 一 se dévorent entre eux, 221,
232,235, 24411, 164 ; II, 6s ; — s'humilient en
parlant, Il, 163, 164 ; 一 mangent de tout, 276;
446 TABLE ALPHABÉTIQUE
— ne cultivent que pour leurs besoins , IT, 65 ;
— reçoivent des coups de bambou pour les autres,
114; — étoient inconnus aux premiers peuples de
l'antiquité, 151, — Leurs liaisons avec les autres
peuples, 152.— Peuvent-ils se passer du commerce
des Européens, 301 et suiv. — Pesanteur et mesures
de leurs corps, 348, 一 Chinois établis à Manille,
372, 400, 401.
Chirouttes excessivement grosses, I, 400.
Chouy, marque de distinction, I, 13.
Chouy-ko-tse, mandarin, Il, 462.
Chouy-ta-tche, mandarin, Il, 462.
Chrétiens, W, 334.
Chun, empereur, 1,7, 10, 13, 20, 26.
Chur-tien-fou où Peking, WI, 37.
Chy-hoang-ty, empereur, E, 219; IT, 146.
Ciel chez les Chinois, W, 421 et suiv.
Cire, 1,267.
Circonstance où j'ai été appelé seul au palais , Y, 390.
Citoyens, Comment ils sont classés, I],
Clefs pour Ie classement des caracteres, IF, 387, 39r.
Cloche, 1,430: If,9, 319.
Clous de girofle, NX, 267.
Cobe ou pied Chinois, NII, 237.
Cochenille, IT, 268.
Cochons, diffèrent de ceux de Quanton, |, 31 ÿ, 319.
Code de lois, WI, 110.
Coiffure et toilette des femmes, , 269.
Colao, ministre d'état, H, 445.
Collège, X, 408.
DES MATIÈRES. 447
Collier de l'empereur, II 467 ; — des princes, 468 ; 一
des mandarins, 460.
Colline sur laquelle le dernier empereur Chinois est mort,
I, 366.
Colonies. Réflexions sur les colonies, III, 425.
Colonne Chinoise, X, 173.
Comédies, H, 57.
Comédiens, WU, 142, 322, 454.
Commerce, W se fait par eau à la Chine, IT, 191. 一
Commerce particulier des Chinois, 297.— Celui des
Furopéens est-il nécessaire aux Chinois? 301. 一
Son origine, IT, 168 ; 一 Commerce des étrangers à
la Chine, 200. — Réglemens sur le commerce, 201.
— Commerce des Hollandois, 205 ; 一 des Anglois,
207 ; 一 des François, 212 ; 一 des Danois et des
Suédois, 215$ ; — des Prussiens, 216; — des Es-
pagnols , fhid, ; — des Américains, 1bid, ; — d'Inde
en Inde, 209. — Avantage du commerce, 217. 一
Commerce exclusif et particulier, 4h44, — Commerce
des compagnies et des particuliers, 219. — Utilité
du commerce de l'Inde et de la Chine, 223.— Com-
merce général, 226. — Manière de commercer,
238, 241, 242. —Commerce de Manille, 406;
— d'Acapulco, ibid, ; — des étrangers à Manille, 410,
411, 412,413. — Celui qu'on y peut faire, 416.
Compagnie de soldats, IX, 22.
Compagnie Hollandoise, WA, 191, 205 ; — Angloise,
192,207;— Françoise, 195 ; — Danoise, I06 ;一
Suédoise, 197; — d'Ostende, 198; — Prussienne,
199 ; — Espagnole, ibid.
448 TABLE ALPHABÉTIQUE
Comprador, WI, 200, 238.
Comptes, Comment les Chinois Les font, IT, 407.
Concubines, I, 283.
Condorins, poids, IT, 231,232,236;—monnoie, 233.
Conduite des Chinois, V, 259. 一 Celle qu'il faut tenir
avéc'eux 72705203: 6
Confucius, 1, 180,182, 202, 208. — Sa doctrine, IT,
323. — Ses idées sur le gouvernement, 446.
Cong-hang , société de marchands de Quanton, IT,
201.
Conseil de l’empereur, 1, 446.
Constellations, HW, 421, 422.
Contes ridicules des Chinois, I, 62.
Contrats, conventions avec les marchands, IT, 242.
Cogs (Combats de), TIT, 400. |
Corail, II, 268.
Corbeaux, I, 16.
Cordes d'instrumens, TL, 320.
Cordes faites de bambou, W, 113.
Corée et Coréens , 1, 119$, 410, 411; II, 63.
Cormorans. X, 271, 289, 293.
Cornes de rhinocéros, NI, 268.
Corps-de-garde. \,'343, 354, 374: IT, 12,27, 137,
217 ; III, 9
Corps morts, I, 114.
Cortége de l'empereur, 1,375, 398; —des mandarins,
IT, 458 ; II, 46.
Çostume des femmes du Kiang-nan, W, 50, $s4; —de
l'empereur, 465 ; —des mandarins. 470; — des let-
trés, 474.
Côtes
_ DES MATIÈRES. 449
Cotes de la Chine, I, 148.
Coton , IX, 209 ;— de Surate, 269, 305; —herbacé,
352:
Couleurs pour la porcelaine, W, 243, 245.
Coulis, W, 129.
Coupons de draps, WA, 269.
Courans dans le détroit de la Sonde, IX, 367.
Courriers, I, 223.
Coutume de brüler des habits de papier, W, 304.
Crépi pour les murs, Il, 175.
Cruauté des Chinois, 1, 221, 232, 235, 2443; I, 11;
163, 164; II, 65.
Cuirasse des soldats, WA, 10.
Cuisine des Chinois, W, 278.
Cuivre. L’exportation en est défendue, UT, 203. 一
Monnoie, 231, — du Japon, 2609.
Cultes, 1, 348, 351.
Culture des terres, I, 320, 341.
Curcuma, III, 264.
Curiosité des Chinois, I, 154:
Cuyo (He de), IT, 380.
Cycles A 1798 IT, 430.
Cylindres pour fouler les grains, 1, 348, Il, 17,
D
Damier, jeu des Chinois, Ï, 313.
Danse, I, 321.
Danseurs de corde, 1, 414.
Dapitans, peuple, If, 376.
TOME III. FF
450 TABLE ALPHABÉTIQUE
Débiteurs, I, 123 ; HI, 126.
Déchärgement des navires, fil, 240.
Déesse se La reproduction , IT, 364.
Défense de boirè du vin, Ï, 105 ;一 de sortir lc soir
sans lumière, III, 104.
Déification, M, 74.
Déluge, 1,9, 16,12, 31.
Denier Chinois, monnoie, IIF, 230.
Dénombreient, Ÿ, 170 ; If, 70.
Départ de Quanton, 1, 261 ; —de Brest, IT 147; —de
- Mañillé, et Rétour à l'ile de France, HI, 419.
Dépenses de l'État, II, 100; —de séjour à Quanton ,
AT.
Détail d'une affaire survenue entre les Européens et les,
Chinois, NI, 292. EF
Détroit de San- Béèrnardino, I, 382 ; 一 de Juanillo,
ibid,
Deuil des Chinois, 1, 297, 302.
Dictionnaire Chinois, W, 389, 390.
Dieux, IL; 73. R
Digues, I, 28, 196.
Diné à la chinoise, 1, 368.
Direction pour aller à Wampou, M1, 277.
Disette, Conduite des mandarins, IT , 44r.
Divorce, H, 281. ,
Domaines de l'empereur, IH, 95.
Douanes et Douaniers, 1, 152, 155, 227 ; HI, 05.
Drigon, HN, 355, 465.
Droits sur le commerce des étrangers, II; 91, 201.
Dromadaires, 1, 355, 362, 392.
\
DES MATIÈRES. 45t
下
Eau-de-vie, I, 278.
Ébène, II, 269.
Étcaille de tortue, WI, 269.
Echecs, jeu en usage chez les Chinois, II, 311.
Étclipses, [, 50, 52. — Idée que les Chinois attachent
aux éclipses, 418, 421 ; Il, 354.
Écluses ,Ü, 33, 35.
Écoles, II, 408.
Écritoire des Chinois, , 235.
Ætcriture, NH, 233, 37 78,383, 384.
Édifices Européens a Yuen-ming-yuen, 1, 407.
Edit en faveur des Hollandois, N, 143 ; — en faveur du
peuple, 447.
Église des Portugais à Peking, I, 3.
Élémens’, 1180,
Éléphans, 1, 402.
Éleuths, I, 61.
Embonpoint, ( 工 ) est estimé des Chinois, I, 3973 I,
DRE + |
Empereur (L') dans ses jardins, 1, 379, 412 ; —ïaboure
une portion de terre, 168; — est porté par plu-
sieurs coulis, 398, 309, 401; Il, 476 ; — déifié de
son vivant, 74 ; —a le droit de sacrifier au ciel, 352
— est maître absolu, 431; 一 me perçoit sur jes
revenus que ce qu'il lui faut, III, 94; — a des do-
maines dont le produit sert à son entretien, 95
Empire Chinois, Sa situation à différentes époques, I
tard, 76 os Tat, 124, 128, 137; 13%5 033);
Ff2
452 TABLE ALPHABÉTIQUE
146, 147, 159, 161, 162, 16$, 172, ton, 27
177,180 ; IT, 136 et suiv., 145.
Enceinte des villes, , AS, 58; I, 26.
Enceintes du palais, TI, 364; 1, 2; IT, 47 et suiv.
Encre de la Chine, W, 234; —est bonne pour l'hémor-
ragie, 236.
Encre d'imprimerie, W, 229.
Enfans. On veille à leur conservation, IT, 31, 288,
289; — voués aux génies, 359 3 — trouvés , 287.
一 JIE ne font pas le métier de leurs pères, 454.
Engrais, \, 282; I 38e
Enterremens, H, 301 et suiv.
Entrée des Européens à la Chine, MT, 173.
Épis. Leur longueur, IT, 337.
Épouses, La première est choisie parles parens, IT, 280.
Esclavage, W, 292.
Esquine, NI, 254.
Estimation des terres, WT, 90.
Estrade, espèce de lit en usage dans les provinces da
Nord, I, 350.
Esturgeon, 1, 370.
Établissement de Macao, HT, 177.
Étamine, I, 2773
État des citoyens constaté a la Chine, 工 170,
État des provinces de la Chine, WI, 57.
État militaire, M, 463.
Étendarts, IL, 22.
Étoffes de soie, I, 225.
Étoiles, Il, 421.
Etrangers, Js ne peuvent rester qu'un certain temps à
DES MATIÈRES. 453
Peking, T, 417. — Is doivent sortir de fa Chine,
IT, 145. 一 Js quittent Macao à l'arrivée des navires
d'Europe, 152.— Hsne sont pas reçus à la Chine, 451.
Études, W, 408.
Eulchy-hoang-ty, empereur, T1, 221. >
Eunuques, Lames iliao4, 296.
Européens obligés de rester a Macao, WI, 202. 一 Mo-
nopoleurs chassés, 203.
Examens, W, 408 et suiv.
Excrèmens humains, WA, 322.
Exercice des soldats, WI, 17.
Exportation de l'argent, WI, 225 ; 一 de marchandises ;
243; 一 Manille, 411,
Exposition des enfans, W, 285, 287.
F
Fa, empereur, I,,57.
Façons, labour, HT, 327.
Fang-yu, officier de troupes, IF, 464.
Fard à l'usage des femmes, W, 161.
Fardeaux. Comment on les porte, I, 28r.
Farine, Combien les grains en rendent, IF, 343.
Faucheurs Chinois, \, 102.
Femmes de l'empereur, W, 284 ; IT, 44.
Femmes T'artares, 1, 4oï ; —Chinoises, IT, 151,155,
160.
Femmes (Les) sortent librement à Peking ,TI 404, 425;
— mettent du fard, Il, 37, 46 ; — cherchent à avoir
des enfans, 130; 一 ne montent pas sur la scène,
223 ;— Veillent à leurs enfans, 280.
FE
454 TABLE ALPHABÉTIQUE
Femmes étrangères (Les) ne peuvent venir à la Chine,
III, 202.
Fen, poids, III, 231, 232; monnoic, 233;— me
ste, 237.
Fenêtres (Lés) sont garnies de papier ou de coquilles,
1,198.
Fermage, WI, 341.
Fers, Manière de ferrer, IH, 19.
Festins, Il, 273 et suiv.
Fêtes, II, 370 ; — des lanternes, 371 ; — pour l'agricul-
ture, 373; —sur l'eau, 374; —pour fes morts, 3754
Fêtes données devant l'empereur, Y, 420.
Feux d'artifice, X, 41$, 420.
Fey-chin-hien, ville, 1, 356; IF, 4r.
Figure des Chinois, IF, 158.
Fil d'or, II, 269.
Filles (Les) gardent le célibat, F, 315 ; ET, 279. 一 ne
reçoivent pas de dot, 280 ; — sont exdues du trône,
283 ; — sont vendues pour devenir des éourtisanes ,
292.
Filles publiques, I, 100.
Fils de l'empereur, , 467.
Fils des mandarins (Les) n’héritent pas des titres de teurs.
Peres EE, As;
Fléau, WI, 340.
Fleches des soldats, NI, 21.
Flite, instrument, IT, 358.
Fo, dieu, II, 365.
Fo-chan, bourg, IT, 130.
Fo-cheou, cédra , IE, 357.
DES MATIÈRES. 455
Fo-hy, empereur, HI, 136, :
Fo-kien, Produit de cette province, AE 299.
Foin , Hl;/338.
Fondation de l'empire, NT, éd, 150.
Fong-chouy, influence bonne ou mauvaise, IT, 326, 357.
Fong-tching-hien, ville, Y, 295 ; ; Il, 107.
Fermose, Les Hôltardois s'y établissent, IT, 191.
Forteresses, WI,
Fortification , Ir. ACT
Fou-hiang-hien, ville, 1, 349; II, 11.
Fou-tsiang , mandarin de guerre, IT, 464.
Fou-yuen, gouverneur de province, IF, 460.
Fours a chaux, W, 104,108; — pour la porcelaine, 244.
Fours pour faire des signaux, 1, 274.
Froid a Quanton et a Macao, I, 309.
Fruits de la Chine, UX, 355.
Fuegos (He de), HT, 379.
Fumier. 'W est rare à la Chine, J, 345.
Funérailles, I, 297, 304.
Fusil des soldats, WA, 20.
Fy-tse, fondateur des Tsin, I, 159.
G
Galanga, racine, IT, 254.
Galion, Sa charge, IT, 406. — Sa route, 408.
Garçons. Les Chinois en entretiennent, IL, 284.
Gazette, Il, 433.
Gelée. Fe est forte à Peking, I, 395.
Génies, 1[, 348, 354 et suiv.
Ge-tan, temple, IT, 353.
Ff4
id
456 TABLE ALPHABÉTIQUE
Ginseng de Tartarie, WI, 254 ; — du Canada, 270,
Glaces, TE, 179, 270.
Goey-lie-vang , empereur, I, 211.
Goîtres, I], 20, 21, 22:
Gomme élastique, W, 250.
Gouvernement Chinois, H, 338,431,439, 444; TT, 66.
Gouvernement de Manille, NT, 405.
Grains. Comment on ies sépare d’avec la païlle, I, 348.
— Quels sont ceux qu'on sème, III, 326. —Com-
ment on les mesure, 342. — Comment on les pré-
pare, bid,
Grammaire, \}, 220.
Graveurs, IT, 229.
Guittare , II, 320.
H
Habillement des Portugaises 4 Macao, IT, 150.
Habitans de Manille, WI, 396, 390.
Habitans (Les) ne vivent pas à la Chine près des
fleuves, II, 85.
Habitations anciennes, 1, 88. — Les habitations sont
éparses dans jes champs, 262; — elles ne sont pas le
long des fleuves, IF, 136; — des Chinois, III, $1, 52,
Habits, I, 265 ; — des femmes, 267;—de l’empereur,
466 ; — des princes, 468 ; — des mandarins, 470 ;
— deslettrés, 474 ; —des soldats, IT, 23,111, 18,19.
Habits de papier, On en brüle en sacrifice, II, 304.
Hang-tcheou-fou, ville, I, 65 , 67.
Hannistes, marchands de Quanton, I, 257; IT, 200,
204.
|
DES MATIÈRES. 457
Haras, 1, 11 27
Hauteur d'un Chinois, W, 348.
Haynan, Produit de cetteile, IH, 300.
Hay-tao, mandarin, Il, 461.
Heou, dignité , I, 107.
Heou, prince du second ordre, I, 469.
Heou-fou, classe de mandarins, If, 463.
Heou-han, dynastie, IE, 149.
Heou-leang, dynastie, HT, 1054,
Heou-tang, dynastie, IT, 1414.
Heou-tcheou, dynastie, IT, 4614.
Heou-tsin, dynastie, IT, ibid.
Heou-tsy, intendant de l'agriculture, 1, 25 ; —dieu des
laboureurs, ibid,
Horse, Mer:
Heure du port a Macao, WI, 360.
Heures M "AZ.
Hia, dynastie, I, 40; IN, 145.
Hia-kiang-hien, ville, A1, 110.
Hiang-tan, patois, Il, 391.
Hiao-ky-kiao, officier de troupes, I, 464.
Hiao-vang, empereur, 1, 159 ; 186.
Hien-vang, empereur, 1,213.
Hing-chou, écriture, H, 386.
Hing-pou, cour suprême à Péking, IT, 447.
Hio-tao, mandarin pour les examens , II, 410.
Hio-tcheng, inspecteur des écoles, FH, 463.
Hio-yuen, mandarin chargé des examens, 11, 467.
Hion-hien, ville,1,352;1], 7
Hiong-kiu, chef de barbares, Ÿ, 161
458 TABLE ALPHABÉTIQUE
Hiong-ye, chef de barbares, I : TAG.
Ho, ancien astronome , I, 4, 6, 51.
Hoa, montagne du Chen-sy.
Hoa-che , sorte de pierre, II, 242.
Hoang-heou, impératrice, III, 44.
Hoang-ho, fleuve, I, 33451, 31,195.
Hoano-mey-hien, villes Li: Sur
Hoang-py, fruit, IT, 356.
Hoang-tay-tse, premier fils de l'empereur, IT, 467.
Hoang-tching, enceinte du palais, III, "12
Hoano-tien , Etre-suprême 证 350:
Hoano:tse, fils de l'empereur, IT, 467.
Hoang-ty, empereur, IT, 136.
Hoay, empereur, I, ÿ4
Hoay-tsong, empereur, I, 366.
Ho-chang, bonzes de Fo » 1:5332, 367
Hoey-ty, empereur, I, 223.
Hocy-vang, empereur, I, 193.
Hoey-y, classe de caractères, IT, 379.
Ho-kien-fou, ville , 1, 350: 11, 9.
Hollandois. Leur logement à Peking I, 367. —Hs
viennent à fa Chine, IIE, 178, — Ils attaquent Macao,
190.
Honmicide, 1 est puni de mort, même étant involon-
taire, TI xx 8 M;
Hommes réputés infames, H,45s.
Honan, Produit de cette province, IT, 290.
Hong-fou, officier qui détermine les limites des terres,
1, "106.
Hong-fou, chapitre du Chouking, 1, 109.
DES MATIÈRES. 459
Ho-pao, machines de guerre, III, 32 et suiv.
Ho-pou, cour suprême de Peking, II, 446.
Hopou, mandarin, IT, 461 ; II, 230.
Ho-tan-kia, empereur, I, PI.
Ho-tao, mandarin, II, 461.
Ho-tchong-tang, ministre de Kienong, I, 382.
Hôtes, princes vassaux, I, 140.
Hou-kouang. Produits de cette province, III, 299; 一
son sol, 317.
Hou-pen, officier chargé des armes de l'empereur sous
la dynastie des Hia, I, 126.
Huile de bois, I, 248.
Huôu-vang , empereur, I, r9r.
Hy, ancien astronome, I, 4, 6, 51.
Hy-vang, empereur, I, 193.
I
Tbabao, ife , TITI, 382.
Ile de France, WI, 365 ; —de Noël, 364;—d'Engano,
367. — Description de File de France, HI, 420 一
Son importance , 425.
Ile verte à Macao, W, 140.
Imaras, le, TT, 370.
Immortalité de l'ame, IE, 330.
TImpératrice, WI, 44.
Importation (Marchandises d’}, II, 264 ; —à Manille,
Aït.
Impôt, UT, 00.
Imprimerie, W, 228.
Fmpudeur des Chinois, W, 20.
460 TABLE ALPHABÉTIQUE
Incendie des livres, Y, 220 ; II, 146.
Incendies, WT, 104.
Indiens de Manille, IX, 399.
Industrie des Chinois, W , 166.
Tnfanterie, WI, 8, 14.
Infanticide, W, 285.
Inondation, Conduite de l'empereur et des grands dans !
cette occasion , II, 443.
Inscriptions Arabes, WI, 6, 68.
Inspecteurs généraux, W, 448.
Inspecteurs secrets, W, 433.
Installation des anciens rois, 1, 138.
TInstrumens de musique, 1, 317.
Intérêt de l'argent, WA, 123.
Tvoire, UT, 270.
Jyresse, Elle est rare chez les Chinois, Il, 165.
|
Japon. Les Hollandois sy établissent, II, 191. — Les
Anglois s’y établissent, le quittent, et cherchent à y
rentrer, 192. »
Jardins, 1, 377: 11, 38,72, 180, 406, 409.
Jaune-clair, couleur de Fempereur, Il, 465, 476.
Jetées, 1] 36.
JL, 310!
Jones) 5352399951
Jeux exécutés devant l'empereur, 1, 38, 413.
Jin-gin, ministre d'état et de la religion, I, 125.
J'in-kieou-hin, ville, 1, 352; Il, 8.
Jin-te-hien, ville, T, 269; Il, 134.
DES MATIÈRES. 461
Jonques, TI, 202 et suiv.
Jours. Comment on les compte, II, 429.
Juifs; TI, 334.
Justice, 1, 159$; 157 ; II; rro et suiv.
K
Kalkas, T'artares, III, ét.
Kan-tcheou-fou, ville , I, 291 ; IT, 120.
Kang-hy, empereur, HT, 11.
Kang-vang, empereur, 1, 139, 144, 186.
Kao, empereur , I, 56.
Kao-heou , impératrice, I, 224.
Kao-lin, matière qui entre dans Îa porcelaine, If, 24f.
Kao-tang-tcheou, ville, 1, 346.
Kao-ty, empereur, I, 222.
Kao-vang, empereur, I, 210.
K'ay-chong-hien, ville, I, 294.
Keng-ting, empereur, [,8r.
Kiang, fleuve, 1, 308; II, 43, 45, 197.
Kiang-sy. Produits de cette province, IIT, 298. —Sol,
3 16:32 32%
Kiang-nan, Produits de cette province, IT, 298.—Sol,
317, 318:
Kia-tsie , classe de caractères, II, 38.
Kiay-chou, sorte de caractères, IT, 385.
Kiay-yn, classe de caractères, IT, 380.
Kie, empereur, I, 57.
Kien, ciel, 1,366;
Kien-long, empereur, 1, 376.
Kien-seng, lettré, Il, 4rr.
46i TABLE ALPHABÉTIQUE
Kien-tchang-hien, ville, 1, 300.
Kien-vang, empereur, J, 199.
Kieou-kiang-fou, ville, 1, 305.
Kieou-ly, barbares, I, #5.
Kieou-tcheou-fou , ville, IT, 89.
Kin, ancêtres des Mantchoux, III, 34, 149, 156.
Kin, instrument de musique, IT, 320.
Kin-chan-sse, Île, H, 44.
Kin-tcheou, ville, 1, 346,348 ; If, 12.
King, anciens livres des Chinois, I, 319, 391.
King, mesure, III, 325.
King-ty, empereur, I, 228.
King-vang, empéreur , Ï, 196, 203, 205.
Kiong, empereur, I, 55.
Kiu-gin, lettré, I, 4rr.
Kiun-vang, princes du second rang, If, 468:
Ko, Son sentiment sur la Chine, II , 139.
Koey-tcheou, Produits de cetté province, IH, 307.
Kong, ancien titre, 1, 107; — ministres, 129.
Kong-kia , empereur, 1, 55.
Kong-kouan , hôtellerie du gouvernement, F, 285.
Kong-pou , cour suprême de Peking , II, 447.
Kong-tching, enceinte du palais, Hire
Kong-vang, empereur, 1, 158, 186.
Ko-tao, mandarin, Il, 448.
Ko-teou, sorte de caractères, II, 384.
Kou , ancien officier chargé d’instruire les peuples, I,
129.
*Kouan-hoa, langue mandarine, H, 301 et suiv.
Kou-chan, officier militaire, II, 464.
DES MATIÈRES. 46;
Koue-kong, princes du cinquième rang, IT, 469.
Kouen-lun, montagnes de la Bactriane, E, 152.
Kouey-chin, génies, 1, 56; Il, 350.
Kouey-ky-hien ile, IF, 100.
Kou-ouen, style, IF; 391 et suiv.
Kou-ta-tche, mandarin, II, 462.
Kuang-fin-fou, ville, Il, 98.
Kueng-vang, empereur, F, 4 97:
Kuey , empereur, I, 57.
Kuey, distinction des anciens mandarins, I, 344.
Ky, montagne du Chan-sy.
Ky, ancêtre des Tcheou, I, 25.
Ky-chouy-hien, ville, IT, 110.
Ky-fou, ministre qui punit les désobéissances aux ordres
du prince, I, 106.
Ky-lin , animal fabuleux , I, 7.
Ky-ngan-fou, ville, I, 294; I, z11.
L
Labourage, cérémonie, II, 46.
Laboureurs, W, 453.
Labours, WI, 327, 341.
Lainages, INK, 470.
Lait, On en vend à Peking, I, 368.
Lan-ky-hien, ville, IT, 86.
Landes, V; 547:
Lanternes, NI, 177.
Lao-kiun, où Lao-tse, chef de secte, Ï, 197: II, 329.
Leang, montagne du Chan-sy; — poids, III, 231,232;
— monnoic, 233.
464 TABLE ALPHABÉTIQUE
Leang-hiang-hien; ville, 1, 355.5 11, 4.
Leang-tching-hien, xille,, 1; 324.
Lepre et Lépreux, TL, 328.
Lettre de l'empereur au stathouder, J. 437
Lettres. Maniere de jes écrire, II, 264.
Lettrés, I], 453.
Leyte, ile, IT, 378.
Lie, ou Ly-chan, HAS du Chan-sy.
Lie-vang, empereur, I, 213.
Lieou-te, réformateur se caractères, IT, 385.'
Lieou-y, , 378.
Lilas Chinois, I, 89.
Lin-hoay-hien, ville, I, 327.
Lin-kiang-fou, ville, I, 108.
Lin-sin, empereur, 1, 81.
Ling-vang, empereur, I, 200.
Lingua, NX, 200. |
Litière Chinoise, XX, 170.
Liu-tcheou-fou, ville, 1, 323.
Lo, rivière de Honan.
Lo, instrument de musique, I], 319:
Lo-chou, ivre fabuleux, I, 40.
Lo-chou, classification des caractères, II, 378.
Lois, 1; 103,159$-cisuiv.; TI IC
Londrin, WI, 277.
Long, espèce de dragon, IT, 466.
Lon-gan, ou Long-yen, fruit, IL, 356.
Longitude de Macao, WI, 284.
Lo-ye, ville, I, 107, 130.
Lu, modéle pour tous les sons de musique,
Luban,
DES MATIÈRES, 465
Luban , Île , TL, 382.
Luçons , les, IT, 371 et suiv.
Lune intercalaire, H, 427.
Lunettes, \1, 168.
Lutaos, peuple, IT, 376.
Ly, mesure itinéraire.
Ly, ou Lie-chan, montagne du Chan-sy.
Ly-pou, cour souveraine à Peking, II, 446.
Ly-tchy , fruit, II, 355.
Ly-tse, sorte de caractères, II, 385.
Ly-vang, empereur, I, 161, 187.
M
Macao , 1, 148 ; IT, 176 et suiv. — Sa longitude,
284. 一 Sa rade, ibid,
Macartney, 1, 253.
Magasins de rir, WI, 64.
Mahométans, W, 342; IT, 66.
Maisons Chinoïises, I, 175 et suiv.
Maisons de refuge, X, 277 ; 一 de campagne, IF, 87,
90 ; — de paysans, 180. ”
Maladies vénériennes, W, 328.
Mal-propreté des Chinois, 1, 323, 385, 395.
Mandarins, NW, 452, 455; — civils, 460 ; 一 mili-
taires Chinois, 464 ; — militaires T'artares, 1, 420;
IT, 464. — Les mandarins redoutent qu’on ne jes
accuse de négligence, 1, 307. 一 Js ne reçoivent des
présens qu’en en payant la valeur, 398. — Ils sont
avares, 427. — Ils sont méfians et menteurs, 433 ;
TOME III. G g
466 TABLE ALPHABÉTIQUE
IT, 2. — Ils vexent les peuples, E, 273; Il, 435. —
Ils sont habiles à se tirer d’embarras, 339, 340. 一
Is sont superstitieux, 352. 一 了 is sont forcés d’avouer
leurs fautes , 433. — Ils sont ingénieux pour trouver
les moyens de recevoir des présens, 435. 一 Js ont
une suite nombreuse, 458 ; III, 46, yo — Manière
de se présenter devant les mandarins, H, 458.
Mandarins du Ly-pou (Les) mettent de Fimportance à
remplir leurs fonctions, 1, 430; II, 258.
Mandarins subalternes, Ms viennent complimenter leurs
sypérieurs , Il, 99. — Ils Les trompent, 45 2.
Mang, empereur, I, 55.
Mang, espèce de serpent, IT, 466.
Manger ( Manière de) des Chinois, I, 274.
Manille, Île , IT, 383. — Ses différentes provinces,
383 et suiv. — Ville, 386. 一 Ses habitans, 306,
399. — Son gouvernement, 405. — Ses revenus,
406. — Sa position avantageuse, 413. — Impor-
tance de Manille, 417, 418.
Manufactures. M faut les veiller, IT, 227.
Mao-tcha, thé, TIT, 247.
Marchandises d'exportation, WI, 243 ; — d'importa-
tion, 264.
Marchands, \s sont méprisés à la Chine, Il, 444,
_ 453.
Marée, , 80; IT, 360.
Mariage , Il, 279, 282:
Marindèque, le, I, 387.
Marne , LU, 32%.
Mas, poids, I, 231, 232, 236; — monnoie, 233.
DES MATIÈRES. 467
Masbate, le , II, 38r.
Matta, ile, I, 379.
Médecin, W, 325.
Médecine, W, 326.
Méfiance des Chinois, 1, 397, 402,424; TI, 167.
Men-chin, génie des portes, Il, 354.
Mendians , Ÿ, 323 ; IN, 134, 135.
Meng-tse, philosophe, I, 10, 83, 21%
Meou , arpent Chinois, ILE, 91, 325:
Mercure, NX, 255.
Mosurage des vaisseaux, WI , 274.
Mesure des terres, WI, 325 ; 一 des grains, 342 ; 一
d'un Chinois, 348.
Mesures, I, 237.
Metoua, jeu, I, 310.
Meules, VX, 339.
Mey-lin, montagne, I, 282, 283: EE, 127.
Miao, temple, 1,15, 41, 154 3%E, 361.
Mindanao, Île, nl, 374.
Mindanaos , peuple , III,376.
Mindoro , le, IT, 380.
Mines, X, 47, 64; WT, 220.
Min-kong, prince du second ordre, II, 49%
Misère des Chinois, W, 171.
Missionnaires ,1, 436; 11, 335,418.
Missions, HN ,335, 340.
Monde, Sa durée suivant certains Chinois, HT, 345.
Mongoux, ou Mong-kou, ou Mogols, 1, 365 , 3733
IE, 33: 62 140:
Mong-yn-hien, ville , I, 22.
Gg2
468 TABLE ALPHABÉTIQUE
Monnoie , IX, 229 ; — de papier, 230, 233.
Montagnes , 1, 270 ; Il, 132. — Elles ne sont pas cul-
tivées , ÎlE,"323,
Montres d'or, WI, 271.
Mort, supplice , IF, 118.
Mosquée, , 68.
Mou , intendant des vivres, [, 125, 129.
Moulins, Y, 290; 11, 87, 90, 117.
Mou-vang, empereur, 1, 149, 186.
Mulets, 1, 4os ; I, 14.
Muon, empereur , I, 149.
Murailles de Peking, 1, 360; —du palais, 375 ; —des
wiies, 11, 15.
Mariers, IL, 61, 83, 137 ; II, 350.
Murs des maisons, \, 174.
Muse, 1P, 255.
Muscade, III 271.
Musique, 1, 34, 296, 413; 1], 46, 313; — estimée
chez les Chinois, 313.
N
Van, añcienne dignité, 1, 107.
Nan-hay, chef de la police, I, 462.
Nan-hiong-fou, vie, 1, 278 ; If, 1209.
INan-kang-hien, vie ,1, 290; 11, 122.
Nan-keng, empereur, [, 72.
Nankin, toile, IT, 256.
Nan-ngan-fou, ville, I, 285 ; II, 128.
Nan-soy-tcheou, ville, I, 329.
Nan-tchang-fou, ville, 1, 296; IT, 104.
DES MATIÈRES. 469
Nan-vang, empereur, I, 215.
Navette, Il, 86; IT, 336.
Navigation des anciens Chinois, W, 202.
Negrillos, WI, 373, 379.
INegros , le, IT, 379.
Nestoriens, I, 334. .
ÎNgan-cha-sse, juge criminel, IT, 461.
Noan-vang, empereur , NT 2
Noay-ty, empereur, T, 250.
Noen-hien, ville, 1, 346.
Nids d'oiseaux, WA, 271.
Niutche ou Kin, ancêtres des Mantchoux, III, 149,
150.
Noblesse, Elle n'existe pas à la Chine, IT, 451.
Nombres, 11, 406.
Noms des Chinois, , 308 et suiv.
Nong-fou, conservateur du peuple, I, 106.
Notes de musique, W, 317.
Nourriture, 1, 3103.11, 275 ; I, 347.
Nouvelle année, TI, 396 ; I, 370.
Nouy-che, ancienne charge, I, 106.
Nuit, Comment elle est partagée, IT, 426. .
Nurous, compagnie de soldats Tartares, If, ro.
O
Objets d'Europe, Hs sont peu estimés des Chinois, ;
406 , 425.
Observations astronomiques des Chinois, W, 416.
Odeurs. Les mauvaises affectent peu les Chinois, IF,
165.
Gg3
470 TABLE ALPHABÉTIQUE
Œufs, Manière de les faire éclore, II, 255.
Offrandes , W, 356.
Ongles des Chinois, Leur longueur , I, #59.
Opium, WI, 210, 271.
Or, H est regardé comme mafchandise, IT, 231, 257.
Orgueil des mandarins , , 423 ; — des Chinois, IT, 167.
Ouan-ngan-hien, vie, 1, 293 ; If, 115.
Ouay-gin, empereur, Ï, 71.
Ouay-ngan-fou, ville, IT, 33.
Ouen-tchang, style, IT, 39 et suiv.
Ou-fou, cour suprême militaire, 11, 463.
Ou-kieou-mo, arbre à suif, III, 349.
Ouo, ou Ou-kia, empereur, I, 72.
Ouo, ou Ou-ting, empereur, E, 69.
Ouragans, WI], 310, 357.
Ouvriers. Us forment un fonds entre eux pour aider
ieurs camarades, IT, 172. 一 Js vont travailler dehors,
USA
%
Pagode, 1, 267: 11,,793!, 78, 4réçira2t 3%, 960.
Pagode dédiée a Confucius, 11, 122.
Pain Chinois, 1, 368.
Palais de l'empereur a Pekins, X, 383, 393, 428; I,
42. :
Palanquins, 1, 277, 364, 408 ; II, 476.
Panamao, ie, HI, 378.
Panay, île, IT, 370.
Pan-tsay, gardien d’une hotellerie, 1, 352.
Pao, machine pour lancer des pierres , IF, 33,
DES MATIÈRES. 47Y
Papier, Tnvention du papier, Il, 231.
Paragoa , le, IT, 380.
Patineurs Chinois, 1, 379, 380.
Pa-tsong, gwde militaire, 11, 465.
Päturage, WI, 346.
Pauvres LE, nas.
Pay-leou, arc de triomphe, I, 209; M, 183.
Paye des soldats, WT, 15 ; —des mandarins, I], 460 ;
Ill, :ro8:
Pe, ancienne dignité, I, 107.
Pe, princes du second ordre, IT, 469.
Peaux de lapin, WI, 272 ; — de loutre, ibid,
Pécheurs, 1, 289, 293 ; U, 103.
Peintres Chinois, W, 236.
Peinture sur verre, W1, 239.
Peking, }, 360; I, 2, 197; If ,:273 et suiv.
Perles; ea.
Perpétuane, W], 271.
Persécutions contre les missionnaires, W, 355.
Pesanteur d'un Chinois, WA, 348.
Peste,\ 1,329:
Pe-ta, pagode de Peking, 1,365.
Petchely. Les produits de cette province, HI, 298.
— Son sol, 317, 318.
Petite vérole, W, 327.
Petits-fils de l'empereur. Hs n’ont aucune marque dis-
tinctive , [, 419 ; I, 466.
Pe-tsay, Kégume , H, 102.
Pe-tsiu-tcheou, ville, 1, 332.
Petsong, officier de troupes, II, 465.
GgÀ
NEA
472 TABLE ALPHABÉTIQUE
Pe-tun-tse, matière qui entre dans la porcelaine, IT,
242.
Pey-le, princes du troisième rang, II, 468.
Pey-tse, princes du quatrième rang, 11, 468.
Philippines, Mes , IT, 371 et suiv.
Philosophie des nombres, X, 111.
Piaître, TP} 235.
Pic, quintal Chinois, I, 236.
Pièces de théâtre, II 323.
Pied Chinois, mesure, IT, 237, 238.
Pieds des Chinoises, \, 271; 一 des femmes Tartares,
278:
Pierres tombées du ciel, X,195,221,224, 238,245,
246, 248, 249, 250.
Piliers en avant des boutiques, X, 361.
Pin, pays du Chen-sy, I, 77.
Pinceaux, M, 233.
Ping-pou, cour suprême à Peking, 11,446.
Ping-ty, empereur, I, 251.
Ping-vang, empereur, I, 175 , 189.
Ping-yuen-hien, ville, I yr5.
Pin-py-tao, inspecteur des troupes, II, 467.
Pintados, peuples, IT, 373.
Place d'honneur chez les Chinois et les Tartares, W, 261.
Plaintes, Elles ne parviennent pas jusqu’à l’empereur ,
IT, 435. — Manière de les faire, HIT, 112.
Plan de Macao, WI, 188 ; — dela rivière, 286.
Planete, Il, 420.
Plantes, pour la nourriture des hommes, des bes-
taux, &c., III, 326.
DES MATIÈRES. 473
Plaque brodée des mandarins, W, 470 et suiv.
Pluies. Saison des pluies, IT, 317.
Plume de corneille, marque de disgrace, 1, 384 ; — de
paon, marque de distinction, IT, 468 et suiv.
Poéles de.fer, ustensiles de cuisine. Les Chinois savent
jes raccommoder, IT, 160.
Poen-keng, empereur, 1, 72 ; IT, 145.
Poids Chinois, II, 235.
Poires AM 49
Poisson de bois, instrument de musique, II 322.
Poivre, III, 273.
Po-kiang , empereur, I, 55.
Police, 1,272, 3623111, 106 ; —des villes, 103.
Police (La) veille à la conservation des enfans, II, 288.
Politesse, IT, 258, 458 ; IT, 108.
Politique des empereurs, W, 449.
Pompes Chinoises, 1, 416.
Ponts, lh248a809 35. 35641366: Tr; 47,
55; 6783238es 4185:
Population, , 340 ; Il, 17, 83 ; IL, 55 , 67, 71 , 346.
Population de Peking, WI, 47; 一 de Macao, 188.
Porcelaine, 1, 241 ; IX, 258.
Port d'armes. M est défendu, IT, 18.
Porte-faix, V; 328 "323", 326, 347: Il} 429; 2er.
Portes des villes #1, 3573; 11, 25, 179 ; II, 27 et suiv. ;
一 des maisons , 127.
Portes de Peking, 1, 360, 363; — du palais, 375,
381 ; — elles ne s'ouvrent que pour l'empereur,
364. — Portes de la ville Tartare, 403, 421.
Portugais, Leur arrivée dans l'Inde et à la Chine, IT, 173.
74 TABLE ALPHABÉTIQUE
Portugaises de Macao, W, 150.
Position avantageuse de Manille, WI, 413.
Possédés du démon, Les Chinois prétendent les guérir ,
IT, ror.
Postes, Elles ne servent qu'au gouverneur, IT, 222.
Postes militaires, I, 93.
Po-tching , intendant du palais, I, 150.
Pou, manière de consulter les sorts.
Pouce, Quelques Chinois en ont deux, IT, 129.
Poudre à canon, WI, 31, 36.
Pou-eul-tcha, thé, II, 247.
Poulies Chinoises, , 34.
Pou-tching-sse, mandarin, II, 460.
Prairies, WI, 338. DE
Présens de l'empereur, TI, 399, 400, 432; IT, 166. 一
Présens de noces, II, 280. 一 Manière de faire les
présens, IT, 263. 一 Js font beaucoup pour la réus-
site des affaires à la Chine, 1, 425 ; 11, 434.
Préteurs sur gages, I], 123.
Princes, Il, 447.
Prisonniers., WI, 121.
Prisons ME, Tat;
Proces, UX, 111.010 35
Processions , HW} 375.
Prononciation de la langue Chinoise, Yk, 395.
Provinces de la Chine, IX, 57, 80. —Leur situation,
142.
Puits, y en a au milieu des chemins, I, 329; IT, 217.
Pulo-condor , le. — Les Anglois y sont massacrés, Ill,
194.
DES MATIÈRES. 475
Punition des coupables, IN, 112, 118; 一 des soldats,
119 ; — des débiteurs, 126.
Q
Quang-sy, Produits de cette province, IT, 300.
Quang-tong, Produits de cette province, IT, 300.—Son
sol, 315.
Quanton, ville , I, 153 ; II, 290.
Question, supplice, IT, 120.
Queue de cerf, Elle est estimée à la Chine, I, 392.
R
Radeaux , , 136,130.
Ragoût Chinois, X, A16.
Raisin, TI, 348.
Rames des bateaux Chinois, W, 210.
Ras-de-castor, NI, A7T.
Raux (M.). I est le seul des missionnaires qui visite les
Hollandois, I, 434.
Récoltes,' Les mauvaises récoltes produisentdestroubles,
IT, 441. 一 Soin que l’on prend des récoltes, II,
339.
Réduction de l'argent, I, 234; —des poids, 236.
KRéglemens pour les mandarins, W, 455.
KRegulos ou princes, II, 468.
Religion Chrétienne, , 339.
Religions, EHes sont subordonnées au Gouvernement,
IT, 348.
KRempart, III , 27; 89, 30.
Repas des Chinéis, 1, 310; Il, 273 et suiv.
476 TABLE ALPHABÉTIQUE ,
Respect des Chinois envers “leurs parens, W, 163 ; —
envers l'empereur et les mandarins, 257 ; 一 des
frères envers leur aîné, 261.
Retour en Europe, WI, 430.
revenus, I, 86 et suiv. ; 一 de Manille, 406.
Rhubarbe, NI, 258.
Riz, Poids d’un sac de riz, III, 98, 342. — Manière de
le semer, 332. — Saculture, 334. —Sa hauteur,
335. — Sa floraison, 336. 一 Sa récolte, 336,
339. — Son produit, 341. — Sa préparation, 342.
— Riz rouge, 345.
Fottins, IE, 273.
Roues pour élever les eaux, 1, 264, 288; IT, 123, 251.
Route de Macao à Quanton, I, 152, 157; 一 de Quan-
ton à Wampou, 155; 一 de Wampou à file de
France, IT, 364; 一 de l'ile de France à Manille,
366 ; — de Manille à la Chine, 369; — du Galion,
408 ; — de Manille à l'ile de France, 419; —de l'ile
de France en Europe, 431.
Rues de Quanton, 1,258 ; 一 de Peking, 361, 363 et
shives (Il,.39.
Russes, Leur établissement à Peking, I, 54.
S
Sacrifices, 1, 13,14, 175; I, 96, 355 3 一 humains,
304.
Salles de comédie, W, 321.
Salut des soldats, 1, 282 ; 一 des Chinois, 371; Il,
259.
Salut devant l'empereur, Y, 431 ; I, 42.
DES MATIÈRES. 473
Samar, Île, III, 382.
San-chouy-hien, ville, I, 263 ; H, 138.
Sandal, NI, 273.
Sang-de-dragon, WI, 259.
San-y-ko, temple, Il, 49.
Schaal (Adam), missionnaire, I[, 418.
Sculpture, I, so, 40, 240.
Secte de Lao-kiun, I, 329, 330; —de Fo, 331, 332;
— de Ju-kiao, 345. .
Se-keou, juge, 1, 129.
Se-kong, intendant des travaux publics, [, 125, 129.
Selles des chevaux, III, 19.
Se-ma, officier chargé des troupes, I, 125, 129.
Se-ma-tsien , historien Chinois, [, 89, 166.
Semence, Époque à laquelle fes Chinois ont appris à se-
mer, [, 11, 17. — Quelle est ja semence que l'on
emploie, IT, 326. 一 Saison de semer, 329. 一
Préparation des semences, 329 et suiv.
Semoir, Il, 11.
Sentence; lys trs 113,
Sépultures, Il, 29, 307 , 308.
Seres, anciens peuples, II, 152.
Se-tou, ministre chargé de Ia doctrine, I, 125, 129.
Seichuen. Produits de cette province, IT, 300.
Siang, empereur, I, 52.
Siang-hing, classe de caractères, II, 379.
Siang-kong, prince de Tsin, I, 175.
Siang-vang, empereur, Ï, 195.
Siao-kia, empereur, I, 69.
Siao-sin, empereur, Î, 76.
478 TABLE ALPHABÉTIQUE
Siao-tchouen-tse, sorte de caractères, II, 385.
Siao-y, empereur, 1,77.
Sie, ancêtre des Chang, I, 24; — empereur, 55.
Siège des villes, IT, 33.
Sieou-tsay, bacheliers, IF, 4rr,
Sin, empereur, 1, 84.
Sin-kan-hien, ville, IT, 109.
Sin-tay-hien, vie, IL, 22.
Sin-tching-hien, ville, 1, 353; II, 7.
Siuen-ty, empereur, 工 240.
Siuen-vans, empereur, [, 166, 188.
Smith (M.), subrécargue Anglois, arrêté à Quanton,
IT, 294. S
Soie, IT, 225 ; — grise, 227. — Marchandises de soie,
IT ,250.
Sol des provinces, I, 314.
Soldats, 1, 264, 26551, 73 IIF, :6. et suiys, 17, 23.
— Soldats de l'empereur, 1, 422; 一 de Peking,
417, 424, 426. — Les soldats saluent à l'approche
des mandarins, 1, 262, 263,271,284, 322. —Sol-
dats Tartares, IT, 16, 17.
Song, dynastie, IT, 148.
Sorts, }, 39; 1E 35 Mas Ill 356
Soufflet des Chinois, W, 169.
Souliers, 1, 267.
Sou-tcheou-fou, ville, I, 55.
Sou-tsien-hien, ville , I, 27.
Souy, dynastie, HIT, 148.
Spectacles, Les Chinois les aiment, I, 322,
Sse-yu, mandarin chargé des prisons, Il, 462.
DES MATIÈRES: 479
Sryle, IT, 397.
Subanos, peuple des îles Philippines, HT, 376.
Succin, I, 265.
Sucre, III, 463;
Sucrerie, Moulin à sucre, I, 265.
Superstition, I, 180, 354, 357; 419.
Supplices, 1, 14, 16, 27, 84, 155 ; HI, 114. —Ra-
chat du supplice, I, 156. 也,
Sy-hou, ac, If, 7O.
hi
Tabac, M, 273, 335.
Tablette des ancêtres, , 305.
T'aël, poids, I ,231, 232,236; —monnoie, 233.
T'a-fou, ancienne dignité dont on ignore office, I,
166.
T'agales, peuples, IE, 373.
T'a-hoang, rhubarbe, TITI, 258.
Taille, impôt, II, 88.
Taille des Chinois, X, 156, 158.
T'a-long-tchouen , fète Chinoise, IT, 374.
T'ambours, XL, 318.
T'an-yang-hien, ville, IE, 48.
Tang, dynastie, IT, 148.
T'ang-pan, maison de prêt, IF, 123.
Tao, principe du ciel et de la terre, IF, 329.
T'ao-tse, sectateurs de Lao-tse, II, 367.
Zao-ye, mandarin, II, 461.
Z'artares, 1, 162, 166. — Ils mangent du cheval, IF,
276. 一 Js aiment la dépense, HT, 17.
48o TABLE ALPHABÉTIQUE
T'artares T'opa, WI, 147; — Sien-py, 148 ; 一 Ky-tan i
149 ; —Kin, ibid,
T'artarie, II, 60 et suiv.
T'a-tsin, pays soumis aux Romains, IF, 329.
T'ay, pays dans le Chen-sy, I, 57.
T'ay-che, historien, 1, 106, 126, 141.
Tay-ho-hien, ville, 1, 293; If, 114.
T'ay-hou-hien, ville, T, 314.
T'ay-kany, empereur, [, 48.
T'ay-kens, empereur, 1, 69.
T'ay-kia, empereur, I, 65.
Tay-ky, principe de toutes choses, II, 346 et sui-
vantes.
T'ay-ngan-hien, ville , IT, 20.
T'aypa, port de Macao, III, 182.
Tay-pao, régent du royaume, F, T0 148:
Tay-se-ling, grand pontife, I, 58.
T'ay-ting, empereur, I, 82.
T'ay-tsong, chef des cérémonies, I, 141.
T'ay-vang, ancêtre des Tcheou, I, 77.
Tay-vou, empereur , I, 70.
Tcha, thé, TT 245. .
Tcha-hoa, arbre à fleur, TL, 35.3:
Tchang-chan-hien, ville, IT, 9r.
(Tchang-tcheou-fou, W, 50.
(Tchao, empereur , 1, 138, 144.
Tchao-ty, empereur, [, 239.
Tchao-vang, empereur, I, 148, 186.
Tcha-tchou, arbrisseau, IT, 117; IL, 329, 353.
Tche, pied Chinois, HIT, 237.
T'chekiang,
DES MATIÈRES. 485.
Tchekiang. Produits de cette province, III, 299. —Son
sol, 319.
Tcheou, dynastie, T, 192 ; MT, 145.
Tcheou, royaume , I, 132, 146.
Tcheou occidentaux, I, 217 ; 一 orientaux, zb1d,
Tcheou-kong , frère de Vou-vang, I, 116, 118, 120,
130: 197%
T'ching-tang, empereur, I, 56, 60.
Z'ching-ting-vang, empereur , 1, 209.
T'ching-ty, empereur, 1, 245.
Tching-vang , empereur, 1, 118, 138, 185.
Zchin-tchou-kao , mandarin, Il, 461.
Tchin-tsing-vang , empereur, I, 215.
Tchoang-vang, empereur , I, 192.
Tchong-fou , classe de mandarins , Il, 464.
T'chong-kang , empereur, I, so.
T'chons-kiun, mandarin, II, 461.
T'chong-ting, empereur, I, 71.
“T'chong-tsay , premier ministre, I, 129.
T'chong-tsong, le même que Tay-vou, I, 70.
Tchou, empereur, I, 54.
T'chouen-tchou, classe de caractères, II, 380,
T'chou-ma, espèce de chanvre, IT, 98.
Tchun-fou, juge des crimes, I, 125.
Tcho-y, intendant des meubles du roi, 1, 126.
Tchy-fou, mandarin , II, 461.
Tchy-hien, mandarin, Il, 467.
Tchy-sse, classe de caractères, IT, 379.
Tchy-tcheou, mandarin, II, 461.
T'chy-tse, fruit, III, 356.
TOME 111. H'R
482 TABLE ALPHABÉTIQUE
Tchy-tsong, ministre qui présidoit jadis aux cérémonies
des esprits.
Température, WI, 307, 311; — de TR 1,156;
— de Manille , 402,
Temple de Confucius, IT, 130, 1843; 一 du soleil,
353; —delalune, ibid, 一 du ciel, ibid, HX, 45 ;
一 :de ja terre, 1hid; — où se fait la cérémonie du
labourage , 46.
T'emples en général, 1, 400; II, 360 ; HT, 45.
Te-ngan-hien, vie, 1, 301.
Tente, 1, Aro: M, 28, 23!
Teou-mou, déesse , H, 364.
Terrains rougeätres, , 122. — Nature de ces terrains,
HT, 314.
Terres. Quantité cultivée et inculte, I, 345.
Te-tcheou, ville, 1, 348; IL, 13.
Thé, feuilles, I, 85. 一 Importé en Angleterre, HIT,
208, 243. —Son usage, ibid, —Thé noir, 244,
246. — Thé vert, 244, 247. — Qualité des thés,
248 et suiv. 一 Réception des thés, 250, 251.
Thé, arbre. — Culture et cueillette des feuilles, HT,
245 ,:246,:247.
T'heyéres, Il , 52,
T'icao , le, II, 381.
Tien, ciel, Al ; 350.
T'ien-tan , Ne du ciel, 1, 353.
Tien-tso, Indostan , If, 331.
T'ing-hien, ville, I, 339.
T'ing-vang, empereur, Ï, 197.
T'ing-yuen-hien, ville, 1, 325.
DES MATIÈRES. 483
Tirage des barques, peine, III r17.
Titres donnés en parlant aux mandarins, W , 457.
Titüng (M.), ambassadeur Hollandois, I , 256.
Toiles de Nankin, 1, 227.
Toilette des femmes, II 269.
Toits des maisons Chinoises, 1, 333; I, 174.
T'ombcaux,V, 302 et suiw.s Il, 155,53, 59, 62, vo,
80,88, 110, 114, 302, 305; III, 321.
To-min, classe d'hommes, Il, 455.
T'ong-lou-hien, ville, IL, 84.
Tong-o-hien, ville, E, 345.
T'ongpins-tcheou, ville, 1, 343.
Tong-tching-hien, ville, L, 317.
Tong-tchou , arbre, IT, 248.
Tonnerre, génie du tonnerre, IT, 365.
Tons, musique, IT, 3rs.
Tons, caractères , II, 389.
Torches, 1, 304 ; III, 104.
Torré (M. de la), procureur de la propagande, IF, 335.
Tortues de pierre, monumens, 1, 333.
Tour, 1, 269, 274, 346518, 37,74, 78:87,99, rar,
136, 181.
Toutenague, VX, 262.
Tou-tony, mandarin , II, 464.
Traineaux, 1, 353.
Tremblemens de terre à Manille, IH, 4o3.
Tribunaux ou cours suprêmes, If,446:;—militaires, 463.
Tribut des provinces anciennement, |, 5; — actuclle-
ment, Îl, 29; IT, 91. — Tribut des Indiens à Ma-
nille, 374.
Hh 2
484 TABLE ALPHABÉTIQUE
Trompettes, I, 318.
Troupes Tartares et Chinoises, II, 6,7, 22, 24.
T'sang-hie, inventeur de l'écriture, II, 383.
T'sang-ling, mandarin, IT, 464.
Tsan-tsiang, mandarin , Il , 464.
Tsao-fou, habile cocher, I, 152.
T'sao-tse, caractères, II, 385.
Tse, ancien titre, I, 107.
Tseou-hien, vie , 1, 341.
T'siang-kiun, mandarin, IT, 464.
T'sie-ky, division de l'année, IT, 423.
Tsien, poids, IT,231,232;—monnoie, 233.
T'sien-chan-hien, ville, 1, 315.
T'sien-fou, classe de mandarins, II, 464. .
PT'sientsong, mandarin, II, 465.
T'sientang-kiang, fleuve, Il , 73, 77.
Tsin, dynastie , III, 146.
T'sin-kiang-fou, ville , I, 45.
Tsin-vang, princes du premier ordre, II, 468.
T'sin-yuen-hien, ville , 1, 266.
T'so-fou, classe de mandarins, IF, 463.
T'song-gin-fou, tribunal des princes, IT, 447.
T'song-pe, officier chargé des cérémonies, 1, 129.
Tsong-ping, mandarin, Il, 464.
<T song-tou, vice-roi, II, 460.
T'so-tcheou, vie, 1, 354; IT, 6.
Tsou-keng, empereur, I, 80.
T'sou-kia, empereur, I, 80.
T'sou-sin, empereur , I, 72.
Tsou-ting, empereur , I, 72.
DES MATIÈRES. 485
T'sou-y, empereur , I, 71.
T'sun, mesure Chinoise, IT, 237.
TZ'sy-ho-hien, ville , II, 18.
Tun-tiao, mandarin, II, 461.
Turmerick, WI, 264.
Ty-ky, empereur, I, 46.
Typhons, WI, 310, 357.
T'y-tou, mandarin, II, 464.
Ty-y, empereur, I, 82.
V
Vaisseaux de guerre, IT, 208.
Vanbraam (M.), 1, 253,255.
Variation de l'aiguille aimantée, WI, 362.
Vase, Manière de la retirer du fond des rivières, II, 48.
— On l’étend sur les terres, III, 325.
Vases pour brüler les offrandes, W, 109; — pour les
parfums , 178.
Vassaux 4, 146, 147, 100; T62,
Veilles pendant la nuit, I, 426; III, 105.
Ven-chang-hien, ville, I, 342.
Vents régnans a la Chine, II, 308.
Ven-ty, empereur , 1, 125.
Ven-vang, père de Vou-vang, I, 81, 83 et suiv.
V'erbiest, missionnaire, II, 418.
Vermicelle, IX, 343.
Vernis, 1, 291. — Ouvrages de vernis , II, 168, 246;
247.
Verres, Les Chinois savent les raccommoder, II, 281.
Veuvage, I, 281.
TO
486 TABLE ALPHABÉTIQUE
Villages, W, 7, 8.
Villes ,1, 178, 1235213 ; Il 65954, 76,462;
HF,:103:, 147.
Fin; TD, 348.
Violette, \, 277.
Violon, W, 320.
Vitres, VI , 274:
Voitures de Pcking, \, 362, 363, 372, 405.
Voleurs , I, 141 ; III, 126.
Vou-sse-hien , ville, I], 2.
Vou-ting, empereur, I, 77.
Vou-ty, empereur , I, 231.
Vou-vang, empereur, I, 90, 97, 107,185.
Vou-y, empereur, I, 82.
Voyage. Manière de voyager à la Chine, I, 408 ; If,
108., 1951:
Voyage à l'ile de France et a Manille, IX, 363.
Voyages des Chinois, I, 301.
U
Usages de la cour de Peking, 1, 387, 393» 394.
Utilité des missions, W, 335 et suiv.
w
Wampou, Île, II, 213, 282.
William , capitaine anglois. Détail d’un accident arrivé
a son bord, HI, 292.
X
Xolo, ile, III, 377.
DES MATIÈRES. 487
Ÿ
Ya-llou, inspecteur des navires, I, 125.
Yang-kia, empereur, I, 72e
Vang-kia-yn, bourg, I, 31.
Yang-tcheou-fou, ville , Il, 36.
Vamg-tse-kiang, fleuve, 1, 308 ; II, 43,45, 197.
Fa®, empereur, 1, 2,25.
Yen-hien, vie, I, 349 ; Il, 10.
Yen-tchin-hien, ville, II, 26.
Yen-yuen, mandarin , II, 461.
Yeou-fou , classe de mandarins , II, 463.
Veou-ky, mandarin , II, 464.
Yeou-vang, empereur, I, 171, 188.
Va, royaume, Î, 132, 146,
Ya, pays dans le Honan, I, 72.
Yu-ping, demeure de soldats, I, 343.
Yn-tsien, piastre, III, 242,
Yong-ky, empereur , I, 40.
Y-tcheng, mandarin, II, 462.
Ytcheou, ville , 11, 24.
Y-chouen-tao, mandarin , II, 467.
Ty, empereur LTÉE, O6, 21544
Yu-chan-hien, ville, IL, 94.
Yu-che, agate, I, 4o1.
Yuen, dynastie, III, 149.
Y'uen-ming-yuen, jardins , 1, 406, 409, 412,
Yuen-ty, empereur, I, 243.
Yuen-vang, empereur, [, 209.
Y'ue-tan, temple de Peking, I, 353:
488 TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES.
Yu-kan-hien, ville, IT, 102.
Yu-kong, chapitre du Chouking, IT, 137.
Yun-ho, canal impérial, Il, 13, 34, 198.
Yun-leang-ho, canal impérial, #bid.
Yunnan, Produits de cette province , III, 300.
Yu-ping-hien, ville, 1, 345.
Yu-tching-hien, ville, 1, 319.
Y-vang, empereur , 1, 158, 160,186, 187.
Y-yang-hien, ville, Il, 99.
L
Zebu, le, III, 378.
FIN DE LA TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES
ET DU DERNIER TOME,
IMPRIMÉ
Par les soins de J.J. MARCEL, Directeur général de l’Imprimerie
impériale, Membre de ja Légion d'honneur,
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